lundi, juin 14, 2021

Dimanche


tristesse grande autant qu'absurde dans la matinée, vaquer presque bien et ne pas penser mais écouter les presque trois heures du bon plaisir de Pierre Soulages et m'ébahir de croire découvrir la proximité de sa voix, de sa façon de rythme sa pensée, lancer ses phrases avec Pierre Bergounioux... (à vrai dire penser ainsi mais avec moins d'implication) https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/le-bon-plaisir-pierre-soulages-1ere-diffusion-05121992-0


partir à trois heures vers Rosmerta, une heure pénible à attendre (mauvaise compréhension ou désinvolture) en m'appliquant à ne pas sentir l'ironie dédaigneuse de la partie mâle d'un des nouveaux couples et puis trois heures de travail joyeux...


Retour un peu avant huit heures dans la vie qui reprend de plus en plus ses droits (y compris les embrassades auxquelles j'ai eu droit)



Mais je pense que suis dans une mauvais passe, ne ferme pas Paumée comme en étais tentée, le laisse dépérir et prends égoïstement distance. 

dimanche, juin 13, 2021

Étapes d'une journée (longuet, sorry, trop lasse pour élaguer)



Départ avant dix heures dans la ville détendue, la lumière montante et une chaleur en projet, équipée en été avec petit brumisateur et chapeau bien enfoncé...


bénir M qui me téléphonait sa joie d'être pris en charge par l'ASE et logé dans un hôtel, de prendre rendez-vous pour demain, en tournicotant dans un bout de rue des teinturiers, perdant, retrouvant la ligne... ce qui m'a permis de diminuer un peu ma trop grande avance (suis inguérissable)


longer le marché du samedi dans l'enceinte de la Préfecture


et retrouver un peu en avance (alors que bien entendu le départ a eu lieu avec un net retard...) le début de regroupement des diverses organisations à l'initiative de la journée de marche pour les libertés et contre les idées d'extrême-droite... le temps de me croire seul électron libre avant de voir se multiplier les jeunes jambes amicales...


longue attente, piapias, nouvelles, explications etc... distributions de tracs divers d'obédiences diverses, dont un quatre page intitulé Fasci-milé 5 de belle tenue, avec en conclusion un passage d'Umberto Ecco «Ce serait tellement plus confortable si quelqu'un s'avançait sur la scène du monde pour dire « Je veux rouvrir Auschwitz... Hélas, la vie n'est pas aussi simple. Le fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes. Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes – chaque jour, dans chaque partie du monde. »


ordre donné (pas par moi) aux garçons de faire attention à ne pas me marcher dessus, et départ


et au bout d'un moment, après un échange de plaisanteries avec S, lui ai confié mon appareil pour avoir quelques images plus aériennes que ne l'aurais pu...


des prises de parole assez rapides devant le Tribunal et une partie du cortège est parti vers la place Pie... les ai quitté au coin des teinturiers, la force qui me restait étant juste suffisante pour regagner l'antre.


Et puis un peu retapée, ai enfilé une robe dadame et m'en suis allée, avant 20 heures, tout à côté, au Musée Calvet pour le seul sauvé des concerts pour lesquels avais pris un billet cet hiver, concert Vivaldi avec Léa Dessandre (mezzo), Thomas Dunford (luth et théorbe) et son ensemble Jupiter https://www.opera-online.com/fr/articles/lea-desandre-la-musique-de-vivaldi-est-un-tresor-sans-fin

Comme c'était si près je n'avais qu'un quart d'heure d'avance et n'aurais eu qu'une chaise assez loin de l'estrade... alors me suis installée en marge, sur un banc devant l'orangerie, et même si les instrumentistes m'étaient en bonne partie cachés par le clavecin c'était très bien et il y avait les platanes et la modénature de l'aile gauche... pour respecter le couvre-feu l'horaire avait été avancé d'une heure 45 et le jour commençait simplement à fléchir au début du concert (un régal, musique et interprètes..) pour "vedro con moi diletto » d'Il Giustino et pour le premier extrait tant aimé de Judita Triumphans  « Amatae face et anguibus », avec ce plaisir de la musique ancienne (bon faut peut-être être un peu pervers pour y prendre plaisir) avec les longs intervalles pour accorder chaque fois les instruments


et les platanes contribuaient à leur façon, couvrant doucement la lumière qui déclinait et les traversait, se prenant même un moment pour leurs frères des Célesins en se mettant à chanter, réduisant le discret, murmurant, largo au centre du premier des trois concertos (pour luth en do majeur, RV 52)

suivait la sicilienne « Cum dedent dilecta suis » de la cantate sacrée RV 608 et puis l'entrain (plus mesuré) d'un second extrait de Judita Triumphans « Veni, veni me sequere fida » et le second des concerto pour luth (mon préféré) en ré majeur RV93

avant que la lumière qui continuait à descendre ne plante plus que quelques rousseurs sous les branches, que le ciel s'appuyant sur cette matité gagne de la lumière à mesure que ses couleurs s'effaçaient pendant la désarroi de « Gelido in ogni vena » d'il Farnase et la vivacité du « Gelosia, tu già rendi l'alma mia » d'Ottone in Villa et le chant du concerto pour violoncelle en sol mineur

et peu à peu, de moins en moins discrètement, le rose est apparu pendant les deux derniers airs « Mentre dormi, amor fomenti » de l'Olimpiade (operia seria de1733) et l' « Agitata da due venti » de Griselda (la version Vivaldi de ce livret pris et repris de Goldoni)


Et comme ils étaient aussi heureux que nous avons eu deux bis (des chansons rythmées dont je n'ai pas compris d'où elles provenaient si ce n'est que c'était nettement plus contemporain et merveilleusement joyeux, que j'ai entendues debout, ma canne appuyée comme elle pouvait sur les fortes racines du premier platane...


Quant à ma place, au retour : ma foi, on s'y serait presque cru... (au festival)



 

samedi, juin 12, 2021

J'avais oublié


qu'entrons en ce temps où, à quatre heures de l'après-midi, le trottoir de la rue Folco de Baroncelli, les belles pierres grenues des murs de l'Hôtel d'Europe, mes joues, mes yeux, mon crâne doivent prendre feu...Où l'air insiste pour m'imposer sa respiration insupportable posée sur moi...


J'avais oublié que nous, petits vieux, allions repenser trajets et horaires (et j'ai petite crainte de ne pas y avoir pensé en prenant des billets) pour rendre presqu'impunément hommage à la beauté de notre seigneur été en sa gloire.


Je n'avais pas oublié que j'aimais la vibration de l'été et qu'il fut un temps où la chaleur ne me donnait jamais assez de vertige... mais qu'avec les ans les plaisirs de cette saison étaient la tendresse fraiche d'une pièce aux volets entrebâillés sur l'ardeur frappant la ville, le délice de l'obscurité imbibée d'une idée de lumière.


J'avais oublié que la lumière allait manger les couleurs, nous écraser comme les personnages de l' « Avventura », et qu'il serait difficile de trouver fleurs là où les jardiniers ne passaient qu'irrégulièrement..


Il est vrai qu'au pied de la mairie elles se cachent tranquillement derrière les panneaux électoraux.