lundi, février 27, 2017

Sans l'escalier

Jour de ciel bleu où Brigetoun n'a pas quitté l'antre et sa cour.
Jour où se laver les cheveux, faire des projets que je ne tiendrai pas, cocoter carcasse, écouter musique, saluer les deux pétales qui sont arrivées à s'extirper d'un bouton et les orienter pour que la tache rose me fasse signe depuis la cuisine,
et puis lire les quatre premières propositions publiées pour l'atelier d'hiver de François Bon du lieu, #5, «on ne pense pas assez aux escaliers» http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4391, me risquer, à partir de souvenirs condensant chaque fois des escaliers différents pour en recréer un modifié et presque réel, relire, avec un sens critique limité, et envoyer.
Les six premières propositions (à 17 heures) commençant formidablement par Milène T., suivie par le style inimitable, avec toujours un hors champ, de Dominique Hasselmann, et... la suite vous verrez... si avez le temps (récompensés serez) de les lire... sont publiées sur http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4393
et je suis en cinq avec
Les vitraux qui garnissent les baies arrondies dans l'axe de l'escalier - jaune de souffre, vert amande, bordeaux affaibli et les petits rectangles indigo sombre pour charpenter leur mosaïque - n'ont rien à tamiser, mais les appliques dispensent une lumière vive et sans violence, soulagement qui fait se redresser le cou, s'élargir les épaules, après le gris de cendre qui baigne la ville, et ce pansement que pose cette clarté artificielle sur la fatigue s'augmente de l'ampleur modérée de la cage, sans le presque vertige qui raidit le dos, les jambes, et rend mécanique leurs mouvements, malgré la noble profondeur des marches, la faible hauteur des contremarches, en grimpant les volées longeant, de palier carré en palier carré, les murs de l'escalier d'honneur emprunté lors des visites au musée pour éviter la promiscuité de l'ascenseur dans le mur, ce grand cube solennel où le souffle se perd, ni les virages sur l'aile, dans le ciment sonore, de l'escalier de l'ancien appartement, les deux volées de marches se repliant l'une contre l'autre, les deux rampes de fer forgé sans épaisseur, peintes en vert dur, et toujours un peu poisseuses, se touchant presque, non ici l'escalier tourne sur lui-même avec une grâce discrète, comme un geste d'accueil, et l'on pourrait installer dans son vide, comme chez la grande tante, une de ces petites cabines d'ascenseur en bois aux portes claquantes, et puis il y a, sous la main qui s'y est posée d'instinct, retrouvant une habitude endormie dans le souvenir du corps, la douceur de la rampe cirée, son bois luisant doucement, poli par plus d'un siècle de mains glissant à sa surface et de chiffons feutrés le frottant en caresses énergiques, le pouce a retrouvé d'instinct le creux de la moulure où se glisser, et l'effort de hisser à la suite de cette saisie la faiblesse nouvelle de la carcasse convalescente, dans le silence feutré par l'épais tapis, devient presque un plaisir tendre, le premier cadeau de ces jours de repos fraternellement offerts, avant de retrouver, quand les forces seront revenues, la rude amitié de l'escalier familier, assez étroit pour que les mains prennent appui de chaque côté sur les pierres blondes, les marches si étroites que les pieds ne peuvent s'y poser qu'en biais, les dalles bordées d'un nez en bois usé.



dimanche, février 26, 2017

samedi, février 25, 2017

couci-couça

matin dans l'espoir naissant timidement

matin dans le mal être de carcasse qui, inexorablement mais douloureusement, prend poids, tend à me donner volume perdu depuis des dizaines d'années, comme si voulait faire de moi le fruit sec une confortable et douce arrière-grand-mère (bon pour l'aspect il y a encore du travail, pour le statut c'est sans espoir...)
attendre début après-midi
et partir avec charroi encombrant (vestons et draps enfouis dans un sac très laid et mal fichu fourni par le teinturier) dans une ville d'ombres dessinées, de lumière franche, sous un ciel violet dans les rafales de vent.
Esprit et corps fouettés, perdre pour un moment quelques années...

