mercredi, août 05, 2020

Sont arrivés

d'abord messire Mistral bien installé, avec une once de modération, mais passablement d'autorité

sont arrivés aussi « les gens » et j'étais entre plaisir pour la ville et les boutiques et un peu dans un rien d'agoraphobie en voyant ma quiète rue Joseph Vernet retrouver un début d'effervescence (à vrai dire c'était surtout vrai rue Saint Agricol entre les deux photos, mais j'étais bien trop occupée à gérer quelques bourasques, ma cane et le louvoiement entre les groupes)

trop tard malheureusement pour le début de la rue Carnot où les vitrines abandonnées se multiplient

le Mistral lui, qui prenait force, fouettait arbres dans le bleu, et petite vieille a appris entre autres aux sept garçons qui se sont succédés en deux groupes à gérer la tenue des feuilles, l'indépendance des cahiers et les stylos qui s'envolent, en plus des différentes façons d'écrire en em an am, in ein, ain, et ne pas confondre avec ien... joyeuse et studieuse ambiance mais les bénévoles se font un tantinet rares...

m'en suis revenue dans un air légèrement apaisé et sous des fleurs factices qui ne craignent pas la chaleur.

mardi, août 04, 2020

Art à la rue et nourriture hors remparts

C'est sans doute de ceux que j'ai aperçus pendant qu'un homme (le peintre?) réceptionnait les paquets de toiles qui descendaient au bout d'une corde d'un deuxième étage pour les porter jusqu'à un véhicule devant les remparts, le moins intéressant... mais elle restait là, abandonnée au moins provisoirement et j'ai pu la capter pendant que personne ne me voyait avant de repartir, mettant fin à ma fascination encombrante.

Rue de la petite Fustrerie, trois des œuvres, plus ou moins convaincantes, qui s'installent sur certains murs de la ville pendant ce mois (il faudrait que j'ai courage de partir en quête)

au bout de la rue, un des espaces vitrés (ou rideaux) ne présentant plus rien qui se multiplient peu à peu

et puis, partout, mais celle ci est une de mes préférées, les œuvres sur bois...

Rencontré aussi, me battant avec deux sacs et une robe qui voulait à tout prix se vautrer dans la poussière, cette jeune mère qui avait trouvé un moyen de se débarrasser de son sac pour mieux porter sa précieuse charge (du moins l'ai cru).

Dans l'après-midi, le plus petit de mes deux couffins en main, ai franchi les remparts pour trouver bandes de piétons débarqués des cars, lente rivière de carrosseries et course de nuages dans un fort petit vent.

Ai passé en revue les quelques producteurs locaux qui avaient trouvé place.. et m'en suis revenue avec un kilo et demi de patates sans nom, trois énormes courgettes blanches, deux poivrons baroques et deux sacs de tomates... (escalier en deux voyages) et je décide que suis en pleine forme.

samedi, août 01, 2020

La chaleur qui monte, retrouver les noms

M'en suis allée, matin, avant que les 30 degrés soient atteints et allègrement dépassés sous un ciel adouci de blanc

le long de la bande d'ombre, des plantes vaillantes ou résignées depuis longtemps de la rue Joseph Vernet

et suis revenue dans l'animation tranquille de la fin de matinée avec médicaments et nouvelles lunettes (avait marché hier en me levant après un assoupissement sur la paire « domicile » et elle n'avait pas aimé) et puis derrière les volets bleus entrebaillés ai somnolé, ai fait de courtes incursions sur le web ou pour lire, un par un, un peu au hasard certaines contributions à l'atelier d'été de François Bon https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article521 et j'ai écrit sur un carnet ma réponse au #9, recopié ensuite sur un fichier, et retrouvé chaleur... fait pose échouée comme baleine, envoyé, arrosé, presque récupéré.

