lundi, mai 21, 2018

Comme peut la paresseuse

temps doux, et clair bleu sur la cour, ce matin de dimanche... réveil tardif, entrer dans le jour à pas très lent, faire projets en les laissant dans un flou gracieux, se laver les cheveux et un peu de ménage acrobatique pour réveiller carcasse, et un salut, faute de mieux, aux trois minuscules boutons que m'offrent le tout petit et très humble rosier qui revendique ce nom et ce rôle à côté des cadavres des beaux rosiers.
La rose règne encore dans la ville, des boutiques proposent des objets en rapport parfois aussi lointain que les deux grands bassins près de la gare dont les eaux rougies doivent, je le découvre, évoquer la fleur, ou des glaces à la rose, du thé à la rose, des ateliers de roses en papier, des produits de beauté à se bricoler avec des roses, des sablés à la rose, du rosé, etc... qui me laissent froides, mais décide, puisque je n'ai pas eu envie de sortir samedi pour la nuit des musées, d'aller dans l'après-midi au Musée Lapidaire écouter les étudiants du Conservatoire lire, dans le livre X (à la fin du livre X plutôt) des Métamorphoses d'Ovide «la mort d'Adonis et la naissance de la rose rouge» disait le programme, puis d'aller voir deux ou trois des fontaines ornées de fleurs disait le même programme
Seulement comme j'étais si bien dans la tendresse de la cour, à côté de mes petiotes choses qui pourraient être l'idée d'une approximation d'évocation de roses, comme l'heure de la lecture approchait sans que j'ai envie de sortir, comme des nuages passaient... j'ai pris la traduction des Métamorphoses par Marie Cosnay, posé sur le bois dégradé le beau livre bleu (mon seul reproche, il est un peu trop beau et grand pour une lecture désinvolte) et j'ai constaté ainsi que la rose rouge (m'avait d'ailleurs intriguée, mais sans plus) était une imposture, ou plus gentiment une approximation, qui a dû nécessiter que la fin du texte soit supprimée.. qui dit
Un jour, les chiens qui ont suivi des traces sûres tirent de sa cachette
un porc, et, quand il est prêt à sortir de la forêt,
le jeune fils de Cinyras le perce d'un coup oblique.
Tout de suite le sanglier furieux secoue de son groin courbé
l'épieu teint de son sang. Le garçon tremble, cherche un lieu sûr.
La bête le suit, sous l'aine enfonce ses dents,
l'abat presque mort sur le sable roux.
Portée par un char léger, la déesse de Cythère, par les airs,
n'est pas arrivée à Chypre sur les ailes des cygnes
qu'elle reconnaît le long gémissement du mourant ; vers lui
elle ramène ses oiseaux blancs. Lorsque, du haut du ciel, elle voit
le corps sans âme jeté dans le sang,
elle saute, abîme son sein et ses cheveux,
frappe sa poitrine de la paume de ses mains qui ne méritent pas ça,
.
Le sang est changé en fleur...
.
Elle arrose le sang d'un nectar parfumé. Dès qu'il est touché,
il gonfle comme si des bulles translucides
surgissaient de la boue brune, on attend à peine
une heure, une fleur de même couleur naît.
Les grenades, qui cachent sous l'écorce souple leur grain,
ont la même. Leur temps est bref.
Voilà qui irait bien à la rose. Mais il y a la dernière phrase
La fleur mal accrochée, fragile, d'une grande légèreté
le vent, qui lui donne son nom, la secoue. Et là je m'interrogeais sur ce vent au nom de rose, mais il s'agit d'une fragile anémone (et le vent a nom anemos)
Et pendant que je lisais un peu avant, un peu après (pour la mort d'Orphée qui ouvre le livre XI, les nuages, qui s'étaient rejoints, se sont heurtés bruyamment en un orage... le dernier jour des roses avignonnaises sera arrosé.


