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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mercredi, septembre 19, 2018

Entre

Comme l'antre et carcase étaient paisibles mais que j'avais tout autre chose dans l'esprit que Paumée, je recopie pour boucher le trou que laisserait ici ce jour, ma réponse à la vidéo 42 (interstices) de François Bon pour l'atelier d'écriture de l'été
chacun.e a construit par accumulation de facettes un texte long et complexe, mais qui peu à peu prend sa voix et son chemin propre, maintenant on tente de relier par des textes les propositions disjointes
mais pour les images, par commodité, je fais passer par ces interstices des chemins (que je sois pardonnée pour ce détournement qui fait pivoter l'axe séparant les éléments reliés)
entre 28 (se déplacer) et 29 (rencontrer)
Marchant ainsi dans la ville, à la curiosité pour les pierres, les perspectives, superpositions de battisses – curiosité qui s'amenuisait avec le temps mais laissait subsister un plaisir tranquille, familier, ravivé par un éclat de lumière ou l'évidence soudaine d'un détail négligé –, se mêlait de plus en plus, comme pour approfondir son retour à la vie, un intérêt encore discret – parce qu'il avait appris autrefois que cela devait être ainsi, parce que surtout ne s'effaçait pas totalement le mélange de crainte du contact et de refus du calcul inconscient de l'aide qu'on pouvait en attendre – pour ses contemporains, les rencontres fortuites, ce soudain intérêt porté à une silhouette, une attitude, qui l'aurait presque entraîné, inconsciemment à une filature s'il n'était immédiatement et instinctivement tempéré par son besoin de légèreté, de distance, comme cette rencontre, il y avait quelques jours, à partir de laquelle il aurait pu inventer une histoire.
Entre deux 29 ou deux rencontres
Renaissait en lui, aussi, parfois, au gré de ses rares rencontres codifiées, une curiosité plus attentive, surtout pour des êtres sans flamboyance, une fraternité légère et sans avenir, le plaisir d'échanges un peu flottants, mais finalement plus profonds que les rapports mondains en marge desquels ils se nouaient comme de minuscules miracles.
Entre 29 (rencontrer) et 30 (répéter) qui dans mon cas était un 100 m courru aux Jeux Olympiques
Au surplus, avec la rupture des liens quotidiens de son ancienne vie, travail, quartier, compagnonnages sans intimité, et parce qu'il peinait encore à maîtriser le temps dont il disposait maintenant, ses forces étant revenues lui semblait-il, il avait rejoint son époque, et, sans aller jusqu'à la télévision, fait l'acquisition d'un ordinnateur, découvert les codes d'internet, suffisamment pour ce qu'il en attendait, jusqu'à se laisser un peu envahir, sous le prétexte de se maintenir dans le flot du monde... et même jusqu'à suivre, savourant la beauté des corps en mouvement, le championnat d'athlétisme qui se déroulait ces jours là.

L'ensemble des contributions se trouve sur http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211

