vendredi, septembre 21, 2018

Contre (ou avec) le temps

Le temps insidieux
ronge hommes et pierres
resistent les coeurs
l'épaisseur minérale, l'entêtement de la vie, l'esprit et, quand la fin survient, les souvenirs peuvent restituer une autre vie
m'en suis allée enfin, à 11 heures à la maison de Jean Vilar voir/écouter je suis vous tous qui m'écoutez l'exposition vouée à Jeanne Moreau qui s'était ouverte pendant le festival mais perdure jusqu'en avril.
Exposition qui a pour commissaire Laure Adler ce qui me semblait un bon critère, ce qui l'est en effet, j'ai baigné dans un plaisir nostalgique, la joie d'effleurer son intelligence (et avec elle s'invitent tant d'autres êtres regrettés). Exposition dont, comme d'habitude ici, on ne doit pas prendre de photo, exposition dont il est difficile (ou simplement hors de ma portée) de transmettre une impression. Simplement un parcours à travers les photos (avec pour le temps du TNP le regard d'Agnès Varda), quelques costumes, des lettres, des vidéos, des articles, des entretiens, dans une belle scénographie et avec l'accompagnement des voix qui se rnontrent, se remplacent, de sa voix surtout, que la vie transforme peu à peu, avec des endroits où s'arrêter pour écouter, avec des écouteurs ou dans l'isolement d'une coque, et dans un salle un micro l'attend.
Pour supléer à mon incapacité paresseuse il y a les articles et images figurant sur le site de la Maison Jean Vilar https://maisonjeanvilar.org/evenement/je-suis-vous-tous-qui-mecoutez-jeanne-moreau-une-vie-de-theatre/ (et les liens vers les textes de Nathalie Cabrera, Nathalie Crinière les scénographes, et Laure Adler)
et cette vidéo
ou celle-ci



avec vers la fin la voix de Daho et son évocation de leur collaboration pour «le condamné à mort» de Genet (le souvenir merveilleux de les avoir vus-entendus tous les deux dans la cour du grand palais il y a je ne sais plus combien d'années)

jeudi, septembre 20, 2018

Matin


Mes yeux vagabonds
des longs pas décomposés
que passe le temps
j'étais partie en grande avance, par distraction, pour rendre le sac

et de cette lenteur m'est venu un goût du calme que j'ai soigneusement préservé tout le jour

mercredi, septembre 19, 2018

Entre

Comme l'antre et carcase étaient paisibles mais que j'avais tout autre chose dans l'esprit que Paumée, je recopie pour boucher le trou que laisserait ici ce jour, ma réponse à la vidéo 42 (interstices) de François Bon pour l'atelier d'écriture de l'été
chacun.e a construit par accumulation de facettes un texte long et complexe, mais qui peu à peu prend sa voix et son chemin propre, maintenant on tente de relier par des textes les propositions disjointes
mais pour les images, par commodité, je fais passer par ces interstices des chemins (que je sois pardonnée pour ce détournement qui fait pivoter l'axe séparant les éléments reliés)
entre 28 (se déplacer) et 29 (rencontrer)
Marchant ainsi dans la ville, à la curiosité pour les pierres, les perspectives, superpositions de battisses – curiosité qui s'amenuisait avec le temps mais laissait subsister un plaisir tranquille, familier, ravivé par un éclat de lumière ou l'évidence soudaine d'un détail négligé –, se mêlait de plus en plus, comme pour approfondir son retour à la vie, un intérêt encore discret – parce qu'il avait appris autrefois que cela devait être ainsi, parce que surtout ne s'effaçait pas totalement le mélange de crainte du contact et de refus du calcul inconscient de l'aide qu'on pouvait en attendre – pour ses contemporains, les rencontres fortuites, ce soudain intérêt porté à une silhouette, une attitude, qui l'aurait presque entraîné, inconsciemment à une filature s'il n'était immédiatement et instinctivement tempéré par son besoin de légèreté, de distance, comme cette rencontre, il y avait quelques jours, à partir de laquelle il aurait pu inventer une histoire.
Entre deux 29 ou deux rencontres
Renaissait en lui, aussi, parfois, au gré de ses rares rencontres codifiées, une curiosité plus attentive, surtout pour des êtres sans flamboyance, une fraternité légère et sans avenir, le plaisir d'échanges un peu flottants, mais finalement plus profonds que les rapports mondains en marge desquels ils se nouaient comme de minuscules miracles.
Entre 29 (rencontrer) et 30 (répéter) qui dans mon cas était un 100 m courru aux Jeux Olympiques
Au surplus, avec la rupture des liens quotidiens de son ancienne vie, travail, quartier, compagnonnages sans intimité, et parce qu'il peinait encore à maîtriser le temps dont il disposait maintenant, ses forces étant revenues lui semblait-il, il avait rejoint son époque, et, sans aller jusqu'à la télévision, fait l'acquisition d'un ordinnateur, découvert les codes d'internet, suffisamment pour ce qu'il en attendait, jusqu'à se laisser un peu envahir, sous le prétexte de se maintenir dans le flot du monde... et même jusqu'à suivre, savourant la beauté des corps en mouvement, le championnat d'athlétisme qui se déroulait ces jours là.

