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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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dimanche, août 04, 2013

Lectures trop effleurées


premier éveil après sept heures, me dire que devrais être neuve comme un bébé, faire un pas dans cour, voir le ciel jeune mais avec ce léger voile qui parle de lourdeur – penser que suis un peu même,

décider de s'offrir la facilité d'un repassage par autrui, mettre dans sac trois chemises, trois robes, y ajouter un pantalon sale, et partir d'un pas quasi conquérant dans la ville, le temps d'un fragment de rue... avant que le coton, le vague, le flou d'une lassitude extrême m'enveloppe toute, 

la sorcière partant à l'abordage qu'étais encore il y a quelques jours s'est évanouie.
continuer d'avancer, tout doux, tout doux, sourire, penser que devrais m'occuper de Babelio, secouer épaules en refus, penser que devrais faire liste de lectures de juillet, savoir que ce serait très bref, mon appétit de lecture étant en ce mois devenu très virtuel, une tendance à accumuler, à effleurer quelques lignes, à se laisser appeler par autre chose, un rayon de soleil, un bobo, une tache, une autre lecture, un spectacle, le sommeil, le divin et toujours décevant sommeil

Ce serait, en très lente avancée pour les soupers d'après spectacles et billets, aux petites heures du jour futur, la dernière aventure d'un homme de quarante-cinq ans, de Rétif de La Bretonne – me demande si l'envie qui m'a prise de renouer avec ses torrents de mots, de sentiments tendres, d'ambiguïtés, ne tient pas à son efficacité comme bonnet de nuit, souriant, un peu agaçant, efficace pour m'accompagner vers l'assoupissement.

Ce serait, par petites fractions dans les files d'attente, en reprenant un peu au hasard, les marque-pages s'évadant, les quelques pages du socle des vestiges de Niangouna
Poufiasse de mortadelle échappée de la poubelle. On ne se cherche pas par l'autre. L'autre on le vit, on le supporte, à l'endroit où il nous échappe, lui et tout ce qui lui passe dedans.
ou les derniers poèmes d'Hölderlin, pour leur beauté, pour la translation dans sa campagne hivernale quand j'attendais dans le cagna, au milieu des pas
C'est le repos de la nature, le silence des champs
Est comme l'être spirituel de l'homme, et plus nettes se montrent
Les nuances....
Ce serait, trop proche, Avignon à vie de Pascal Rambert
Ce serait des incursions dans polar un peu idiots, et trop connus.
Ce serait le voyage bourguignon et la possibilité de lire normalement Limite de François Bon, seule vraie lecture peut-être, avec, rodant dans mon souvenir, les billets parus sur le tiers livre, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503625/limite
Je ne connaissais pas, à l’époque, la phrase de Roland Barthes : « On écrit toujours avec de soi.» Le roman tient sans doute sa magie de cette extrapolation : on rend transmissible une expérience, ou du moins on construit que la lecture témoigne d’une expérience, quand cette expérience n’est pas la vôtre directement. Je n’ai pas joué de guitare électrique solo dans un groupe rock des années 70, et encore moins aurais su participer à un match de football.




