Je marchais dans les rues de la ville, avec charge portée allègrement dans un air sans rudesse, dans une lumière glorieuse, en récitant sans dire, comme un mantra :
L'éternité et un jour : le voyage à Cythère, le voyage des comédiens, sous le pas suspendu de la cigogne, sous le regard d'Ulysse et cela s'arrêtait là, parce que je ne trouvais plus d'autres titres sauf celui de mon cher apiculteur, qui ne trouvait pas sa place.

Suis rentrée, non moins chargée, ai été prise d'une crise de rangement, ai dormi un peu, ai viré un peu sur internet, et suivi, sans trop intervenir, Benoît Vincent le faisant mieux que moi (et comme je l'aurais voulu) la polémique sur mon mur Facebook http://www.facebook.com/profile.php?id=756154196&ref=tn_tnmn en réaction à un billet de Laurent Margantin http://carnetsdoutreweb.blog.lemonde.fr/2012/01/25/les-ecrivains-malades-du-net/
et, me suis promenée, à mes moments les plus perdus de ma vacance, dans les poètes grecs.
En reprend quelques uns, avec ce que j'ai trouvé comme photos de films d'Angelopoulos autres qu'en format timbre poste, les associant à la va comme je te pousse, sans grand souci du thème du film ni même au fond de la photo.

L'éternité et un jour
«La distance qui nous sépare
n’est pas une route,
les kilomètres
et les pensées,
mais c’est la mer.
On n’entend que ta voix
à l’autre bout du fil.
Je n’ai pas eu le temps
de te demander
combien de solitude
les bateaux contiennent.»
(Mario Alexopoùlo) dans «douze jeunes poètes» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503755

Paysage dans le brouillard
«Peinture grise de terminus des cars
verte de commissariat
marron de salon de coiffure le matin
blanc sale du dispensaire
à l'autre bout du port
couleur pistache d'épicerie familiale
sols en plastique et chewing-gums écrasés
tables en formica rayé
plafonds lisses et poutres de béton
toutes choses de même teinte éclairées
par les mêmes tubes fluorescents...»
Titos Patrikios dans «les poète de la Méditerranée» Poésie/Gallimard

Le pas suspendu de la cigogne
« Corps éteints. Silex humides et sel et beaucoup de pluie.
Les arbres, les clochers ruissellent, moites les doigts du Tout-Puissant.
Ce grand filet de brume et d’eau et au-dessus les sommets.
Passe le facteur il fait des noeuds pour ne pas se perdre. À une corde noircie par les ans. Portant des messages et diverses monnaies. Veste trempée, la sueur dans la chemise.
Herbe des sommets ah ces corps qui t’abreuvent.
Ah source qui ne veux pas finir. »
(Mihàlis Ganas) «Yannena la neige et autres recueils» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501973 là c'est vraiment très loin..

L'apiculteur
«On ne peut que l’avoir remarqué
les abeilles deviennent quand elles brûlent
comme du velours tendre et rouge
fragiles comme la pupille nue d’un œil bleu —
puis meurent.
Cela sûrement précédé d’un feu
qui fait fondre les rayons
et de la montée au ciel des derniers rêves
de la ruche.......»
(Vassilis Amanatidis) dans «douze jeunes poètes» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503755

Le regard d'Ulysse
«Grande instructrice l’armée avec sa flotte
De toutes les catastrophes
Et pourtant sur le front, dans les campagnes et dans les villes Nous attendent
La gloire et l’écume d’Aphrodite
Bien au-delà des stèles des musées
Droit au cœur de la vie quotidienne
L’asphalte des fondeurs ne lui convient guère
La gloire marche mieux dans la poussière des avenues caillouteuses...»
(Andreàs Embirikos) «Oktàna et Ce jourd'hui» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502949