jeudi, décembre 14, 2017

Dans le flux des jours

Froidure en bleu
juste pour marquer le flux
éternel des jours
mais à vrai dire du blanc flottait dans ce bleu,
et si le froid reprenait force, si l'engourdissement souriant me guettait, cette froidure était relative, et artificielle sera la patinoire en cours d'installation sur la place de l'horloge en place des anciens chalets (inauguration samedi)

en fait ceci tient un peu du conte puisqu'en début d'après midi les faibles voiles du matin se sont réunis et qu'un peu de pluie nous est venue, mais n'importe, j'ai décidé, depuis l'antre, de ne pas le savoir.

mercredi, décembre 13, 2017

todo liste matinale

une paupière humide se soulève pour regarder la ville
une nacre baille sur un désir de bleu
une grande affiche placardée sous nos yeux pour nous donner benoîtement une consigne déguisée en suggestion : croire au bonheur
la moiteur de l'aisselle tendre dévoilée par un bras levé pour un accueil

en hommage à Christine Jeanney et Marie-Christine Grimard

mardi, décembre 12, 2017

Temps humide et âmes claires

Matin dans nos rues, eau en suspens ou crachin, brusques rafales mais en force modérée, et un peu après dix heures peu de passants,
rue Folco de Baroncelli et rue Joseph Vernet n'y avait qu'un pigeon et moi, ou le faste créé avec choses modestes pour éclairer les yeux

et dans les rues mouillées et neutres, sans effervescence ni éclat, cette merveille que m'était mon soudain sourire intérieur, et l'attente joyeuse et tranquille d'une dizaine de classes de touts petits, anoraks, peaux et gants de toutes couleurs, trottinant, main dans la main, déterminés et gracieux, vers un des endroits à eux dédiés en ces jours, qui me faisaient chantonner sans bruit «les niots d'Avignon sont bien mignons, les niots d'Avignon sont…"

lundi, décembre 11, 2017

dimanche

juste un jour vide
où se calfeutrer en paix
laissant le monde
un peu plus tôt dans l'année que frère Villon en 1456
sur le Noël, morte saison
lorsque les loups vivent du vent
et qu'on se tient en sa maison
pour le frimas près du tison

texte corrigé après vérification, ma mémoire modifiant ainsi ces vers qui me sont un mantra : … morte saison, que les loups se nourrissent du vent, et qu'on se tient...

dimanche, décembre 10, 2017

avec un conteur

Jour de froide et forte lumière.
Sur France Musique plusieurs émissions en hommage à Pierre Henry, pour le second des deux jours consacrés à l'anniversaire de sa naissance (le 9 décembre 1927)... avant de partir, en début d'après-midi, vers Clavet pour écouter,
en lien avec l'exposition des sculpteurs africains, et des oeuvres d'Ousmane Sow exposées provisoirement dans ce musée, un conteur Thierno Diallo, avec quelques interventions de la musique de Sébastien Béranger, interpréter, alliant tradition et monde contemporain, deux contes d'Afrique de l'ouest, une façon de découvrir le Pékâne
Le Pékâne est une poésie orale en poulâr chantée a capella par des Soubalbés, c’est-à-dire les pêcheurs du Fleuve Sénégal. Le Diârâlé est couramment défini comme de la poésie descriptive. Il s’agit d’une poésie ancrée dans un territoire local qui retrace l’itinéraire des poètes circulant au bord du fleuve Sénégal. Cette dimension géographique fondamentale a orienté le choix d’un cadre théorique particulier, celui de la géopoétique, qui n’a pas encore été mis à l’épreuve pour étudier le Pékâne et ses différentes composantes. selon https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01368959/
deux récits :
d'abord l'histoire de Sékou Balli, un beau jeune-homme, trop riche, qui décide de se marier malgré les présages, de sa femme exigeante, d'un monstre, et beaucoup, beaucoup d'autres choses avant la fin tragique, tranquillement, logiquement s'il y a une logique aux contes.
et c'est le plaisir de la mise en place, le conteur revenant de France dans son village et rencontrant un vieux sage, la voix lente avec des blancs qui commencent à créer le monde autre, et puis le conte avec parfois les phrases lancées par un bout de phrase répétée, avec l'intervention irrégulière d'un refrain, avec les passages du phrasé rythmé au chant parlé, les inflexions, et les grandes mains dont les gestes accompagnent la parole.
une courte pause assise, et puis, debout, retour au conteur venu de France dans son village près de Dakar, aux amis et au récit des départs manqués, à la réponse «que ferais-tu à ma place ?» quand il s'étonne des risques pris pour un avenir sans grande chance en Europe, aux mères qui tentent de s'organiser pour que cessent les départs, à son embarquement vers Paris en croisant ceux qui sont ramenés en avion...
avant le parcours de Balla Diéri, qui découvre, en étranger, la vie des pêcheurs peuls, ce que lui font subir les hommes, le soutien de la femme du chef et de la fille – je la voyais charmante dans ses mots – Ariane sénégalaise et la fin heureuse.
Pendant que cuisait le déjeuner, ai fait une petite recherche, et parmi d'autres vidéos, j'ai découvert (mais pas écouté tout de suite, pas le temps et puis préférais l'entendre d'abord «en vrai») un enregistrement de l'histoire de Balla Dieri (mais en un peu moins bon, du moins je trouve)
Brigetoun aime les contes-épopées, les conteurs-chanteurs, et souriait de plaisir dans notre tout petit groupe.

