lundi, février 06, 2023

exténuée mais récompensée


Parce que je pensais que le vent s'était lassé (et en fait ça avait été le cas), parce qu'il ne peut pas me condamner éternellement à rester rivée à mon quasi bord de fleuve, parce que ne voulais renoncer à un autre spectacle, parce que quelque chose me disait que l'on touchait l'indispensable, m'en suis allée, cueillie par un retour de la violence qui tranquillement m'attendait (ne suis pas mégalomane, n'y crois pas, mais c'était comme si), parce que bien entendu l'arbre qui gisait dans cette cour y avait été apporté et ne venait pas de s'abattre, parce que tout ce qui précède et parce que n'avais rien fumé depuis samedi à midi et mon petit cafard m'autorisait à mon avis à reprendre juste un peu... 


me suis retrouvée accrochée des deux mains à un poteau de la rue Molière regardant mon sac et ma canne que messire vent m'avait arraché, au sol, devant moi, coincés par un muret... dès que l'ai pu les ai repris, me suis jetée en avant pour traverser la place de l'horloge (la première et la troisième de photos prises en rafale) pour découvrir que, contrairement à tous les dimanches que Dieu fait, la Civette était fermée...



alors ai continué, cherchant les rues point trop ventées (certaines l'étaient même dans le centre) et les bureaux de tabac...


n'ai rien trouvé et comme il était temps, ai rejoint ceux qui entraient, avec les signes de civilité qui s'imposent, dans le Conservatoire... me suis installée en haut.. ai attendu que commence le concert désiré. Parce que comme le racontent Tite Live, Shakespeare, Britten et d'autres musiciens... Sextus Tarquin, Lucrèce fille de Spurius Lucretius Tricipitinus, épouse de Lucius Tarquinius Collatinus, très belle, très noble, très sage, très fière, fut violée par l'un des fils du roi Sextus Tarquin, demanda à son père et à son époux de la venger et se suicida (ce qui accessoirement aurait amené la révolte des romains, la chute de la royauté étrusque et la république mais ce n'est hors sujet... parce qu'en 1688 à Rome Alessandro Scarlatti composa sur un livret du cardinal Benedetto Pamphilij une cantate pour soprano et basse continue « Lucrezia Romana » splendide, récit et cri de douleur (cinq récitatifs, quatre airs et trois ariosos) – premier récitatif

« Abandonnée par l'arrogant

adultère, nue et dédaignée sur

les oreillers ensanglantés,

objet trop ignoble, ainsi gisait

l'épouse violée de Collatin.. »

parce qu'en 1709, ayant demandé un livret toujours au Cardinal Pamphilij, Haendel composa une non moins superbe et nettement plus célèbre cantate « La Lucrezia » cri de désir de vengeance, avec sans doute un peu plus d'ampleur et un peu moins de véhémence, débutant par

« Ô Dieux éternels !

Ô étoiles, étoiles !

Vous qui foudroyez des tyrans

impies armez-vous, c'est mon

vœu, de terribles flèches.

Avec feu et tonnerre réduisez

en cendres le coupable

Tarquin et Rome... »

parce que Jérôme Corréas, claveciniste et directeur de l'ensemble Les Paladins avait décidé de donner ces deux cantates avec pour parfaire la basse Nicolas Crnjanski violoncelliste en leur ajoutant comme de belles pauses souriantes la sonate n°3 d'Antonio Vivaldi en introduction et la sonate n°6 du même Vivaldi intercalée entre les cantates

parce que la chanteuse était Amel Brahim-Djelloul https://fr.wikipedia.org/wiki/Amel_Brahim-Djelloul et qu'elle a été superbe par son chant et par sa façon d'habiter le rôle, ce fut vraiment un peu plus d'une heure très belle.


Avant un retour dans le vent à peine tombé, en passant devant deux bureaux de tabac fermés (du coup ma vague envie de... devient idée fixe ou presque)


et comme je n'ai pas trouvé d'enregistrement de musique baroque par Amel Brahim-Djelloul sauf un air des « Surprises de l'amour » de Rameau, nettement moins tragique, j'opte pour ses interprétations de la musique berbère avec le groupe de son frère et une chanson de Idir et El Hamid Cheriet, avant de fermer Paumée pour quelques jours sans doute.



dimanche, février 05, 2023

Non


Il y avait le vent, il y avait eu son chant se réveillant dans la nuit, il y avait le vent fouettant les branches du laurier sur la terrasse du dessus au réveil, il y avait le vent secouant la porte fenêtre, la météo disait 50 km/h avec rafales à 100, je pensais 100 km/h avec quelques reprises de souffle à 50.

