lundi, février 26, 2018

Dans l'attente du grand froid

les arbres boules
isolés en rangs sages
se saluent de loin
prisonniers et impuissants
à s'unir pour se blottir
le tarmac blessé
que le givre va blanchir
souffre en silence
et je me navre pour ceux
dont il est la demeure
une aboulie, une envie de dormir
lire ce qu'ont écrit les premiers participants au #3 de l'atelier d'hiver de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4737 sur leur façon de «faire»
et être dans le sentiment de ma vie où n'ai rien fait, vraiment, en bien ou en mal, ni pour créer – ça ça m'est étranger – ni pour aider ou agir sur les autres...
Le soleil à midi a caressé le mur du fond, y ouvrant un grand triangle d'or doux.


dimanche, février 25, 2018

samedi, février 24, 2018

cueillette

petits ennuis en pagaille, sans gravité, me donnent mine grave
banquière en formation (tant et tant) donc austérité jusqu'aux premiers jours d'avril
m'en suis allée dans la ville en début d'après midi
ciel froid lumineux
les doux mouvements de l'air
cueillette des yeux
en tirer sourire... et en rester là.

Ah ! Plaisir aussi, du courrier m'attendait

vendredi, février 23, 2018

Garder de Lambert l'ombre et les lumières

résignée à mes actuelles tardives tombées, ahurie, dans le jour... en croquant toast, sous la douche, en m'habillant, je caressais l'envie d'aller, profitant d'un semblant d'adoucissement et du ciel rayonnant, de la chute du vent... voir les trois expositions de la collection Lambert... ai cherché ce que je trouvais, l'envie est montée luttant avec le mal-être qui s'installait, mais comme il se renforçait j'ai regardé les prévisions météo, vu que la journée de vendredi devrait être comme ce jeudi, en bleu franc le matin avec venue de nuages de plus en plus importants dans l'après midi mais avec deux ou trois degrés de plus, j'ai pensé mañana, et puis peut-être, et puis elles durent jusqu'en mai, et puis suis dans une mauvaise période mais suffit d'être patiente, je commence à le savoir, et me suis installée tranquillement dans une semi-hébétude.. en compagnie selon les heures d'Ovide, d'Orwell (récit de sa vie de misère à Paris et à Londres, pas tout à fait au niveau de la ferme, de la Catalogne ou de l'Aspitisdra)
Mais je ne quitte pas tout à fait Lambert puisque la photo source du petit texte publié par les cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com que je reprends est une vue prise je crois dans la galerie du premier étage
les lumières
A plat ventre sur la tendresse du boutis, joue contre un oreiller couvert de linon, dans la paix fraîche et obscure de ta chambre, tu as senti des pas légers troubler légèrement ton calme domaine, en marge de la vie, de la pensée, peuplé d'une rêverie délicatement imprécise, réveillant en toi juste la volonté d'ignorer cette intrusion, en fermant les paupières et ramenant un peu tes jambes pour te lover, être essence étrangère à tout ce qui n'est pas toi... Dans le silence revenu, tu as cédé à la couleur rose qui perçait sous tes paupières, et tournant la tête ton regard s'est heurté au dessin net et violent que projetaient les fenêtres, creusant ta coquille d'ombre... de protestation, tu as enfoui ta face dans l'oreiller, un moment, un instant, le temps de sourire à un gazouillis de voix qui venait du jardin, et ce fut contemplation lente de ces taches de lumière, apprivoisement, ce fut la lente modification de leur contour tranchant, la contamination de la pénombre et le reflux en toi de ton paisible écart.

Dans l'habituel débat des idées assimilées, refusées, interrogées, intériorisées, modifiées lentement, en lente évolution, avec de vrais combats, heurts, dans ton incessant dialogue muet – et ce qui dissone, bouscule est, même si finalement repoussé, examiné avec une curiosité d'autant plus bienveillante -, dans la brume de tes connaissances, apprises, oubliées à demi, transformées en silence avec le temps, de tes à peu-près, notions rencontrées, devinées, non vérifiées, devenues vérités-ou-presque d'autant plus chères qu'incertaines, personnelles, soudain la rencontre brusque d'affirmations, d'éclairages qui bouleversent ce magma confortable, et le refus, recul instantané comme le retrait d'un doigt en contact avec une flamme, retrait où s'insinue peu à peu un doute. La douleur de ce chambardement – le mot douleur venant à l'esprit, en même temps que le sens du ridicule, ou simplement le sens de la mesure, puisqu'il le faut bien, le remettait en cause – paralyse un temps ton esprit, tu décides de passer outre, mais le travail se fait lentement, et tu sais déjà que tu y reviendras, prendras cette idée, cette vérité homologuée, cette intruse, la retourneras, inspecteras, suceras peu à peu, jusqu'à ce que devenue familière tu te l'incorpores ou la rejettes.