L'ensemble des contributions se trouve sur http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211

mardi, septembre 18, 2018

Errance dans les rues et les lectures

Matin, dans un temps aimable mais un peu frais (Brigetoun en dessous de 30° éternue) partie sans réflexion dans les rues portant sac à rendre au sallon de thé fournisseur de tartes qui ouvre à 11 heures mardi, se cassant le nez par deux fois, revenant pourtant avec du produit vaisselle et du pistou
et pour mémoire reprenant traces de ses lectures de dimanche
avec dans l'après-midi la belle sensualité de Cor de Lionel-Edouard Martin chez Publie_net https://www.publie.net/livre/cor-lionel-edouard-martin/ jusqu'à :
Cor ne l'apprécie guère - bien sûr Clarinette, mais pas que, s'il n'y avait pas Clarinette ce serait pareil, Cor aime qu'on soit jovial, qu'on habite un bonheur même s'il manque des choses, même si les automnes pluvieux, froids, pourrissent les grappes de la treille, même si on a pour tout horizon des fermes et des bois de chêneaux. Mais le coup de vin gris qu'on boit sur les châtaignes, la goutte dans le verre de café, la soupe à la citrouille, dormir dans des draps rêches et propres; et la musique aux lèvres, la musique. Toréador ne connaît rien de ces petits plaisirs, pas sûr qu'il ait jamais soufflé dans le moindre pipeau ni serré le brin d'herbe entre ses pouces pour lui donner d'un épanchement d'haleine cette vibration résonante et verte qu'on module de la paume - les mains sont, quand on sait les prendre, de minuscules orchestres et font chanter le monde.
En début de soirée, replonger, retrouver, avec plaisir, passion, intérêt renouvelé, oeil neuf dans le début de l'édition finale de Refonder de Fred Griot au Dernier Télégramme jusqu'à
Ce qui au travers des matières, au travers des faits, passe, lie, tisse, invisible, et finalement, vraiment donne sens.
Entre un homme et ses rêves, ses objets, son environnement, ce ne sont pas les faits, les matériaux, les situations (en soi) qui tissent sa réalité, sa position, ses aspirations, ses peurs, mais ce qui passe entre, ce qui se lie entre, ce qui se joue entre. Ce ne sont pas les faits et les objets, mais les rapports qui vraiment emplissent son monde, qui vraiment lui donnent une consis- tante existence. 

Et puis, dans la douceur de la nuit reprendre les chroniques, assez inégales, mais le plus souvent délectables, et réactionnaires comme le suis, de la fin de vie de Giono regroupées sous le titre de la chasse au bonheur où n'ai pas trouvé ce que je cherchais mais cet assez long moment de plaisir (par flemme de le recopier... je l'ai un tantinet massacré...)

lundi, septembre 17, 2018

Ce ne fut pas

des yeux à l'affut
une quête de beautés
des découvertes

avais fait projet, une fois mes cheveux secs, dans l'après-midi, de visiter ce qui se cache derrière les portes des hôtels se faisant face rue Viala (hémycicle du Conseil départemental et hôtel de la Préfecture, mais ciel sans éclat et surtout débacle tuyauteries carcasse (pardon) suis restée encore une fois dans l'antre, un peu nauséeuse, un peu fiu (au sens que ce mot avait en entrant dans le vocabulaire familial, loin du regard méprisant du métropolitain http://www.voile-aventure.org/periple_2010/etre-fiu.htm mais sans la noblesse intellectuelle de l'aboulie des moines)

dimanche, septembre 16, 2018

Passe le jour

Les yeux sur le mur
dessin de houle calme
l'ombre des tuiles
plus tard lire les villes dans l'atelier d'été du tiers livre http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211
rêver de la ville et de son patrimoine
rester dans l'antre, bercer en musique une quiète tristesse sans cause, inquiétude pour autre et petit mal-être, tout doux.


