mercredi, janvier 22, 2020

Notes sans intérêt pour mon journal

matin, humidité, garder l'antre, se décider à ranger dans des boites le petit peuple provençal, et re-bricoler avec des trucs qui trainent un paquet
ciel gris frais vers la rue Pasteur, un piapia intéressant avec un carré de chocolat en attendant mon élève
deux heures dans la salle déserte l'après-midi pour apprendre du vocabulaire et puis les ge les gue les go les an les on les elle le e qui ne se disent pas é et puis les é les è les ai les ou les o les eau les apostrophes et autres – pige relativement vite... – laisser copie à faire dans l'espoir inconsidéré (pas forcément) qu'un automatisme naisse même limité
et comme j'avais appris que le concert du soir (piano Schubert, Brahms et grande envie, si grande qu'un besoin était né) était annulé, m'en aller en faisant détour jusqu'à la gare prendre, avec le grand sac de l'ex grand-père et mon petit paquet de minuscules vêtements pour zéro ou un mois, un bus vers l'hôpital
une demi heure d'attendrissement, photos de la micro princesse par moi et le frère ainé, ainsi calmé – il agaçait l'autre famille dans la chambre – lesquelles dernières photos que, ben, j'ai supprimées
et un retour dans la nuit qui s'installait
désolée, crâne vide, rien de plus intéressant à dire. Merci aux passants



mardi, janvier 21, 2020

presque rien

matin sourire
aux douceurs roses surgies
sur plante épuisée
et départ, nez dans le vent froid jusqu'à devenir floue, en tout début d'après-midi (demain sera plus tôt) vers Rosmerta pour une permanence de quatre heures, prolongé légèrement, qui fut riche mais très accompagnée (tellement que j'étais accompagnement) et riche de petites choses, avant une demi-heure de simili travail avec trois garçons, tous débutants, mais à des degrés fort divers (les ai laissés entre les mains de trois jeunes bénévoles qui avaient été retardés) pendant que mon cher jeune ami révisait avec son professeur l'exposé sur le théâtre que je brûle de lire achevé..

et un retour, lasse de lasse mais soutenue par l'envie de passer, royalement, aux soldes de Monoprix – on fait ce qu'on peut, même si officiellement n'y avais pas droit, mais pas grave comme on dit – parce qu'une future nouvelle habitante de Rosmerta, qui porte curieusement un prénom double aux consonances anglo-saxonne, est arrivée, un tantinet en avance, elle était pressée, en ce monde la nuit dernière, que j'avais réceptionné des minuscules vêtements (tout de même 3 à 6 mois, mais les garçons présents étaient ahuris et attendris) en état correct mais usagé apportés par un ex-grand-père et que j'aurais voulu offrir à sa peau nouvelle la caresse de petites brassières et chemisettes de linon brodé... bon ce n'a pas été ça, et le paquet bricolé est spécialement loupé, le referai demain... ma foi c'est toujours de petites enveloppes neuves, pour elle seule, ça m'a tellement amusé, et pour un presque rien, au moins par sa taille, cette jeune créature fait de notre journée un rien merveilleux – Maintenant crevée, vais chercher un bidule bien idiot.