Il y avait ma vérité du vent et le bruit qu'il faisait.

Il y avait ma vieille compagne solitude qui était revenue me dire du mal, il y avait des yeux qui descendaient, il y avait être au bord des vies.

Il y avait ma sottise et ma lâcheté.

Il y avait trouver beau le mot de langueur.

Il y a eu se raffermir assez pour écrire les voyages, il y a eu une indulgence stupide pour dire ça sera comme ça et publier.

Il y a eu se dire tant pis pour ce que pensais aller chercher, ce n'est pas indispensable.

Il y a eu se dire vais faire des détours pour aller au Chêne noir, il suffit d'éviter rues qui montent directement et la Peyrolerie. Il y a eu sortir pantalon dame et chandail ok. Il ya eu se dire j'en profiterai pour racheter des cigarillos en ai besoin.

Il y avait le vent, et les bras qui ne voulaient plus, les jambes non plus, et le vide de la paresse et de la lâcheté.

Il y a eu ranger pantalon et chandail, se dire mañana pour tout y compris cigarillos.

Il y a eu se dire devrait fermer Paumée le pauvret. Il y a eu se mépriser confortablement et laisser la nuit venir.

Et pour ce qui aurait dû être au bout du chemin le soir, il y a ce teaser.




samedi, février 04, 2023

Vent bleu, écrire disent Sabine et Walter



Tâches domestiques et bagarre douce et entêtée avec ordinateur qui a des langueurs... arriver péniblement à l'obliger à une courte vidéo pas terrible (euphémisme, mais c'était petite victoire) – sortie vers quinze heures sous un ciel toujours d'une pureté cassante, dans un reste de vent qui ne m'a obligée qu'à un ou deux pas de côté et faisait trembler mes jambes crispées sans les paralyser, avec le repos en arrivant place de l'horloge.


Refaire provision de savons divers, passer à la librairie qui n'a toujours pas reçu le livre d'Arnaud Maïsetti, passer aux Délices du Lubéron pour confiture de pastèque et petit bidon d'huile de Nyons et à la pharmacie... redescendre vers ma rue proche du fleuve, le crâne penché en avant pour contrer le souffle rue Saint Etienne.

Mon élan du réveil pour continuer couci-couça, en tâchant que ce ne soit pas trop piteux, l'atelier voyage s'est englué dans le jour, remis à demain matin... et pour faire écho à ma lecture massacrante d'une liste des conditions nécessaires pour écrire de Walter Benjamin (une suite de régals sur l'écriture mais surtout sur l'inflation de l'entre deux guerres et sur la description furieuse du monde qu'il sentait venir ce petit livre « Rue à sens unique » publié par Allia que j'ai dégusté par petites goulées pour mieux l'apprécier)



je reprends, dans les quelques pages lues juste avant le sommeil d' »Elvis à la radio » de Sabine Huyn, deux des débuts de blocs de texte dans lesquels, après avoir dit « elle » puis je dans cette évocation de l'enfant et de la jeune femme, elle évoque l'écriture de ce « roman » à la construction parfaitement adaptée mais sortant des cadres classiques

« Il me semble que plus j'écris, plus se dessine avec une netteté accrue ce qui m'avait échappé pendant les moments où je tâchais d'y réfléchir en dehors de l'acte d'écrire : l'image que la société a fabriquée de gens comme mes parents et moi... »

et, deux pages plus loin, « Je crois qu'il faut tuer ces chéries auxquelles nous tenons tant pour écrire les histoires qui nous tiennent réellement à cœur, soit celles qui nous aideraient peut-être à y voir plus clair dans nos vies et nos mémoires encombrées par toutes sortes d'images traîtres. Nos chéries – la vérité chérie, et l'histoire chérie, celle qui se trouve au premier plan – obnubilent les chemins et les clairières de notre forêt d'histoires et appauvrissent nos pensées et notre écriture... ».

vendredi, février 03, 2023

Vent, reçus, pas arrivé et voyage

 

