vendredi, mars 22, 2019

jeudi, mars 21, 2019

Douceur de l'air, chocs des esprits et des coeurs

Contre un ciel ardent
les branches se réveillent
la ville est un chant
après charroi manteaux/draps du matin, journée neutre dans le neutre

et m'en suis allée à l'orée de la nuit attendre la navette (dans laquelle j'étais, s'agissant du théâtre, loin d'être seule) vers l'opéra Confluence pour le plaisir d'entendre Racine dit comme le savent les comédiens du Français, dans Bajazet..
Je reprends une photo de Vincent Poncet lors de la création de cette production dans la mise en scène d'Eric Ruff en 2017 (choisie pour son anonymat parce que la mise en scène, le décor, les costumes étaient repris pour les représentations à la Garance et Avignon mais que seule Clothilde de Bayser (Roxane, le rôle le plus important d'ailleurs, malgré le titre, et magnifique Roxane, sensible et femme de pouvoir malgré elle) subiste de la la distibution parisienne.
Un décor d'armoires pour évoquer, ma foi pourquoi pas, un monde étouffé, féminin,...
(Eric Ruff dit dans le programme ce lieu du pouvoir rencontre le lieu de l'intimité absolue. C'est la raison et le coeur. J'ai imaginé une clairière au milieu d'une forêt « armoisée » comme on dit arborisée. J'aime ce que raconte les armoires elles racontent des histoires... bon je n'aurais pas dû le lire, je trouvais à la chose un petit air légèrement onirique que l'explication refroidit... mais le reste de ses considérations sur l'épuisement des personnages qui sont ensemble depuis trop longtemps dans l'entrechoquement de leurs désirs et ambitions et en l'absence de l'autorité tyranique du sultan me plait bien), des robes longues, blanches ou pastels, et de velours bordeaux ou prune pour la sultane favorite et sa rivale au centee de la pièce, des chaussures parsement le sol dont le rangement occupe un des passages à vide entre deux actes – les amours, les calculs, les désirs de pouvoirs qui s'entrelacent, les plans du grand vizir (Alexandre Pavloff très bon même si je n'aime pas son timbre de voix)
Un vizir aux sultans fait toujours quelque ombrage :
À peine ils l'ont choisi, qu'ils craignent leur ouvrage.
Sa dépouille est un bien, qu'ils veulent recueillir ;
Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir.
les plans de Roxane, l'astuce et les craintes d'Atalide (Elise Lhomeau qui curieusement m'a semblé à chacune de ses apparitions très plate pendant quelques minutes avant de transmettre parfaitement l'émotion la poésie le rythme de l'alexandrin, Bajazet (un physique pour jouer Othello, et qui, pour le peu qu'il a comme texte ici, en semble capable) au centre...
pas la plus célèbre des pièces de Racine, un poème sanglant... dont j'avais souvenir bon et un peu vague. Une Brigetoun gourmande.
L'annonce de la mort de Roxane, de Bajazet, le corps d'Atalide sur la scène et les derniers vers dans la bouche de Zaïre sa suivante
Ah ! Madame... Elle expire. Ô ciel ! En ce malheur
Que ne puis-je avec elle expirer de douleur !
Applaudissements.

Et retour dans le coeur de nuit.