lundi, janvier 20, 2020

Et toutes ces vies

Café, confiture de rhubarbe rouge au gingembre, lavage de cheveux, et après l'intéressante vidéo de François Bon (sa chaine YouTube) sur Nathalie Sarraute en frottant meubles et repassant pantalons et chandails, ai écouté, sur le conseil de Piero Cohen Hadria, sur le site du Collège de France, la leçon inaugurale de Didier Fassin, titulaire de la chaire d'Anthropologie de la santé publique l'inégalité des vies (et même si j'ai parfois connu, brièvement, parce qu'étaient locataires – j'avais «le haut et le très bas du panier», des gens squattant les chambres de bonnes des immeubles très modestes près des grands boulevards – pour passer ensuite au quartiers aisés ou franchement opulents – et si on voit, et devine, ce que fut, ce qu'est encore la vie des familles et jeunes de Rosmerta, avec des réactions, des détails qui parlent en silence, la fermeté implacable, l'ampleur du constat vaut le coup, si le pouvez, de prendre le temps de l'entendre)
Au surplus, faisant fi de l'état de mes jambes et de l'estime vacillante que j'ai parfois de moi pour petites choses, me suis vautrée dans ma veulerie et ne suis pas sortie...
Et pour faire un petit écho aux inégalités et aux vies, reprends ma contribution au #2 de l'atelier «personnages» du tiers livre https://www.tierslivre.net/ateliers/category/un-hiver-personnages/personnages-2-saint-john-perse/ (vidéo de François Bon https://youtu.be/y64WwoGS5ug)
elles d'avant moi (quelques)
Celle qui était toute petiote, toute jeunette, enfantelette, avec son premier bonnet à barbes de dentelles blanches, quand l'a prise et épousée, dans la chapelle au dessus de la mer violette, son matelot, le veuf en mal d'enfant, celle qui, elle, lui en a donné de beaux et même des qui ont vécu, et qui riait et lavait à grande eau les tomettes quand il s'approchait sans qu'elle le veuille ; celle qui, lorsqu'elle fut veuve, a maintenu sa famille en peignant sur des médaillons les dames et les beaux messieurs et qui a attendu, une barre entre les sourcils mais sans trembler assurait-elle, dans son logis qu'elle voulait bourgeois, près de Saint Jean, son tout jeune fils qui s'était embarqué pour les îles comme secrétaire sur le bateau d'un généreux ami négociant et en ramena les images presque rêvées dont il se servi pour peindre pour le compte d'un industriel le premier de ces papiers-peints panoramiques qui furent tant à la mode, dont la maquette est conservée dans un musée de la ville ; celle qui, longtemps fille et pourtant pas si laide, quitta enfin les casseroles de son farinier de père pour son farinier de mari, éleva tendrement la fille d'un premier lit, lui fit prestement trois enfants avec lesquels survécut à Noirmoutier, en grands coups de gueule, baisers, courage et bras retroussés quand il eut la sottise de mourir un peu trop tôt ; celle qui fit quelques pas dans la rue, vers la petite maison voisine, pour épouser un jeune ami de son père, travailleur agricole comme lui, tout juste veuf, fut toujours un peu souffreteuse, ou paresseuse disaient les mauvaises langues, éleva quatre enfants et vécut plaintive mais affichant bien entendu un courageux sourire récompensé par des attentions et assistances, jusqu'à un âge alors inusité ; celle qui portait un nom chantant la tarentelle, ou en tout cas l'italien, qui, à 24 ans, quelques mois après son premier veuvage, rencontra, séduisit, aima un jeune marin d'état venu de sa Vendée à Toulon, et longtemps après sa disparition régna dans son quartier près de la cathédrale, veuve estimée d'un premier maître, mère respectée de cinq enfants qui, oui, ma bonne dame, réussissaient plutôt bien, savez vous ; celle qui dans sa vallée sinuant entre montagnes rocailleuses dit très tôt adieu à son enfance, travailla et fit enfants comme sa mère ; celle qui abandonna son étal au marché pour épouser un charpentier de marine, qui traversa avec lui la mer pour chercher une vie plus large ; celle qui à un an s'embarqua, elle aussi, avec ses parents, qui fut repasseuse, femme d'un mécanicien des ateliers de marine et donna naissance à son premier fils dans un petit logis ouvrant sur le tunnel de l'amirauté ; celle qui avait la taille fine et un aigu visage souriant sous son chapeau de paille et son ombrelle lorsqu'elle marchait le long de l'allée de peupliers de sa maison de campagne, qui aimait accompagner au piano sa fille violoniste forcée et de meilleurs interprètes pour des soirée de musique sur la terrasse ou dans son salon en ville, et qui ne tolérait pas qu'un ou des hommes, quelle que soit leur autorité officielle, prétendent entraver son chemin ; celle qui était la cinquième d'une série de sept filles, qui se maria tard, eut trois fils dont elle était encore plus fière que son mari, vieillit, veuve, dans une moitié de leur grand appartement ouvrant sur un jardin botanique, aimait les rubans de cou comme la reine Mary et les pastilles à la violette comme je ne sais qui, qui ne se conforma pas à la règle en survivant à la sixième et septième des soeurs mais mourut quelques jours avant son centenaire, libérant ainsi l'ainée de ses brus, qui ne s'était jamais plaint si ce n'est des fugues qu'elle faisait dans l'effervescence des rues lors de l'indépendance enfin conquise du pays.