lundi, septembre 10, 2018

Pour meubler un dimanche, recours à l'atelier

Ciel qui jouait avec l'épaisseur de son voile, carcasse jouant avec mal-être, garder l'antre, lavage de cheveux, ménage insuffisamment, un peu plus de cent pages du Paysan de Paris (y compris revenir sur la lecture brumeuse de samedi soir) et quelques textes (bien trop peu, l'importance de mon retard – et de mes quelques refus – devient irréversible) de l'atelier d'été du tiers livre http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211
et me borne à reprendre ma réponse à la vidéo 41 de François Bon
(reprendre un passage du texte antérieur et l'augmenter de l'intérieur, en mettant les fragments ajoutés entre des doubles crochets sur le fichier que nous adressons à François Bon, lequel pour retrouver le parti pris par Georges Perec dans W les installe, dans la version publiée, en notes sous l'original du texte inchangé... mais ci-dessous, tant pis, un peu par paresse, un peu pour suivre le pente de mon ego - et puis la courge a tant tâtonné pour trouver comment faire des crochets -, je trahis ce principe et garde la présentation du fichier)
Arrivé là, il a redressé la tête, lui l'ancien habitué des après-midi de paresse au Père Lachaise [[,quand après avoir circulé un peu, montant et descendant entre les grands monuments des maréchaux ou autres grands des siècles passés, rendu visite à des poètes aimés et cueilli une ou deux occasions de sourire en observant les enfants qui jouaient, il revenait s'asseoir, son dos appuyé au mur d'une des deux chapelles dominant l'allée solennelle qui grimpait depuis la grande porte, un livre posé sur ses jambes tendues, visage offert, yeux fermés, au soleil printanier,]], lui qui aimait flâner [[dans les cimetières blottis autour de petites églises villageoises,]]avec juste un petit arrière-goût de mélancolie en avançant entre les tombes de frères humains inconnus, ce petit goût qui ralentit le pas, qui lui donne saveur tendrement amère, mais n'allait jamais visiter les tombes familiales qui d'ailleurs étaient hors d'accès, auraient nécessité un voyage plus ou moins compliqué, comme pour vérifier que les aimés étaient là rangés [[sagement, pour attendre que la mémoire d'un de leurs proches ait recours à leur souvenir pour un moment de tendresse consolante ou pour appuyer une décision, sans d'ailleurs trop s'interroger sur ce qui aurait été leur avis]], ne gardant d'ailleurs des enterrements que les quelques souvenirs poignants de la peine maîtrisée des survivants – la vision d'une jeune femme et de cinq enfants se tenant par la main devant une tombe et le sanglot étranglé de son voisin, [[ou le fils debout devant le trou, regardant le cerceuil sous lui, mains serrant convulsivement, sans pourvoir faire le geste de la lâcher, la casquette qu'il était chargé de poser sur le bois vernis,]] le mort n'étant plus pour un temps [[que le tumulte intérieur, le désarroi, la peine éperdue de ceux qui l'aimaient ou, plus tendrement et terriblement,]] que [[l'entrée dans]] l'absence planant sur leur groupe. Et dès qu'il l'a pu, a fait le court trajet en bus, est descendu là où la rue, qui n'était plus depuis longtemps bordée de muriers, dessinait une ébauche de place arrondie, entre trois bureaux et hangars de pompes funèbres (avec devant l'un d'eux quelques échantillons de sculptures) et la porte qui s'ouvrait dans la longue muraille, sous une profusion, en effet, de branches, est entré avec un mélange de respect et de curiosité [[dans cet espace que seules animaient les branches ondulant lentement dans un vent naissant]], pour être saisi, au bout de quelques pas, par le plaisir de circuler sans but sous les arbres, le mélange de tons, de formes des feuillages[[, sous les hautes futaies dont les troncs jaillissaient de buissons sages et quelques arbustes abandonnés à leur désordre]], les yeux errants sur les chapelles orgueilleuses – refoulant d'un sourire l'ironie qui pointait parfois – avec leurs colonnes aux ordres improbables et les pleureurs ou anges si merveilleusement lisses, convenus et émouvants (tant et tant que ne l'étaient plus, émouvants, sauf légèrement quand la pierre portait usure ou lichens) entre les concessions qui, ici, étaient découpées à angles droits, de tailles assez égalitaires, si ce n'est que les tombes les plus simples [[étaient regroupées au centre de chaque îlot derrière la rangée des monuments familiaux]] – et parmi les plébéiennes dalles de pierre ou de marbre rouge sombre, l'émotion d'une simple butte de terre où s'alignaient, plantées dans le sol, de minuscules plaques ex-voto et des fleurs en fil métallique, et il était resté là gorge nouée murmurant, ou le croyant, des noms qui n'avaient sens que pour lui et renvoyaient à d'autres lieux, d'autres simplicités, ou pour certains à d'injurieuses opulences imposées [[par une génération antérieure, dans d'immenses cimetières aux abords de grandes villes]]. Mais ce qui dominait ici c'étaient les arbres, les merveilleux arbres, leur vieillesse robuste, les troncs multipliés comme en faisceaux des énormes cyprès, l'infinie variété de cette vie végétale regroupée là, protégeant les morts et semblant en tirer force, se les assimiler pour que l'essence des corps abandonnant le ciment du caveau [[où la mort et la tranquillité des vivants les tenaient enfermés]], se hissant au dessus de l'humus sur lequel les visiteurs glissaient, au dessus des énormes racines contre lesquelles se tordaient les chevilles, se balancent dans le mistral, boivent les pluies d'orage, se baignent dans le bleu et se libèrent de cette dalle que l'on fleurit pour eux ou abandonne, s'en moquent bien les morts... stupidités qui le faisaient sourire, un peu, auxquelles il aimait croire un instant, pris d'un besoin de se sentir frère de ces morts inconnus, dans la navrance résignée de constater leur abandon, ou le sourire attendri d'un objet, d'un bouquet frais [[ou, à côté d'un arrosoir abandonné, un petit arrosoir de couleur, une petite voiture offerte en cadeau pour amadouer une brutale détresse inexplicable]], en circulant sans rencontrer personne dans les allées, avec le plaisir aussi de se sentir aussi merveilleusement vivant que le vent qui se levait et faisait danser lentement les hautes branches des conifères.


vendredi, septembre 07, 2018

Depuis l'antre, revenir au 40 (limite) de l'atelier d'été

ciel gris, air frais du matin faisant frémir mollets et cou, regarder la pluie venir, et décider, âme tranquille et désireuse de calme, décider de rester dans l'antre, à côté de la ville et dans une ignorance bénigne ; pendant que passaient dans le lointain de brefs orages, faire repassage, cuisine, une petite sieste 
et finir de relire W de Perec repris dans la nuit après avoir regardé la vidéo 41 https://youtu.be/tCHEzm2_-2c mise en ligne par François Bon pour son atelier d'été et après avoir choisi un trop long texte dans ceux déjà écrits, le relire et mettre en place des crochets (tâtonné pour apprendre à les poser) là où je pense insérer de quoi l’allonger encore d'avantage pour y répondre
recopier, ici, ma contribution pour la 40ème proposition (limite)

Il avait été envoyé pour un examen vers une grosse clinique coincée en lisière de l'un des quatre ou cinq gros centres commerciaux en lisière de la ville, et en en sortant, comme il avait décidé, dans l'euphorie passagère d'un bon résultat, de rentrer par ses propres moyens, et qu'après s'être rendu compte, en voyant approcher un bus d'un blanc tirant sur le crème au lieu du joyeux bleu franc attendu, que le premier arrêt trouvé appartenait au réseau du gros bourg, de la petite ville voisine, il avait longuement cherché une ligne de bus le ramenant vers le centre de Sa ville, marchant sur des bords de voies où les voitures se précipitaient, passant sur ou sous des ponts d'échangeurs, incapable de deviner dans le dédale d'herbes pauvres de débris abandonnés et de béton sale où il avançait sur quel territoire il se trouvait, perplexe devant les noms portés par les panneaux qu'il rencontrait, noms qui lui étaient inconnus ou qui évoquaient des quartiers situés brusquement selon lui à l'opposé de leur position normale, trouvant finalement, avec même soulagement qu'un individualiste présomptueux voyant apparaître les dattiers d'une oasis avait-il pensé avec une pincée d'ironie renaissante, un abri à la silhouette familière, au bandeau sagement bleu, sur une petite zone entourée de buissons de lauriers, miraculeusement et artificiellement coquette, posée devant un grand magasin, alors qu'il n'avait presque plus conscience, à force de le répéter, de marmonner en boucle, à mi-voix «que soit maudites les lisières, que soient maudits les confins, que soient maudites...»

