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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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dimanche, mars 15, 2009

samedi, pieds nu, tête levée, en suçant un Batna, à sept heures du matin, ciel bleu d'une douceur transparente, et une cloche, qui témoigne de la justesse du mot argentine, s'effaçant quelque part dans cet azur. Je retourne me coucher, l'âme sereine.
Brigetoun traître, vipère lubrique (pourquoi diable ? parce que les mots se suivent), ploutocrate égoïste, émerge, dolente, à dix heures passées et renonce à se faire violence pour arriver à participer, marché fait, à un cercle du silence en fin de matinée.
A la place se lave les cheveux et fait dessaler de la morue.
Brigetoun, stupide, marmonne un juron en vérifiant l'heure d'un concert (cantates de Bach à la chapelle Saint Louis) qu'en achetant le billet elle situait en début de nuit, constate qu'il a lieu à 17 heures comme le concert des élèves du conservatoire pour lequel elle a également un billet - pèse, choisit Bach

et part dans une ville que les habitants investissent, comme pour un premier samedi printanier.
Une mini foule devant les vitrines (et je rêve en pensant à un mariage à venir, mais j'en resterai là) et après la rue Saint Agricol, des trottoirs filant pour moi seule ou presque dans la lumière toujours douce, un peu poudrée et la douceur de l'air
.
trois cantates très différentes : BMW 202 dite du mariage, d'avant Leipzig,
Disparaissez, ombres affligées,
Froid et vent; apaisez-vous !
Les délices du printemps
Ne verseront dans notre coeur
Rien d'autre qu'un bonheur allègre
..."
pour une soprano Paitra Ahlander Antonini, silhouette anguleuse en longue jupe plissée noire, petits cheveux blonds ébouriffés, voix qui lutte, se marie avec le hautbois souple, merveilleusement mélodieux (pour moi la plus belle voix du concert) de Laurent Georgel, qui la domine un peu - soprano qui éclate ensuite sur le continuo orgue violoncelle avec une belle force ronde...

la cantate BMW 170 pour le sixième trimestre après la Trinité - pour alto (carte de visite impressionnante, très belle voix sans sécheresse, avec - mais il semble que j'étais seule à en juger ainsi; sans doute à tort - une tendance au dérapage dans les descente) hautbois d'amour, cordes (deux jolis violons, un alto, un violoncelle, orgue concertant et continuo
Légèreté et simplicité apparente; souplesse de la mélodie

la cantate BMW 193 pour l'élection municipale de la ville de Leipzig en 1727, incomplète, reconstituée en partie
avec un second hautbois (les deux jouant la partie d'une trompette), un ténor et une basse -
le premier mouvement, repris en final, allègrement triomphal avec les quatre chanteurs réunis en coeur,
Public heureux (où je commence à connaître des têtes) beaux interprètes, et retour dans le soir qui descendait

en rentrant, petite flânerie dans ce qui me sert de bibliothèque, à la recherche de la musique, des mots pour la dire, de sa façon de dire les mots, et je m'en tiens aux premiers, les plus instinctivement sollicités
"Consciemment ou non, la musique vise à se retirer dans sa propre totalité, à vider le texte de son sens lexico-grammatical traduisible. Elle cherche à vocaliser entièrement la phonétique, les syllabes signifiantes du langage. Les mots doivent être fondus en pures vocalises. Dans son tour rival, le lyrique, le libretto verbal, le passage biblique, entend accéder à la parité ou, en fait à la prééminence.... Pourtant, la musique et la danse sont elles-mêmes des mouvements et des figurations primordialité de l'esprit humain, qui déclarent un ordre de l'être plus proche que ne l'est le langage de l'inconnu de la création..." George Steiner "Errata"
"Impossible à projeter comme telle, sur un écran extérieur en des repères visibles au-dehors, la musique, quand on l'écoute, vous oblige à la suivre en trajets intérieurs" - Henri Michaux "passages"
"elle préférait concentrer dans ses cordes vocales toute la magie du moment - dans ses cordes vocales et sa respiration.... La scène sur laquelle elle se produisait était presque circulaire, on aurait pu la comparer à la bouche refermée d'un cratère. En son centre, la mudang se lamentait et créait sans cesse de la beauté, quelque chose d'éphémère et fondamental que seuls les morts ou leurs semblables pouvaient entendre" - Antoine Volodine "songes de Mevlido".

jeudi, février 08, 2007

ennui - Le ciel ne s'écoule même pas, il est triste - et je suis vide, totalement, flottante - paumée suis, seul mon corps se manifeste un rien péniblement, par moment.

