désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
Comme l'antre et carcase
étaient paisibles mais que j'avais tout autre chose dans l'esprit
que Paumée, je recopie pour boucher le trou que laisserait ici ce
jour, ma réponse à la vidéo 42 (interstices) de François Bon
pour l'atelier d'écriture de l'été
chacun.e a construit
par accumulation de facettes un texte long et complexe, mais qui peu
à peu prend sa voix et son chemin propre, maintenant on tente de
relier par des textes les propositions disjointes
mais
pour les images, par commodité, je fais passer par ces interstices
des chemins (que je sois pardonnée pour ce détournement qui fait
pivoter l'axe séparant les éléments reliés)
entre 28 (se déplacer)
et 29 (rencontrer)
Marchant ainsi dans la
ville, à la curiosité pour les pierres, les perspectives,
superpositions de battisses – curiosité qui s'amenuisait avec le
temps mais laissait subsister un plaisir tranquille, familier, ravivé
par un éclat de lumière ou l'évidence soudaine d'un détail
négligé –, se mêlait de plus en plus, comme pour approfondir
son retour à la vie, un intérêt encore discret – parce qu'il
avait appris autrefois que cela devait être ainsi, parce que surtout
ne s'effaçait pas totalement le mélange de crainte du contact et de
refus du calcul inconscient de l'aide qu'on pouvait en attendre –
pour ses contemporains, les rencontres fortuites, ce soudain intérêt
porté à une silhouette, une attitude, qui l'aurait presque
entraîné, inconsciemment à une filature s'il n'était
immédiatement et instinctivement tempéré par son besoin de
légèreté, de distance, comme cette rencontre, il y avait quelques
jours, à partir de laquelle il aurait pu inventer une histoire.
Entre deux 29 ou deux
rencontres
Renaissait en lui, aussi,
parfois, au gré de ses rares rencontres codifiées, une curiosité
plus attentive, surtout pour des êtres sans flamboyance, une
fraternité légère et sans avenir, le plaisir d'échanges un peu
flottants, mais finalement plus profonds que les rapports mondains en
marge desquels ils se nouaient comme de minuscules miracles.
Entre 29 (rencontrer)
et 30 (répéter) qui dans mon cas était un 100 m courru aux Jeux
Olympiques
Au surplus, avec la
rupture des liens quotidiens de son ancienne vie, travail, quartier,
compagnonnages sans intimité, et parce qu'il peinait encore à
maîtriser le temps dont il disposait maintenant, ses forces étant
revenues lui semblait-il, il avait rejoint son époque, et, sans
aller jusqu'à la télévision, fait l'acquisition d'un ordinnateur,
découvert les codes d'internet, suffisamment pour ce qu'il en
attendait, jusqu'à se laisser un peu envahir, sous le prétexte de
se maintenir dans le flot du monde... et même jusqu'à suivre,
savourant la beauté des corps en mouvement, le championnat
d'athlétisme qui se déroulait ces jours là.
Ciel qui jouait avec
l'épaisseur de son voile, carcasse jouant avec mal-être, garder
l'antre, lavage de cheveux, ménage insuffisamment, un peu plus de
cent pages du Paysan de Paris (y compris revenir sur la
lecture brumeuse de samedi soir) et quelques textes (bien trop peu,
l'importance de mon retard – et de mes quelques refus – devient
irréversible) de l'atelier d'été du tiers livre
http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211
et me borne à reprendre
ma réponse à la vidéo 41 de François Bon
(reprendre un
passage du texte antérieur et l'augmenter de l'intérieur, en
mettant les fragments ajoutés entre des doubles crochets sur le
fichier que nous adressons à François Bon, lequel pour retrouver le
parti pris par Georges Perec dans W les
installe, dans la version publiée, en notes sous l'original du texte
inchangé... mais ci-dessous, tant pis, un peu par paresse, un peu pour suivre le pente de mon ego - et puis la courge a tant tâtonné pour trouver comment faire des crochets -, je trahis ce principe et
garde la présentation du fichier)
Arrivé
là, il a redressé la tête, lui l'ancien habitué des après-midi
de paresse au Père Lachaise [[,quand après avoir circulé un peu,
montant et descendant entre les grands monuments des maréchaux ou
autres grands des siècles passés, rendu visite à des poètes aimés
et cueilli une ou deux occasions de sourire en observant les enfants
qui jouaient, il revenait s'asseoir, son dos appuyé au mur d'une des
deux chapelles dominant l'allée solennelle qui grimpait depuis la
grande porte, un livre posé sur ses jambes tendues, visage offert,
yeux fermés, au soleil printanier,]], lui qui aimait flâner [[dans
les cimetières blottis autour de petites églises
villageoises,]]avec juste un petit arrière-goût de mélancolie en
avançant entre les tombes de frères humains inconnus, ce petit goût
qui ralentit le pas, qui lui donne saveur tendrement amère, mais
n'allait jamais visiter les tombes familiales qui d'ailleurs étaient
hors d'accès, auraient nécessité un voyage plus ou moins
compliqué, comme pour vérifier que les aimés étaient là rangés
[[sagement, pour attendre que la mémoire d'un de leurs proches ait
recours à leur souvenir pour un moment de tendresse consolante ou
pour appuyer une décision, sans d'ailleurs trop s'interroger sur ce
qui aurait été leur avis]], ne gardant d'ailleurs des enterrements
que les quelques souvenirs poignants de la peine maîtrisée des
survivants – la vision d'une jeune femme et de cinq enfants se
tenant par la main devant une tombe et le sanglot étranglé de son
voisin, [[ou le fils debout devant le trou, regardant le cerceuil
sous lui, mains serrant convulsivement, sans pourvoir faire le geste
de la lâcher, la casquette qu'il était chargé de poser sur le bois
vernis,]] le mort n'étant plus pour un temps [[que le tumulte
intérieur, le désarroi, la peine éperdue de ceux qui l'aimaient