mercredi, septembre 05, 2018

Préparer l'hiver et chantier avec l'atelier du tiers livre

fin de matinée, après quelques courses et après être arrivée à faire redescendre à sa place mon coeur qui s'était rué vers mes gencives dans le souffle d'un vélo me frolant à grande vitesse sur l'étroit trottoir de la rue Saint Agricol, ce qui m'avait mise en léger retard, longue attente en compagnie de gens charmants et de mannequins costumés
pour acheter une partie de mes billets pour les spectacles de la nouvelle saison (descendant légèrement de catégories, les temps étant ce qu'ils sont)
retour avec oeil qui devient un peu moins critique sur le chantier de l'opéra depuis qu'il semble devenir un peu plus actif (mais la réouverture est déjà retardée d'un an)
Et pour prolonger le plaisir intérieur de l'idée de chantier, reprise (pour flatter aussi ma paresse) de ma contribution répondant à la vidéo 39 (chantier) de l'atelier d'été du tiers livre de François Bon
Arrêté au bord d'un trottoir pour laisser une voiture négocier son virage d'entrée dans une rue moyennement étroite, en contournant une machine jaune hérissée d'un grand bras articulé replié sur son bec et sa compagne noire qui, prenant appui sur ses fortes chenilles, plongeait son museau dans l'amorce d'une tranchée, voiture arrêtée dans sa manoeuvre par la découverte tardive d'un écriteau rue barrée, il avait conscience du petit sourire involontaire qui devait trahir l'allégresse instinctive déclenchée en lui par l'idée, même vague, de chantier, maintenant qu'il n'en était que témoin purement désintéressé. Sourire qui s'est accentué par le fasseyement du coin détaché d'un voile vert protégeant un échafaudage, rideau de fond de cette scène – ce spectacle fréquent dans les rues de la ville qui se rapetassait sans fin, nuançait sa permanence, luttait contre son âge, et, lorsqu'un trou se libérait, étroit comme une dent, se forçait au neutre pour insérer une petite note sans discordance dans la mélodie que les siècles avaient créée avec ses longues lignes doucement banales, les surprises soudaines, détail parlant d'un passé effacé, et ses accords splendidement assénés. Avec le mauvais exemple, du moins à ses yeux – le jugement, en partie personnel, en partie consensuel, de sa jeunesse étudiante, bien qu'émoussé par la familiarité, gardant sa force – de ce quartier dont il avait découvert récemment les images anciennes, mélange comme le reste de la ville de demeures nobles et de battisses plus humblement personnelles mais aux détails soignés comme l'était la tenue du dimanche de leurs habitants, quartier devenue opprobre, abandonné aux rejetés qui étaient en ces temps anciens les gitans ou ceux qui leur étaient assimilés, quartier considéré comme insalubre, irrécupérable, et sabré, détruit, seules quelques façades des rues le bordant étant sauvées, pour y construire des logements au style bâtard, qui avaient la grâce d'éviter l'impossible copie de la bigarrure ancienne mais sans oser trancher, nouveau quartier d'autant plus verrue dans le tissu de la ville, entre la place du palais et les deux rues proches du fleuve que, malgré les circulations qu'avaient prévues les architectes, il se barricadait presqu'entièrement sur lui-même. Alors, il se satisfaisait du plaisir des chantiers côtoyés quand il s'agissait d'un immeuble, d'une vieille maison, se passionnait un peu plus quand on effleurait rudement un monument ou noble bâtiment sous prétexte de restauration, polémiquait en tentant de garder indépendance d'esprit à propos des modifications en cours des espaces publics – se navrait en passant de la disparition lente des vieilles calades qui plaisaient à ses yeux, faisaient souffrir légèrement ses vieilles chevilles mais avaient la vertu cardinale d'imposer une lenteur sage aux vélos qui peu à peu envahissaient la ville, l'habitude et l'étroitesse des rues ayant déjà cet effet sur les automobiles. Et puis s'était plongé dans tout ce qu'il pouvait trouver disant l'évolution maintenant irréversible, sauf manque de financement, de la création d'un nouveau quartier, un peu après la confluence du fleuve et de la rivière, confluence qu'occupait lentement des ateliers, entrepots, sièges sociaux avec ce style banal, longs alignements de béton et métal – la grâce seulement d'une fresque découverte un jour – containers alignés, préfabriqués peints avec plus ou moins de fantaisie, et quelques audaces perdues dans ce néant utile (auquel il trouvait secrètement une certaine saveur, même s'il n'avait que fort rarement l'occasion de le voir, en le longeant)... nouveau quartier dont les grandes lignes avaient été révélées récemment, avec ses deux longues allées ponctuées de kiosques – le mot l'avait fait sourire avec un rien de scepticisme amical en pensant aux fabriques du parc parisien – encadrant une pelouse le reliant à la ville, quartier dont... en bref une idée de chantiers futurs qui lui laissait une possibilité de rêve presque infinie, puisque serait très chenu ou mort lorsque le réel aurait remplacé l'utopie, qui l'avait intrigué, le terrain présentant de forts risques d'inondation, avant d'adhérer à la solution trouvée de ne pas essayer de lutter en risquant une artificialisation dangereuse mais de s'adapter, tirant profit de ce risque par la création de zones vouées à l'eau à l'intérieur de chacun des très grands ilots programmés, qui devraient incorporer également quelques centimètres plus haut des espaces verts dominés par les constructions, projet séduisant sur le papier, dans l'intention de mêler dès l'origine bureaux, logements, commerces, services publics dans chacun des îlots offerts aux groupes candidats, avec cependant à ses yeux un fort risque de ghettoïsation, le cahier des charges assez souple imposant tout de même des circulations douces à l'intérieur de chacun, les voitures étant rejetés en périphérie comme des frontières, ghettoïsation et gentrification accentuées par le choix de constructions le plus autonomes possible au point de vue énergétique, ce qui excluait à priori les populations les plus précaires. Ce drame qui veut que les constructions intellectuelles des urbanistes et architectes échouent le plus souvent à créer cette vie, avec ses douceurs et ses incommodités ou pire, que l'anarchie des siècles a produite sous le nom de ville.