vendredi, février 24, 2017

jeudi, février 23, 2017

Si peu – donc recours à Sam

Les pigeons se montrent
dans la tendresse du jour
le rose effleure
Comme j'avais commencé un billet pour mon rendez-vous du jeudi avec les Cosaques des frontières, très différent bien entendu du beau texe d'Anna Jouy paru mardi https://lescosaquesdesfrontieres.com/2017/02/21/la-ou-la-vie-patiente-2-tous-les-arbres-sont-dans-larmoire/ (pas uniquement pour la qualité) mais qui portait sur une fillette, l'ai remisé, ai cherché une idée et je me suis fixée, avant de m'endormir, mardi sur une photo. Une idée est venue, ayant un rapport peu évident avec cette image, pendant que somnolais au petit matin... matinée passée, après avoir un peu vaqué et rendu visite au bouton sous l'oeil des pigeons, à tenter de la mettre en mots, à élaguer et à improviser une fin (étais assez perplexe)
L'ai envoyé, ai vaqué, et pour nourrir (un peu trop abondemment) paumée j'ai recours une fois encore au plus ancien de mes bidules parus chez les cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com
Mini-conte animalier
Sam, dans sa prime enfance, faisait l'admiration de la forêt, de sa famille, de ses cousins mais aussi des oiseaux, des lièvres et même des grands animaux. Il avait un pelage d'un brun doux et profond et la plus belle, la plus ébouriffée des queues, avec des petits éclats de blondeur pour lui faire un halo. Il était plus souple et plus agile qu'aucun des écureuils de son âge et délicieusement gracieux dans l'expression de son petit corps et de son visage aigu.
Sam était très conscient de sa supériorité, peut-être même se l'exagérait-il, ce qui lui permettait d'être gentiment courtois avec les autres, et puis, comme il sentait qu'il était en lui-même la quintessence de la forêt, son expression la plus aboutie, il était plein de curiosité envers ce qui s'étendait autour.
Les êtres humains qu'il voyait passer étaient le plus souvent assortis à la forêt, venus des hameaux proches, ils considéraient la forêt comme un prolongement, une annexe un peu plus ludique de leur village. Mais parfois des couleurs tranchaient, des voix se faisaient plus aigües et fortes, plus envahissantes aussi, piquées d'exclamation, des citadins venaient en visite.
Et puis un jour il y eut un couple, grand comme des chamois et dont les membres étaient aussi fins – d'ordinaire les humains rencontrés par Sam lui évoquaient plutôt des roches – couverts d'étoffes brunes ou verts sombres, en harmonie avec la forêt mais autrement que les villageois, mais souples et lisses, loin des velours côtelés effondrés... ils avançaient en se tenant par la main, leurs paroles étaient rares et leurs voix était une musique douce aux oreilles de Sam. Ils s'allongèrent, et Sam, depuis sa branche, les dominait, veillait sur eux, sentait qu'un miracle se produisait, qu'ils étaient pour lui.
Pour lui, différents – Sam découvrait le snobisme – et quand ils se furent assis, que le garçon attira à lui un grand panier qu'ils avaient posés à côté d'eux, souleva le couvercle de cuir souple, il distingua vaguement, sous des linges, des sachets, des objets qui brillaient discrètement. Il descendit de trois ou quatre branches pour mieux voir, ils se partageaient des nourritures qui lui semblèrent d'une autre essence que ce qu'il avait vu jusque là, un vin d'un rouge sombre coula dans des timbales d'argent – Sam ne savait pas ce qu'était l'argent mais il aima l'éclat mat de la chose – ils souriaient et parlaient lentement et Sam croyait les comprendre.
Il n'y tint plus. Il se fit maladroit, laissa tomber sur la jupe de la femme un mélange de brindilles, d'écorce, une feuille, comme arrachés dans un rétablissement, elle leva les yeux, s'émerveilla, il dégringola, ils se regardèrent, elle demanda ce qu'il mangeait – des noisettes je pense dit l'homme – dommage nous.. ah mais si, et elle tendit à Sam une noisette grillée enrobée de chocolat. Il la prit pour lui faire plaisir, il regarda, il goûta, il trouva ça surprenant, plutôt désagréable mais c'était gentil. Ils se regardèrent derechef, Sam pencha un peu la tête de côté. Elle dit qu'il était trop drôle, lui demanda s'il voulait venir avec elle et Sam s'installa de lui-même dans le panier.
La suite, Sam, quand il est arrivé à nous, bien plus tard, qu'il a retrouvé, épuisé, le poil terne et ras, la queue humiliée, la forêt, les arbres et leur peuple, il n'a jamais voulu la dire en détail. Il se remit peu à peu, retrouva sa souplesse, sa force, une évocation de sa beauté d'antan, il devint un de nos sages, loua notre bonheur, la simplicité et la beauté de la nature, et laissa filtrer un peu de son histoire.
Il y avait eu un trajet rapide de Sam immobile dans le panier posé sur des cousins dans une grande boite de métal au brillant plus franc, moins profond que l'argent, et le défilé rapide des arbres, il y avait eu le haut d'un arbre derrière une vitre et une très grande pièce blanche ponctuée de quelques meubles géométriques, il y avait eu, installé pour Sam, dans un coin de la pièce un entrelacs métallique dressant de fausses branches ornées de quelques chiffons verts et un hamac (lui il l'aimait bien) garni de doux linges blancs, il y avait eu le choix d'une porcelaine délicate, blanche et bleue, pour son bol à noisettes garni à des heures régulières, il y avait eu l'attendrissement admiratif, rapide comme une formalité, des amis d'Aurélie (c'était le nom de la femme) devant la splendeur chaude de la fourrure de Sam et sa queue, il y avait eu la remarque surprise mais légèrement désapprobatrice d'un ami devant cette intrusion brutale de la nature, et en conséquence l'appel fait à un créateur, il y avait eu la coupe presque rase des poils vaporeux de sa queue et l'engaînement de celle-ci dans un tube rigide comme un point d'exclamation, il y avait eu ce vêtement créé pour lui dans un matériau qui imitait le cuir, en plus raide, et Sam après s'être regardé dans la glace avec complaisance, avait découvert combien il devenait maladroit, gêné.
Et Sam, au bout de trois jours surpris et émerveillé, puisqu'il avait décidé de l'être, s'était senti profondément malheureux, jusqu'au jour où il avait pu profiter du moment où Aurélie, après l'avoir dévêtu, le lavait, le cajolait, pour s'évader par la fenêtre ouverte, dégringoler avec raideur le long de l'arbre, et la longue errance avant de nous retrouver nous et la forêt.