Forte de cet effort ou pour saluer le plaisir que cela m'a donné, je recopie, sous une image malheureusement pas assez peuplée (question d'horaire) ma contribution au #6 trouver le nom du chat https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4922

les eux de l'avenue

Parce que, sauf pour ceux comme moi qui depuis toujours dois faire effort pour retenir un nom et qui, quand je pense à quelqu'un pense à un nez ou une silhouette, des mains, un sourire, un lien avec d'autres qui portent un nom, mais ne cherche surtout pas celui qu'il porte, donc parce que généralement, un personnage, un qui n'est pas affligé de cette désinvolture, lorsqu'il pense à quelqu'un, l'évoque dans son monologue intérieur, emploie son nom, il y a eu l'arrivée dans le doux et le dur de Marthe. Dans ce rôle elle aurait pu s'appeler Gaby comme les deux qui faisaient équipe avec leur patronne, notre mère, dont elles partageaient le nom et qui avaient autorité sur nous et tendresse de notre part, mais avec le vieux la Marthe a complicité, habitude mais ni autorité ni tendresse, alors va pour Marthe et cela lui donne une petite touche d'effacement intelligent, la rapprochant de celle des deux sœurs que je préfère dans les évangiles (n'y pense que maintenant). Le vieux lui, et ses grommellements – la chair ça pèse – et ses douceurs, je vais l'appeler Auguste parce que cela le date, mais sans doute trop, et que cela lui va mal – ce qui à mes yeux donne à la chose une certaine authenticité – et Fustier parce qu'il a peut-être eu un ancêtre qui poussait le rabot par ici, en Provence.

Et donc Auguste Fustier je l'avais d'abord rencontré devant le bureau de tabac où il attendait, à distances raisonnables, que ce soit son tour d'entrer, avec Cuicui Colin, dont tout le monde a oublié le prénom depuis longtemps, avec les dames Rose Vachon et Cochonaillou et avec ce grand idiot d'Ali Demaison, et leur attente prudente se mêlait à la file impatiente devant l'étal de nourritures : Fabius Grossetête, sa fille Betty, Mélanie Innocent, son amie Marie Cousette, trois hommes sans nom, Eddy Dupont, Jean Mouton qui tient le rayon boucherie de Monoprix et les belles Dahlia et Iris de la Souche.

Sur le trottoir d'en face, un qui pourrait avoir un rôle, ce serait l'assis omniscient qui s'appelle Vincent – c'est évident et sa barbe, ses cheveux bouclés gris jaspé le confirment – Vincent Mokhani parce qu'une faute d'orthographe a été faite dans le nom de son grand-père et celui qui le quittait après avoir discuté un temps avec lui, qui portait veston de lin de bonne coupe froissée mais aussi un foulard de soie digne de son père, c'était Florian Patricien, avec lequel il avait échangé un sourire en voyant passer les belles et jeunes jambes nues de Mélaine et Aïcha, encadrant Florence devenue Asmaa. Et là maintenant, avec celle qui n'a pas de nom et qui vient de renoncer à traverser en voyant la file devant le tabac, ils jouent à baptiser les passants, et entre deux phrases pour ceux qui déposent dans le béret et saluent, ils voient se croiser Jen-Bernard Lefié, Bénédicte la goualeuse, Jeanne Fortecuisse, Mahmoud le sage sans nom, les gamins Franck, Freddy, Farouk et Fabian, les quatre fils de Maître Ferrand.

Et puis se sont quittés, après le passage faussement tumultueux de Jack Simpson, Ali le Kid, Benoît Castelglio, Umberto de Mantoue et Frankie Conté, et Vincent se déplace un peu vers l'ombre, attend encore un quart d'heure et puis se lève, met le béret dans son sac et s'en va, sa matinée est finie.

Codicille, me suis dit moi et les noms ça fait deux et suis vexante avec ma façon de les oublier, et puis en cours de bribes venues à droite ou à gauche dans mes petites pérégrinations, ai pensé « jubilatoire » pour in fine être passablement déçue, ma faculté d'imagination devient craintive ou ankylosée

vendredi, juillet 31, 2020

Honte à moi

Après une matinée normalement efficace (si ce n'est que je commençais à trouver qu'être assise devant l'ordinateur me donnait intolérablement chaud, ou presque) me suis effondrée... ne trouvant force que pour m'amuser de ce bébé patate et pour joindre un des habitants de la rue Pasteur en choisissant d'être certaine qu'il préviendrait un ou plusieurs de mes «élèves » et rien de plus.