Ce fut parvenir à regagner l'antre avec draps propres, pot de confiture raffinée trouvé en chemin et robes et autres affûtiaux nettoyés, se glisser entre les motos qui prennent ma porte pour un garage, juger que sont pas tant, que point n'ai besoin de rouspétance (une fois par semaine environ, pour que soit dégagée pendant quelques jours)
Ce serait caresser des yeux les deux piles en attente, savourer l'idée d'y plonger, ne pas aller au delà.
Voulais me rattraper, mais ne sors pas de mon état un rien végétatif, et pourtant ne connais rien de mieux que lectures belles pour renouer avec monde, réellement, autrement qu'en flottant à la limite de l'abandon sur sa surface. Et ce m'est spécialement difficile ces jours sur l'ordinateur, yeux tirant encore plus et en grand désir de se fermer.
Mais tout de même, chez Benoît Vincent – oublis et essarts dans le http://www.amboilati.org/chantier/journal-de-carlos-futuna-02/ en lente et gourmande lecture, peut-être justement plus proche d'une vraie attention
Ces délaissées. Comme hier à la mer je me faisais réflexion du contenu des laisses de mer, entre morceaux de plastique, ailes de libellules noyées, cris de marins, petites boules de pétrole, pelotes de posidonies, un peu comme si la mer, grand organisme omnivore, déglutissait l’indigestible au rivage (à notre face, en somme).
Eh bien la terre aussi a ses laisses, ses oublis masqués par la forêt, dans les essarts. Ce pays est plein de recoins, d’impasses, de lieux inexplorés, oubliés par l’étrange passementerie des routes, des autoroutes, par l’orientation des vallées et l’imbrication des maisons dans les villes ; des erreurs spatiales : des lieux qui ne mènent nulle part et qui ne sont, eux-mêmes, rien. Il y a en a partout, en ville ou à la campagne, dans l’espace public ou dans l’espace privé, au nord comme au sud. Un grand gaspillage d’espace, précisément parce que, le replat étant rare, on cherche à optimiser le moindre carreau de terrain...
et notre acceptation de ce monde parsemé de nos déchets
et puis entrer lentement dans l'abécédaire en cours de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3621 et cet entame que sens, que dois accepter, qui ne saurais être aussi productif
ABANDON
Je ne sais pas si le plus important de ce qu’on apprend avec l’âge, au rebours du métier ou pour se défendre de lui, ce n’est pas la capacité d’abandon. Les conséquences ne vous intéressent plus, elles ne sauraient que partiellement vous rejoindre. On laisse venir, on lance et c’est tout soi qui tombe – ça hante parfois, dans les rêves. Mais c’est pour cette capacité même qu’on atteint ce qu’on aurait su décider. Souvent, c’est plus étroit, plus limité que ce qu’on aurait espéré. Mais abandon encore en cela, qu’on l’accepte tel, qu’on y campe. C’est de sa curiosité dans l’abandon qu’on s’arrête un instant, qu’on place l’une après l’autre les pièces, que pour les regarder plus à nu on en fait un abécédaire.
En cueillir un peu tous les jours, et ne jamais le rejoindre.. (suis allée plus loin tout de même !)
avoir cela en tête, et dans un autre genre les foisonnants billets de Giovanni Merloni avec son alphabet renversé de l'été 2013 qui en est resté provisoirement à la lettre Q ou quintessence http://leportraitinconscient.com/2013/07/30/q-ou-quintessence-mais-de-quoi-alphabet-renverse-de-lete-2013/
Quand on arrive à la lettre Q, on s’aperçoit tout de suite de son inquiétante présence quantitative et qualitative dans nos querelles et quiproquos quotidiens : «en quête de quoi les gens du quartier ondoient-ils tous les jours entre le quai du canal et le quai de la gare ?»

En Angleterre, en Italie aussi, une question semblable serait considérée comme un véritable quiz, auquel presque personne ne saurait répondre. En France, il y a bien sûr le Quatrain quotidien d’Élisabeth Chamontin — et bien sûr la voix immortelle de Raymond Queneau — pouvant lui donner des réponses quand même adéquates, sinon quasiment parfaites.
Et sentir naître une envie de dresser, dans le vide de ce mois, plus simple, plus primaire, mon petit abécédaire – copieuse suis (non, puisque ça ne saurait être la même chose)


