Second réveil le matin du 30 avec manque d’enthousiasme condamnable et une idée ferme : train demain après-midi vers Toulon, plaisir du jardin et de l’amour (je les crois) familial, crainte de montrer ma gueule actuelle en dehors de ce cercle bienveillant - pied posé fermement sur les mauvaises raisons (lassitude) invoquées par ma paresse - programme : achat de collants et teinturier le matin - corbeille de repassage et pré-valise l’après midi, peut être spectacle le soir dans le off
Après le déjeuner, café dans la fournaise de la cour, en écoutant du coin d’une oreille les contrebasses du disque acheté aux Carmes (Crossing life and strings - Jean Sébastien Simonoviez, quatre contrebassistes, une guitare, quatuor à cordes), petite pause consentie avant le repassage.
Et puis coup de chaleur, vertige, suée… et , en rentrant vers la tiédeur de mon antre, une lumière éblouissante, un réveil rapide et fugace de ma raison : le 1er août, mon départ, ce n’était que le surlendemain.
Bec ouvert, vertige devant les possibilités, et toujours suée, migraine etc… douche, sommeil lourd, façon de simplifier le choix.
Et je l’ai aimé et je n’étais pas seule,. « une création contemporaine originale basée sur des expérimentations vocale et corporelles; inspirée de l’œuvre de Cervantès… Le résultat est un mélange des cultures : française, brésilienne, américano-coréenne, catalane et indienne…. » bon à vrai dire l’influence asiatique en général est nettement prédominante.Plus danse que mime sauf peut-être pour le plus grand, plus mince, Sergi Emiliano, qui joue Sancho avec une stylisation moins aboutie, accentuant la face burlesque, et l'attendrissement.
Dans le reste de la distribution, Yuka Fukuhima, Won Kim et Sajeev Purushotama et je suppose, dans mon ignorance grande, que c’ est-ce dernier qui est Cervantès, mais plus encore le meneur de jeu, le démon qui fait naître les réactions, parfois les sentiments des protagonistes (et que j’ai surtout aimé et regardé, tête ronde au menton aigu, yeux malicieux, grâce, force), un Don Quichotte un peu rond comme un jeune premier, gestes maîtrisés et une Dulcinée (et autres personnages) belle comme un rêve.
Silence, onomatopées, quelques mots venant d’une ancienne chanson populaire japonaise pour vocaliser, quelques percussions généralement en contrepoint malicieux, et quelques phrases en français, voix off, reprenant Cervantès;
Des épisodes reconnaissables, mais aussi rendre sensible (et pas seulement par le grand livre feuilleté), le fait qu’il s’agit surtout de la langue, des images, d’une vision du monde, et plus souterrainement d’une philosophie. Ce n’est pas le Quichotte mais ça porte trace de l’esprit, sans trahison ni lourdeur. C’est très beau visuellement et passablement intelligent. En une heure.
Et j’ai rentré carcasse, renoncé à la ressortir, me suis plongée platement (?) dans Cervantès et le débat entre le chanoine et don Quichotte : »Voilà qui est bon ! Répondit don Quichotte. Donc les livres qui sont imprimés avec la licence des rois et l’approbation de ceux à qui on les a soumis, ces livres qui, à la satisfaction générale, sont lus et vantés des grands et des petits, des riches et des pauvres, des lettrés et des ignorants, des vilains et des gentilshommes, enfin de toute espèce de gens… ces livres ne sont que mensonge, alors qu’ils ont si bien l’apparence de la vérité qu’on y raconte quels furent le père, la mère… » et il me semble que plutôt que de vouloir le retenir, et détruire ses livres, il aurait fallu inciter don Quichotte a s’asseoir sur les bancs de l’université de Salamanque.