ou, plus tendrement et terriblement,]] que [[l'entrée dans]]
l'absence planant sur leur groupe. Et dès qu'il l'a pu, a fait le
court trajet en bus, est descendu là où la rue, qui n'était plus
depuis longtemps bordée de muriers, dessinait une ébauche de place
arrondie, entre trois bureaux et hangars de pompes funèbres (avec
devant l'un d'eux quelques échantillons de sculptures) et la porte
qui s'ouvrait dans la longue muraille, sous une profusion, en effet,
de branches, est entré avec un mélange de respect et de curiosité
[[dans cet espace que seules animaient les branches ondulant
lentement dans un vent naissant]], pour être saisi, au bout de
quelques pas, par le plaisir de circuler sans but sous les arbres, le
mélange de tons, de formes des feuillages[[, sous les hautes futaies
dont les troncs jaillissaient de buissons sages et quelques arbustes
abandonnés à leur désordre]], les yeux errants sur les chapelles
orgueilleuses – refoulant d'un sourire l'ironie qui pointait
parfois – avec leurs colonnes aux ordres improbables et les
pleureurs ou anges si merveilleusement lisses, convenus et émouvants
(tant et tant que ne l'étaient plus, émouvants, sauf légèrement
quand la pierre portait usure ou lichens) entre les concessions qui,
ici, étaient découpées à angles droits, de tailles assez
égalitaires, si ce n'est que les tombes les plus simples [[étaient
regroupées au centre de chaque îlot derrière la rangée des
monuments familiaux]] – et parmi les plébéiennes dalles de pierre
ou de marbre rouge sombre, l'émotion d'une simple butte de terre où
s'alignaient, plantées dans le sol, de minuscules plaques ex-voto et
des fleurs en fil métallique, et il était resté là gorge nouée
murmurant, ou le croyant, des noms qui n'avaient sens que pour lui et
renvoyaient à d'autres lieux, d'autres simplicités, ou pour
certains à d'injurieuses opulences imposées [[par une génération
antérieure, dans d'immenses cimetières aux abords de grandes
villes]]. Mais ce qui dominait ici c'étaient les arbres, les
merveilleux arbres, leur vieillesse robuste, les troncs multipliés
comme en faisceaux des énormes cyprès, l'infinie variété de cette
vie végétale regroupée là, protégeant les morts et semblant en
tirer force, se les assimiler pour que l'essence des corps
abandonnant le ciment du caveau [[où la mort et la tranquillité des
vivants les tenaient enfermés]], se hissant au dessus de l'humus sur
lequel les visiteurs glissaient, au dessus des énormes racines
contre lesquelles se tordaient les chevilles, se balancent dans le
mistral, boivent les pluies d'orage, se baignent dans le bleu et se
libèrent de cette dalle que l'on fleurit pour eux ou abandonne, s'en
moquent bien les morts... stupidités qui le faisaient sourire, un
peu, auxquelles il aimait croire un instant, pris d'un besoin de se
sentir frère de ces morts inconnus, dans la navrance résignée de
constater leur abandon, ou le sourire attendri d'un objet, d'un
bouquet frais [[ou, à côté d'un arrosoir abandonné, un petit
arrosoir de couleur, une petite voiture offerte en cadeau pour
amadouer une brutale détresse inexplicable]], en circulant sans
rencontrer personne dans les allées, avec le plaisir aussi de se
sentir aussi merveilleusement vivant que le vent qui se levait et
faisait danser lentement les hautes branches des conifères.
ciel gris, air
frais du matin faisant frémir mollets et cou, regarder la pluie
venir, et décider, âme tranquille et désireuse de calme, décider
de rester dans l'antre, à côté de la ville et dans une ignorance
bénigne ; pendant que passaient dans le lointain de brefs orages,
faire repassage, cuisine, une petite sieste
et finir de relire W de
Perec repris dans la nuit après avoir regardé la vidéo 41
https://youtu.be/tCHEzm2_-2c
mise en ligne par François Bon pour son atelier d'été et après
avoir choisi un trop long texte dans ceux déjà écrits, le relire
et mettre en place des crochets (tâtonné pour apprendre à les
poser) là où je pense insérer de quoi l’allonger encore
d'avantage pour y répondre
recopier, ici,
ma contribution pour la 40ème proposition (limite)
Il avait été
envoyé pour un examen vers une grosse clinique coincée en lisière
de l'un des quatre ou cinq gros centres commerciaux en lisière de la
ville, et en en sortant, comme il avait décidé, dans l'euphorie
passagère d'un bon résultat, de rentrer par ses propres moyens, et
qu'après s'être rendu compte, en voyant approcher un bus d'un blanc
tirant sur le crème au lieu du joyeux bleu franc attendu, que le
premier arrêt trouvé appartenait au réseau du gros bourg, de la
petite ville voisine, il avait longuement cherché une ligne de bus
le ramenant vers le centre de Sa ville, marchant sur des bords de
voies où les voitures se précipitaient, passant sur ou sous des
ponts d'échangeurs, incapable de deviner dans le dédale d'herbes
pauvres de débris abandonnés et de béton sale où il avançait sur
quel territoire il se trouvait, perplexe devant les noms portés par
les panneaux qu'il rencontrait, noms qui lui étaient inconnus ou qui
évoquaient des quartiers situés brusquement selon lui à l'opposé
de leur position normale, trouvant finalement, avec même soulagement
qu'un individualiste présomptueux voyant apparaître les dattiers
d'une oasis avait-il pensé avec une pincée d'ironie renaissante, un
abri à la silhouette familière, au bandeau sagement bleu, sur une
petite zone entourée de buissons de lauriers, miraculeusement et
artificiellement coquette, posée devant un grand magasin, alors
qu'il n'avait presque plus conscience, à force de le répéter, de
marmonner en boucle, à mi-voix «que soit maudites les lisières,
que soient maudits les confins, que soient maudites...»