dimanche, janvier 19, 2020

Un orteil et demi en jeunesse

J'avais vu que ce samedi et dimanche, dans la chapelle Saint Michel et dans celle des Cordeliers, se tenait une exposition de travaux des élèves de l'ESAA (Ecole d'Art supérieure d'Avignon), j'avais eu bien entendu envie d'y aller voir et m'étais dit que cela pourrait intéresser des garçons de Rosmerta.
Mais comme suis partie en retard, comme je n'avais pas annoncé cela – vu vendredi soir uniquement –, comme je ne savais pas qui serait présent et que je me refuse à passer le nez dans les dortoirs et chambres, comme j'avais un peu peur que ce soit un peu trop «conceptuel», pour une entrée aisée en contact avec les oeuvres, comme ai scrupule à ne garder que les côtés agréables de leur vie (même si j'avais bossé avec eux jeudi) me suis dit tant pis et m'en suis allée dans le plaisir de voir le bleu gagner sur la brouillasse blanche dans le ciel...
Suis arrivée la première, pendant qu'un homme finissait de régler la lumière, pendant que les deux quinquas masculins, professeurs en rondeurs attentives comme on en voudrait, et quelques toutes jeunes femmes jugeaient de leur accrochage, revenaient sur les quelques oeuvres sélectionnés, ai tout de suite pensé : zut ça aurait plu
Alors ai pris quelques photos pour leur montrer, des dessins, masques de céramique, petites plaques, inclusions... en m'arrêtant pour quelques mots avec un professeur,
et malheureusement ai loupé les deux photos prises des plaques gravées (pas les deux plus belles) et des tirages exposés au centre, parce que c'est ce qui me plaisait le plus et parce que les regardait avec leur auteur (doit-on dire autrice?) et que l'important était nos yeux qui caressait et le plaisir que nous avions à en parler...
et puis pendant que d'autres visiteurs arrivaient leur ai annoncé la possible visite de nos jeunes amis
et j'ai repris l'arc de cercle de la rue vers les Cordeliers,
mais la chapelle était réservée à des performances, la première ayant lieu à quinze heures... alors me suis contentée d'un court échange, un peu rapidement, un peu timidement, intimidée que j'étais par un long et mince jeune homme, à moitié assis, à moitié debout avec une grâce de dandy et dont le regard, la bouche étaient d'un très charmant ironiste...

ai continué jusqu'à la rue Carnot, la rue Pasteur, ai croisé un des jeunes qui m'a interpelée, lui ai parlé de l'exposition.... suis arrivée en plein lavage des sols que deux mamas maghrébines inondaient,frottaient avec toute l'énergie rieuse dont elles sont capables, ai montré les photos aux quatre garçons présents qui les ont aimées – surtout les grands dessins – mais qui, malgré mes assurances, semblaient craindre un peu de se risquer à pénétrer ainsi dans des lieux inconnus (et les trois «intellectuels» qui ont plus d'aisance n'étaient pas là – justement parce qu'ont plus grande aisance). En repartant j'ai rencontré le premier qui m'a demandé des précisions, a décidé d'aller au moins assister à la performance et pensait en entrainer quelques-uns vers la chapelle Saint Michel... et moi n'ai plus rien fait de notable (j'avais décidé que j'étais crevée).