mercredi, février 22, 2017

Magnificence pour le soir

matin, malgré le poids pris, j'avais du monde une vision brinquebalante, et mes jambes, mes mains, mon crâne étaient en fonctionnement étrange...
ai fait le petit aller et retour nécessaire vers yaourt, coulis etc.. comme pouvais, bien lentement

travaillé à améliorer les choses, le temps aidant, en regardant/écoutant, avec plus ou moins d'attention (plutôt plus) pendant près de trois heures sur la chaîne YouTube de Public-Sénat, l'examen de passage devant la Mutualité Française d'Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignant (là c'était vraiment moins d'attention, sourire, ai vaqué), Benoît Hamon (connaissais, et m'enquiquine avec son sport des vieillards) Yannick Jadot et François Fillon (écourté), Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n'étant pas disponibles, avant de partir dans la nuit, luttant contre somnolence, vers l'opéra pour un long spectacle dont j'avais grande envie... en écho aux billets de Dominique Hasselmann et à sa promenade versaillaise et vice-Versailles https://hadominique75.wordpress.com/2017/02/17/et-vice-versailles-1/ et suivants...
photo provenant comme la suivante du compte Facebook de l'opéra
une co-production de l'Opéra de Rennes, du Centre de Musique Baroque de Versailles, de l'Opéra de Massy, de celui d'Avignon etc.. avec la compagnie les malins plaisirs (théâtre) le concert spirituel (musique) la compagnie l'éventail (danse) : une comédie-ballet en cinq actes, oeuvre de Molière et Lully, qui a eu comme interprète (parmi beaucoup d'autres) Louis XIV : les Amants magnifiques

