samedi, janvier 29, 2022

Le plaisir antinomique du calcul mental

 


Sous un ciel très pur

en forte ébauche de vent

trajet habituel

pour un peu plus d'une heure de calcul mental, interrompu par une tête en ébullition de ma jeune amie ivoirienne qui bizarrement s'est fait plus dissuasif à l'annonce qu'elle avait une place en CAP cuisine (son plus cher désir)... la bonne humeur préexistante s'accroissant en même temps.


Moi suis rentrée une heure plus tôt que prévu et me suis installée (pour risquer migraine souriante comme elle, sans y arriver vraiment) devant la 3ème (le 6 décembre dernier) et la 4ème (le 3 janvier) leçons du séminaire « faits d'affects » données par Georges Didi-Huberman dans le cadre du Centre de Recherches sur les arts et le langage (sur You Tube).


vendredi, janvier 28, 2022

Todo liste pour un court trajet

 


persuader mon long sac de cuir chocolat de tenir sur mon épaule au moins pendant dix minutes s'il veut rester mon ami

obtenir de mon béret qu'il reste enfoncé sur les deux oreilles plutôt que de s'amuser à choisir celle qu'il livre à l'air frio

interdire à mon masque de remonter dans mes yeux

ne pas injurier le sac de draps quand il danse jusqu'à faire un angle presque droit avec mon trajet

supplier mes jambes et la canne de se mettre d'accord

savoir qu'il est inutile de demander à mon sang d'aller jusqu'au bout de mes doigts

ne pas jurer



jeudi, janvier 27, 2022

Nourritures

matin suis allée

sur jambes un peu trop floues

se raffermissant

dans le sourire du jour

la petite brise bleue

pour des courses détendues, petits légumes, poisson, fourme de Montbrison et Canard enchaîné...

une sieste (deviens gros tas paresseux), repassage d'une petite heure... et départ vers vingt heures


pour monter jusqu'à la place – l'opéra – une impression d'être parmi les happy few en arrivant (les Avignonnais ne sont pas très musique de chambre, le groupe n'est pas parmi les plus célèbres et les deux compositrices et un des compositeurs pas davantage) – le deuxième balcon, afin de nourrir mes oreilles et mon humeur en découvrant une musique que, comme une bonne partie de la musique du 19ème siècle et du début du 20ème, ne connaissais pas, interprétée (et le cas échéant arrangée pour trio) par le Trio Chausson https://fr.wikipedia.org/wiki/Trio_Chausson

  • avec Lili Boulanger (1918 - « d'un matin de printemps » ou la légèreté, la transparence teintées discrètement d'une once de mélancolie et « d'un soir triste » comme un chant funèbre) que j'ai beaucoup aimé (plus que dans l'interprétation que j'avais écouté sur You Tube et qui figure ci-dessous)

  • Fanny Mendelssohn dont, comme pour Lili Boulanger, je connais surtout le nom (le trio op/11 en ré mineur créé en 1847 un peu avant sa propre mort – beau 2° mouvement andante)


et comme vraiment on pouvait choisir sa place très très facilement, suis descendue pendant l'entracte pour m'installer au 1er balcon face au piano pour la deuxième partie

  • Liszt (un arrangement de « Totentanz » la danse macabre – là je connaissais et l'ai aimée aussi dans cette version) et là j'étais dans le piano, au début, subissant la frappe très énergique de Boris de Larochelambert

  • Joaquin Turina (« circulo opus 91 : Amanecer, Mediodia et Crepuscùlo » de la même année que moi, ce qu'il ignorait)

  • Ravel (un arrangement pour trio de « la Valse »)

avec en bis le plaisir d'un peu de Schubert.


Si vous en avez le temps, les deux pièces de Lili Boulanger par un trio féminin.


mercredi, janvier 26, 2022

En ce mardi


Mes cheveux lavés

redresser le dos cassé

écrire lundi

avec l'aide de notes,

honte, prises dans la nuit.