samedi, janvier 18, 2020

Colorer le gris

matin dans la ville qui baignait dans l'humidité après la pluie, bonnet enfoncé, main gantée sur canne, chariot roulé dans un sac, m'en suis allée vers les halles
Après les petites foules de fin d'année, les acheteurs étaient clairsemés, les marchands se réveillaient aimablement pour chacun d'eux, les étals étaient garnis de nourritures simples...
et m'en suis revenue avec un chargement sage pour dix jours ou un peu plus...
le hisser, commencer à préparer, toc toc discret à ma porte, quatre minutes pour le recensement, etc...
mais à dix sept heures trente ai reculé, lâchement, devant la nuit pluvieuse, et contrairement à ce que j'avais envisagé matin ne suis pas repartie vers la rue Pasteur et la réunion, ai laissé responsables prendre décision, téléphoné pour m'inscrire lundi et suis restée en contemplation devant la fausse amaryllis qui s'est décidé mardi soir
longtemps attendue
opulente et compressée
l'explosion rouge

enfin pas toujours en contemplation...

vendredi, janvier 17, 2020

mon 16 janvier

même si me suis réveillée très tardivement et donc ahurie d'atterrir dans ce jour, dans ce monde, pour une matinée de ménage suffisant pour me masser les reins avec grimace satisfaite
avant une après-midi de débroussaillage des connaissances ou non d'un nouvel arrivant, qui comprenait vite, d'aide au tri de nourritures, au nettoyage ou plutôt à la mise en retour du nettoyage fait par les garçons, d'échanges graves et plaisants
et un retour sous un ciel qui hésitait entre la suavité se pâmant et une menace, pour perdre au bout d'une demi-heure ma connexion
ce lundi 16 janvier fut nettement plus agréable, plus satisfaisant, plus bienveillant que la notice se rapportant à cette date (mais en d'autres temps et d'autres lieux et avec autres héros si l'on peut dire) lue chez Didier da Silva (dans la nuit du 4 au 15 chez Quidam Editeurs) qui débute ainsi
Déjà qu'il ne faisait pas chaud, le 16 janvier fait froid dans le dos : en 36, à Sing Sing, au bord du fleuve Hudson, l'heure n'était pas à la plaisanterie et ce n'est pas du poisson grillé qu'on sert à Albert Fish, l'effroyable Fish, avant qu'on ne l'assoie sur la chaise électrique, mais du poulet roti, qu'on avait désossé : il avait déjà tenté de se suicider avec les restes d'un T-Bone.
Si farouche adversaire qu'on soit de la peine capitale, ce fumier hors concours ne l'avait pas volée. On lui donna les surnoms d'ogre, de croquemitaine ; il mangeait des petits New-Yorkais ; ce n'était pas la pire des choses qu'il leur faisait...
et le reste du jour qui se termine par cette citation : «Car tous les démons sont ici» ajoutait Will. n'est pas vraiment plus réjouissante.
Heureusement, dès le 17, avec Cervantes, Calderon de la Barca et Albinoni (même si pour ce dernier c'est à propos de sa mort, à un âge fort avancé) cela devient plus intéressant et relevé et dans le reste du livre ne manquent pas les raisons d'admirer, de sourire, de rêver même.

Et la connexion est revenue à 19 heures 45 pendant que je regardais Wagonmaster... que vais retrouver, un bon vieux western juste ce qu'il me faut. (quoique, damned ! mon oeil manque avec l'âge d'innocence et les vallées données par Dieu y crois pas trop)

jeudi, janvier 16, 2020

haïkus pour un cheminement

feuilles luisantes
la ville gorgée de pluie
chante ses couleurs
l'opéra lance
l'ultime échafaudage
à l'assaut du ciel
voilette d'hiver
qui joue à ne pas masquer
le miel des pierres
les jambes crient mais
la fuite d'un nuage
pose un sourire

cela n'a pas duré...