lundi, septembre 03, 2018

Tout doux, l'atelier n°38 (jamais, dire jamais)

matin, réveil tardif, épaules frémissantes dans l'air frais - l'année prend de l'âge -, renouer sous la douche et en me lavant les cheveux avec l'ébauche d'idée que j'avais eu vendredi matin en réponse à la vidéo 39 de François Bon pour son atelier d'été construire la ville avec des mots https://youtu.be/MZ5TycClqok , m'installer devant un fichier et en un peu plus d'une heure en dire beaucoup trop, puis raboter et re-raboter, penser hum, envoyer... regarder la vidéo 40 penser hum hum
déjeuner, profiter le plus possible du soleil pendant qu'il daigne encore me rendre visite (l'air est délicieusement tendre sans violence) le nez dans Alternatives économiques... et puis dans l'antre me plonger dans quatre des épisodes d'une série norvégienne bien angoissante sur Arte, la trouvant un peu faiblarde, convenue au début, changeant de plus en plus d'avis – même si les ficelles ne sont jamais tout à fait hors de perception...
après avoir recopié ma contribution répondant à la vidéo 38
la photo est peut-être légèrement ambitieuse...
Assis devant sa table, regardant le soir tomber sur les pierres et les arbres, il noyait dans le plaisir des goût, parfums délicieusement superposés, mêlés, des artichauts à la barigoule de sa vieille voisine, une maussade lucidité, la remontée vague de désirs refusés comme hors de portée, dont l'écriture (souvenir amer de l'enthousiasme de son adolescence), il a souri en pensant à un titre : mosaïque de saveurs pour un livre de cuisine d'autant plus poétique qu'il était bien incapable de donner conseils et recettesn et même souvent de deviner les constituants, mais qui pourrait être le fruit d'une enquête auprès de ses amies ou de leurs amies. Vaisselle faite, tournant le dos à la nuit, il restait courbé sur sa chaise, yeux sur une pile de livres, aimés pour la plupart dans leurs différences mais où se glissaient quelques déceptions, idées qui lui étaient rébarbatives ou écritures plates, en rêvassant... et puis a saisi un carnet sur le bord de la fenêtre, et s'est amusé – pensait-il au début, avant de se prendre au jeu – à imaginer des titres qui pourraient introduire à des textes qu'un autre, plus doué ou courageux, pourrait tirer, développer, en intelligentes, drôles, profondes, banalement informatives ou poétiques dérives des moments, des lieux découverts ou familiers qui avaient tissé la trame de ses derniers jours : blottie dans l'angle des eaux (ce pourrait être une histoire des rôles que sa position géographique avait conférés à la ville à travers les âges, quand cela avait encore une grande importance) – un miroir dans les feuilles (une romance pas trop sirupeuse ouverte par l'image de l'éclat sur la vitre au coin du sentier du Tourbillon) – la contestation du bleu (un poème, une méditation de jour gris) – la chaine des âges (rapporter ou imaginer l'histoire d'une généalogie d'artisans locaux, du portefaix au maître puis à l'entrepreneur rayonnant dans la région) – la maison aux rideaux sales (un policier mêlant histoires d'héritage et de spectres presque vrais, à lire sur la plage ou dans un train) – Monsieur Isnard de la Halle (la biographie d'un maître fromager) – centres navrés (tenter d'écrire quelque chose qui ne l'ai pas été déjà sur le dépérissement des centres ville et ses causes) – les amours de Claudine (une comédie de boulevard avec un petit assaisonnement social) – des trous dans la ville (un pamphlet sur les travaux passés, en cours et en projet) – la livrée de Carnilac et Jean-Barthélémy Foulques (une histoire, appuyée sur des recherches aux archives départementales et municipales, de la rue aux coquilles) – le domaine dans l'île (lentement, soigneusement chercher le parfum des rêves adolescents), a relu la liste, a grimacé «si peu», a ajouté, pensant à la lettre volée de Poe, un piéton (lui et la ville, ou plutôt la ville et lui).

PS

j'oubliais, si le coeur vous en dit, toutes les contributions : http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211