fin de matinée, après
quelques courses et après être arrivée à faire redescendre à sa
place mon coeur qui s'était rué vers mes gencives dans le souffle
d'un vélo me frolant à grande vitesse sur l'étroit trottoir de la
rue Saint Agricol, ce qui m'avait mise en léger retard, longue
attente en compagnie de gens charmants et de mannequins costumés
pour acheter une partie de
mes billets pour les spectacles de la nouvelle saison (descendant
légèrement de catégories, les temps étant ce qu'ils sont)
retour avec oeil qui devient un peu
moins critique sur le chantier de l'opéra depuis qu'il semble devenir un peu
plus actif (mais la réouverture est déjà retardée d'un an)
Et pour prolonger le
plaisir intérieur de l'idée de chantier, reprise (pour flatter
aussi ma paresse) de ma contribution répondant à la vidéo 39
(chantier) de l'atelier d'été du tiers livre de François Bon
Arrêté au
bord d'un trottoir pour laisser une voiture négocier son virage
d'entrée dans une rue moyennement étroite, en contournant une
machine jaune hérissée d'un grand bras articulé replié sur son
bec et sa compagne noire qui, prenant appui sur ses fortes chenilles,
plongeait son museau dans l'amorce d'une tranchée, voiture arrêtée
dans sa manoeuvre par la découverte tardive d'un écriteau rue
barrée, il avait conscience du petit sourire involontaire qui
devait trahir l'allégresse instinctive déclenchée en lui par
l'idée, même vague, de chantier, maintenant qu'il n'en était que
témoin purement désintéressé. Sourire qui s'est accentué par le
fasseyement du coin détaché d'un voile vert protégeant un
échafaudage, rideau de fond de cette scène – ce spectacle
fréquent dans les rues de la ville qui se rapetassait sans fin,
nuançait sa permanence, luttait contre son âge, et, lorsqu'un trou
se libérait, étroit comme une dent, se forçait au neutre pour
insérer une petite note sans discordance dans la mélodie que les
siècles avaient créée avec ses longues lignes doucement banales,
les surprises soudaines, détail parlant d'un passé effacé, et ses
accords splendidement assénés. Avec le mauvais exemple, du moins à
ses yeux – le jugement, en partie personnel, en partie consensuel,
de sa jeunesse étudiante, bien qu'émoussé par la familiarité,
gardant sa force – de ce quartier dont il avait découvert
récemment les images anciennes, mélange comme le reste de la ville
de demeures nobles et de battisses plus humblement personnelles mais
aux détails soignés comme l'était la tenue du dimanche de leurs
habitants, quartier devenue opprobre, abandonné aux rejetés qui
étaient en ces temps anciens les gitans ou ceux qui leur étaient
assimilés, quartier considéré comme insalubre, irrécupérable, et
sabré, détruit, seules quelques façades des rues le bordant étant
sauvées, pour y construire des logements au style bâtard, qui
avaient la grâce d'éviter l'impossible copie de la bigarrure
ancienne mais sans oser trancher, nouveau quartier d'autant plus
verrue dans le tissu de la ville, entre la place du palais et les
deux rues proches du fleuve que, malgré les circulations qu'avaient
prévues les architectes, il se barricadait presqu'entièrement sur
lui-même. Alors, il se satisfaisait du plaisir des chantiers côtoyés
quand il s'agissait d'un immeuble, d'une vieille maison, se
passionnait un peu plus quand on effleurait rudement un monument ou
noble bâtiment sous prétexte de restauration, polémiquait en
tentant de garder indépendance d'esprit à propos des modifications
en cours des espaces publics – se navrait en passant de la
disparition lente des vieilles calades qui plaisaient à ses yeux,
faisaient souffrir légèrement ses vieilles chevilles mais avaient
la vertu cardinale d'imposer une lenteur sage aux vélos qui peu à
peu envahissaient la ville, l'habitude et l'étroitesse des rues
ayant déjà cet effet sur les automobiles. Et puis s'était plongé
dans tout ce qu'il pouvait trouver disant l'évolution maintenant
irréversible, sauf manque de financement, de la création d'un
nouveau quartier, un peu après la confluence du fleuve et de la
rivière, confluence qu'occupait lentement des ateliers, entrepots,
sièges sociaux avec ce style banal, longs alignements de béton et
métal – la grâce seulement d'une fresque découverte un jour –
containers alignés, préfabriqués peints avec plus ou moins de
fantaisie, et quelques audaces perdues dans ce néant utile (auquel
il trouvait secrètement une certaine saveur, même s'il n'avait que
fort rarement l'occasion de le voir, en le longeant)... nouveau
quartier dont les grandes lignes avaient été révélées récemment,
avec ses deux longues allées ponctuées de kiosques – le mot
l'avait fait sourire avec un rien de scepticisme amical en pensant
aux fabriques du parc parisien – encadrant une pelouse le reliant à
la ville, quartier dont... en bref une idée de chantiers futurs qui
lui laissait une possibilité de rêve presque infinie, puisque
serait très chenu ou mort lorsque le réel aurait remplacé
l'utopie, qui l'avait intrigué, le terrain présentant de forts
risques d'inondation, avant d'adhérer à la solution trouvée de ne
pas essayer de lutter en risquant une artificialisation dangereuse
mais de s'adapter, tirant profit de ce risque par la création de
zones vouées à l'eau à l'intérieur de chacun des très grands
ilots programmés, qui devraient incorporer également quelques
centimètres plus haut des espaces verts dominés par les
constructions, projet séduisant sur le papier, dans l'intention de
mêler dès l'origine bureaux, logements, commerces, services publics
dans chacun des îlots offerts aux groupes candidats, avec cependant
à ses yeux un fort risque de ghettoïsation, le cahier des charges
assez souple imposant tout de même des circulations douces à
l'intérieur de chacun, les voitures étant rejetés en périphérie
comme des frontières, ghettoïsation et gentrification accentuées
par le choix de constructions le plus autonomes possible au point de
vue énergétique, ce qui excluait à priori les populations les plus
précaires. Ce drame qui veut que les constructions intellectuelles
des urbanistes et architectes échouent le plus souvent à créer
cette vie, avec ses douceurs et ses incommodités ou pire, que
l'anarchie des siècles a produite sous le nom de ville.