mercredi, mars 20, 2019

bribes de lectures

Lumière sur la cour, mais repassage, ménage, avec l'énergie que me donnait l'énervement provoqué par l'écoute du tout début de la rencontre entre Macron et les intellectuels choisis (à part peut-être l'intervention de Dominique Meda), écoute à laquelle j'ai mis fin dès le petit tas de linge dûment défripé.
Passage du facteur avec une enveloppe à bulle (entre autres choses) contenant le tout récent livre de Juliette Mezenc publié aux éditions de l'Attente, avec une belle couverture de Stéphane Gantelet, un conte sorcier https://www.editionsdelattente.com/book/des-especes-de-dissolution/
Il revint une nuit en rêve dans un grand champ du plateau ardéchois, où il s'était allongé l'été précédent sur une herbe brûlée par le vent. Il avait fermé un temps les yeux et lorsqu'il les avait rouverts : un oiseau de proie planait entre lui et le soleil/ Au matin, l'idée avait trouvé un lieu...
Au début de l'après-midi résolument calme, lecture, avec, presque toujours, l'attention qu'ils méritaient, des 50 hommages à Antoine Emaz réunis et édités sur Poezibao par Florence Trocmé et Ludovic Degroote https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/03/dossier-50-hommages-%C3%A0-antoine-emaz.html
entre autres, de Matthieu Gosztola
Chaque poème d’Emaz est force percussive du peu, au plus près des choses, au plus ras du réel. Il s’agit de dire ce qui est. Précisément. Le poème est os, le plus souvent, même si parfois il est coulée de boue. Pour que la précision puisse être absolue = effective, les mots doivent être choisis avec beaucoup d’ardeur froide, faits eux-mêmes de peu, puisqu’il s’agit de dire le peu. Aussi Emaz utilise- t-il une langue commune, pour relater ce que chacun (« on ») peut vivre...
de Jacques Ancet
Limite n’est pas, comme on le dit banalement un « beau livre ». C’est un livre si intense dans sa justesse, dans ce peu, ces « bribes de rien » dont il est fait, qu’il est, pour moi, en quelque sorte la quintessence de la poésie d’Antoine Emaz. Oui, la vie, malgré : l’expression résumerait bien ce qu’il me reste de cette lecture : cette force dans la faiblesse, ce courage dans le désespoir (« on voudrait être à la hauteur du jour »), ce petit bruit obstiné, là, sous les mots — quelque chose de verlainien (« l’été entier / dans le clos bleu / et l’épaisseur de l’air // les bruits de la ville / de la vie loin autour... »)...
de Jacques Josse
En réalité, il aura tourné autour durant plus de trois décennies. Il n'aura cessé d'interroger, de tenter de comprendre ce qui affecte et peut déstabiliser tout un chacun : la fatigue, la peur, le dur à vivre, le peu qui nous est donné en retour. C'est ce qui fonde, pétrit ou fracasse toute vie ordinaire qu'il aura exploré. Il l'aura fait avec patience et obstination, avec son ressenti, son être à vif, ses mots coupants, son énergie, sa nervosité, en utilisant à dessein un vocabulaire simple et usuel....
et de Florence Trocmé
La mort d’Antoine Emaz, je le savais mais je m’en suis rendu compte mieux encore en composant ce dossier avec Ludovic Degroote, est un vrai séisme et ébranle en profondeur notre monde poétique. En raison de ce qu’il était et pour la haute qualité de son œuvre....
série d'hommages qui vient compléter le «dossier Antoine Emaz» constitué en urgence et publié sur Poezibao https://poezibao.typepad.com/files/dossier-antoine-emaz.pdf le 7 mars, à partir des publications antérieures, avec des notes de lecture, des entretiens, des études, une rencontre et enquête, un feuilleton en 2013 et bien entendu des poèmes
dont, le 9 mai 2011 cet extrait de lichen, encore (Edition Renauts 2009)
Je ne sais pas d’où vient ma voix : elle colle aux mots comme elle peut. Pourtant, j’ai entendu le poème en l’écrivant ; ce n’était pas visuel, c’était d’abord sonore. Le regard pouvait très bien se fixer ou errer sur un coin de table ou de fenêtre ; d’un coup les mots ont rompu cela et occupé tout l’espace mental. D’où venaient-ils ? Je n’en sais rien. À chaque fois, je n’en sais rien.
Ils sont venus. Assez pour que je puisse continuer de creuser sur leur lancée ; toujours sans bien comprendre, mais en sachant qu’il fallait continuer. À force, j’ai commencé à voir ce qu’ils disaient, mais dès lors, ça a commencé à freiner. J’ai continué jusqu’à presque plus rien. Je voyais mieux, mais c’était de plus en plus lent. J’ai continué jusqu’au bout, sur l’erre. Là, en fin de course, un moment, j’ai vu d’où venait le poème mais tout était figé, fixe, fini. J’ai eu froid, je me suis senti seul, peu de temps, mais très seul. Ensuite, je n’ai plus vu la page, ça s’est refixé sur la table, la fenêtre, le pot de fleurs... il était tard.
Le lendemain, j’ai relu les pages. J’ai entendu comme un son faible et il y a eu de nouveau comme un léger décrochement de voir. J’ai commencé à travailler, déblayer, très lentement, comme pour désencombrer la voix qui s’était chargée jusqu’à cesser. Des jours, à écouter, revoir, relire. Il s’agissait comme de fouiller doucement, longtemps. En bout de course, il devait y avoir un poème qui me prenait la voix et ne me laissait plus que l’effort (parfois écœurant) d’émettre. Une chose est sûre : un jour ou l’autre, on perd définitivement la parole. En ce sens le poème est une entreprise désespérée, une sorte de voix de haute-contre, une voix de tête, qui assume déjà la perte de l’organe vivant....
(j'espère que je serai pardonnée)


