jeudi, novembre 25, 2021

mercredi

 


L'averse fine

en chute ou en attente

la ville morne

La pièce chaude

la bataille avec les mots

la chaleur des cœurs


Suis rentrée moulue par un peu moins de trois heures de douce compréhension des mots et de leur orthographe avec la jeune femme et le récit par un garçon de son trajet en pas tout à fait cinquante lignes (ai scindé en paragraphes et lui ai demandé d'écrire un peu plus gros...)... départ plus confortable demain matin vers la Lozère et retour dans la journée de samedi en principe.

mercredi, novembre 24, 2021

marche et lieux


sous un ciel chagrin

retrouvant le sourire

courses recherches

saluer avec perplexité le décor que l'on installe sur ma place, m'en aller tourner un peu en rond en quête de petites choses à ajouter dans mon sac pour la Lozère et, plus longuement, en cherchant, faute d'un livre spécialisé, de quoi travailler demain et ensuite avec la jeune femme nouvellement arrivée... 


et revenir un peu après midi, absurdement et intensément fatiguée.

Cuisine, déjeuner, sieste, repassage, balluchon, liste de ce qu'ajouterai (je deviens prudente)... rien qui soit matière à récit ou même compte rendu. Et comme j'ai publié lundi ma contribution au 9 de l'atelier de François Bon, comme la proposition 10 flotte avec réserve dans mon crâne, je nourris Paumée de mon bidule pour la 8 : description de trois lieux avec pour seule mais omniprésente ponctuation (ai un tantinet abusé de sa fréquence) le point-virgule, étant entendu que cela ne saurait évoquer que de loin, de presque loin parfois, souvent de très loin, des lieux qui ont réellement existé pour moi, ma mémoire étant plus ingrate que mon imagination.



Trois lieux, trois moments

Face aux fenêtres du salon ; faisant un angle presque fermé avec le mur ; entre la porte vitrée sur le hall et la cheminée ; le canapé dur aux yeux et aux fesses ; reps rayé vert sombre et blanc cassé ; long rectangle étroit du dossier cerné d'acajou ; incliné légèrement pour qu'on puisse se renverser un peu ; toiser le vide et la vie ; l'accoudoir de gauche et sa volute qu'on caresse ; le soir en attendant de pouvoir se retirer ; pour faire des devoirs ; ou non ; jambes en biais ; glissées derrière le grand guéridon ; Restauration ; de style Restauration plutôt ; fabriqué juste un peu trop tard pour être dit d'époque ; comme la plupart des meubles de l'appartement ; venant de Lyon ou du Faubourg Saint Honoré ; le gros pied d'acajou ; quelque chose comme un triangle s'affinant mais qui aurait des côtés convexes ; presque comme ça ; le grand plateau circulaire ; épais ; en marbre gris ; deux tons de gris ; au centre, le grand vase monté en lampe ; bleu et blanc ; fin de l'époque Qing ; souvenir de Chine ; même s'il fut peut-être acheté ensuite ; son décor familier ; regardé parfois sans le voir ; le soir ; pendant l'attente ; en écoutant ; les mots échangés et la lecture commentée du carnet mondain du Figaro ; pour se tenir au courant ; depuis l'un des deux fauteuils Restauration ; l'un est d'époque ; l'autre une copie ; posés à la limite du très grand tapis chinois chamois et bleu ; face au canapé ; un grand fauteuil et deux bergères dans le vide au centre de la pièce ; entre la grande commode restauration, rectangle adouci par la chaleur de la loupe de noyer, et la cheminée ; marbre clair la cheminée ; avec les courbes et ornements de toutes les cheminées des appartements de la moyenne bourgeoisie du dix-neuvième siècle ; un vase de fleurs parfois à gauche du plateau ; et au centre, contre le miroir encadré souplement par un bandeau doré, une tête d'annamite en bronze noir ; le joli mouvement des cheveux réunis en un chignon décentré contemplé, en biais, depuis le canapé ; tête surmontée par un grand portrait ovale dans l'or vieilli d'un cadre carré ; comme les tableaux d'ancêtres du dix-neuvième siècle ; portrait en buste d'une femme impassible ; pas très jolie ; un léger sourire cependant de la tête un peu penchée ; une robe sévère en soie puce avec un mince col de dentelle ; son chignon serré répond à celui du buste ; dans l'un des tiroirs de la commode, le trésor des très vieux albums ; en cuir ou velours usé, avec des fermoirs disproportionnés ; un peuple de gens à moustache, à crinolines ou tournures ; pas toujours identifiés ; ancêtres, ou cousins, ou amis d'ancêtres ou de cousins ; dans un autre, au dessus, une masse de lettres ; dans des boites de confiseurs ou liées par des rubans ; et des carnets de croquis d'un grand oncle ; que l'on aurait voulu connaître ; pas tout à fait un réprouvé ; échappé de Lyon à Paris ; vers les ateliers et les music-halls ; la fête qu'a peinte Toulouse Lautrec à la même époque ; de l'oncle aussi, au dessus du canapé, un joli dessin de Cluny avant les destructions ; devant l'une des fenêtres un petit siège bas ; à côté de la présence aimée d'un tambour de pluie ; très beau ; pour les après-midi rêveurs ; le doigt suivant les sillons du plateau pendant qu'on regarde dans le vide ; les petits animaux posés au bord ; le bronze légèrement verdi ; l'histoire de son achat ; à Phnom Penh ; après une rencontre avec Sihanouk ; juste avant que l'avion décolle ; plus loin, en suivant le couloir, le bureau ; une pièce-sanctuaire qui toléra la présence d'une adolescente hébergée ; et ses trésors ; la bibliothèque basse de merisier bond : ses colonnes rondes et les vitres coulissantes ; la Revue des Deux Monde et l'oeuvre de Sade ; sur le mur, les fusils à pierre et les épées dans leurs fourreaux de cuir de couleur, souvenir des rezzous dans le Sahara ; les rayonnages encadrant la fenêtre pour les romans contemporains ; pour, surtout, cette tentation : les mémoires écrits sur des cahiers alignés sur deux rayons ; et la petite table en acajou et cuir vert sur laquelle est posé maintenant, loin de cet appartement, un ordinateur.