samedi, septembre 01, 2018

Un petit tour proche, et le 37 (enfilades) de l'atelier d'été

M'en suis allée matin deux rues au dessus de la miene pour payer mon loyer et puis, parce qu'il faisait doux, pour mouvoir un peu mes jambes et pour chercher une image de façades proche de l'endroit que je re-créait vaguement avec moult légères différences en répondant à la vidéo 37 https://youtu.be/beyfVghfwag de François Bon pour son atelier d'été sur le tiers livre (rappel : toutes les contributions sur http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211
j'ai traversé le quartier de la Balance qui, dès l'origine même si je n'étais pas avignonnaise mais passionnée d'architecture, était pour moi l'image de ce qui ne devait pas être fait (avec une vague idée de l'incorporer dans un texte à venir), 
l'ai contourné, et m'en suis revenue vers l'antre, pour occuper, pensais-je, une partie du reste du jour, dans le but d'éviter de me ruer sur une contribution en réponse au charme apparent de la vidéo 39, à faire des recherches web sur la transformation programmée d'un quartier... mais il y a eu un coup de téléphone, et depuis suis bouleversée, obnubilée par mon impuissance pour accompagner une proche, l'envie de revenir il y a beaucoup beaucoup d'annéeS, quand elle était un nouveau-né et que, derrière la porte de sa chambre, je guettais le moindre pleur pour entrer et lui tenir la main, lui parler puisqu'interdiction était de la prendre dans mes bras pour me promener avec elle.. enfin une colère impuissante contre l'un des pires cancers qui soit, une horreur... écouter la pauvre voix de son mari, lui écrire pleine de la crainte d'être maladroite, jeter, recommencer etc... et donc être à mille lieux de mon programme d'origine.
Mais je reprends, puisqu'à vrai dire il attend sur ce fichier depuis ce matin, mon 37 : enfilades
On a sonné à la porte, et en allant ouvrir il souriait, non sans une légère appréhension. Comme il le pensait c'était elle sa vieille voisine, souriant avec un peu de crainte, elle aussi, qui était là plantée, tenant une petite cocote brune. Elle est entrée dans une odeur d'herbes et levant les yeux vers lui «j'espère que vous n'aviez rien prévu pour votre dîner... et puis à la rigueur demain ce sera aussi bon... vous m'aviez bien dit que vous aimiez ça... et vous êtes si gentil (il avait plusieurs fois porté son couffin étonnamment lourd, bien trop à son avis pour sa petite silhouette) et puis vous aviez raison, j'avais trop d’artichauts... voulais faire plaisir, et bonne figure... c'est idiot» et en parlant elle avançait, se dirigeant vers les fenêtres ouvertes sur la lumière de la rue, le rempart, ses yeux furetant un peu, avec plus de curiosité que de discrétion, comme lui même, il devait le reconnaître, en traversant le salon obscur, slalomant entre les petits meubles pièges, trébuchant presque sur un panier de laines, se prenant les pieds dans un minuscule tabouret, jusqu'à la cuisine dont elle poussait les volets pour éclairer la table carrelée sur laquelle il avait posé sa charge, les placards de chêne jumeaux des siens, la paillasse carrelée de tomettes rose pale, les pots d'herbes, les petits flacons mystérieux, une grande affiche vantant les vacances sur la côte, taguée, apparemment depuis des années, avec un humour rageur, sous laquelle elle s'était plantée remerciant et re-remerciant avec une ostentation joyeusement ironique qui lui demandait de sourire avec elle de la débrouillardise avec laquelle elle avait tiré profit de sa faiblesse. Elle tournait sur elle-même, les bras toujours chargés, comme lui l'avait fait de retour dans le salon, exploitant sans complexe le climat ainsi créé, passant en revue rapidement son installation, sans insister, juste pour y trouver un aperçu de son caractère, et ne trouvant qu'indications contradictoires, un air de désordre – une commode au milieu de la pièce pour y appuyer des petits tabourets encadrant une petite table travailleuse, une chaise devant une porte, et des paniers de livres et de bouts de tissu un peu n'importe où – et l'autorité avec laquelle chaque objet semblait affirmer sa place, comme les deux piles de vieux recueils de journaux posées sur le sol, encadrant la fenêtre centrale, et posant enfin sur ses bras tendus la cocote, elle a jugé «c'est très vide, c'est beau ainsi... mais...» et elle pointait le menton vers les piles de livres (lui aussi) posées bien soigneusement au sol au centre de chaque panneau que les moulures anciennes, vestiges de temps plus glorieux, dessinaient sur les murs... ce à quoi, pendant qu'elle le suivait vers sa cuisine, jumelle de la sienne, il a répondu qu'il n'avait pas trouvé de bibliothèque qui les respecte. «C'est drôle de voir ce que chacun fait de son logement, même quand ils sont presque semblables... pas tout à fait c'est vrai» et puis «vous ne devez pas faire souvent la cuisine» et en rentrant dans la pièce principale «mais j'aime bien vos fauteuils» devant un fauteuil paillé bourgeoisement rustique qu'il avait trouvé dans une ferme vendéenne et qui le suivait, préféré, depuis des années. Il lui a offert de s'y asseoir, a proposé un café, et pendant qu'ils buvaient, les yeux flottant sur la rue vide, le ciel au dessus du rempart, ils ont joué avec l'idée de deviner les cadres dans lesquels vivaient leurs voisins, les habitants de leur pâté de maisons. Pour la maison mitoyenne, un foyer de personnes âgées qui devait prochainement être transféré hors les murs, il était malheureusement facile de deviner qu'il n'y avait pas grand chose en plus du strict nécessaire, un strict nécessaire de métal peint et de formica, des bagages avec quelques souvenirs, une pipe chérie que l'on n'avait plus le droit d'utiliser, des livres rescapés de bibliothèques dispersées, une vieille robe chargée de souvenirs, des photos, des paquets de lettres et un embryon de collection de boites de bonbons et de chocolats cadeaux des enfants quand ils venaient. Elle avait bien connu les anciens propriétaires de la petite maison qui suivait – deux étages percés de trois fenêtres, deux au rez-de-chaussée à côté de la porte – «J'y suis allée quelquefois au début, quand mon amie gardait ses petits enfants – elle est morte – c'est différent maintenant, mais charmant, d'ailleurs en bas sa fille a gardé quelques meubles de ses parents, de beaux vieux meubles de la région... au premier étage dans les chambres d'enfants c'est plein de couleurs et puis des meubles et objets venus de Casa et d'Ikéa, moins solides qu'il ne semble, ils ont rapidement porté trace des jeux, des coffres débordants, beaucoup d'ordre chez l'ainée, des petites faïences souvenirs de vacances et des posters extatiques, une joyeuse pagaille chez les autres et au dernier étage ce sont quelques meubles anciens ou en osier, de beaux tissus, des fleurs, toujours beaucoup de fleurs selon la femme qui l'aide parfois, un métier à tisser et bien entendu une très grande tapisserie occupant presque tout un mur...». Pour la battisse suivante, la plus belle, le seul hôtel particulier du 18ème de la rue, les tentures des hautes fenêtres du premier étage parlaient d'un décorateur, lui imaginait des antiquités sobres, belles de leur seul bois, un ordre calculé, des pièces figées dans l'attente d'un photographe, elle a secoué la tête «pas certain, ils aiment l'audace dans cette famille, enfin une audace consacrée, des meubles contemporains signés, un mélange... et puis sans doute un autre mélange parce qu'elle aimait bien la fête, la grosse fête, vous voyez, autrefois, et que ce n'est pas avec quelques heures de femme de ménage...». Enfin, pour la dernière, le libraire d'ancien, ils se sont mis à rêver d'un étage transformé en caverne aux trésors.