Et puis un retour dans le jour qui s'enfuyait déjà.

samedi, décembre 09, 2017

Plaisir de lecture

au petit matin
traces d'ondée sur dalles
en brun, rose et vert
chaque désir de sortie
s'évanouit en retour pluie
et, même si ne veux pas me laisser gagner par lâcheté, même si pleine de résolutions, me suis, avec une indulgence coupable, légèrement coupable, pas si coupable, d'ailleurs n'avais rien à faire vraiment dehors, rencognée dans l'antre
j'ai voulu lire le PDF de l'e dans l'o de décembre... mais ne sais ce que j'avais fait en le téléchargeant... je ne l'ai pas retrouvé, alors l'ai commandé, ce qui me vaudra le plaisir plus grand de l'avoir, de le dérouler et de le joindre aux deux numéros papier que j'ai (vais leur fabriquer ou trouver un récipient pour en faire un bouquet, http://christinejeanney.net/spip.php?article1385 et vous encourage vivement à cliquer pour recevoir le PDF, c'est toujours une marqueterie de petits cailloux précieux
et puis (bon je sais que ne ressemble pas à mon amie la lectrice de Titou http://www.titouvergier.com que j'ai prise comme totem) me suis installée pour finir la lecture de Gratitude – journal IX 2004-2008 de Charles Juliet, retrouvailles ravies pour l'ignorante qui n'avait lu que Lambeaux, bien entendu et au pays du long nuage blanc – journal VI, qui me donne envie de me procurer les autres numéros du journal, après avoir dégusté en débuts de nuits, peu à peu, pour éviter un trop grand télescopage, ces petits textes, le suivant dans ses rencontres – de très belles notes -, ses réflexions, sur la vie, sur l'écriture, sur l'actualité, dialoguant - avec audace puisque dans le vide - avec sa philosophie, aimant les courts portraits d'inconnus, le regard toujours humain qu'il pose sur eux et sa façon de leur donner vie.
Je l'ai croisée à plusieurs reprises dans la rue. Chaque fois, j'ai été saisi. Affligée d'une importante déformation de la colonne vertébrale, les jambes filiformes, elle a une démarche particulière. L'épaule gauche projetée vers l'avant, la tête fortement inclinée sur l'épaule droite tirée vers l'arrière, elle avance en se tenant de biais. Son regard se porte vers le sol, et pour se diriger, elle est obligée de regarder sur le côté. Elle peut avoir une vingtaine d'années. Avec sa très courte minijupe, sa cigarette aux lèvres, son visage lourdement fardé, sans doute veut-elle faire oublier son handicap et affirmer sa féminité. Mais bien évidemment, elle n'abuse qu'elle... hier j'ai pris conscience que chaque fois que je l'ai croisée, j'ai été traversé par toutes sortes d'émotions. Et subitement, j'en ai compris la raison. Si le simple fait de la voir me remue à ce point, c'est parce qu'elle me rappelle une personne que j'ai beaucoup aimée...
Un balaise. Une masse de muscle. Bras écartés du corps, il marche légèrement penché en avant, comme s'il s'apprêtait à défoncer l'obstacle qui pourrait surgir devant lui. Je l'ai croisé à plusieurs reprises dans ma rue, et forcément, je l'ai remarqué... Curieux de savoir sil était éventuellement un joueur de rugby, je lui ai adressé la parole. Sa première réaction a été de crainte et d'agressivité. J'ai été surpris...Je sais pourtant que ceux qui bénéficient dans la vie de réels avantages – argent, beauté, dons intellectuels hors du commun, voire cette puissance physique qui laisse supposer qu'elle pourrait s'accompagner d'une certaine assurance – ne sont pas forcément promis à connaître confiance en soi et sérénité.
Le ciel pendant ce temps s'allégeait, reprenait sa charge, la soulevait à nouveau et comme un miracle vers quinze heures le bleu lumineux nous était rendu...
un peu adouci quand suis sortie dans l'après-midi, juste avant que la lumière décline, mais il en restait encore suffisamment pour que les très fins, distingués et écologiques scintillements de la place de l'horloge et de la mairie soient d'une discrétion extrême (les fines guirlandes espacées des arbres et de la façade n'étant guère plus visibles qu'une légère brume ou une idée... j'aimais assez)

vendredi, décembre 08, 2017

sans importance (ou avec)

hier désespérée
par mes jambes rétives
sous ciel superbe
désespérée, au moins, mais canard enchaîné et bonnet neuf en petite conquête
matin, craintive
et visage en crachin froid
mon pas raffermi
moral revenu, pas encore temps de renoncer à faire mes courses moi-même
sage et gourmande
et cette récompense
la lumière bleue