Matinée encore un peu pénible et j'avais quasiment décidé de fermer Paumée et de prendre distance avec les « réseaux sociaux » pour ne pas y poser une trace geignarde... Pendant que me passionnais pour une petite recherche (parce que il y a le reste d'internet) coup de sonnette et arrivée de deux livres très attendus (les impôts m'ont rendu un peu d'argent que je dois conserver mais j'en profite un peu, grâce aux occasions) et les « fragments de la source 3 » de Laurent Margantin que j'avais vus en photo trop petite pour lire, postée par une twitteuse | n'aime pas le mot twittos | ce matin... et comme, en début d'après midi, avais retrouvé presque un tonus satisfaisant et un moral assorti suis partie, cueillie par le vent sur le pas de ma porte avec une brutalité qui a failli me faire renoncer, vers la librairie de la rue du Vieux Sextier où devrait m'attendre l'exemplaire de « Bois brûlé » d'Arnaud commandé le 25 janvier...

Et une fois sorti de mon trou venté, n'y avait plus qu'un air animé sur la ville, après court repos ai continué d'un pas ferme... mais « Bois brûlé » n'était pas arrivé... on verra ce vendredi ou samedi.


Ai continué de branches en branches, suis rentrée en passant par Saint Didier et la République, suis revenue avec une serviette et des gants éponges d'un beau roux et des carottes.


N'ai pas encore mis le nez dans les deux livres... juste le récit manuscrit par Laurent Margantin d'une promenade à la Montagne brûlée... dont je recopie, espérant qu'il ne m'en voudra pas le début pour le plaisir de son écriture

« Virages, innombrables virages de plus en plus serrés, tout en bas le bleu étincelant qui s'éloigne et disparaît. Dans un virage « l'impasse Rimbaud » plus loin un deux-mâts peint sur le mur de soubassement d'une maison, des hommes en bleu de travail déroulent des câbles noirs, des bosquets de bambous au bord de la route toujours plus nombreux certains formant une arche au-dessus de la route... »

et, même si n'ai pas écrit la deuxième partie du #3 de l'atelier voyage (il dort dans mon crâne, j'espère être assez en forme pour le poser en mots demain à peu près correctement) je recopie ici le #2 (arrivée) du second voyage reconstitué ou inventé (qui n'est pas tel que je l'aurais voulu mais tel que l'ai pu... j'hésite à m'entêter)


Retrouver la clarté de cette gare et le rythme des piliers blancs... en buvant un café ristretto avec un gâteau crémeux d'une bouchée devant un comptoir dans un coin du hall, jeter un coup d'oeil à mon vieux plan de la ville parce que la mémoire des jambes une dizaine d'années environ après mon premier séjour est certainement défaillante et sortir sur le grand trou de la place, les bâtiments beiges, ocres ou roux aux toits presque plats, leur sévérité et l'harmonie gracieuse que seuls les toscans arrivent à concilier ainsi, l'herbe rase du terre plein et au bout de l'allée qui le traverse face à moi l'arrière de Santa Maria Novella qu'il faudra bien que j'aille visiter cette fois... et en peu penchée en arrière pour mieux me remplir de l'air de la ville | tant pis pour la part de polution qu'il contient comme partout, je veux l'ignorer | oubliant injustement un instant la tendresse de Sienne, avoir, comme tant et tant de voyageurs depuis la mode di grand tour, presque l'illusion d'être chez moi, alors que bien entendu la Toscane ne se montre, n'offre sa civilité et ses beautés qu'avec une réserve gracieuse digne d'un mélange d'aristocrate et de grand négociant... traverser, laisser passer le tram, prendre pied, dans l'animation tranquille de ce tout début d'après midi, sur le trottoir devant les stands dominés par la haute façade arrière de l'église qui proposent des sacs, des bouteilles d'eau, des bonbons, des journaux, plans, cartes postales, souvenirs etc... les voir sans en prendre conscience et suivre la via degli Avelli | me murmurer ce nom que viens d'apprendre | en regardant avec le plaisir des retrouvailles la douceur des reliefs du soubassement des arcades du cimetière plutôt que les façades des maisons et les quelques cafés qui leur font face, attendre d'avoir traversé presque toute la place Santa Maria Novella pour m'arrêter, me retourner, rester un moment immobile face à la façade, laisser mes yeux caresser le jeu des noirs et blancs, la science et la beauté du dessin des panneaux et de la partie haute, en saluer la nouveauté pour l'époque sans retrouver le nom de l'architecte, me pencher, reprendre en main l'anse de la valise posée devant l'ourlet fleuri du gazon, prendre la via dei Banchi...