La pluie est venue, un peu après midi, avec grondements dans le lointain, clapotement calme sur les dalles, et les plantes se sont redressées, buvant avec une gratitude bienheureuse. (cela n'a pas duré)
Ai continué un peu ma promenade à grands pas sur internet avec le plus récent billet de Pierre Ménard http://liminaire.fr/derives/article/je-marche-dans-mes-traces sa contribution à la quatrième semaine (sur 10) de l'atelier d'écriture en ligne de François Bon – me perdre dans sa lecture, admirer, espérer être en état, faute de m'être crue capable d'y participer, de lire la semaine prochaine toutes les contributions (nombreux sont) sur http://ouvrez.fr/
et regarder les livres en attente, tous désirés, et penser à nerval http://nerval.fr/ que j'ai trop négligé et....
me faut des forces et heures que je n'ai point, me faut reprendre appétit durable, et cesser de papillonner
attendre la nuit, regarder le DVD du film Claude Régy, la brûlure du monde d'Alexandre Barry joint au très beau livre entamé après le concert, continuer après
Les Chinois disent que ce vide qui est entre les traits, entre les objets représentés, que ce vide est un élément d'une part d'intériorité et d'autre part justement un élément d'échange, un élément de communication. C'est à dire que quand on représente une montagne dans l'eau – sans parler du reflet – on représente que l'eau peut être montagne et que la montagne peut être eau. Et c'est dans le vide entre l'eau et la montagne qu'on sent cette communication., cet échange de substance...
et avoir chargé sur le Kobo, l'emportement d'André Markowicz, qui n'est un si merveilleux passeur et traducteur que parce qu'il est poète http://www.publie.net/fr/ebook/9782814507579/l-emportement
FORAGE
à l’arraché, au jour
le jour, à source en faute, l’air
épars avec la soif,
la sourde soif,
et là tirer mon chapeau absent à celui, celle ou ceux qui se seront donné le mal de lire cela, ou plutôt jouer rêveusement avec une mèche en y pensant, c'est plus féminin, et leur murmurer «c'était bien inutile, c'était comme remonter un moteur, cela ne concernait que le chauffeur»

samedi, juillet 20, 2013

Festival – jour 14 – peu et long - s'interroger, continuer - poésie et négritude


Savoir tout ce qui est là disponible, savoir aussi que je lasse avec mon truc, ma pérégrination ou non pérégrination dans le festival

se demander s'il est bien utile de rajouter une heure environ ou plus à en tenir petite chronique insuffisante sur Paumée
se sentir si seule, perdue là dedans, parfois, mais c'est là
et pour Paumée, se souvenir que cette chronique est pour moi surtout, alors avancer, petit, petit, juste noter comme des petites pierres, et là, ce vendredi matin, pendant que mes cheveux sèchent, que mes jambes frictionnées passent du violet au rose, que lentement la plomberie intérieure se remet en marche,
se souvenir de la pluie de feuilles lumineuses dans la chapelle des Pénitents blancs et de la jubilation spirituelle en suivant Nicolas Truong dans le Projet Luciole et de la présence, la voix, l'esprit de Nicolas Bouchaud
se souvenir de la nuit de Boulbon, de la chèvre, de la haute et frêle et courbée et touchante silhouette de Mathieu Montanier (merci Arnaud Maïsetti pour son nom), des deux couples entre lesquels j'étais assise et de la communion, de un somnambule qui glisse le long d'une corde à linge mais jamais ne tombe et jamais ne reste debout.. il glisse sans cesse et son périple est sans fin, de C'est étrange ce que je suis devenu, je me surprends en train de mourir, des cordes autour du cou du gardien, des silhouettes cornues, du disque qui roule, de les gens meurent par fatigue, par habitude c'est tout mais aussi de la danse et de savon de Marseille, ora pro nobis – les cuisses de Monique, ora pro nobis
se souvenir des silhouettes de Cécile Portier et Juliette Mezenc, se souvenir de la fragilité, du courage, de l'intelligence, du charme et de la force
se souvenir de Germinal et du rire qui monte, libre, joyeux, sans aigreur
se souvenir des moments où le soleil se fait tendre sur la peau
se souvenir de la beauté de l'ombre pétrie de lumière
se souvenir de la silhouette mince de Faustin Linyekula et de l'énergie de ses danseurs dans la nuit de Mes Célestins
se souvenir des sujets à vif et de Perlaborer
oublier le public de ce soir là dans la cour, ou d'une partie, se souvenir de ce moment où Jane Balibar nous a perdus dans le dernier monologue mais aussi des corps lançant les mots, de Handke, de Hans/Nordey Ne détourne pas vers le rêve les chères, les bonnes choses durables, montre-les-nous en plein jour, mets-les en plein soleil aussi proches que lointaines et rends-nous parfois libres pour l'arbre, «arbre», le fleuve, «fleuve», pour la plaine d'un vert bienfaisant, pour le dos des montagnes, étincelant siège des dieux, pour les nuages comme avions du matin, pour la fleur comme calice-refuge. Laisse-nous ce soir être ceux que nous sommes – les hommes d'un temps originel, la lune derrière les branchages, les coquilles d'escargots dans la glaise... et de la gardienne du chantier
se souvenir des retours dans la nuit et dans la ville qui résiste encore avec langueur à l'assoupissement
se souvenir de sourires, de gestes fraternels dans la foule, des enfants
se souvenir de la pluie aux Carmes, des comédiens jouant, de leur façon de créer leur monde et nous inviter dans leur village, de la troupe de Jan Lauwers
ne se souvenir que de l'envie de voir les hommes de Christian Rizzo, accepter l'abandon, rêver d'avoir vu «d'après une histoire vraie» et se réjouir de ce qui semble un succès
se souvenir de la musique de Jodlowsky à Saint Martial
se souvenir du courage fatigué et souriant des acteurs-tracteurs et d'avoir croisé un clown harassé dans une rue noire
se souvenir des jardins, des matins avec l'Afrique entre fontaine et souriante façade à Mons, des platanes bien-aimés de Calvet et de Dieudonné Niangouna, André Wilms, d'autres, des jambes allongées sous le cèdre du théâtre des Halles
se souvenir de la miraculeuse et très brève vie des roses et des pieds nus dans la cour au petit matin
se souvenir, un peu moins, d'autres spectacles, lectures, expositions, savoir que c'est peut-être parmi ce magma que se cache ce matin ce qui sera le plus important pour moi
se souvenir de la gentillesse des lecteurs qui m'ont portée, et leur rendre grâce
arrêter, faire la cuisine, coiffer cheveux presque secs