matin, réveil tardif,
épaules frémissantes dans l'air frais - l'année prend de l'âge -, renouer sous la
douche et en me lavant les cheveux avec l'ébauche d'idée que
j'avais eu vendredi matin en réponse à la vidéo 39 de François
Bon pour son atelier d'été construire la ville avec des motshttps://youtu.be/MZ5TycClqok
, m'installer devant un fichier et en un peu plus d'une heure en dire
beaucoup trop, puis raboter et re-raboter, penser hum, envoyer...
regarder la vidéo 40 penser hum hum
déjeuner, profiter le
plus possible du soleil pendant qu'il daigne encore me rendre visite
(l'air est délicieusement tendre sans violence) le nez dans
Alternatives économiques... et puis dans l'antre me plonger dans
quatre des épisodes d'une série norvégienne bien angoissante sur
Arte, la trouvant un peu faiblarde, convenue au début, changeant de
plus en plus d'avis – même si les ficelles ne sont jamais tout à
fait hors de perception...
après avoir recopié ma
contribution répondant à la vidéo 38
la photo est
peut-être légèrement ambitieuse...
Assis
devant sa table, regardant le soir tomber sur les pierres et les
arbres, il noyait dans le plaisir des goût, parfums délicieusement
superposés, mêlés, des artichauts à la barigoule de sa vieille
voisine, une maussade lucidité, la remontée vague de désirs
refusés comme hors de portée, dont l'écriture (souvenir amer de
l'enthousiasme de son adolescence), il a souri en pensant à un titre
: mosaïque de saveurs
pour un livre de cuisine d'autant plus poétique qu'il était bien
incapable de donner conseils et recettesn et même souvent de deviner
les constituants, mais qui pourrait être le fruit d'une enquête
auprès de ses amies ou de leurs amies. Vaisselle faite, tournant le
dos à la nuit, il restait courbé sur sa chaise, yeux sur une pile
de livres, aimés pour la plupart dans leurs différences mais où se
glissaient quelques déceptions, idées qui lui étaient rébarbatives
ou écritures plates, en rêvassant... et puis a saisi un carnet sur
le bord de la fenêtre, et s'est amusé – pensait-il au début,
avant de se prendre au jeu – à imaginer des titres qui pourraient
introduire à des textes qu'un autre, plus doué ou courageux,
pourrait tirer, développer, en intelligentes, drôles, profondes,
banalement informatives ou poétiques dérives des moments, des lieux
découverts ou familiers qui avaient tissé la trame de ses derniers
jours : blottie dans l'angle des eaux (ce
pourrait être une histoire des rôles que sa position géographique
avait conférés à la ville à travers les âges, quand cela avait
encore une grande importance) – un miroir dans les
feuilles (une romance pas trop
sirupeuse ouverte par l'image de l'éclat sur la vitre au coin du
sentier du Tourbillon) – la contestation du bleu (un
poème, une méditation de jour gris) – la chaine des
âges (rapporter ou imaginer
l'histoire d'une généalogie d'artisans locaux, du portefaix au
maître puis à l'entrepreneur rayonnant dans la région) – la
maison aux rideaux sales (un
policier mêlant histoires d'héritage et de spectres presque vrais,
à lire sur la plage ou dans un train) – Monsieur Isnard
de la Halle (la biographie d'un
maître fromager) – centres navrés (tenter
d'écrire quelque chose qui ne l'ai pas été déjà sur le
dépérissement des centres ville et ses causes) – les
amours de Claudine (une comédie
de boulevard avec un petit assaisonnement social) – des
trous dans la ville (un pamphlet
sur les travaux passés, en cours et en projet) – la
livrée de Carnilac et Jean-Barthélémy Foulques (une
histoire, appuyée sur des recherches aux archives départementales
et municipales, de la rue aux coquilles) – le domaine
dans l'île (lentement,
soigneusement chercher le parfum des rêves adolescents), a relu la
liste, a grimacé «si peu», a ajouté, pensant à la
lettre volée de Poe, un
piéton (lui et la ville, ou
plutôt la ville et lui).
M'en
suis allée matin deux rues au dessus de la miene pour payer mon
loyer et puis, parce qu'il faisait doux, pour mouvoir un peu mes
jambes et pour chercher une image de façades proche de l'endroit que
je re-créait vaguement avec moult légères différences en
répondant à la vidéo 37 https://youtu.be/beyfVghfwag
de François Bon pour son atelier d'été sur le tiers livre
(rappel : toutes les contributions sur
http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211)
j'ai traversé le quartier de la Balance qui, dès l'origine même si
je n'étais pas avignonnaise mais passionnée d'architecture, était
pour moi l'image de ce qui ne devait pas être fait (avec une vague
idée de l'incorporer dans un texte à venir),
l'ai contourné, et
m'en suis revenue vers l'antre, pour occuper, pensais-je, une partie du reste du jour, dans le but d'éviter de me ruer
sur une contribution en réponse au charme apparent de la vidéo 39, à faire des recherches web sur la transformation programmée d'un
quartier... mais il y a eu un coup de téléphone, et depuis suis
bouleversée, obnubilée par mon impuissance pour accompagner une
proche, l'envie de revenir il y a beaucoup beaucoup d'annéeS, quand
elle était un nouveau-né et que, derrière la porte de sa chambre,
je guettais le moindre pleur pour entrer et lui tenir la main, lui
parler puisqu'interdiction était de la prendre dans mes bras pour me
promener avec elle.. enfin une colère impuissante contre l'un des
pires cancers qui soit, une horreur... écouter la pauvre voix de son
mari, lui écrire pleine de la crainte d'être maladroite, jeter,
recommencer etc... et donc être à mille lieux de mon programme
d'origine.