jeudi, février 02, 2023

le vent, mes jambes, musique de chambre


 Un peu avant midi, ayant écrit le premier des deux #3 de l'atelier voyage avec sans doute trop de prolixité ou trop de rapidité, comme me sentais mieux ce matin, suis grimpée vers la place de l'horloge pour acheter le Canard


cueillie de nouveau par un vent qui m'a fait chanceler et, malgré le petit détour fait pour éviter la lutte contre le souffle qu'est en cas l'avancée dans la courte rue Molière, j'étais épuisée par cette très brève marche.


J'ai renoncé à une petite virée vers Rosmerta qui aurait été inutile, me suis attaquée au repassage et en suis venue à bout et ça allait mieux, ai regardé vidéos de François Bon découvrant des photos de la dernière pièce de travail de Lovecraft (puisqu'alors il avait aussi une chambre) et de Pierre Ménard récapitulant les beaux instants les plus récents avec toujours le plaisir de sa diction...


et m'en suis allée dans la nuit, montant à nouveau, avec même détour parce que messire vent s'était un peu calmé mais pas tant, vers la place de l'horloge et l'opéra dans la nuit pour écouter,


depuis le premier balcon pour une fois, touutes les places étant au même prix et d'ailleurs tous les autres étages étaient vides... la musique de chambre ne fait pas recette en Avignon, le quatuor Varèse http://quatuorvarese.com/

jouer le quatuor opus 41 n°2 de Schumann, parmi ses premières œuvres, en 1842... découverte pour moi, un allegro vivace dansant-- un andante quasi variazoni dit-il un thème serein et les ruptures, chevauchements, oppositions de plusieurs thèmes (l'ai entendu ainsi – un très bref et primesautier scherzo, un allegro con vivace très vivace.

Un entracte trop long (mais j'ai eu le plaisir de faire presque ami/ami avec un couple que je rencontre là depuis des années)

et la magnifique plénitude du quatuor baptisé la Jeune Fille et la Mort de Schubert (1824) (nommé ainsi à cause du deuxième mouvement, l'andante « série de cinq variations sur un thème extrait de son lied S.531 Der Tod und das Madchen » m'apprend Wikipedia) que j'ai toujours aimé.


En bis retour à Schumann avec le scherzo de son troisième et dernier quatuor




mercredi, février 01, 2023

Pas de théâtre, mais manif et voyage

 


Me préparant matin n'entendais plus le chant du vent, mais en ouvrant les volets bleus j'ai retrouvé la plaque d'azur et le balancement de la longue branche calcinée de l'olivier...


Un bruissement froissant l'air me parvenait par dessus le rempart, et j'ai découvert en débouchant de la poterne, chancelant sous la poussée du vent sur mes jambes et canne plantés dans l'herbe, un rempart de corps et au delà, dans les trous, des fragments d'une belle masse surmontée de drapeaux variés s'étendant en les deux ponts...


Ai tenté de m'y incorporer mais j'étais noyée, ai trouvé des grandes personnes pour demander qu'on fasse attention à la dame et même un pour prendre une photo un peu plus dégagée, ai rencontré une sympathisante de Rosmerta, ai communié avec les slogans et m'en suis revenue. (d'après le Monde : 30.000 selon les syndicats et 7600 selon la police – le 19 c'était 15.000 et 3.500)

Comme je n'avais pas réalisé hier que la manifestation vauclusienne venait à ma rencontre et que ne pourrais aller dans la matinée dans la ville, avais passé une commande d'épicerie reçue dans l'après-midi... ai commencé le #3 de l'atelier voyage mais n'arrivais pas vraiment à faire abstraction d'une petite crainte idiote quant à mes jambes... et finalement, lâcheté stupide et néfaste ou raison, ai renoncé à 7 heures à me changer pour partir vers le théâtre des Halles (pour la deuxième fois ce mois-ci, pourtant n'ai pas la phobie de cet endroit, ce serait plutôt le contraire) pour assister à « Lune jaune ou la légende de Leila et Lee » https://www.theatredeshalles.com/pieces/lune-jaune-ou-la-ballade-de-leila-et-lee-2/ et pour ne pas en rester aux collages ci-dessus, je recopie, espérant me relancer demain pour au moins une pare du #3 (qui me plait) la première partie, voyage imaginaire ou voyage reconstitué du #2 l'arrivée (l'ensemble tel que l'ai publié me semble piteusement lourd, un rien syndicat d'initiative qui ne veut pas en avoir l'air)