Pour répondre à la proposition #3 de l'atelier « écrire-film » de François Bon (en gros se souvenir de moments « épiphanies » de la veille et en faire des paragraphes – me méfiais de ma mémoire pagailleuse – et, pour tout avouer, j'avais gardé en réserve une photo prise presque instinctivement pour garder trace d'un moment de mon trajet du lundi après-midi et m'en suis servie.


Petite sieste, quelques corvées-comptes, un petit circuit de nettement moins d'une heure.

Et me suis installée pour lire des contributions... mais j'ai un si terrible retard qu'il est certain que ne le comblerai jamais (lu un dixième environ de la masse publiée sur le site).

mardi, janvier 25, 2022

Ne pas se souvenir


 Réveil si tardif

que croyais le ciel absent

neutre, oublié,

la lumière et un laurier,

jouant, me l'ont rappelé.



Marchant dans le bleu

m'efforçais de ne noter

rien que d'habituel

sur mon trajet vers le squat

pour une brève leçon

afin de garder, peut-être, la fraîcheur des souvenirs que pourrais tenter d'éveiller demain pour répondre au #3 de l'atelier du tiers livre.



Et pour nourrir « Paumée » tout en contrariant le risque d'oubli, d'effacement des petits signes que m'aurait fait la vie aujourd'hui, j'ai repris « je ne me souviens plus » de Philippe De Jonckeere (chez publie.net https://www.publie.net/livre/je-ne-me-souviens-plus-philippe-de-jonckheere/) ne me souvenant plus quel paragraphe plus ou moins long, ironique ou non, pourrait être cité prioritairement (en fait ne voulais trancher) alors, au hasard, un hasard un peu corrigé pour rester dans le neutre, laissant les non-souvenirs les plus forts de ce qui me semble constituer un beau portrait en ombre chinoise, ou par défaut, à l'éventuelle découverte par les lecteurs.

« Je ne me souviens plus du digicode de chez Hanno sans regarder dans mes derniers messages de téléphone de poche. Du temps des Arts déco, il n'y avait pas de digicode au bas des immeubles. Et certainement pas au bas de l'immeuble de Hanno. Je me connais, s'il y en avait eu un à cette époque, je me souviendrais de cette combinaison, pas de celle qui permet l'ouverture de la porte aujourd'hui. »

« Je ne me souviens plus des quelques mots de tchèque que j'ai appris lors de mes trois séjours dans la ville de Brno. Mais je sais encore dire que je ne parle pas chinois en tchèque. Néovim Chinsky (je ne parle pas chinois) et non Néovim Chesky (je ne parle pas tchèque). Je ne sais pas si cela me servira un jour de savoir dire, en tchèque, que je parle pas chinois. En revanche je ne sais pas dire que je ne parle pas tchèque en chinois. On ne peut pas tout savoir. »

« Je ne me souviens plus du cirque de Navacelles, et de son pédoncule, dans les Cévennes, le premier été dans les Cévennes, en 1974. Mais cela me fait pleurer d'émotion d'y penser. »


lundi, janvier 24, 2022

Parce que c'est nécessaire (surtout avec deux l)


Parce que ce qui, depuis Lyon et les nuits de Fourvière, tourne en France à grand plaisir , et vers lequel je suis partie pour son passage, après tant d'autres villes, par l'Opéra d'Avignon se nomme Folia même si cela a choisi de se baser sur les airs populaires italiens et que les critiques parlent de tarentelles avec un peu d'électro, | parce que la folie en italien se dit Follia, et que le thème auquel pensais, qui s'écrit généralement Folia mais aussi Follia, est sans doute né au Portugal, s'est transmis ensuite en Espagne, mais ensuite en Italie où il a connu grand succès avant de se répandre France (avec les Folies espagnoles de Marais entre autres) et un peu partout (plus de cent cinquante compositeurs selon Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Folia voir aussi https://www.intermedes.com/article/5457-une-perle-baroque-l-air-des-folies-d-espagne-la-folia/)



Et pour ce spectacle de hip-hop mais pas que... hautement raffiné et plein d'entrain, ai fait avec brio cette fois ma petite gymnastique au bord du vide sous le troisième balcon, ai salué le lustre, regardé le plus proche des putti, lui ai recommandé in petto de bien accorder son instrument.

