et m’en suis allée pas très assurée sur mes jambes, sourire aux lèvres, slalomant un peu entre les portants et éventaires de la braderie qui s’étaient multipliés pour ce second jour malgré les panneaux « braderie à l’intérieur ». Le vent descendait vers le fleuve et à mi chemin de la rue Saint Agricol une rafale m’a heurtée et jetée à terre à plat dos sous l’oeil ahuri de bons samaritains qui se sont rués pour relever la petite veille au risque de m’écarteler, l’un d’eux a couru pour récupérer le chapeau qui s’en allait gaiment vers la rue Joseph Vernet, je l’ai enfoncé sur mon crâne, ai refusé les bras, me suis relevée sans élégance, ai remercié à la ronde et j’ai repris mon chemin souriant d’autant plus que par ma foi je ne me sentais pas si gaillarde que cela.
Avec dans le sac les draps propres et ma robe de coton gaufré écru à petites fleurs dûment nettoyée/repassée, je suis repartie en passant rituellement par la rue des Marchands, achetant au passage un drap housse (cette fois à la taille de mon lit et bradé) d’un gris pale un peu démodé parait-il dans la boutique du début de la rue puis deux plats à réchauffer et un cookie au magasin U, échangeant une plaisanterie avec le marchand de chapeau avant de continuer par la rue Saint Agricol, longeant les murs contre le vent chaque fois que le pouvais et grimpant avec joie l’escalier avant de me changer (short, barrette sur le haut du crâne), de faire nouveaux tours sur internet et de déjeuner copieusement et agréablement, de siester etc…
Après la tisane et le cookie, j’ai repris le recueil des Poètes de la Méditerranée, m’arrêtant cette fois au tout début, à la longue et belle préface d’Yves Bonnefoy et j’ai recopié comme en une longue litanie toutes les phrases ou bouts de phrase contenant le mot « mer »
Les mers fascinent l’esprit, aux yeux duquel elles semblent à la fois une limite peut-être infranchissable et un seuil…. suit de cette évidence que c’est par leur relation à la mer que les civilisations qui ont des rivages se différencient, chacune déterminée par ce que l’eau qui les borde a de plus saisissant dans sa façon d’être… Giacometti : Au milieu de cette mer qui n’a pas de fin, qui n’a pas de nom, au milieu de cette eau noire dans laquelle je pourrais être mangé, dévoré par des poissons aveugles et sans nom...
Dante, qui rêve ainsi la dernière pensée d’Ulysse, était pourtant un Méditerranéen tout autant que lui, un lecteur de Virgile et pas conséquent d’Homère, un habitué des échanges entre haute mer et rivages… L’Atlantique d’Ulysse…. une incitation à revenir pour en percevoir le sens et peut-être la vérité, médicale, vers l’autre mer… Je vais procéder par bonds et coupes sèches pour éviter de trop longues citations s’apparentant à des pillages, étant posé que la mer ici pour Dante, Homère, Bonnefoy et moi c’est la Méditerranée la mare nostrum
Quelles invites, les rives de cette mer, à travers tant de siècles… Gong tormented comme dit Yeats dans son grand poème… elle a des tempêtes, des naufrages, on sait des ses profondeurs le remuement d’une sombre matière incompréhensible, d’une nuit. Mais le dieu de la mer s’intéresse au projet des Grecs, au sort des Troyens, il peut les servir et les desservir, on ne se sentira jamais seul quand on ira s’asseoir à la proue interrogeant l’horizon. Et voilà que je ne me tiens pas parole mais c’est parce que l’ai toujours sentie voulue et aimée ainsi notre mer et les peuples batailleurs qui l’entourent et ce fut peu ou prou vrai avant que les idéologies tranchées des continentaux ne nous contaminent (suis de mauvaise foi ? Peut-être). Restent les dauphins la preuve que cette mer où ils jouent a moins à être comprise comme la fatalité… que la médiation.
La poésie de cette mer de tant de rivages était vraie, équilibrée ses dauphins protégeaient l’esprit du gong de l’Un non médiatisé, dangereuse passion de la recherche mystique, mais la démesure appelait quand même… ainsi entre Jérusalem et Athènes la confrontation nécessaire d’agapé et d’éros, ont éclairé mais tout autant assombri… ce qui aurait du rester un échange sans préjugés idéologiques.
Et ma foi je vais reprendre le tour de ses nations à partir de la Grèce en traquant cette fois le mot pluie, z’êtes prévenus.







