jeudi, août 23, 2018

Petite virée matinale et passage rapide de l'ouest pour l'atelier d'été (34)

sous les nuages que n'avait pas stoppé le signal,
dans l'effarement de ce début d'invasion d'animaux qui se veulent aimables et que je trouve assez laids dans les hôtels de la ville (au moins deux)
sur mes jambes à nouveau rétives et douloureusement crispées, ai fait petit tour dans la ville pour ramener Canard, confiture de fraise et cigares
et, après avoir recopié, pour paumée, la fin de ma réponse (l'ouest) à la vidéo 34 de François Bon pour son atelier d'été sur le tiers livre https://youtu.be/XojG3u1ziOg
(pour rappel, l'ensemble des contributions : http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211 )
Dans la paresse lumineuse du lendemain il a repris plus rigoureusement son chemin vers l'ouest, en une brève marche vers l'aval, le pont faisant face à une grande brèche du rempart, un bus pour franchir le large bras du fleuve et traverser l'île, bus qu'il a quitté, seul, à l'arrêt situé à l'amorce du franchissement du second bras, à la limite de la commune. Quelques marches de ciment, un passage tagué comme il se doit sous la large route transversale, et un cheminement méditatif, dans la douceur ennuyeuse d'un dimanche solitaire, au dessus du vif courant bleu sombre, yeux sur les maisons et cafés qui apparaissaient sur l'autre rive entre les troncs des arbres, longeant en l'ignorant soigneusement, le grand parking presque déserté, cherchant et bien entendu ne trouvant pas un endroit où s'asseoir sur une herbe absente pour savourer la marche des heures.
pour le reste du jour, en plusieurs longues plongées, ai pris dans les yeux le choc des images (ah la beauté de ces forêts !) des quatre heures (un peu plus) de la première période et près des trois quart de la vidéo suivante (je ne l'avais jamais vu... pas vraiment le temps lorsqu'il est sorti, avais simplement lu et relu la transcription parue chez folio), puisque j'avais remarqué hier soir que les deux parties sont visibles sur Arte jusqu'au 4 septembre https://www.arte.tv/fr/search/?q=shoah et suis restée dans l'effroi qui est bien la moindre des choses que l'on puisse leur offrir.

mercredi, août 22, 2018

La vie d'une rose et le nord pour l'atelier d'été du tiers livre (34)

dans le jour naissant
le salut d'une rose
tout juste éclose
dans la chaleur de midi,
sa vieillesse, coeur dehors.
La petite vieille elle n'a rien fait de notable, a beaucoup lu, a dormi, a vaqué un peu
et reprend la troisième partie de sa contribution en réponse à la vidéo 34 de l'atelier d'été de François Bon https://youtu.be/XojG3u1ziOg
(pour rappel, l'ensemble des contributions : http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211)

Debout devant sa fenêtre, dominant la rue, les quelques touristes, la porte vers le fleuve, il s'est dit que, pour l'ouest, il ne bousculerait guère sa tendance à la paresse. L'est donc descendu, a franchi la porte, traversé un groupe massé devant l'entrée du châtelet, est passé sous le pont-levis maintenant fixe qui le reliait au pont, a suivi un moment la promenade sous les remparts puis le rocher, jusqu'à la blancheur ensoleillée flottant sur un vert tapis de lentilles d'eau de l'embarcadère pour l'île... Pour atteindre la limite ouest de la ville, il a guetté l'arrivée de la navette mais comme l'attente se prolongeait, comme parmi les langues bienheureusement incompréhensibles s'était glissée une conversation qui chatouillait l'humeur honteusement chagrine dont il cherchait justement à se défaire, il a décidé que la ville s'arrêtait au fleuve, a traversé la route entre deux flots de voitures pour entreprendre – avec un petit sourire de travers en remerciement ironique à la gracieuse et souple vierge qui, depuis sa niche dans le mur de soutènement du premier degré, l'encourageait à la négation joyeuse de sa fatigue chronique – la montée des degrés qui, depuis la terrasse en haut du rocher, dégringolaient en serpentant vers lui – s'est arrêté à mi-hauteur pour jouir de la vue sur les toits des quelques vestiges de bâtiments appuyés au rempart, sur la navette qui émergeait sous le vert lumineux d'un micocoulier, sur le fleuve que le soleil maquillait de bleu sombre, les feuillages et une guinguette autrefois blanche sur la rive de l'île surmontés des arbres et toits en tuiles roses ou grises grimpant, au delà du fleuve, vers les tours qui couronnaient une colline, avant de reprendre l'ascension, de s'appuyer avec un soupir de soulagement à la belle rambarde de pierre de la terrasse supérieure, admirant le lointain, la courbe que le courant traçait autour du rocher, les écluses à demi cachées des canaux qui redessinaient dans l'île l'emplacement des îlots qu'elle avait avalés, et de faire les deux pas qui le séparaient de la grande table de pierre où étaient gravés, avec les points cardinaux, les noms des monuments dressés de l'autre côté du fleuve et des montagnes bleutées à l'horizon, de sourire alors, de murmurer «mais oui», de décider, ludique pour ludique, de modifier la règle de base et, jouant sur la position décentrée du coeur de la ville enclos dans ses remparts au sud-ouest de l'agglomération, de constater qu'en levant les yeux, après en avoir lu le nom, vers telle ou telle croupe noyée par la distance au dessus du fleuve lequel, son détour achevé, filait droit vers elles, il faisait face au nord. Et, en redescendant à travers le jardin et les rampes en pente douce vers la ville, il souriait, vaguement honteux et ravi d'éviter ainsi les deux énormes centres commerciaux qui s'étalaient au nord de l'agglomération avec leurs routes et bretelles emmêlées, hostiles aux piétons et leurs grands magasins et galeries marchandes qui avaient transformé le coeur en désert.

