Brigetoun traître, vipère lubrique (pourquoi diable ? parce que les mots se suivent), ploutocrate égoïste, émerge, dolente, à dix heures passées et renonce à se faire violence pour arriver à participer, marché fait, à un cercle du silence en fin de matinée.
A la place se lave les cheveux et fait dessaler de la morue.
Brigetoun, stupide, marmonne un juron en vérifiant l'heure d'un concert (cantates de Bach à la chapelle Saint Louis) qu'en achetant le billet elle situait en début de nuit, constate qu'il a lieu à 17 heures comme le concert des élèves du conservatoire pour lequel elle a également un billet - pèse, choisit Bach
Une mini foule devant les vitrines (et je rêve en pensant à un mariage à venir, mais j'en resterai là) et après la rue Saint Agricol, des trottoirs filant pour moi seule ou presque dans la lumière toujours douce, un peu poudrée et la douceur de l'air.
Disparaissez, ombres affligées,
Froid et vent; apaisez-vous !
Les délices du printemps
Ne verseront dans notre coeur
Rien d'autre qu'un bonheur allègre..."
pour une soprano Paitra Ahlander Antonini, silhouette anguleuse en longue jupe plissée noire, petits cheveux blonds ébouriffés, voix qui lutte, se marie avec le hautbois souple, merveilleusement mélodieux (pour moi la plus belle voix du concert) de Laurent Georgel, qui la domine un peu - soprano qui éclate ensuite sur le continuo orgue violoncelle avec une belle force ronde...
Légèreté et simplicité apparente; souplesse de la mélodie
avec un second hautbois (les deux jouant la partie d'une trompette), un ténor et une basse -
le premier mouvement, repris en final, allègrement triomphal avec les quatre chanteurs réunis en coeur,
Public heureux (où je commence à connaître des têtes) beaux interprètes, et retour dans le soir qui descendait
"Consciemment ou non, la musique vise à se retirer dans sa propre totalité, à vider le texte de son sens lexico-grammatical traduisible. Elle cherche à vocaliser entièrement la phonétique, les syllabes signifiantes du langage. Les mots doivent être fondus en pures vocalises. Dans son tour rival, le lyrique, le libretto verbal, le passage biblique, entend accéder à la parité ou, en fait à la prééminence.... Pourtant, la musique et la danse sont elles-mêmes des mouvements et des figurations primordialité de l'esprit humain, qui déclarent un ordre de l'être plus proche que ne l'est le langage de l'inconnu de la création..." George Steiner "Errata"
"Impossible à projeter comme telle, sur un écran extérieur en des repères visibles au-dehors, la musique, quand on l'écoute, vous oblige à la suivre en trajets intérieurs" - Henri Michaux "passages"
"elle préférait concentrer dans ses cordes vocales toute la magie du moment - dans ses cordes vocales et sa respiration.... La scène sur laquelle elle se produisait était presque circulaire, on aurait pu la comparer à la bouche refermée d'un cratère. En son centre, la mudang se lamentait et créait sans cesse de la beauté, quelque chose d'éphémère et fondamental que seuls les morts ou leurs semblables pouvaient entendre" - Antoine Volodine "songes de Mevlido".








