Retrouver en soi la matrice, le trésor des formes et le réactiver. Pour Augustin, la mémoire n'est pas un lieu dépositaire de choses que l'on peut appeler à soi, il faut les recréer chaque fois et ce qui en revient est vivant, un vivant qui nous dépasse.
Réfléchir à ce qu'est la tradition, pour éviter les crispations ou, au contraire, l'abandon, c'est primordial aujourd'hui.
Conflit indispensable et inévitable. Traduire pour éprouver la réception sociale et intime d'un texte de nos jour. Bousculer la tradition pour s'inscrire dans la tradition vivante.
Traduction, transmission - la question de la langue - essayer de ne pas être trop tributaire du poids des mémoires de toutes les lectures qui ont été faites d'un texte à travers le temps, et Augustin lui-même, en écrivant, portait la mémoire de toute la grande littérature latine, travaillait avec. Deux systèmes linguistiques et syntaxiques différents, donc réécrire et non simplement traduire. On invente le texte à chaque époque. Augmenter ce qui est en germe dans le texte, l'enrichir par des échos. Débat qui eut lieu entre Augustin et Jérôme, lequel entendait retraduire sans tenir compte des interprétations "sacralisées" (est il ironique que son texte soit devenu la vulgate, fasse autorité ?)....
pardon pour ces notes.
J'ai laissé tomber le débat et suis redescendue vers le Rhône.
Une grande tenture à carreaux multicolores en fond de scène (qui sera arrachée au cours du spectacle pour découvrir un grillage planisphère). Une très longue attente dans la pénombre - on devine un petit podium où s'installe Rija Randrianivosoa avec ses instruments.
Une jeune femme drue vient au premier plan. "Je guette sur les murs les mouvements du gecko dont nous sommes les yeux rouges". Vient d'un pays où on apprend à courir, prévoir. "L'immobilité est contraire à la nature même, contraire à l'homme, contraire au temps...... le gecko bondit et attrape".
Des silhouettes plus ou moins distinctes, musique, chants; profération du texte.
Plus direct, plus discours que chez Niangouna (puisqu'il y aurait eu encouragement ou conseils, selon ce que j'ai lu quelque part, de lui à son cadet congolais) - cruellement ironique. Pas un cri devant la cruauté humaine mais un tract. L'occident dénudé.
Un trentenaire blanc, démocrate affiché, plein d'assurance, vient dire la démocratie sociale et la sujétion des humains.
Succession de fragments comme des coups niant la démonstration linéaire (et démontrent par là même). Un montage très musical.
La vision de l'Occident sur l'Afrique, le Sud (absurdité de ces termes en eux mêmes), mais pour en rester à ce regard du Nord, il manque la civilisation pourtant réelle du Sud). Raharimanana dit sur le feuillet qui nous est remis :"La revendication de la dignité de chaque être humain est un combat très actuel. En fait, il m'importe peu de "taper" sur l'Occident (il le fait avec une belle efficacité) car je préfère écouter ceux d'ailleurs, comprendre comment ils vivent. Très simplement, j'ai envie de connaître la vision du monde d'un enfant qui, dans son désert, regarde le ciel et si cette pensée est aussi puissante que celle d'un enfant de l'Occident planté devant sa télévision ou son écran d'ordinateur (hum, pas tous)" et cette vision n'apparaît pas dans le spectacle qui, à mes yeux, en reste au tract, efficace mais tract tout de même, en réaction pure au regard, aux actes, aux directives du Nord.
A la fin un immense gecko gonflé, blanc, se balance face à la jeune femme blanche (du groupe) qui danse.
"Gecko gecko, là gecko là où l’on coagule les glauques des rêves, smog noir des temps noirs où choir est conte claudiquant, l’écho gai de tes cris grêles. Hé ! Ké ! Juste pour frayer phobie aux touristes qui nous visitent en ce notre monde tiers, margouillat et tarentoulia, arachnéa, nous en cas perdus de simples bêtes, hors monde, out of humanité, in scoumounas, amen…Je dis : Qu’Occident m’occide et que je me sauvasse une bonne fois pour foutre..."
la violence, la belle insolence (les tours), qui, en passant, avec talent d'ailleurs, par le slam ou le rap, se banalise.