mardi, août 21, 2018

Dans Avignon et à l'est pour l'atelier du tiers livre (34)

sous le ciel violent
et dans le jeu des ombres
chemin matinal
en liberté joyeuse
(impuissante pour l'heure)
au surplus, économisant là aussi, recopier la seconde partie (est) de ma réponse à la vidéo 34 de François Bon https://youtu.be/XojG3u1ziOg
(pour rappel, l'ensemble des contributions : http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211
Quelques jours plus tard, après avoir consulté les horaires, il a marché, dans la douceur du lundi en fin de matinée, oubliant son refus ennuyé de l'examen médical auquel se rendait comme à un rite ayant perdu tout sens, jusqu'à l'alignement de bus près de l'ancienne gare, en se souvenant qu'accroché derrière le garçon lui était venue, dans son besoin constant de mettre un peu d'inutilité joyeuse dans sa vie, l'idée de profiter de ses nombreux moments de loisir pour saluer les quatre points cardinaux . Sans regarder, par la fenêtre du bus, les villas, la rocade, les cités, il a roulé en s'enfonçant à l'est dans l'espace de ce qui était toujours la ville, jusqu’au «Mélange des eaux», le rond-point, la clinique, le marché en plein air au milieu duquel il est descendu et le petit centre commercial entouré d'autos. La corvée expédiée avec une patience appliquée, est ressorti en hennissant presque de plaisir, a salué la grande roue exhibée comme un vestige dans un petit espace que laissait libre la dalle du parking, et au bout de celle-ci, après une des bretelles de la route, a descendu une volée de marches en ciment dégradé, et, négligeant une vague odeur de pisse et quelques boites de conserves et chiffons abandonnés, a retrouvé le mince canal du fleuve à l'endroit où une petite sorgue canalisée qui, le dominant légèrement, coulait parallèlement à son mince et sage lit, se jetait brusquement en lui, en une mousse écumante, une brume d'eau qui étincelait dans le soleil, et il est resté là, comme chaque fois, aussi émerveillé qu'un enfant, dos au mur couvert de lierre et de chèvrefeuille fané, regardant entre des herbes folles ce tourbillon joyeux, cette petite chanson vivante.

lundi, août 20, 2018

Paresse et le sud de l'atelier du tiers.livre (vidéo 34)

ma paresse naturelle s'épanouissait avec une douce autorité ce matin
alors tout de même, faire lit, douche, aspirateur, un minimum de cuisine
et puis lecture tant que le mur de la cour a reçu la tendre force du soleil, d'un formidable livre d'ATD Quart-Monde sur les échanges (que je ne saurais appliquer)
et à l'intérieur de contributions à l'atelier d'été de François Bon http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211 entre autres choses avant deux westerns...
et je recopie le premier quart de ma réponse à la proposition 34
illlustrée de capture d'écran de Google Street View
Dans sa découverte de la ville il y a eu un petit élan donné par un dîner chez son cousin, accepté pour le plaisir de rencontrer le fils prodige, l'aîné, avec lequel, à Paris, s'étaient tissées au fil des ans des relations à la fois distantes – leurs âges et occupations le voulant – et assez intimes pour que à chaque rencontre sans beaucoup de temps et de mots, en phrases brèves, gestes, silences, se dessinent un intérêt commun, un sujet de débat. Ce soir là, au détour d'une phrase quelconque, était passée sa frustration, malgré ses virées dans le quartier de l'ajustadour, qui en se développant devenait incontournable, de ne jamais l'avoir vu cette rencontre des flux ni même d'ailleurs la rivière, de ne jamais avoir pu suivre le ressar... le garçon lui avait répondu : «oui, l'est trop haute de la digue, l'est trop large le glacis entre le petit canal et le fleuve, on ne la voit, la rivière, que du pont qui traverse en biais, là où la bouche s'élargit, ponctuée par des îles... mais, si tu veux, je t'emmène, un peu plus haut dans son lit, à l'endroit de la vieille route et de l'autre pont, juste dans notre sud.... il y a un petit caboulot, comme on dirait dans le nord, et un chemin dit de la digue, qui suit de près la rivière – on la sent à défaut de la voir – à la toucher, c'est un endroit merveilleusement neutre, tu t'y ennuiera à loisir... nous pourrons parler» il a ri et cru comprendre que les derniers mots n'étaient pas les moins importants. Rendez-vous a été pris pour le lendemain après-midi, et il s'est retrouvé, casque en tête, à l'arrière d'un scooter, longeant les Célestins, sortant des remparts, et filant le long de la vieille route nationale, émergeant des villas et cités pour, entre l'emprise du Centre Hospitalier et cette zone en partie vierge, en partie maraîchère, que la ville respectait encore, gagner le pont haubané qui marquait la fin de la commune et du département. Le petit caboulot annoncé avait un air abandonné, ils ont garé leur bécane dans son parking, et traversant la route, se sont mis, après les panneaux plantés au dessus d'un petit espace de roche affleurante et de terre ravinée parsemé de papiers, de boites de conserves et de quelques brimborions, pour interdire d'allumer du feu ou de déposer quelque ordure que ce soit et d'extraire du gravier sans autorisation, à suivre le chemin de la digue, ruban goudronné entre un petit mur de soutènement en ciment blanc et, du côté de la rivière, un talus couvert d'herbes folles, de buissons piquants – son ignorance totale ne lui permettait pas, et s'en moquait bien, de mettre des noms dessus – dominés par une échevelure de roseaux qui devait marquer le sommet de la digue, lui regardant, s'arrêtant parfois pour tourner sur lui-même afin de ne rien perdre du charme banal de l'endroit, en écoutant le garçon qui tâtonnait pour évoquer désir d'ailleurs, avenir... et ils sont arrivés, au bout de deux cents mètres environ, à un endroit où le chemin, à force de s'en rapprocher, devenait digue et dominait un arbre et une très mince bande de terre bordant la petite crique que la rivière, basse et sage en cette saison, avançait vers eux – un banc de sable herbu et ce qui semblait l'ébauche d'une jetée de pierrailles coupant le calme de l'anse en deux douces mares d'eau sablonneuse, avant d'offrir au courant, en avançant vers le centre de son lit, le plaisir d'un tout petit saut à l'écume légère comme un sourire furtif. Ils sont restés là un moment, lui fumant, l'autre sifflotant, avant de reprendre leur monture, de passer le pont et de rouler jusqu'à un bar sur la place d'un gros bourg agricole dont le nom chantait dans les vieux contes... et devant un café frappé pour lui, une bière pour le garçon, il l'a écouté organiser sa pensée, tentant par un mot, une mimique, un grognement, un geste, de l'aider à accoucher d'un début de décision.