et voilà que je me demande si je garde cela (et tant pis, le fais) parce que :
émerger d'une longue sieste pour partir dans l'air lourd d'une promesse d'orage (qui s'est dissipée comme par miracle dans le cours de l'après-midi)

partir, par les petites rues, petit arrêt rêveur devant le libraire d'ancien, et faire grimace ironique en réponse à une question (à moins que ce ne soit une constatation, peut-être dépitée)

arriver au Centre Européen de Poésie (me demande pourquoi je n'y passe jamais, timidité je crois) pour la seconde des conférences de Daniel Maximin Aimé Césaire, frère volcan 

attendre en regardant une petite exposition d'objets et d'art africain, des photos d'acteurs de Christian Roger (prises avec une lampe de poche dans le noir qui suit immédiatement le spectacle) et puis avec une très sympathique conteuse guadeloupéenne, amie de Maximin, qui fait partie de l'équipe de la Chapelle du Verbe incarné (aller l'écouter lundi si je me réveille assez tôt)

rencontre brève avec Maximin et installation (nous étions douze) dans une petite salle spartiate mais dont j'aime les très hauts bancs de bois

(et s'il est d'une courtoisie charmante, mon appareil photo n'a pu le saisir), deux heures assez passionnantes sur la négritude qui est universalisme et tout sauf un racisme, une intervention qui charriait des retours à Césaire, sa jeunesse, le Cahier du retour au pays natal bien entendu
qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde, mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer, et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la force, et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'a fixée notre volonté seule et que toute étoile chute du ciel en terre à notre commandement sans limite
à la revue éditée pendant la guerre par lui, par Senghors, Suzane Cézaire, d'autres encore et Léon Gontran Damas
car le rire est nègre
car la joie est nègre
car la paix est nègre
car la vie est nègre