Mais
je reprends, puisqu'à vrai dire il attend sur ce fichier depuis ce
matin, mon 37 : enfilades
On
a sonné à la porte, et en allant ouvrir il souriait, non sans une
légère appréhension. Comme il le pensait c'était elle sa vieille
voisine, souriant avec un peu de crainte, elle aussi, qui était là
plantée, tenant une petite cocote brune. Elle est entrée dans une
odeur d'herbes et levant les yeux vers lui «j'espère que vous
n'aviez rien prévu pour votre dîner... et puis à la rigueur demain
ce sera aussi bon... vous m'aviez bien dit que vous aimiez ça... et
vous êtes si gentil (il avait plusieurs fois porté son couffin
étonnamment lourd, bien trop à son avis pour sa petite silhouette)
et puis vous aviez raison, j'avais trop d’artichauts... voulais
faire plaisir, et bonne figure... c'est idiot» et en parlant elle
avançait, se dirigeant vers les fenêtres ouvertes sur la lumière
de la rue, le rempart, ses yeux furetant un peu, avec plus de
curiosité que de discrétion, comme lui même, il devait le
reconnaître, en traversant le salon obscur, slalomant entre les
petits meubles pièges, trébuchant presque sur un panier de laines,
se prenant les pieds dans un minuscule tabouret, jusqu'à la cuisine
dont elle poussait les volets pour éclairer la table carrelée sur
laquelle il avait posé sa charge, les placards de chêne jumeaux des
siens, la paillasse carrelée de tomettes rose pale, les pots
d'herbes, les petits flacons mystérieux, une grande affiche vantant
les vacances sur la côte, taguée, apparemment depuis des années,
avec un humour rageur, sous laquelle elle s'était plantée
remerciant et re-remerciant avec une ostentation joyeusement ironique
qui lui demandait de sourire avec elle de la débrouillardise avec
laquelle elle avait tiré profit de sa faiblesse. Elle tournait sur
elle-même, les bras toujours chargés, comme lui l'avait fait de
retour dans le salon, exploitant sans complexe le climat ainsi créé,
passant en revue rapidement son installation, sans insister, juste
pour y trouver un aperçu de son caractère, et ne trouvant
qu'indications contradictoires, un air de désordre – une commode
au milieu de la pièce pour y appuyer des petits tabourets encadrant
une petite table travailleuse, une chaise devant une porte, et des
paniers de livres et de bouts de tissu un peu n'importe où – et
l'autorité avec laquelle chaque objet semblait affirmer sa place,
comme les deux piles de vieux recueils de journaux posées sur le
sol, encadrant la fenêtre centrale, et posant enfin sur ses bras
tendus la cocote, elle a jugé «c'est très vide, c'est beau
ainsi... mais...» et elle pointait le menton vers les piles de
livres (lui aussi) posées bien soigneusement au sol au centre de
chaque panneau que les moulures anciennes, vestiges de temps plus
glorieux, dessinaient sur les murs... ce à quoi, pendant qu'elle le
suivait vers sa cuisine, jumelle de la sienne, il a répondu qu'il
n'avait pas trouvé de bibliothèque qui les respecte. «C'est drôle
de voir ce que chacun fait de son logement, même quand ils sont
presque semblables... pas tout à fait c'est vrai» et puis «vous ne
devez pas faire souvent la cuisine» et en rentrant dans la pièce
principale «mais j'aime bien vos fauteuils» devant un fauteuil
paillé bourgeoisement rustique qu'il avait trouvé dans une ferme
vendéenne et qui le suivait, préféré, depuis des années. Il lui
a offert de s'y asseoir, a proposé un café, et pendant qu'ils
buvaient, les yeux flottant sur la rue vide, le ciel au dessus du
rempart, ils ont joué avec l'idée de deviner les cadres dans
lesquels vivaient leurs voisins, les habitants de leur pâté de
maisons. Pour la maison mitoyenne, un foyer de personnes âgées qui
devait prochainement être transféré hors les murs, il était
malheureusement facile de deviner qu'il n'y avait pas grand chose en
plus du strict nécessaire, un strict nécessaire de métal peint et
de formica, des bagages avec quelques souvenirs, une pipe chérie que
l'on n'avait plus le droit d'utiliser, des livres rescapés de
bibliothèques dispersées, une vieille robe chargée de souvenirs,
des photos, des paquets de lettres et un embryon de collection de
boites de bonbons et de chocolats cadeaux des enfants quand ils
venaient. Elle avait bien connu les anciens propriétaires de la
petite maison qui suivait – deux étages percés de trois fenêtres,
deux au rez-de-chaussée à côté de la porte – «J'y suis allée
quelquefois au début, quand mon amie gardait ses petits enfants –
elle est morte – c'est différent maintenant, mais charmant,
d'ailleurs en bas sa fille a gardé quelques meubles de ses parents,
de beaux vieux meubles de la région... au premier étage dans les
chambres d'enfants c'est plein de couleurs et puis des meubles et
objets venus de Casa et d'Ikéa, moins solides qu'il ne semble, ils
ont rapidement porté trace des jeux, des coffres débordants,
beaucoup d'ordre chez l'ainée, des petites faïences souvenirs de
vacances et des posters extatiques, une joyeuse pagaille chez les
autres et au dernier étage ce sont quelques meubles anciens ou en
osier, de beaux tissus, des fleurs, toujours beaucoup de fleurs selon
la femme qui l'aide parfois, un métier à tisser et bien entendu une
très grande tapisserie occupant presque tout un mur...». Pour la
battisse suivante, la plus belle, le seul hôtel particulier du 18ème
de la rue, les tentures des hautes fenêtres du premier étage
parlaient d'un décorateur, lui imaginait des antiquités sobres,
belles de leur seul bois, un ordre calculé, des pièces figées dans
l'attente d'un photographe, elle a secoué la tête «pas certain,
ils aiment l'audace dans cette famille, enfin une audace consacrée,
des meubles contemporains signés, un mélange... et puis sans doute
un autre mélange parce qu'elle aimait bien la fête, la grosse fête,
vous voyez, autrefois, et que ce n'est pas avec quelques heures de
femme de ménage...». Enfin, pour la dernière, le libraire
d'ancien, ils se sont mis à rêver d'un étage transformé en
caverne aux trésors.