Et ce fut un régal, danse, musique, éclairages, costumes, mélange parfois de musiciens (Concert de l'Hostel Dieu) et de danseurs, costumes des uns et des autres, scénographie, voix de la chanteuse... (quant à la musique en fait si elle part des musiques populaires italiens elle y associe des airs baroques dont la folia et un peu de musique électronique pour faire la liaison.

Pour en donner une petite idée ce qu'en dit le programme de Créteil https://ccncreteil.com/FOLIA, ce teaser




et ce que Mourad Mersoui dit de ses intentions dans le feuillet/programme de salle : « Les rencontres inattendues entre deux univers – a priori que tout oppose – font parties de ma démarche artistique. À travers mes créations, je n’ai eu de cesse d’amener le hip-hop vers de nouveaux horizons, de le confronter à d’autres univers musicaux et à d’autres corps. Dans Folia, la danse hip-hop rencontre les musiques baroques du Concert de l’Hostel Dieu, mais pas seulement : la danse contemporaine, la danse classique ou encore un derviche tourneur s’y entremêlent. Ce spectacle est un vrai pari. Je tenais à provoquer cette musique populaire, pas assez connue du grand public, avec des sons électroniques pour proposer une toute nouvelle approche de la chorégraphie. Le dialogue est singulier et inattendu, l’apport de musiques additionnelles apporte à Folia cette dynamique que je recherche dans chacune de mes créations. J’ai également souhaité rendre poreuse la barrière qui souvent sépare les danseurs et les musiciens, en intégrant ces derniers à la chorégraphie. »


Et sur ce moment de plaisir, pour ce que j'avais vu et pour les visages bienveillants et joyeux des spectateurs, suis redescendue tout doux vers l'antre.


dimanche, janvier 23, 2022

Quelques mots et images pour un jour et un film pour une heure


Un peu avant neuf heures et demi, m'en suis allée dans l'air bleu ou restait quelques rafales vers Rosmerta


pour une matinée de remue-méninges de bénévoles et habitants afin d'explorer les pistes de survie de Rosmerta et d'abord ce que devrait être le Rosmerta qui ne serait plus un squat, puis une heure de battement déjeuner (pour certains dont moi dans la douceur relative du soleil frappant le mur de la cour) un peu moins de trois heures de projets à partir des plans en trois groupes et des grandes lignes qui en sortaient à soumettre à une architecte. Dispersion sans précipitation, une attente d'un peu plus d'un quart d'heure l'arrivée ponctuelle de mon élève maçon, pas tout à fait deux heures pour écrire un texte (que j'ai tenté de ne pas dicter à partir de ses idées), pour en commenter un autre, apprendre à conjuguer l'imparfait, etc...


et un retour d'autant plus chancelant que j'avais eu la sottise de fumer quatre bouffées de cigare...

Une envie de regarder sur You Tube des vieux films de Buster Keaton que connais déjà, reprends ma piteuse contribution au #1 de l'atelier « écrire film » de François Bon (en gros écrire ce qui serait le film évoquant une heure de vie) contribrton, que je n'aime pas (mais tant pis j'assume) parce que, ne sais pourquoi, un souvenir assez désagréable a émergé d'un coin de mon cerveau et refusé de céder la place et que, d'aute part, si j'en juge par les vingt contributions que j'ai lu (honte à moi, il y en a bien davantage) et pour la plupart apprécié et admiré, j'avais mal compris la consigne.