Dans le hall de la gare le stand de journaux et autres était fermé, où j'espérais acheter un plan... derrière un guichet un employé occupé avec un voyageur... l'autre s'ouvre sur le vide du bureau dans lequel, à distance, une femme et deux hommes discutent et rient... les groupes descendant du même train que moi se sont égaillés... suis sur le trottoir face à deux séries d'arbres et un parking me séparant d'une rue parallèle à la longue façade de la gare... sur ma droite, au bout du trottoir, devant le petit ressaut terminant la façade un poteau portant des panneaux... quelques pas, lire « Parking gratuit longue durée » lire « Centre ville », lire « toutes directions » et ne pas y croire puisque cela renvoie aux rares maisons d'entrée de ville vues du train en arrivant... me tourner vers la gauche, avancer... face à l'autre avant-corps qui ferme la longue façade, belle de sa simple symétrie, un panneau « Centre ville » oriente vers une rue perpendiculaire, plongeant vers le cœur. L'Hôtel de France dort au coin de cette rue et de celle qui suit les rails. Lève les yeux, décoince mon cou, cherche inspiration dans le bleu clair du ciel.. entre dans la boutique Avis qui suit le restaurant, fais face à un sourire un peu plus ouvert que ne le demande la simple politesse commerciale et qui persiste quand, sans louer quelque véhicule que ce soit, je demande par où gagner le chemin au joli nom que je cherche.. Lentement, pour être sûre que cela pénètre mon esprit et s'y imprime elle m'explique la solution, si simple que cela ne demandait telle précaution.. ai-je l'air si embrumée ou s'ennuyait-elle ? Je sors, reviens vers la rue qui suit les rails et avance, dépasse un snack, un autre loueur de voitures, un petit immeuble de ciment gris qui font face aux grilles de la gare, comme ensuite un garage, quelques maisons à un ou deux étages d'une neutralité parfaite... je pense que je suis dans l'ingrat utile de la ville... la grille et le portail blanc d'une cour, un traiteur thaï... l'avenue s'éloigne un peu des rails, avance maintenant entre deux rangées de bâtisses, de façades grises ou crépies de blanc, différentes entre elles, un peu, et d'une banalité absolue et unanime, quelques cafés, une rue qui traverse sur un pont métallique, un centre de formation à on-ne-sait quoi sur la gauche, une grande cour carrée derrière une grille sur la droite face à trois silos d'ordures... après avoir croisé une ou deux rues | ne sais déjà plus, ne pense qu'au sac qui bat mes jambes, espère que cette marche ne m'éloigne pas de ce qui m'intéresse, souris/soupire de cette façon qu'ont les villes aux cœurs anciens plus ou moins préservés de s'entourer de constructions similaires, sans doute agréables à habiter de génération en génération derrière leur platitude morne, avant l'autre ceinture vouée aux dépôts, aux bureaux ou aux villas | l'avenue de la Marne change légèrement de direction, devient la rue Emile Zola et, après un haut mur ingrat sur la droite, intercale, dans l'alignement des façades de deux ou trois étages, des petites maisons en retrait derrière leurs petits jardins, des embryons de villas qui lui donnent un peu de charme. Des buis, des feuillages, des petits immeubles, un semblant de variété qui anime l'avancée le long des trottoirs déserts... des pas et des pas et puis une nouvelle inflexion du tracé, un autre nom, et juste après que cette rue se jette avec un angle aigu dans la rue de l'Epineuil s'ouvre sur la droite le chemin au joli nom, et debout devant le petit jardin de la seconde maison je reste un moment immobile, me mettant mentalement au garde-à-vous avant de sonner.

mardi, janvier 31, 2023

du lundi 30 janvier 2023

 


amis, de ce jour rien ne dirai

juste que le ciel fut bleu

la lumière très belle

et que le vent chantait fort

qu'en conséquence j'ai lu

et vaqué comme devais