dans l'effarement de ce début d'invasion d'animaux qui se veulent aimables et que je trouve assez
laids dans les hôtels de la ville (au moins deux)
sur mes jambes à nouveau
rétives et douloureusement crispées, ai fait petit tour dans la
ville pour ramener Canard, confiture de fraise et cigares
et, après avoir recopié,
pour paumée, la fin de ma réponse (l'ouest) à la vidéo 34 de
François Bon pour son atelier d'été sur le tiers livre
https://youtu.be/XojG3u1ziOg
Dans la paresse lumineuse
du lendemain il a repris plus rigoureusement son chemin vers l'ouest,
en une brève marche vers l'aval, le pont faisant face à une grande
brèche du rempart, un bus pour franchir le large bras du fleuve et
traverser l'île, bus qu'il a quitté, seul, à l'arrêt situé à
l'amorce du franchissement du second bras, à la limite de la
commune. Quelques marches de ciment, un passage tagué comme il se
doit sous la large route transversale, et un cheminement méditatif,
dans la douceur ennuyeuse d'un dimanche solitaire, au dessus du vif
courant bleu sombre, yeux sur les maisons et cafés qui
apparaissaient sur l'autre rive entre les troncs des arbres, longeant
en l'ignorant soigneusement, le grand parking presque déserté,
cherchant et bien entendu ne trouvant pas un endroit où s'asseoir
sur une herbe absente pour savourer la marche des heures.
pour le reste du jour, en
plusieurs longues plongées, ai pris dans les yeux le choc des images
(ah la beauté de ces forêts !) des quatre heures (un peu plus) de la première période et près des trois quart de la vidéo suivante (je ne l'avais
jamais vu... pas vraiment le temps lorsqu'il est sorti, avais
simplement lu et relu la transcription parue chez folio), puisque
j'avais remarqué hier soir que les deux parties sont visibles sur
Arte jusqu'au 4 septembre https://www.arte.tv/fr/search/?q=shoah
et suis restée dans l'effroi qui est bien la moindre des choses que
l'on puisse leur offrir.
Debout devant sa fenêtre,
dominant la rue, les quelques touristes, la porte vers le fleuve, il
s'est dit que, pour l'ouest, il ne bousculerait guère sa tendance à
la paresse. L'est donc descendu, a franchi la porte, traversé un
groupe massé devant l'entrée du châtelet, est passé sous le
pont-levis maintenant fixe qui le reliait au pont, a suivi un moment
la promenade sous les remparts puis le rocher, jusqu'à la blancheur
ensoleillée flottant sur un vert tapis de lentilles d'eau de
l'embarcadère pour l'île... Pour atteindre la limite ouest de la
ville, il a guetté l'arrivée de la navette mais comme l'attente se
prolongeait, comme parmi les langues bienheureusement
incompréhensibles s'était glissée une conversation qui
chatouillait l'humeur honteusement chagrine dont il cherchait
justement à se défaire, il a décidé que la ville s'arrêtait au
fleuve, a traversé la route entre deux flots de voitures pour
entreprendre – avec un petit sourire de travers en remerciement
ironique à la gracieuse et souple vierge qui, depuis sa niche dans
le mur de soutènement du premier degré, l'encourageait à la
négation joyeuse de sa fatigue chronique – la montée des degrés
qui, depuis la terrasse en haut du rocher, dégringolaient en
serpentant vers lui – s'est arrêté à mi-hauteur pour jouir de
la vue sur les toits des quelques vestiges de bâtiments appuyés au
rempart, sur la navette qui émergeait sous le vert lumineux d'un
micocoulier, sur le fleuve que le soleil maquillait de bleu sombre,
les feuillages et une guinguette autrefois blanche sur la rive de
l'île surmontés des arbres et toits en tuiles roses ou grises
grimpant, au delà du fleuve, vers les tours qui couronnaient une
colline, avant de reprendre l'ascension, de s'appuyer avec un soupir
de soulagement à la belle rambarde de pierre de la terrasse
supérieure, admirant le lointain, la courbe que le courant traçait
autour du rocher, les écluses à demi cachées des canaux qui
redessinaient dans l'île l'emplacement des îlots qu'elle avait
avalés, et de faire les deux pas qui le séparaient de la grande
table de pierre où étaient gravés, avec les points cardinaux, les
noms des monuments dressés de l'autre côté du fleuve et des
montagnes bleutées à l'horizon, de sourire alors, de murmurer «mais
oui», de décider, ludique pour ludique, de modifier la règle de
base et, jouant sur la position décentrée du coeur de la ville
enclos dans ses remparts au sud-ouest de l'agglomération, de
constater qu'en levant les yeux, après en avoir lu le nom, vers
telle ou telle croupe noyée par la distance au dessus du fleuve
lequel, son détour achevé, filait droit vers elles, il faisait face
au nord. Et, en redescendant à travers le jardin et les rampes en
pente douce vers la ville, il souriait, vaguement honteux et ravi
d'éviter ainsi les deux énormes centres commerciaux qui s'étalaient
au nord de l'agglomération avec leurs routes et bretelles emmêlées,
hostiles aux piétons et leurs grands magasins et galeries marchandes
qui avaient transformé le coeur en désert.