Et j'ai cru entendre que notre ministre de la défense, aux belles étoles et grand sourire était venue à Toulon avec Nicolas Sarkozy, pour, en annexe au show, une visite de beaux bateaux (pas dans une des barques à crieurs que l'on prend sur le quai, devant Monsieur de Cuverville). Si cela est vrai, paumée suis ou perplexe devant cette question : le ministère de l'intérieur s'étend-t-il à la mer, ou tous les candidats à cinq cents signatures auront-ils droit à cette visite guidée ?

Pardon - pour changer : douceur il y a partout, et dans le monde glauque ou dur de Dondog de Volodine, me suis arrêtée, tout à l'heure, sur ce paysage : "Les étoiles se dissolvaient dans le ciel déjà d'un beau gris-bleu abyssal. Autour de l'étang que ternissait une mince pellicule, des oiseaux commencèrent à pépier. Je crois qu'il s'agissait de traquets des steppes, mais, à cette altitude, je n'en mettrais pas ma main au feu, dit Dondog. Des bêlements fusèrent dans les étables, un hennissement retentit. Une cuvette de fer fut déséquilibrée à l'intérieur d'une yourte et tomba."Posted by Picasa

mercredi, janvier 17, 2007

Le gris nous a rejoint. Et j'ai marché le long des rues en rentrant de mon cours d'italien, cherché un semblant de couleur dans le mastic et le bleu passé de cette façade, oasis au milieu de la pierre grise des hôtels, compati et repris en moi la douleur de l'arbre taillé sans pitié en attente d'une jeunesse qui reviendra, dit-on, avec ses moignons dardés vers un ciel qui avait choisi de l'ignorer, de ne lui accorder aucun espoir de renouveau. Femme suis, petite et ancienne, et malgré l'expérience et la science des siècles qui nous ont précédés, l'idée d'un printemps m'est chaque année un pari vertigineux.
Posted by PicasaRessourcée dans la vue de la plante qui s'écoule à côté de mon bureau, et de son vert obstiné, j'ai trouvé dans le sommeil une fuite devant de nouvelles petites vagues de mes bobos. J'ai émergé dans la nuit descendue, un peu cotonneuse, pour renouer avec les bruits du monde et frotté le sol pour faciliter le passage, et puis, écouté, par hasard et un peu à contre volonté, "garde fou jusqu'au bout de la nuit" sur France Culture (nuits à Sainte Anne, dans "les pieds sur terre").
Quel est le rôle, dans cette grisaille interne, de Volodine et de ces passages, au début de Dondog, plus poignants que les horribles expériences à venir, la solitude de l'enfant accusé à tort par une mère aimée, et son incompréhension de la crainte contenue dans la rigueur de cette dernière.
"Le ciel derrière la mère de Dondog était parfois blanc, parfois gris-vert, parfois noirâtre. La balustrade sur le balcon se hérissait de poussières aimentées, les murs de la salle-à-manger tout entière de vêtaient de brèves buées épineuses.... La mère de Dondog n'attachait aucune importance aux vents magnétiques qui rôdaient à une allure vertigineuse au-dessus du pays....
De nouveau, elle l'appelait Dondog Balbaïan et elle se désolait d'avoir accouché de lui. L'accouchement avait été douloureux et il avait été critique, et elle se désolait du résultat. Dondog se représentait la partution avec horreur. Il recevait sans filtre la souffrance de sa mère, et il ne savait comment y réagir"...
et sans doute a-t-il conscience de l'irréalité de ces regrets. Puis, le résultat, ce qui fait de lui le futur personnage du livre, le faux aveu. "Il n'y a pas d'âge pour faire mourir la vérité... il y a un moment dans la vie où il faut commencer à confondre en soi la brûlure du mensonge et la brûlure de la vérité, et à entretenir cette brûlure pour les cinquante ou soixante ans de désastre que l'on peut prévoir devant soi encore".
Secouons la poussière, et ayons l'âme en joie.