samedi, septembre 15, 2018

Dérapage du poisson technique aux Célestins

Parce que je venais de découvrir cela in extremis, ou presque (cela ferme le 15 septembre) m'en suis allée en fin de matinée, sous le ciel bleu, dans un air tendre que parcourait un petit vent chassant les premières feuilles brunes, passant à pas aussi grands que possible entre les portants, déballages, tentations, de la braderie (j'avais totalement oublié qu'elle avait lieu jusqu'à dimanche soir) en me répétant «suis pressée, suis fauchée»... vers l'église des Célestins
dans laquelle, pour une fois, on entre par la grande porte,
église toujours aussi belle dans sa décrépitude soignée, plus éclairée que d'ordinaire, ce qui est compte tenu de l'inégalité du sol plus confortable, mais qui fait perdre un peu du mystère (juste un peu, il ne faudrait pas que ce soit davantage) dans lequel baignent d'ordinaire les oeuvres.
Il s'agissait de l'exposition «dérapage», résultat d'une résidence pendant trois semaines d'un collectif «le poisson technique» regroupant, si j'ai bien compris quelques professeurs et huit jeunes artistes sortis ou élèves de l'Ecole d'art (qui je le découvre ce soir ont ou ont eu un atelier commun à la Barthelasse). Etions quelques uns à circuler, plutôt heureux, échangeant parfois, et j'ai pris-loupé-moins loupé des photos que vais, paresseusement, poser ici, sans tenir compte de leur entremêlement, en neuf séries sans mots, autres que l'identité de l'auteur
sauf la première qui regroupe des images de l'église, en suivant la pagaille de mon cheminement (église qu'à la vérité on retrouvera ensuite – j'oubliais, ça va être long – puisqu'elle est écrin des oeuvres)
et, premier en entrant, avec son «caïman» en bois contreplaqué peint en vert et ses grands dessins de palmes au fusain, Arthur Novak https://arthurnovak.fr (déjà rencontré chez Lambert pour une exposition de groupe)
que l'on retrouve aussi dans les bas côtés avec palme plus grande, un orgue, et une cabane de bambou pendue entre la grande nef et les chapelles latérales
et puis, la délicatesse, l'invention, la variété de Stéphanie Brossard https://www.stephaniebrossard.com/ avec les petites lamelles de plexiglas posées au sol «coupe d'océan», une étagère métallique portant des minéraux, objets en verre etc... «déjà-vu», ses tirages avec jet d'encre pigmentaire, son étrange, malicieux, un peu terrible «baiser» (en pierres, métal, moteur et amour selon le cartel), et dans une chapelle à elle dédiée une baignoire contenant de l'eau salée et des roches volcaniques de la Réunion «d'après souvenirs»
de grandes cartes réinventées et des dessins de Bastien Faudon (également vidéaste) https://bastienfaudonart.wixsite.com/monsite et, dans la nef centrale, une encre sur papier collé sur du bois ainsi légendée «une île, comme vue depuis la mer avant d' accoster, ou comme dans les carnets de voyages de Charles-Alexandre Lesueur» (référence qui je l'avoue ne m'évoque rien... si quelqu'un sait...) et puis les «topographies» (bois, plastique et peinture)
la finesse de Xiao Xin Gui http://inventeursdaventures.com/fr/artiste/Xiao-Xin-Gui avec ses aquarelles, sa "clef" en pâte moulée etc, son grand «paravent des sapiens» à l'entrée du choeur, le livre de croquis qui semble-t-il était davantage mais je n'ai pas compris (et comme nous étions deux à chercher en divaguant ce n'était pas possible)
Sans doute ma préférée ou celle à laquelle j'étais le plus sensible, Pauline Tralongo http://avignon-arts-contemporains.com/pauline-tralongo/ et https://www.instagram.com/pauline_tralongo/ , ses papiers faits à la main, la grande banderole ou longue feuille et ses ombres au graphite et à la mine de plomb, ses séries de dessins, ombrages, sur papier fait main, ce tronc dont je ne suis pas certaine mais dont je veux qu'il fasse partie de son monde,
Sans doute celui qui est le plus éloigné de mon univers, qui, à part le grand dragon en fer et inox, ne m'a, je l'avoue, accrochée que par un peu d'amusement, et une certaine admiration devant le travail, Pascal Fournier http://avignon-arts-contemporains.com/pierre-fournier/
Enfin, non que je ne l'ai aimé mais parce que j'ai formidablement loupé les photos de ses assemblages, ses villes imaginaires, Mario Issa (aimerais le rencontrer au travail...) http://avignon-arts-contemporains.com/mario-issa/
Pardon... mais ne demandez pas aux oiseaux perchés sur Saint Martial de me punir pour ma longueur...