dimanche, mai 20, 2018

Une traversée du palais

Avec quatre pansements sur mon pied gauche qui me fait des misères et rouspète en plus, parce que tournais un peu en rond, parce que l'envie de roses, parce que passer avant foule, parce que soleil radieux et tendresse de l'air qui s'éveillait ai décidé de m'en aller matin (enfin il était tout de même plus de dix heures) vers le palais
saluant au passage des traces de la marche d'hier
réalisant que je devrais faire attention et tenter (perdu d'avance) d'être toujours digne et réservée dans la rue parce que la jeune femme derrière le guichet m'a annoncé tout de suite le tarif fort réduit réservé aux avignonnais en ajoutant, vous ai reconnu (j'ai rangé ma carte d'électeur)
traversant, avec une petite larme hésitante à être, le chantier de construction des gradins de la grande cour parce que je me demande si vais être capable d'assumer et si ne devrais pas plutôt, rage, déserter Avignon et ses rues pleines de foule pendant le festival... veux pas, on verra
un peu surprise d'être accueillie, dans le passage vers le cloître du palais vieux, par des roses en papier entourées de petites fleurs naturelles
et puis j'ai débouché dans le cloître et dans l'univers des roses, se pressant sous les galeries et sur des treillis en osier (fort beaux eux-mêmes) au centre, et j'ai perdu la tête, ai souri et échangé quelques mots pressés avec des visiteurs, armés d'appareil ou non, de rencontre, ai photographié, un peu trop ou beaucoup trop, et sans faire vraiment attention à ce que je prenais parce que mes yeux étaient déjà partis plus loin,
cherchant les roses que je préfère, celles qui ont calice enroulé, comme un cornet entouré de pétales aux délicats ourlets, si délicats qu'ils se fripent, se fanent en premier,
et constatant qu'elles sont passées de mode, mais bien obligé de les aimer les opulentes, frisées, serrées sur leur coeur... en arrêt parfois aussi parce que le soleil exaltait leur odeur. Bref en ai trop pris, et même si elles me déçoivent parce que n'ai pas veillé à ce que la mise au point ne laisse pas l'entourage dans un flou excessif, j'ai aimé les retrouver mes pas-réussies, et j'en ai fait une petite vidéo,
en y apposant des bribes d'une des chansons de Pétrarque (bon il ne parle pas de rose, mais cet après-midi quand le soleil était franc sur la cour, j'avais sorti... influence du cloître ou non le Canzoniere – en ramassant les pages qui en tombaient – et que puisque l'était là à côté de l'ordinateur j'ai enregistré des bribes d'une canzone, en bafouillant bien entendu) qu'il est fort possible d'éviter en coupant le son.
Je suis montée dans la galerie haute, un peu déçue de constater que cette année les embrasures n'abritaient aucun rosier, mais seulement des humains penchés sur ce jardin provisoire
ai vérifié que le grand tinel n'abritait pas non plus cette année de savants bouquets
et, en râlant rituellement que le palais oblige la vieille avignonnaise qui n'est pas venue pour visiter à faire tout le circuit, à monter, descendre, traverser salles avec ses vieilles jambes pour le plaisir de passer par la boutique (rite rouspéteur qui m'est cher comme tous les rites – c'est beaucoup plus long et tortueux que ne le montrent mes photos-colères) j'ai gagné la sortie face à la Mirande
et me suis tordu les pieds avec l'assurance de l'habituée rue Peyrolerie, en écoutant avec délice des voix italiennes.

samedi, mai 19, 2018

Rendez-vous et quête

Jour de jambes douloureuses, cajolées matin, injuriées avec retenue ensuite...
M'en suis allée dans l'après-midi douce et lumineuse, munie des résultats demandées, vers le gastro bien décidée à être positive mais ferme, à prouver que n'avions plus à nous rencontrer
attente devant des Galla auxquels je préférais la contemplation d'un mur, et très fermement ai dû accepter nouvel examen bien invasif... grr mais tant pis
et puis, point plus important de mon programme du jour, me suis mise en quête, puisque entre ce rendez-vous et les sacrées fichues guiboles ne pouvais rejoindre pour les saluer qu'en route, des marcheurs partis de Vintimille http://100pour1.fr/2018/05/05/18-mai-marche-migrants-passe-avignon/ mais bien entendu ne les ai pas trouvés (comme il est normal ils devaient avoir un peu de retard)
et suis rentrée, marrie, dépitée, dans l'antre... arrosage, cuire morue et patate et puis tout de même, suis repartie
Place de l'horloge n'étaient pas là, mais comme je suivais un troupeau de touristes traînant leur valise sur le chemin du palais, une voiture de police m'a dépassée, signe que j'étais sur le chemin
Et ils était là eux et des avignonnais (ai pris une adresse qui me permettra d'apporter mon petit caillou) et cela faisait plus de monde qu'il ne le semble
Ai noué mon cou de jaune, ai écouté, ai, Brigitte étant Brigitte, pas mal blablaté, c'était chaleureux, ils nous faisaient du bien (je ne peux prétendre à plus, honteusement)

les nuages nous souriaient dans le bleu qui s'est fait plus pâle, a commencé à virer au rose, j'ai constaté que n'avais plus le temps d'aller écouter des collégiens dire des passages des Vagues de Virginia Woolf, et avec les marcheurs immigrés ou bénévoles qui allaient récupérer des voitures pour le dîner-fête à la Barthelasse suis rentrée dans l'antre (j'avais cherché Caroline Gérard des yeux, ai retrouvé en rentrant des photos de la marche rue de la République sur son blog).

vendredi, mai 18, 2018

Ben non...