Et comme c'était un jour certainement beaucoup beaucoup moins chaud que ce qui vient... je choisis de penser qu'il s'agissait d'une irruption de ma paresse naturelle appuyée sur la fatigue.

jeudi, juillet 30, 2020

mercredi

Dix heures et quelques

la ville éveillée

marche par plaisir

ou nécessité

lit ou médite

prisons pour plantes


dans la rue calme

toute petite

aventurière

elle ose avec joie

une heure et demi de travail mi écriture/lecture mi soustraction avec le duo de gentils débutants


chemin du retour

une parade

comme un souvenir

les élèves de l'Ecole supérieure d'Art dramatique de Versailles qui sont revenus cette année, avec un manque de publicité un peu excessif, dans la Cour des platanes, un lieu rue Pasteur qui les avait accueillis l'année dernière puisque nous occupions leur ancienne cour... sympathiques, avons échangé trois plaisanteries, ils jouent quatre pièces jusqu'à lundi, mais cela outrepasse mon sens de la responsabilité

Par contre m'en suis allée en début de soirée Par contre m'en suis allée en début de soirée, vers le théâtre des Halles


faire la queue dans une ambiance agréable, et assister à « Sosies » https://www.theatredeshalles.com/pieces/sosies/ une pièce de Rémi De Vos le spectacle de rentrée en coproduction avec le Théâtre Montansier de Versailles et avec le soutien de Châteauvallon (où les acteurs et Timar qui met en scène étaient en résidence quand le confinement nous est tombé dessus)

Exister à travers quelqu’un d’autre ? Quelle meilleure façon de parler d’identité ? Il y a sans doute une part drolatique à montrer des acteurs déguisés en Johnny, Gainsbourg et affublés de surnoms grotesques. Mais il est profondément émouvant de rêver pour soi d’une vie plus grande malgré l’évidence de la vie sordide.
Ils habitent le même quartier. Bernie, sosie fatigué de Johnny Hallyday, vit seul. Il a perdu sa femme. Il est philosophe dans son genre… Momo, dit Le Guinz, réplique plutôt médiocre de Serge Gainsbourg, tire la corde par les deux bouts… Biche, son épouse, est femme de ménage : c’est elle qui ramène l’argent à la maison… Jean-Jean, leur fils, n’a qu’une envie : partir, mais comme il ne trouve pas de travail… 
Kate, une jeune fille qui traîne dans la rue, rencontre Bernie lors d’un karaoké

et comme l'avait dit Jean-Pierre Suaudeau sur Facebook après avoir assisté à une lecture dans le cloître c'est tout bon – il y avait un petit risque de regard sur ce monde aussi surplombant et partial que celui des journalistes sur le monde des faits divers un peu glauques, et c'est à la fois très drôle et toujours très humain, sans lourdeurs

Retour dans un Avignon dont les terrasses des petits restaurants, au moins un peu avant neuf heures, donne une petite illusion de festival (à faire oublier un moment la lente multiplication des boutiques fermées définitivement)


mercredi, juillet 29, 2020

Temps variant vers le bleu et fatigue ascendante

A l'heure du miel, ce début frémissant du jour où je pousse les volets bleus avant de les entrebâiller contre la chaleur, une invasion de blanche bonhommie.

Ai vaqué, repassé, et j'étais presque aussi en vapeur que le fer...


et m'en suis allée un peu après deux heures sous un ciel qui superposait des couches de gris presque indiscernables, me chargeant sur les dernières centaines de mètres de six kilos de riz et de bouillon cube, pour plaisanter un peu avec ceux qui revenaient chargés des Restos du Coeur et entreprendre un peu moins de trois heures de travail un peu retardé par les arrivées successives et les tentatives de groupes de niveau... plutôt facilement finalement, avec petites victoires – pas eu beaucoup de temps malheureusement pour deux garçons venant des hôtels où sont logés par l'ASE... juste essayer de corriger rapidement (et je me serais bien attardée) sur des interprétations de textes et constructions de phrases... Rendez vous pris avec trois des plus faibles demain matin. 

Et pour saluer nos efforts, en relevant la tête pendant que chacun récupérait son bien, prendre le bleu dans les yeux et les feuilles se laissant pénétrer par la lumière.

Dans la tranquillité de la rue du Pont Touca, il y avait de la musique qui passait par dessus un mur, une jeune femme qui souriait aux anges sur son vélo, une petite vieille qui s'amusait à faire danser sa jupe et une bignone survivante.

Ai salué une plante clandestine émergeant du goudron et suis rentrée à travers la petite foule (amorce de foule à vrai dire mais c'est un mieux) d'Avignonnais en vacances et de petits groupes de touristes qui ne mangeaient pas tous des glaces.

Douche, éplucher une patate, allumer stupidement un cigare et m'effondrer en écoutant d'une oreille extrêmement distraite l'assemblée.