La lumière qui caresse les carrelages de la cuisine ; lumière tamisée venant de la porte entrouverte et de la fenêtre qui donnent sur une allée entre terrasse supérieure et maison ; lumière de la grande pièce que découpe, au fond, l'ouverture cintrée ; une petite commode Louis XVI et un gros bouquet au centre du tableau cadré par cette arcade au bas de quelques marches ; lumière du jour traversant la porte sur l'allée pour dessiner un chemin sur les tomettes anciennes de récupération, presque roses ; lumière frisante sur les plans de travail en tomettes vernissées vert olive ; le murmure des quatre rangs de carrelage grège peint à la main de motifs noirs et ocres qui règnent au dessus, sur le bas des murs ; murmure dans la pénombre claire jusqu'à ce qu'une main sur un bouton fasse jaillir la lumière des trois branches d'un lustre de faïence ; une table longue, pas trop grande, beau bois clair ; deux tabourets classiques avec le trou pour y passer la main posés aux deux extrémités ; sur la table de grandes assiettes de faïence, bleues, l'une foncée, l'autre d'un bleu gris un peu passé ; d'épais verres d'un rouge grenat, gros culots et bulles incluses les parois ; un grand plat de faïence rose empli de légumes crus ; un gratin dore dans un tian jaune derrière le verre de la cuisinière ; le coin repas de la grande pièce carrée, là-bas, est réservée aux réceptions nombreuses ; pour un repas intime la cuisine, coquille chaleureuse aux murs peints au chiffon d'un ocre très doux, est préférable : juste penser aux couverts simples en argent.