Comme j'avais passé mon dîner et le début de la nuit avec René Char, au jeune temps du surréalisme, d'Eluard, de Jean, Valentine Hugo et des autres, de ne visitez pas l'exposition coloniale, à celui, au prix d'un saut dans le temps et dans les pages d'un livre, des feuillets d'Hypnos, de la gravité, la politique et les moments de grâce
(141) La contre-terreur c'est ce vallon que peu à peu le brouillard comble, c'est le fugace bruissement des feuilles comme un essaim de fusées engourdies, c'est cette pesanteur bien répartie, c'est cette circulation ouatée d'animaux et d'insectes tirant mille traits sur l'écorce tendre de la nuit, c'est cette graine de luzerne sur la fossette d'un visage caressé, c'est cet incendie de la lune qui ne sera jamais un incendie, c'est un lendemain minuscule dont les intentions nous sont inconnues, c'est un buste aux couleurs vives qui s'est plié en souriant,... (et voici que je me demande pourquoi choisir ce passage, ma foi parce que c'est sur lui que me suis endormie), comme le ciel quand suis sortie, en retard, de mon placard de bains, était radieux, comme la livrée Ceccano est ouverte le mercredi et le samedi matin, comme je devais aller jeudi aux halles pour libérer du temps pour vendredi, suis partie d'un pas ferme et rapide, presque jeune, du moins au début, pour voir les volumes conservés par la bibliothèque et les galets peints.
Surprise de cette petite guirlande de houppes colorées dont je ne voyais pas très bien ce qu'elle représentait,
début de compréhension en repérant, sous certaines lanternes, les fleurs épanouies ou plutôt l'évocation de fleurs débordant d'épanouissement... regret des années où les roses envahissaient le palais des papes et où je pouvais m'offrir un rosier de belle origine, comme les deux qui ne sont plus que cadavres porteurs de nostalgie dans ma cour
Pas devenus plus lents et las mais toujours décidés en traversant le calme de la place Saint Didier, en longeant un chantier, en débouchant dans la rue du Laboureur...
sourire, en pensée, à la classe qui occupait en studieux et gracieux semblant d'anarchie le jardin, traversée vers la porte
et là... début d'une danse hésitante, tentative, renoncement, recul pour comprendre, retour, poussée sur la porte vitrée, et sur sa voisine, questions perplexes échangées entre deux petites vieilles, intervention d'un professeur qui s'en va consulter le panneau donnant les horaires d'ouverture à l'entrée du jardin, revient expliquer que la bibliothèque ouvre à midi trente – mais non, le mercredi c'est à dix heures – oui le mercredi, mais pas aujourd'hui – ben si – nous sommes jeudi – non voyons, mercredi - je vous assure, jeudi... sur quoi m'a laissée à ma sottise, ma compagne d'un moment souriait, je me suis dit qu'il fallait que je fasse attention au fonctionnement de mon cerveau fatigué...
et me suis arrêtée chez le marchant de légume au début de la rue des trois faucons, plein de dadames se faufilant, s'évitant, se souriant poliment, en circulant dans le minuscule espace, pour acheter des petites pommes de terre de Noirmoutiers, deux grosses courgettes et des asperges violettes afin de tenir au moins jusqu'à dimanche.. ou mardi.
Quand aux gros pompons j'ai vérifié en rentrant, Altera Rosa, l'exposition de rose est de retour pour trois jours à partir de samedi (joie) mais sans vente de rosier, mais comme carcasse était démotivée, ai remis la visite aux galets de Char à un autre jour, me suis installée dans la cour avec mon Kobo, avant de repasser une infime partie des corsages légers en attente.


jeudi, mai 17, 2018

Mardi matin

sous ciel baratté
pierres et fleurs insoumises
tiennent dans le vent
le vent moyen, juste ce qu'il fallait d'entrain pour faire courir les étoffes blanches, claquer les bannes des boutiques et raffermir la petite vieille exténuée par le nettoyage trop rare et énergique des recoins poussiéreux, quand est allée jeter ordures et papiers aux remparts à l'heure où les terrasses se préparaient (nappes accrochées) pour le déjeuner.

Et quand les forces se sont reconstituées, est restée dans l'antre en tentant de se battre avec des mots, comme si elle en était capable...

mercredi, mai 16, 2018

Ai rencontré

en partant en quête d'un cadeau pour une petiote au menton pointu, au joli nom, dont les parents, qui ne me sont pas très proches, m'avaient fait le plaisir et l'honneur d'annoncer la naissance, m'en suis allée
rencontrant, saluant deux soeurs de ma petite bonne femme rousse en robe rouge de Titou
une vitrine condamnée avec élégance, rue Joseph Vernet oblige
dans une boutique bien classique la plus jolie et minuscule des robes qu'elle présentait (ai cédé)
le contact sur ma joue d'un chèvrefeuille redevenu sec mais qui ne sentait rien
en sortant de la poste une grande marre d'eau à la couleur cruelle

et puis, dans l'après-midi, en prenant courage avant d'aller trier ce que déduisais ou non (je deviens pingre) et de faire pour la première fois ma déclaration d'impôt en ligne, une bande large de deux carreaux de lumière tendre.