Quelques jours plus tard,
après avoir consulté les horaires, il a marché, dans la douceur du
lundi en fin de matinée, oubliant son refus ennuyé de l'examen
médical auquel se rendait comme à un rite ayant perdu tout sens,
jusqu'à l'alignement de bus près de l'ancienne gare, en se
souvenant qu'accroché derrière le garçon lui était venue, dans
son besoin constant de mettre un peu d'inutilité joyeuse dans sa
vie, l'idée de profiter de ses nombreux moments de loisir pour
saluer les quatre points cardinaux . Sans regarder, par la fenêtre
du bus, les villas, la rocade, les cités, il a roulé en s'enfonçant
à l'est dans l'espace de ce qui était toujours la ville, jusqu’au
«Mélange des eaux», le rond-point, la clinique, le marché en
plein air au milieu duquel il est descendu et le petit centre
commercial entouré d'autos. La corvée expédiée avec une patience
appliquée, est ressorti en hennissant presque de plaisir, a salué
la grande roue exhibée comme un vestige dans un petit espace que
laissait libre la dalle du parking, et au bout de celle-ci, après
une des bretelles de la route, a descendu une volée de marches en
ciment dégradé, et, négligeant une vague odeur de pisse et
quelques boites de conserves et chiffons abandonnés, a retrouvé le
mince canal du fleuve à l'endroit où une petite sorgue canalisée
qui, le dominant légèrement, coulait parallèlement à son mince et
sage lit, se jetait brusquement en lui, en une mousse écumante, une
brume d'eau qui étincelait dans le soleil, et il est resté là,
comme chaque fois, aussi émerveillé qu'un enfant, dos au mur
couvert de lierre et de chèvrefeuille fané, regardant entre des
herbes folles ce tourbillon joyeux, cette petite chanson vivante.
ma paresse naturelle
s'épanouissait avec une douce autorité ce matin
alors tout de même, faire
lit, douche, aspirateur, un minimum de cuisine
et puis lecture tant que
le mur de la cour a reçu la tendre force du soleil, d'un formidable
livre d'ATD Quart-Monde sur les échanges (que je ne saurais
appliquer)
et je recopie le premier
quart de ma réponse à la proposition 34
illlustrée de capture
d'écran de Google Street View
Dans sa découverte de la
ville il y a eu un petit élan donné par un dîner chez son cousin,
accepté pour le plaisir de rencontrer le fils prodige, l'aîné,
avec lequel, à Paris, s'étaient tissées au fil des ans des
relations à la fois distantes – leurs âges et occupations le
voulant – et assez intimes pour que à chaque rencontre sans
beaucoup de temps et de mots, en phrases brèves, gestes, silences,
se dessinent un intérêt commun, un sujet de débat. Ce soir là, au
détour d'une phrase quelconque, était passée sa frustration,
malgré ses virées dans le quartier de l'ajustadour, qui en se
développant devenait incontournable, de ne jamais l'avoir vu cette
rencontre des flux ni même d'ailleurs la rivière, de ne jamais
avoir pu suivre le ressar... le garçon lui avait répondu : «oui,
l'est trop haute de la digue, l'est trop large le glacis entre le
petit canal et le fleuve, on ne la voit, la rivière, que du pont qui
traverse en biais, là où la bouche s'élargit, ponctuée par des
îles... mais, si tu veux, je t'emmène, un peu plus haut dans son
lit, à l'endroit de la vieille route et de l'autre pont, juste dans
notre sud.... il y a un petit caboulot, comme on dirait dans le nord,
et un chemin dit de la digue, qui suit de près la rivière – on la
sent à défaut de la voir – à la toucher, c'est un endroit
merveilleusement neutre, tu t'y ennuiera à loisir... nous pourrons
parler» il a ri et cru comprendre que les derniers mots n'étaient
pas les moins importants. Rendez-vous a été pris pour le lendemain
après-midi, et il s'est retrouvé, casque en tête, à l'arrière
d'un scooter, longeant les Célestins, sortant des remparts, et
filant le long de la vieille route nationale, émergeant des villas
et cités pour, entre l'emprise du Centre Hospitalier et cette zone
en partie vierge, en partie maraîchère, que la ville respectait
encore, gagner le pont haubané qui marquait la fin de la commune et
du département. Le petit caboulot annoncé avait un air abandonné,
ils ont garé leur bécane dans son parking, et traversant la route,
se sont mis, après les panneaux plantés au dessus d'un petit espace
de roche affleurante et de terre ravinée parsemé de papiers, de
boites de conserves et de quelques brimborions, pour interdire
d'allumer du feu ou de déposer quelque ordure que ce soit et
d'extraire du gravier sans autorisation, à suivre le chemin de la
digue, ruban goudronné entre un petit mur de soutènement en ciment
blanc et, du côté de la rivière, un talus couvert d'herbes folles,
de buissons piquants – son ignorance totale ne lui permettait pas,
et s'en moquait bien, de mettre des noms dessus – dominés par une
échevelure de roseaux qui devait marquer le sommet de la digue, lui
regardant, s'arrêtant parfois pour tourner sur lui-même afin de ne
rien perdre du charme banal de l'endroit, en écoutant le garçon qui
tâtonnait pour évoquer désir d'ailleurs, avenir... et ils sont
arrivés, au bout de deux cents mètres environ, à un endroit où le
chemin, à force de s'en rapprocher, devenait digue et dominait un
arbre et une très mince bande de terre bordant la petite crique que
la rivière, basse et sage en cette saison, avançait vers eux –
un banc de sable herbu et ce qui semblait l'ébauche d'une jetée de
pierrailles coupant le calme de l'anse en deux douces mares d'eau
sablonneuse, avant d'offrir au courant, en avançant vers le centre
de son lit, le plaisir d'un tout petit saut à l'écume légère
comme un sourire furtif. Ils sont restés là un moment, lui fumant,
l'autre sifflotant, avant de reprendre leur monture, de passer le
pont et de rouler jusqu'à un bar sur la place d'un gros bourg
agricole dont le nom chantait dans les vieux contes... et devant un
café frappé pour lui, une bière pour le garçon, il l'a écouté
organiser sa pensée, tentant par un mot, une mimique, un grognement,
un geste, de l'aider à accoucher d'un début de décision.