passer par la révolution, l'arrivée de Napoléon et la régression, la Guadeloupe écrasée, mais Haïti... (et les soldats envoyés à Haïti, hongrois et polonais devenus haïtiens), arriver à Jacques Roumain
Sur les rails du Congo-Océan
mais je sais
des suaires de silence aux branches des cyprès
des pétales de noirs caillots aux ronces
de ce bois où lynché mon frère de Géorgie
et berger d'Abyssinie
les haïtiens et autres, présents dans la guerre d'Espagne, parce que nègre veut dire homme, (et avec eux Wilfredo Lam... sourire de Brigetoun en entendant le nom de ce peintre qu'elle aime et dont on ne parle plus guère)
apprendre aux maîtres d'esclaves qui nient leur propre humanité à redevenir homme....
revenir à la Guadeloupe, faire un détour par la Nouvelle Calédonie, et l'Algérie de Fanon..

Nous étions si bien que, pour laisser la place à un spectacle, nous nous sommes retirés, un temps, dans la cour baptisée jardin (et quand suis partie, tentant une photo, freinée par petite honte, Maximin bien entendu a de nouveau disparu)

La directrice du Centre a eu l'intelligence de poser sur la table un livre édité par la réunion des musées nationaux à l'occasion d'une exposition de Lam au Grand-Palais, sous la direction de Daniel Maximin Césaire & Lam insolites bâtisseurs et je n'ai pu résister à la tentation de me l'offrir (un dialogue entre les Cahiers et la Jungle de Lam – des textes dédiés à Lam ou à propos de lui par Pierre Loeb, et Breton, bien sûr, Aimé et Suzanne Césaire, Benjamin Péret, Pierre Mabille etc...) 

et une série de poèmes écrits par Césaire sur des eaux-fortes de Lam comme sur nouvelle bonté de 1969 un poème de Moi laminaire (1982)
… des oiseaux vampires tout bec allumé
se jouant des apparences
mais aussi des seins qui allaitent les rivières
et les calebasses douces au ceux des mains d'offrande

retour sous ciel bleu, à petits nuages doux,

suis passée à l'opéra, j'ai essayé d'avoir une place pour le spectacle de Pippo Delbono, n'ai pas pu,
suis rentrée arroser, faire cuisine, pondre ce billet ridiculement long, voir que la nuit est là, entrer dedans tout doux avec des poètes
se préparer à une nouvelle salve de spectacles, ne pas oublier que dois en émerger aussi fraîche que possible, prête, pour la fête familiale à Sancerre.

jeudi, juillet 18, 2013

Festival – jour 12 – Niangouna à Calvet – un demi très bon Germinal – pluie – cour d'honneur dans la cour


saluer les quelques olives qui croient encore qu'elles auront vie complète, repasser un peu avant que la chaleur monte, vêtements pour le jour, les pendre, en sortir autres parce que l'humeur le veut...



partir à travers terrasses préparées pour le déjeuner,


dans la lumière de la rue Joseph Vernet

vers la cour de Calvet


pour la première des lectures à 11 heures 30 programmées sous le titre de «Voix d'Afrique» par France Culture.

un rêve d'au delà un inédit de (et lu par) Dieudonné Niangouna
texte prodigieux (vraiment, ou l'ai senti ainsi) que j'ai écouté et dont je ne saurai parler, alors vous conseille de guetter dans la grille d'été de France Culture quand sera programmée (comme prévu) cette série de lecture, et vous le montre, ce qui ne vous dira rien

La voix est parfois un peu assourdie (par les aigus des voix africaines qui ne s'y trouvent pas ?) - débit, pulsion qui est celle du texte, qui en rendent les noeuds, le rythme
On aurait dû mourir tous à la fois...
et la peur de la mort a pris tout son sens parce qu'on a compris qu'on ne mourrait pas tous à la fois...
l'histoire que je vais vous raconter mes enfants n'est pas l'histoire racontée, mais celle que nous sommes en train de vivre...

mais j'ai abandonné, parce qu'il est vain d'espérer noter les envolées de cette langue qui se précipite, classique et populaire, qui charrie une colère véhémente retravaillée par la poésie, une maîtrise, une ironie.