Sète – retour de Tamentfoust ou La Pérouse

Un quai au soleil du matin, la caméra zoome sur un cargo, coque rouge et noire, superstructures blanches, trois mats de charge et au centre une cheminée, rouge à bandeau noire avec un grand S peint en blanc / depuis le pont on approche d'un hublot, jusqu'à distinguer une nuque et une tresse sur la droite et, plus loin, au centre, en partie caché par la nuque, un visage d'homme assez large – vitre franchie, la nuque jeune, un débardeur, des épaules bronzées un peu grasses, sans doute une très jeune femme, immobile, une table la séparant de l'homme, deux tasses et des assiettes blanches, des brocs de métal, les restes d'un petit-déjeuner, l'homme parle (texte improvisé en partie couvert par des bruits divers) pour conseiller de lire moins, visage déformé pour montrer la tristesse, parle de sa fille – la caméra le quitte pour errer sur les parois de ce qui est un carré, s'attache un moment à une photo de bateau, continue vers un placard sur lequel sont posés, derrière une barrière anti-roulis quelques bouteilles, comme pour suivre les yeux de la jeune fille qui n'ose répondre ni le regarder, gênée –, du suicide de sa fille donc, provoqué par la fréquentation trop assidue des philosophes... les bruits s'intensifient, bruits de voix, bruits du déchargement, de la cargaison, appels, heurts, moteurs, on cogne à la porte, son audible mais qui semble faible dans le bruit ambiant, la jeune femme recule un peu sa chaise, l'homme se retourne vers la porte derrière à lui, à gauche, dit : « entrez » - la porte s'entrouvre, passe un tête, une main enlevant une casquette, un jeune homme – « Commandant, le taxi est là » , la femme de dos se lève, va commencer une phrase mais le commandant la coupe « faites un bon voyage, heureux de vous avoir eu à bord... mais n'oubliez pas » elle avance, tend la main « je vous remercie, je n'oublierai certainement pas cette traversée et votre gentillesse », elle le dépasse, dans le dos de l'homme assis elle échange un sourire avec le jeune second, légèrement complice peut-être, rapidement effacé par la honte, elle sort en trébuchant un peu, la porte se referme. / à partir de ce moment et jusqu'à la fin, sous les sons ambiants ou en leur abence, musique : petites notes égrenées (un peu la musique que l'on jouait au piano sur les images d'un film muet) / sur le pont, la jeune femme (très jeune, semble presque encore adolescente... pantalon vert-kaki en toile, une veste de même tissu posée sur le débardeur) sort par une porte suivie d'un homme en bleu portant une valise, qu'il pose à côté de la passerelle, elle avance la main comme pour une poignée, se ravise, penche légèrement la tête, le remercie, adresse un sourire général en tournant un peu la tête vers d'éventuelles présences / une main pour la poignée de la valise, une main, qui ne se veut pas trop cramponnée, posée sur la corde qui sert de garde-fou à la passerelle, elle fait les quelques pas qui la séparent du quai... très vide, le quai-esplanade, juste deux camions et des corps qui s'affairent sur le quai comme sur le pont à décharger des caisses, ballots, etc... (pas le temps des containers)... un sifflet presque distrait, pour la forme, elle ne s'arrête pas.. / depuis l'intérieur du taxi on la voit poser sa valise, monter pendant que la voix du chauffeur demande : « la gare ? » et qu'elle répond « oui » / l'intérieur du taxi, nuque du chauffeur : deux plis rouges de soleil, crâne rasé, casquette de joueur de pétanque / vue sur profil de la jeune femme devant la fenêtre gauche arrière par laquelle on aperçoit un bâtiment à façade néo-classique avec des affiches qui est sans doute un théâtre, quelques passants tranquilles assez rares en ce milieu de matinée, et puis un bureau de tabac/marchand de journaux devant lequel deux femmes avec panier roulant discutent, une brasserie... la caméra sort de la voiture, traverse un très large canal – des petites barques ou vedettes en épi, des voiliers un peu plus loin, un chalutier – puis revient sur la nuque du chauffeur et, au delà, sur une esplanade au fond de laquelle, longue et basse, la gare / hall de la gare, des groupes immobiles avec ou sans valise à terre, des gens qui marchent, la jeune femme devant un guichet demande un billet de deuxième classe pour Toulon, puis traverse les groupes vers une série de cabines téléphoniques / kiosque, elle passe devant des journaux portant la date du 24 août 1964, prend un petit paquet de pastilles Vichy, le tend en demandant un paquet de Gauloises à la vendeuse qui la sert, insère le prix dans sa conversation avec une vieille femme, encaisse tout en riant à une remarque de cette dernière / devant le panneau de départ des trains la jeune-femme ouvre le paquet de cigarettes, en allume une en levant les yeux / sur un quai elle termine sa cigarette, la jette, monte dans le train de Marseille.