et, dans la cour
encouragement aux trois boutons miraculeux
Au petit matin poser des
mots sur l'idée pour la quatrième partie de ma réponse à la
proposition 34 de l'atelier d'été de François Bon,
https://youtu.be/XojG3u1ziOg,
relire l'ensemble, grimacer, envoyer – mon il a trop de défauts en
commun avec moi pour que je ne commence pas à m'en lasser, et puis
j'avais le sentiment d'avoir un peu triché par rapport à ce qui
était demandé, peut-être une partie de l'explication de mon petit
désarroi, doublé d'une perplexité «technique» en regardant les
deux vidéos suivantes... laisser reposer
et pour ce jour reprendre
ma contribution, sortie un peu péniblement et cela se sent, en
réponse à la vidéo 33
Pendant que le ciel se
déchaînait sur la ville, et que redevenu petit animal primitif –
il accentuait un peu son muet tremblement intérieur pour noyer sous
la dérision ce que cette idée avait de réel –, il se tassait,
tremblant, devant sa table, et tentait de recréer avec des mots ce
qu'avait de somptueux, terriblement somptueux, le bleu glorieux qui
faisait leur orgueil, il retrouvait, dans ce suspens, dans un calme
revenu que déchirait soudain le cri d'une voiture de pompiers, son
besoin grandissant de mieux la connaître cette ville qu'il voulait
sienne. En son enfance et son adolescence, elle n'avait été que le
cadre entourant la bulle familiale dans laquelle se baignait puis
contre laquelle il s'était rebellé, il n'en avait gardé peut-être
que l'amour des pierres. Cet amour qu'il avait retrouvé, dégusté,
approfondi, recherché depuis son retour. Mais la beauté d'une ville
n'est que parure secrétée par les rêves, les désirs de ceux qui
l'ont construite, parure abîmée, ravivée par les générations
suivantes, les périodes où tout se noyait dans les rapports
économiques avec son entourage et entre ses populations, sans que
meure complètement le souvenir de ce qui l'avait faite, jusqu'à ce
que se recrée, sous les divergences, luttes, ignorances réciproques,
à travers le tissage de liens plus ou moins forts, avec ces noeuds
où se rencontraient, se nouaient, se disputaient, les idées de la
ville, une beauté, une unité baroque, d'où naissait, différente,
déformée, l'image qu'elle présentait à ses visiteurs. Et parce
qu'elle était cachée, mouvante, elle lui était manque et il la
recherchait dans les signes qui surnageaient de sa vie secrète.
Comme, si l'on sortait du coeur encore battant et des quatre ou cinq
rues qui se croisaient, alignant des commerces disparates, libraires,
marchands de café, de matériel de cuisine, club de couture et
lecture, marchands de couleurs ou bazars, boutiques de chaussures
démarquées et échoppes de créateur, un teinturier face au réduit
minuscule où travaillait un très raffiné petit bijoutier
asiatique, bistrots vieillissants et restaurants branchés,
chocolatier, etc... dont les propriétaires et employés se rendaient
visite aux heures creuses – ou du moins certains, on devinait des
micro-sociétés plus ou moins conscientes –, il avait appris peu à
peu que presque toutes les professions médicales qui n'avaient pas
migré dans les quartiers, y créant des noeuds de cliniques, maisons
de retraite, centres de santé réunissant des médecins de toutes
spécialités, laboratoires etc... s'étaient peu à peu regroupées
le long d'une avenue qui, bordée de platanes parmi les plus beaux de
la ville, allait buter sur le rempart du côté de la campagne. Comme
les rues autrefois bordées de commerces populaires qui se
dirigeaient vers les portes, devenues peu à peu des rues dortoirs
aux rideaux métalliques tirés et vitrines peintes en blanc, qui
avaient lentement repris vie, depuis quelques années, avec l'arrivée
de gens d'outre-rempart et outre-mer, l'ouverture de cybercafés, de
petits bars, d'épiceries, que peu à peu rejoignaient des
graphistes, un brocanteur, un magasin de producteurs de légumes, la
boutique d'une jeune modéliste, une galerie de peinture, qui
n'avaient pas trouvé place dans la rue branchée proche, amorce plus
ou moins forcée d'un mélange, l'aube d'une nouvelle vie. Les petits
signes plus ténus aussi, la rencontre chez le teinturier d'un membre
d'une troupe amie venu faire nettoyer les tentures d'un spectacle
repris, et la conversation joyeuse et légère où les avaient
rejoints les autres clients, cet échange de regards involontaire,
complice, dans une réunion publique, avec une des silhouettes
croisées dans son quartier, où se lisaient mêmes idées et mêmes
visions, la douceur de l'ombre du platane en éventail, l'agacement
des voitures abandonnées devant l'entrée de l'hôtel en attente
d'un voiturier, un peu de vie commune.