Dans ta douce désolation, dans ton retrait, dans l'amitié de ta désespérance, qui gomme toutes les pointes que te présente le monde, amoindrit le pouvoir des autres, te berce en une solitude camouflée sur le bord de la vie, que seul, crois-tu, le choc d'une atteinte à un cher, à un faible, si elle te parvenait, pourrait faire éclater un temps - et la trace viendrait ensuite en nourrir la profondeur -, dans ton marais familier, un rire, une lumière, un cri vient se ficher, creuser un trou, éveiller ce satané espoir bien caché, bien endormi, et dans un choix si rapide qu'il n'est pas choix, pas décidé, qu'il résulte simplement de conditions impondérables, d'une petite gaité de l'air ce matin, de la lourdeur devenue insupportable comme une tristesse de cette quiète navrance, tu optes pour un refus bougon, une ignorance décidée, ou tu t'en vas au devant de ce cri, ce rire, cet appel, avec le tremblant désir que le sourire que dessinent tes lèvres s'ouvre sans effort, monte jusqu'à tes yeux.


jeudi, février 22, 2018

De l'incapacité de penser profondément

En vaquant, lavant un pantalon, un chandail, du linge et Brigetoun, la coiffant, débarrassant le lit d'un drap très laid retrouvé au fond du coffre en rangeant et utilisé pour la seconde fois en vingt ans pour me punir et me désoler de ce choix bizaroïde dans la boutique soldant du linge qui n'existe plus rue Saint Martin entre le libraire et la rue des Lombards (ne sais ce que j'avais vu à Pompidou, et si cela m'avait influencée), je cherchais à renouer avec l'idée qui avait percé, timidement, en lisant avant de tomber dans le sommeil le texte de la dernière proposition de l'atelier de François Bon #3 le «comment j'ai fait» de Marguerite Duras http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4735 , ai bifurqué, s'est infiltré dans la nouvelle ébauche d'idée mon souci pour trois amis, virtuel, réel, ou aimé familier, leur ai parlé à sens unique, ai voulu revenir au comment j'ai fait, ai senti combien j'avais froid, ai vu que j'étais en retard, a passé un enfant, en portant les draps jusqu'au sac ai pensé qu'il était trop tard, sans doute, pour aller chez le teinturier-blanchisseur et que j'étais définitivement illégitime pour dire «comment j'ai fait» dans la mesure où c'était comment j'ai créé et ce que cela entraîne comme exigence, besoin et puis que besoin il y avait chez moi au fond mais qui ne saurait être regardé comme admirable, et que je ferais mieux de sortir dans l'après-midi, qu'il fallait que je fasse mes comptes parce que j'étais devant la petite liste de trois livres désirés – incursion d'une blogueuse devenue silencieuse et des satires d'Horace – et que je pourrais en profiter, mais qu'au fond, si il m'arrivait de faire, brimborions etc.... à vrai dire tout ceci se chevauchait et incorporait des bribes de ce qui sortait de la radio et le ternissement d'un bougeoir – me suis assise devant l'ordinateur et me suis plongée dans ce que trouvais avant de me mettre à la cuisine.
Après une sieste d'une heure ai mis liste dans la poche de ma parka, ai empoigné le sac de linge, posé dedans mon appareil, suis partie dans la lumière
ai rentré mes épaules pendant qu'une rafale pénétrait, glaciale, la parka, les deux chandails, le petit débardeur de soie et une partie de ma chair, ai fermé ma bouche pour ne pas avaler l'air qui voulait y entrer et relevé les coins de la dite bouche pour affirmer ma joyeuse détermination et continué
après avoir échangé draps sales contre draps propres et un pantalon dadame (un des deux qui ne sont pas en velours et ne viennent pas du rayon garçonnet de Monoprix) et par le Vieux Sextier et la place Pie ai rejoint «la mémoire du monde», ai commencé à circuler le long des tables et puis, comme ne voulais pas être tentée, ai simplement sorti ma liste... la Corderie de Christian Grossi n'était pas là, je l'ai commandée, la vie princière de Marc Pautrel est déjà en réimpression...
suis revenue, m'arrêtant en route pour le Canard et des cigarillos, avec un monument à poser là où pourrais le prendre, le reposer, pour des lectures fractionnées, le gros et beau bouquin qui contient la traduction par Marie Cosnay des Métamorphoses d'Ovide, et le feuilletant immédiatement, avec mon thé vert à l'orange (un délice vivifiant) je cueille le début du Livre II

Le palais du Soleil était tout en haut, sur les colonnes de l'air,
clair, d'un or qui palpite, d'un cuivre de feu.
L'ivoire brillant couvrait le faîte du toit,
les doubles portes irradiaient une lumière d'argent...