mardi, mars 19, 2019

Deux haïkus, un tanka et musique pour un lundi


nez contre le vent
naviguent les nuages
le cou frissonne


à l'orée de nuit
la lumière balayée
visage rosi


jeune et beau il joue
le basson est beau velours
tendre et chaude voix
dessinant sur le piano
et le musicien danse
velours ou miel de sapin ou caramel brun ou soupe de poisson de roche, mais aussi la douceur de la voix de ténor de l'instrument.
Concert d'un ancien élève du conservatoire, Axel Benoît, premier basson solo de l'Orchestre de chambre de Lausanne, qui donne pendant deux jours, si j'ai bien compris, une master-classe au conservatoire, entre deux représentations avec ledit orchestre d'Ariane à Naxos (pour sa déjà belle carrière https://www.facebook.com/ConservatoireGrandAvignon/posts/2357718494278782 ).
Au programme humour, romantisme, virtuosité et harmonie avec Eugène Bozza (récit, sicilienne et rondo) Glinka (premier mouvement arrangé de la sonate en ré mineur pour alto) Weber (andante et rondo hongrois op.35) et sonatine-tango de Pierre Max Dubois.
Fierté des parents, fierté du professeur qui présentait le concert et a joué avec son élève l'air du barbier de Rossini, avant de souhaiter, tous deux, en musique, un bon anniversaire (qui sait Axel était peut-être dans notre ville un petit peu pour cela) au père du héros, Michel…
amitié chaleureuse du public et grand plaisir (plus encore que je ne m'y attendais) de Brigitte.

lundi, mars 18, 2019

dans le vide

Le printemps s'en vient
et sa bénévolence
descend jusqu'à moi
m'effleurant avec douceur
n'étais pas à l'unisson

dimanche, mars 17, 2019

Non à la dérégulation (économique ou climatique)