vendredi, décembre 08, 2006

la lumière, mon amie, qui m'est presqu'aussi vitale que l'eau au rouget. (ou à la sardine)
Je ne supporte une pénombre, qui peut être quiète, délicieuse, douce, que par la certitude que la lumière est là, à portée, filtrant par les persiennes ou la voûte. Et qu'il suffirait de quelques pas, ou d'un geste, pour qu'elle me baigne.
J'aime la nuit parce qu'elle n'est, chez nous, jamais totale - mais l'horreur de penser que, même si une lumière est au bout du chemin, une vraie lumière autre que la lueur qui souligne les arbres et les dessine sur le ciel, l'abri lumineux et tiède qu'elle promet pourrait ne pas s'ouvrir.
L'image de l'effroi et de la désespérance au début de Dondog d'Antoine Volodine : Maintenant il avançait pas à pas, en laissant sa main droite explorer le terrain. Les nids de poussière humide se succédaient sous la pulpe de ses doigts, les ruisselets et tuyaux visqueux, les aspérités friables, les pointes. Entre une progression sans lampe dans une mine de charbon et l'actuelle promenade, la différence d'ambiance était mince.
Et le lisant, je jouis de la peur.
Mais il a fallu que je m'installe à Avignon pour perdre l'habitude prise de dormir avec une lumière. Posted by Picasa

vendredi, août 11, 2006


Dans la douceur du jardin toulonnais, sur le banc sous le microcoulier ou dans une chaise longue, dans le confort tout relatif du TER, dans la nuit de mon antre retrouvé, je découvrais Volodine (en commençant bien classiquement par des anges mineurs), sous l'influence de Berlol - j'ai presque toute mon éducation à faire pour ce qui a été écrit après les années cinquante.
Dans mes essais, j'accroche ou non, et là ce fut oui. J'ai commencé par goûter l'humour désespérant dans les premiers récits ou narrats (récits ne va pas du tout) mais les pages que j'ai retrouvées cornées jeudi soir étaient différentes.
Une distorsion qui rend plus vrai ou plus sensible le constat "Les humains étaient à présent des particules raréfiées qui ne se heurtaient guère. Ils tâtonnaient sans conviction dans leur crépuscule, incapables de faire le tri entre leur propre malheur individuel et le naufrage de la collectivité, comme moi ne voyant plus la différence entre réel et imaginaire, confondant les maux dus aux séquelles de l'antique système capitaliste et les dérives causées par le non-fonctionnement du système non capitaliste."
Et "Voilà ce qui se présente quand on me demande de voyager jusqu'au plus extrême de mes souvenirs, ou lorsque, par exemple, vous m'interrogez sur le pourquoi de cette nostalgie d'un paradis noir qui m'accompagne et ne me lâche pas, et qui toujours, à un moment ou à un autre, visite ceux qui remuent et parlent dans l'espace de mes narrats étranges. Je suis né contre mon gré, vous m'avez confisqué mon inexistence.." même si nous venons au monde de tout autre façon, dans un but moins utilitaire, ou sans but, que Will Scheidmann.
Posted by Picasa Dans nos tentatives d'enchanter le monde, pour les autres si nous en avons le talent, ou le pouvoir, ou pour nous mêmes : "... puis la lune vint. J'aurais aimé parler à quelqu'un. J'aurais aimé que quelqu'un me parle des hommes et des femmes que j'avais peints, m'en parle avec amour, avec fraternité et compassion, me dise : J'ai bien connu Lydia Mavrani, raconte-moi encore comment elle était après avoir survécu, ou : Donne-moi des nouvelles de Bella Mardieossian... ou encore : Nous aussi nous appartenons à cette humanité mourante que tu décris..."
Trois membres d'une équipe d'Action contre la Faim ont été tués au Sri Lanka. Le Portugal brûle. Et le monde persiste à être fou.
Mais les enfants.. les arbres, la mer, les oiseaux...
"Un héron blanc longea la berge en direction de l'aval et disparut, le ciel ne rougeoyait plus du côté de la bananeraie, déjà une brume bleuâtre enfumait la courbe du fleuve, les cigales..."