Il y avait une histoire de démon... et puis il s'est arrêté, est retourné vers l'horrible cahute de France Culture et ses fausses tuiles, que seul l'intérêt de ce qui est diffusé rend tolérable. Il était midi, j'ai trouvé que c'était bref mais dense et puis au moment de traverser le vestibule entre les deux cours ai entendu la voix revenue..

revenu avec un oiseau dans la géhenne, avec nous venus du ciel avec nos sacoches de chair, avec la haine envoyée à la gueule des biens-pensants, avec une cruauté  imaginaire, des sévices soigneusement décrits..

Il parle de son écriture, du rôle qui lui est imposé, d'homme noir, de colère.. mais lui là dedans ? (bon c'est beaucoup mieux que ça)
Je parle.... J'ai peur du silence.. parce que dans le silence c'est l'intérieur, et qu'à l'intérieur je suis fragile (paraphrasé maladroitement) etc..

regagner l'antre, en slalomant entre les passants – cuisine, trois quart d'heures de sieste, vaquer un peu, 

partir sourire accroché et petite angoisse, crâne lourd, joues brûlantes, crainte de la climatisation de Benoît XII

le calme revenant peu à peu, marche tranquille et brumisation

longeant les murs, l'ombre, heurtant les affiches

avec une envie de m'installer un moment à côté de cet homme, de la gentillesse de son sourire, du charme des mélodies renaissance

faire un détour pour aborder la rue des teinturiers et sa petite foule



maîtriser l'attente, le premier contact avec la climatisation, s'installer en haut au milieu d'un groupe de gens de théâtre (directeur d'un,je ne sais de quelle ville, enfin des gens que l'on devrait connaître) – échanges détendus et intelligents ou légers – gentillesse peut-être un peu trop nette pour la petite vieille (juste le petit soupçon de très légère condescendance nécessaire pour me doper)
et puis quand la salle a été enfin pleine, Germinal d'Antoine Defoort et Halaury Goerger, interprété par eux et Arnaud Boulogne et Ondine Cloez – un spectacle «épatant»

une photo prise sur le site comme cette partie de la présentation du spectacle
Peut-on classer toutes choses en deux catégories : celles qui font pocpoc et celles qui ne font pas pocpoc ? Difficile de répondre sans essayer. Les protagonistes de Germinal fabriquent un monde à partir du néant – ici, un plateau de théâtre nu – et se heurtent à des problèmes aussi absurdes que fondamentaux, provoquant rire et étonnement. Eux-mêmes ne sont pas vraiment des humains, ni même des comédiens, avant d'avoir découvert la pensée, le moyen de la communiquer et de pouvoir ainsi former une communauté. Une micro-population dont les membres tâtonnent et se cognent, trouvent et fanfaronnent, se défient parfois, mais construisent ensemble, immanquablement.
Et les rires fusent d'autant plus qu'ils expriment (par écrit au début puisqu'ils découvrent que ce qu'ils pensent s'affichent sur des panneaux... le son et les mots viendront ensuite) leur étonnement, leur découverte, dans une langue d'une belle intellectualité, dans une langue de salle des professeurs (j'imagine) ou de galeriste, ou de centre culturel.
Seulement là, fureur, parce que peu à peu se réveillait, réprimé résolument, mon vieux petit problème (que l'on ne saurait dire) que je refoulais sous mon rire sincère mais au bout d'une heure à peu près j'ai dû abandonner...

pour que cela se calme dès les premiers pas hors du théâtre – furieuse étais, mais le plaisir de ce que j'avais vu primait.

Moi, d'autres, la rue des teinturiers presque entière (j'exagère un peu) regardions avec inquiétude le ciel

qui a crevé en pluie d'orage quand suis arrivée place Pie.

Pluie molle d'ailleurs dont les gens se protégeaient, qui mouillait à peine les passants, Brigetoun, ne calmait pas la chaudière de mon crâne.