dimanche, août 19, 2018

de peu de choses dans l'antre et d'échanges (atelier d'été – 33 – transactions)

beau temps avec passages nuageux
lavage cheveux, reprise en main de l'antre
et, dans la cour encouragement aux trois boutons miraculeux
Au petit matin poser des mots sur l'idée pour la quatrième partie de ma réponse à la proposition 34 de l'atelier d'été de François Bon, https://youtu.be/XojG3u1ziOg, relire l'ensemble, grimacer, envoyer – mon il a trop de défauts en commun avec moi pour que je ne commence pas à m'en lasser, et puis j'avais le sentiment d'avoir un peu triché par rapport à ce qui était demandé, peut-être une partie de l'explication de mon petit désarroi, doublé d'une perplexité «technique» en regardant les deux vidéos suivantes... laisser reposer
et pour ce jour reprendre ma contribution, sortie un peu péniblement et cela se sent, en réponse à la vidéo 33
(l'ensemble des contributions sur http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211)

Pendant que le ciel se déchaînait sur la ville, et que redevenu petit animal primitif – il accentuait un peu son muet tremblement intérieur pour noyer sous la dérision ce que cette idée avait de réel –, il se tassait, tremblant, devant sa table, et tentait de recréer avec des mots ce qu'avait de somptueux, terriblement somptueux, le bleu glorieux qui faisait leur orgueil, il retrouvait, dans ce suspens, dans un calme revenu que déchirait soudain le cri d'une voiture de pompiers, son besoin grandissant de mieux la connaître cette ville qu'il voulait sienne. En son enfance et son adolescence, elle n'avait été que le cadre entourant la bulle familiale dans laquelle se baignait puis contre laquelle il s'était rebellé, il n'en avait gardé peut-être que l'amour des pierres. Cet amour qu'il avait retrouvé, dégusté, approfondi, recherché depuis son retour. Mais la beauté d'une ville n'est que parure secrétée par les rêves, les désirs de ceux qui l'ont construite, parure abîmée, ravivée par les générations suivantes, les périodes où tout se noyait dans les rapports économiques avec son entourage et entre ses populations, sans que meure complètement le souvenir de ce qui l'avait faite, jusqu'à ce que se recrée, sous les divergences, luttes, ignorances réciproques, à travers le tissage de liens plus ou moins forts, avec ces noeuds où se rencontraient, se nouaient, se disputaient, les idées de la ville, une beauté, une unité baroque, d'où naissait, différente, déformée, l'image qu'elle présentait à ses visiteurs. Et parce qu'elle était cachée, mouvante, elle lui était manque et il la recherchait dans les signes qui surnageaient de sa vie secrète. Comme, si l'on sortait du coeur encore battant et des quatre ou cinq rues qui se croisaient, alignant des commerces disparates, libraires, marchands de café, de matériel de cuisine, club de couture et lecture, marchands de couleurs ou bazars, boutiques de chaussures démarquées et échoppes de créateur, un teinturier face au réduit minuscule où travaillait un très raffiné petit bijoutier asiatique, bistrots vieillissants et restaurants branchés, chocolatier, etc... dont les propriétaires et employés se rendaient visite aux heures creuses – ou du moins certains, on devinait des micro-sociétés plus ou moins conscientes –, il avait appris peu à peu que presque toutes les professions médicales qui n'avaient pas migré dans les quartiers, y créant des noeuds de cliniques, maisons de retraite, centres de santé réunissant des médecins de toutes spécialités, laboratoires etc... s'étaient peu à peu regroupées le long d'une avenue qui, bordée de platanes parmi les plus beaux de la ville, allait buter sur le rempart du côté de la campagne. Comme les rues autrefois bordées de commerces populaires qui se dirigeaient vers les portes, devenues peu à peu des rues dortoirs aux rideaux métalliques tirés et vitrines peintes en blanc, qui avaient lentement repris vie, depuis quelques années, avec l'arrivée de gens d'outre-rempart et outre-mer, l'ouverture de cybercafés, de petits bars, d'épiceries, que peu à peu rejoignaient des graphistes, un brocanteur, un magasin de producteurs de légumes, la boutique d'une jeune modéliste, une galerie de peinture, qui n'avaient pas trouvé place dans la rue branchée proche, amorce plus ou moins forcée d'un mélange, l'aube d'une nouvelle vie. Les petits signes plus ténus aussi, la rencontre chez le teinturier d'un membre d'une troupe amie venu faire nettoyer les tentures d'un spectacle repris, et la conversation joyeuse et légère où les avaient rejoints les autres clients, cet échange de regards involontaire, complice, dans une réunion publique, avec une des silhouettes croisées dans son quartier, où se lisaient mêmes idées et mêmes visions, la douceur de l'ombre du platane en éventail, l'agacement des voitures abandonnées devant l'entrée de l'hôtel en attente d'un voiturier, un peu de vie commune.