La nuit est là.. ai envie d'un vieux film léger, vais chercher, mais avant encore un peu d'Ovide...

mercredi, février 21, 2018

pas d'enlèvement

jour de pré-printemps, jour bleu fouetté vivement, pendant lequel absurdement je me sentais gelée et un poquito douloureuse
tâter des idées, vaquer
attendre que le soir vienne, pour – je m'étais éveillée en joie en y pensant - aller à l'opéra Confluence, écouter Mozart, voir ce que donne la production du Centre Lyrique Clermont-Auvergne et des opéras de Massy, de Reims, de Rouen Haute-Normandie acclimatée chez nous de l'enlèvement au sérail de Mozart,
ai choisi une des photos de la représentation de dimanche sur le compte Facebook de l'opéra
ai regardé ce que disait le blog associé à l'opéra, en trois billets, une présentation de l'oeuvre, un entretien avec la metteuse en scène, Emmanuelle Cordoliani https://parolesdopera.com/2018/02/08/emmanuelle-cordoliani-nous-raconte-son-enlevement-au-serail/
Les premières questions que je me suis posées à propos de cet opéra ont été de savoir de quel Orient on parle, comment on le traite, et que penser de cette période des Lumières qu’on érige un peu comme un absolu, qu’en est-il aujourd’hui. J’ai finalement fait le choix d’y retrouver la dimension poétique, la poésie tenant une grande place pour moi et de façon quotidienne d’ailleurs, donc ce qui me fascine dans cet Orient, c’est bien son aspect composite, les récits fondateurs des Mille et une Nuits, cette sagesse et cette joie présentes dans les poèmes soufis, une veine poétique bien antérieure à L’Enlèvement au sérail mais qui m’a inspirée pour une partie de la construction de la mise en scène, et bien que le sérail soit placé dans un cabaret viennois dans la fin des années vingt, parfois les textes sont des poèmes soufis du XIIème siècle !
Et un compte-redu, louangeur bien entendu, mais pourquoi pas... je décidais d'y croire https://parolesdopera.com/2018/02/19/lenlevement-au-serail-ou-mozart-au-cabaret/
mais plus le jour avançait plus le mal-être insistait, et, avec quelques améliorations passagères, se muait presqu'en mal tout court, alors j'ai rependu le pantalon dadame, la petite veste précieuse, j'ai battu ma coulpe en considérant ma lâcheté, et quand le soir est venu, châle sur les épaules, j'ai regardé, pour déguster la façon qu'a Mozart de faire de la légèreté une merveille, les huit vidéos de la version Monkowski à Aix en 2004
Si vous avez un peu de temps, 18 minutes 24, et voulez vous faire l'âme légère, voici la première, l'allègre, entraînante ouverture et le d&but du premier acte.

pas très fière de moi...

mardi, février 20, 2018

Grognassou

une brise tendre
les ombres douces sous bleu
sourire des rues
et une Brigetoun agacée, pour cause plus futile qu'il n'est pensable, parce que non contente de prendre un semblant de poids, elle devient de plus en plus léthargique et que pour le xième jour elle s'est re-réveillée tard, plus tard de jour en jour, se bousculant ainsi dans son entrée dans la nouvelle page de vie, dans le désir d'assimiler ce qui se passait, se disait, s'était dit, s'était écrit, et si possible d'y comprendre un peu, un tout petit peu, juste le peu nécessaire pour croire l'avoir en partie assimilé.
Pour trouver meilleure, ou non, raison à mon bougonnement intérieur, me suis souvenue (appuyée par des photos prises jeudi en allant aux halles ou le soir en revenant du théâtre) de mes sentiments rageurs d'alors, et les revivant j'ai plaidé contre cette réaction, que je juge épidermique, même si je soupçonne qu'elle est plutôt la difficulté d'une des temps anciens, d'une époque où le désert blanc, l'ordre, l'ouverture, n'étaient pas recherchés, d'un siècle ou début de siècle, maintenant trop ancien, où la vertu ne s'affichait pas avec tant de netteté dans le culte sans limite de la transparence que cela suffit, et où la recherche scrupuleuse de l'hygiène, bien trop absente souvent alors, ne se traduisait pas par une artificialisation et modification de la nature et de notre cadre, réaction furieuse le matin, lorsque regardant, commentant avec un ouvrier, l'étendue pâle et neutre qu'est devenue la partie élargie de la rue Bonneterie - j'espère que seront remises en place les deux rangées de bacs carrés portant des arbres boules qui bordaient les trottoirs, recréant ainsi des couloirs animant l'espace – , j'ai compris que, sous prétexte d'éviter des glissades – ma foi j'y suis sujette et je m'en accommode par une attention plus grande au sol, m'appropriant ses défauts – c'est toute la rue qui va être traitée ainsi.
Repassant par là le soir, au sortir du théâtre, j'ai salué le trou, la fontaine qui rompaient un peu cette plaque beige clair (pour le trou me suis demandé ce qui le remplacerait
mais c'est avec regret, l'annonce d'un deuil, que mes pieds ont suivi les dalles en camaïeu rose, leurs défauts, les bandes noires qui les interrompent irrégulièrement
et les dessins qu'y posent les petits pavés (là où l'attention nécessaire pour maintenir la stabilité des petits vieux devient inutile).
Voilà ma grogne s'est exprimée, comme pour l'aménagement de la rue des Fourbisseurs et de la place Saint Didier devenues piste cyclable et trop grand espace malgré les arbres conservés et leurs petits bancs circulaires, et normalement l'acceptation est arrivée.
Le ciel lui, au cours du jour, s'est peuplé de nuages de plus en plus proches jusqu'à devenir couverture blanche bosselée pour laisser filtrer joliment du bleu très clair, et dans la nuit descendue je vous présente mes excuses.