«La scène se passe en Thessalie, dans la délicieuse vallée du Tempé »
Deux grands rois, Iphicrate et Timoclès, se disputent la main de la princesse Eriphile. Pour la charmer, ils multiplient fêtes et spectacles, sans parvenir pourtant à décider son choix. La reine Aristione, mère de la princesse, charge le jeune général Sostrate de sonder Eriphile : ce dernier n’accepte la mission qu’avec répugnance.
C’est le bouffon de cour Clitidas qui parvient à percer le double secret : Sostrate aime Eriphile, mais sait que son rang lui interdit de prétendre à sa main ; et Eriphile aime Sostrate, ce pourquoi elle repousse ses deux nobles prétendants, sans avouer pour autant une passion que son rang lui interdit.
L’intervention miraculeuse de la déesse Vénus semble presser les choses : elle annonce qu’Eriphile devra choisir celui des princes qui aura sauvé les jours de la reine sa mère. Désespérés, les deux jeunes gens se déclarent leur amour et se disent adieu simultanément. Or la prétendue apparition n’est qu’un artifice imaginé par l’astrologue Anaxarque et son fils Cléon, pour se faire valoir auprès de la reine, fort superstitieuse, et favoriser Iphicrate qui les a soudoyés. Lors d’une attaque simulée, ce dernier interviendra à point nommé pour protéger la souveraine - et remporter ainsi la main d’Eriphile.
Un incident imprévu retourne la situation : la reine est attaquée par un sanglier sauvage alors qu’elle se promenait avec sa suite dans les bois. Sostrate, seul à ne pas s’enfuir, tue l’animal féroce au péril de sa vie. La reine accorde la main d’Eriphile à Sostrate, et de grandes fêtes concluent cette “folle journée”.
Pour me conforter dans mon envie (avais lu la pièce de Molière il y a longtemps, ne connaissais pas la musique de Lully, du moins pas cette oeuvre, imaginais...) j'avais regardé (faites le si vous désirez) Hervé Niquet, directeur musical, présenter le projet
pour la musique n'ayant trouvé aucun enregistrement par le concert spirituel et les chanteurs participant à cette représentation Margo Arsane, Lucie Roche, Eva Zaicik, Laurent Deleuil, Clément Debieuvre, Martial Pauliat, Victor Sicard, Virgile Ancely et Geoffroy Buffières... trois des intermèdes par les Musiciens du Louvre et des chanteurs non précisés
n'ai pas non plus de vidéo de passages du texte de Molière joué par Mélanie Lemoire (la mère, la princesse Aristione) Marie Loisel (la princesse Eriphile) Claire Barrabès (Cléonice) Laurent Prévot (Sostrate l'élu imprévu) Maxime Costa (Iphicrate) Beno$it Dallongeville (Thimoclès) Pierre-Guy Bluzeau (Clitidas) Quentin-Maya Boyé (Anaxarque) et Olivier Berhault (Célon) mais j'avais écouté Vincent Tavernier, le metteur en scène, et regardé quelques costumes présentés par leur créateur Erick Plaza-Cochet
ainsi que, pour le décor (vous recommande le dragon blanc, ou la grosse crevette blanche, énorme comme un dragon, le soleil sur la mer, les poissons...) Claire Niquet.


et ma foi c'était presque aussi raffiné qu'un spectacle de William Christie (suis partiale), et c'était un délice... avec un petit bémol pour la musique parce que la partition de Lully en partie perdue si j'ai bien compris a été reconstituée et que le côté un peu répétitif qui fait que ce n'est pas mon baroque préféré s'en trouve accentué mais de fort bons musiciens et chanteurs et une belle harmonie d'ensemble. Un jeu sur la mémoire, le respect des codes et leur réactualisation. De bons acteurs, et surtout le héros Laurent Prévot, une diction qui ne cherche pas à moderniser Molière ni ne joue les grasseyements à la mode un temps, un humour qui ne force jamais, ou de l'esprit, des couleurs franches en bel accord/désaccord, une compagnie de danse qui se spécialise dans la danse baroque et restitue par les ensembles, les lignes suivies, la simplicité des pas, la danse de cour mais sans rigidité... Les toiles peintes, panneaux coulissants, transparents, des lumières parfaites comme seul décor permettant des transformations fluides, des surprises. En résumé un public heureux.

mardi, février 21, 2017

platane au soleil

ombres et lumière
jouent au creux des aisselles
une caresse

Au surplus, amis, suis resté dans l'antre et la cour, ai vaqué un peu, et pour rompre avec les ombres de pensées qui circulaient en moi, me suis réfugiée dans la découverte des deux cents premières pages d'un des rares Jane Austen que n'avais point lu, un des plus imposants au moins par le nombre de pages, et touchant, bien sûr, touchant, un peu moins malicieux que les suivants, mais non dénué d'observations cruellement ironiques, Mansfield Park, et ressourcée dans une longue ballade/picorage dans deux des tomes de la correspondance de Voltaire, ma très chère lecture trop négligée ces temps-ci.