pour que les oliviers nous restent - et la vigne - ne deviennent pas nordiques...
pour que la nature nous aime et reste sage, que l'eau reste là où elle se doit d'être etc...
Bon, ça démarrait mal, me suis réveillée à six heures, rendormie très vite, n'ai émergé qu'à dix heures et quelques, si on peut dire émerger... carcasse avait opté pour ses ennuis habituels (que je ne saurais dire, mais qui rendent sortie prolongée un peu anxieuse) tout en gardant un peu de sa nouvelle lubie jambes... remise en marche du tout appliquée, un peu de présence internet, le ménage nécessaire
et m'en suis allée, chandail et manteau parce que frissonnante, pour trouver la ville éblouie et baignée d'air tendre... ouvert manteau, ronronné de plaisir, c'était juste délicieux
ai résolument refusé toutes les tentations de la braderie, aidée par mon côté futifu – ai grossi mais pas assez pour les tailles offertes -
et m'en suis allée dans le calme qui régnait rue Joseph Vernet une fois passée les boutiques, me battant avec mon appareil pour régler la vitesse de prise de vue...
Ma foi, étions assez nombreux, et bien sympathiques, ma foi j'ai tenu, en marchant de temps en temps sur le côté parce que le pas lent d'un cortège ne me valait rien.
Et puis m'en suis revenue, parce que arrivée sur la place, les jambes reprenaient le dessus sur la volonté et me donnaient un petit côté femme soule... mais bien contente.
C'était aussi joyeux qu'ensoleillé..
Viens de lire que Macron a décidé, après être allé au peuple, de se donner un côté légèrement vert... mais mon cher les paroles ne suffisent pas et votre peuple, je l'espère commence à comprendre que les discours et engagements n'ont aucun effet sur la dérégulation du climat. (Bon, moi ne me suis toujours pas décidée à ne plus passer mon temps sur internet, ne plus remplir Picasa de photos- tout ce qui va sur twitter est automatiquement stocké – à ne plus regarder de vidéos et même pas à ne plus en commettre – piteuses en plus – à garder une lampe allumée tout le jour pour ne pas vivre dans la pénombre fraiche de mes vieux murs, alors même si je ne pars pas en vacances à l'autre bout du monde, si je n'ai ni smartphone ni voiture et ne monte dans un véhicule qu'une vingtaine de fois par an en comptant large, si je tente de consommer local... ben je ne peux poser à la vertu, d'autant plus que c'est par goût)

samedi, mars 16, 2019

Poésie et autras cosas

pendant que le ciel jouait avec des nuages au dessus de la ville, de la cour, ménage, un peu de Marc Aurèle, un gros peu d'un numéro spécial d'Alternative économique sur l'économie en 2019 et la discussion de l'article 44 (ADP) de la loi Pacte à l'Assemblée.
Et départ, vers huit heures pour la Maison de la poésie, où j'ai attendu dans ces deux pièces qui paraissent plus vides depuis le changement de direction et le départ des étagères surchargées de livres, 
où je tournais en rond, feuilletant des recueils de tankas de Français, et regardant la petite exposition « océans de demain » qui s'y tient actuellement (j'ai, me cachant un peu pour ne pas me singulariser et faire remarquer, pris deux photos des haïkus de Marie-Jeanne Sakhinis de Meis et d'une peinture d'Hervé Querrien)
Je venais écouter une lecture-représentation par Marie-Audrey Simoneau et Laure Donnat de la compagnie KaThéatre, dans une mise en scène de Chistine Matos du doux parfum des temps à venir de Lyonel Trouillot, dans le cadre du Printemps des Poètes https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/le-doux-parfum-des-temps-venir
(au début un passage des premières pages données en PDF sur le site d'Actes Sud)
Pas besoin du vieux mythe d’une instance supérieure
ni de tierces personnes
pour sceller le pacte entre nous.

Il t’engage à très peu de chose :
Tu mettras mes yeux morts face à la mer.
La marée haute viendra et me recouvrira.
Voilà pour ce qui me concerne.

Pour ce qui te concerne,
que tu fasses serment de désobéissance à tout obstacle
ou convention
qui t’éloignerait de ton essence.
Spectacle de petits moyens efficaces, hamac, draperie, filets et lumière... le rôle de la mère joué par Marie-Audrey Simoneau, une très belle diction qui fait passer chaque mot, sans aucune emphase, et un jeu qui même quand elle doit mimer la douleur garde la distance nécessaire, au pire, parfois, se tient juste sur la crête à la limite du moment où une grandiloquence trop grande dans l'intimité de cette petite salle et à contre sens de l'élégante douleur du texte risquerait d'effleurer le ridicule – texte soutenu, rythmé par la musique, le chant (des chansons en espagnol sud-américain ou en créole et une ou deux prises de parole ou répétition des mots maternels) de Laure Donnat
pour donner idée de sa voix, je viens de chercher et de trouver cette courte interprétation d'un standard de jazz.


Retour dans la nuit... me demandant comment mes jambes qui, sur ce court trajet, étaient passées en mode douleur/refus me permettront d'accompagner un tant soit peu la marche demain.. on verra.