Remettre carcasse à peu près d'aplomb, regarder ciel, partir pour la cour d'honneur voir la cour d'honneur de Jérôme Bel depuis ma très mauvaise place (tant pis) tout en haut.... prendre parapluie parce qu'une petite ondée marque mon départ

grimper sur le côté du palais pour les entrées des deuxième catégorie

et sermonner carcasse en admirant la beauté du ciel et des masses sombres qui se déchiraient

grimper, être impressionnée à la vue de cette dégringolade vers le plateau (n'étais jamais montée aussi haut), voir se garnir les gradins, blaguer un peu avec mes voisins
et regarder

Jérôme Bel voulait faire depuis longtemps un spectacle sur la mémoire d'un théâtre, sur la mémoire des spectacles qui y auraient été présentés. On sait que des spectacles, de la représentation spectaculaire proprement dite, il ne reste rien, sinon dans la mémoire des spectateurs qui ont assisté aux représentations. Car c'est justement la nature même du spectacle vivant que de mourir, de disparaître. Ce qui fait à la fois sa grandeur et sa faiblesse. C'est en pensant à la Cour d'honneur du Palais des papes, sans doute l'un des lieux les plus symboliques du théâtre en France, qu'il imagina une solution : un spectacle mettant en scène des spectateurs qui racontent eux-mêmes leurs souvenirs de ce lieu et des spectacles qu'ils y ont vus. Les spectateurs invités à participer à ce projet sont des amateurs de théâtre, ou pas. Ils ont entre onze et soixante-dix ans ; ils sont étudiant, professeur, graphiste ou infirmière ; ils habitent à Vichy, Avignon, Paris ou Clermont-Ferrand
De là où nous étions les acteurs (ou spectateurs-acteurs) étaient de petites silhouettes écrasées de toute notre hauteur, cloués presque contre le mur.

(photo du site du festival)
L'idée était séduisante, les spectateurs ont préparé leur texte (avec soin et lyrisme pour un professeur en retraite, qui fait assez merveilleusement passer son amour du théâtre à travers un texte très travaillé, peut-être un peu trop mais d'autant plus sympathique – avec soin et timidité pour un passionné de théâtre qui, plutôt que de prendre la parole en détail, trop de souvenirs, a établi un texte d'une dizaine de pages disponible pour qui le voulait et que j'ai bien entendu pris) ils sont tous, ou presque attachants.
Pour ponctuer ces petits monologues, certains des spectacles sont évoqués – l'homme qui grimpait le long de la façade dans Inferno de Castellucci réédite cet exploit (étant située plus haut j'avais juste un peu moins peur pour lui), Isabelle Huppert qui est en Australie a enregistré une scène de Médée, Agnès Sourdillon joue, le professeur lui donnant la réplique, une scène de l'Ecole des Femmes, une petite fille se souvient d'enfant de Charmatz qui avait fait un petit scandale, des enfants étant manipulés comme des objets, avec jubilation, reprend la course des enfants révoltés derrière les parents, se souvient du traitement qu'ils leur infligent etc...
Un drôle d'objet, qui s'effiloche deux ou trois fois, qui sait pourtant nous retenir, nous faire rire souvent (peu de départs), qui est agréable, joue de notre connivence, que j'oublierai sans doute assez vite.....

et une belle idée. J'aime ces mots de Jérôme Bel
J’ai cette théorie que le spectateur est un paramètre nécessaire à la représentation théâtrale. La représentation spectaculaire ne peut avoir lieu que si les trois fonctions suivantes sont activées: l’auteur, l’interprète et… le spectateur. Il faut savoir que, même si je suis identifié comme chorégraphe, la danse n’est pour moi qu’un moyen, certainement pas un but. Je veux dire que ce qui m’intéresse plus particulièrement, c’est le dispositif théâtral lui-même, que je définis ainsi: des personnes assises dans le noir qui regardent d’autres personnes agissant dans la lumière. Ce dispositif du théâtre occidental, qui a subi de nombreuses modifications depuis le théâtre grec jusqu’à celui que nous connaissons aujourd’hui, est une de mes obsessions. J’essaie de comprendre comment à travers ce dispositif fonctionne la représentation spectaculaire.