La chambre des enfants ; les trois lits des filles, des aînées, alignés en épi à droite ; du petit divan de la plus grande jusqu'au grand lit à barreaux de la troisième en avançant depuis la double porte sur le hall vers les fenêtres ; les deux grandes fenêtres larges ; la lumière qui envahit la pièce carrée ; le petit lit du dernier sur la gauche, comme un intrus qui va se faire la place, depuis que le nouveau né occupe le moïse dans la chambre de leur mère ; des parents quand le bateau est au port ; le carrelage sur lequel rebondissent les rires et les cris ; un placard dans le mur et une petite commode en bois peint d'un bleu pale ; à coté d'un grand coffre en osier ; une table basse et des petits bancs pour s'asseoir ou grimper dessus en jouant la frayeur ; quatre parois de bois pour cerner les jouets.

mardi, novembre 23, 2021

aller et retour

 bleu sous voiles blancs

course derrière le temps

jambes et souffle


tout en fouillant mon sac à la recherche de mon téléphone, craignant de l'avoir perdu dans ma bagarre avec sac, canne et distributeur de billets... et n'avoir que cinq minutes de retard pour un débroussaillage de français langue étrangère avec une gentille, astucieuse (heureusement les exercices sélectionnés étaient mal choisis, avons improvisé) jeune mère ivoirienne,


assez satisfaite de ce premier essai (et je crois que c'était partagé) retour rapide dans la nuit qui tombait... le téléphone était posé sur une table. Un zoom avec quelques beaux esprits, une décompression... navrée de n'avoir rien de mieux pour les éventuels passants – sourire avec un coin de lèvres relevé pour demander excuses.

lundi, novembre 22, 2021

place Pie, place de l'horloge

 

une envie de bleu

dormait dans le ciel absent ;

je lui souriais


matin cheveux, ménage, avancer texte et départ dans ce neutre qui tentait d'effacer la lumière des feuilles pour être à 16 heures place Pie pour une rencontre rapide avec un faux petit-fils puisque ne serai pas à Avignon le week-end prochain (en fait le dimanche si, mais en prenant rendez-vous je ne le savais pas)


j'étais comme toujours ou presque en avance, et lui, qui est toujours d'une ponctualité admirable, a eu un ennui de vélo... ai arpenté la place sous l'oeil des petits vieux, fesses sur banc, menton sur canne, pendant une demi-heure...

J'ai grogné en souriant, abrégé la rencontre, persuadée que j'étais que le spectacle de l'après-midi était à 17 heures... et j'en suis navrée parce que j'ai réalisé en chemin que c'était une heure plus tard, suis repassée par l'antre, ai cherché pendant une demi-heure des pistes pour le français langue étrangère, afin de tenter d'être moins paniquée lundi... pistes à creuser...


et suis repartie vers l'opéra pour grimper au troisième balcon, aborder ma place en contournant la difficulté d'accès pour tranquilliser la jeune ouvreuse... assister au « Requiem (Sià Karà) » une idée de Radouanne El Meddeb (chorégraphe) et de Matteo Franceschini (musicien) musique électronique enregistrée (sur une commande de l'Orchestra Haydn di Bolzano y Trento) – ballet de MiCompañia Susana

sur le programme que je recopie, incapable d'en parler même si j'ai aimé la musique à condition de ne pas trop penser à Mozart (source d'inspiration revendiquée) à part quelques tempi et l'irruption à un moment du son un peu déformé de violons, malgré l'inconfort grand venant d'un voisinage que voulais fuir (agacée par l'envahissement de cette statue de mama italienne – mais une qui ne serait pas toute humour et générosité, si c'est possible – plantée assise comme les statues de basalte de Gudea, et son masque installé avec une conviction bovine sur son menton) et d'une colonne qui si je m'écartais de la position frontale s'interposait entre moi et la scène, j'ai donc assisté à l'ensemble sur une fesse, appuyée sur mon bras gauche planté sur l'escalier d'accès et mon cou et mes épaules suivant autant que pouvais... bon ça allait (simplement furieuse contre ma voisine qui sans applaudir s'est levée à la fin et sortie en écrasant les pieds de quatre personnes)

« Requiem (Siá Kará) naît au croisement de maintes rencontres, et déplacements.Le compositeur Matteo Franceschini a désiré épouser les puissances inentamées qui lui parviennent depuis le Requiem de Mozart. Son art est celui-ci. Non procéder à des réécritures de chefs d’œuvre de l’histoire de la musique. Mais les réentendre. Se transporter à l’appel de leur suggestion. Au-delà, dans un présent de devenirs. Electronique comprise. Son lien est intime avec l’œuvre de Mozart. Il la défait du texte liturgique, du chœur vocal, alors même qu’un chœur chorégraphique, une foule d’aujourd’hui, est ici convoquée.
Le chorégraphe Radhouane El Meddeb, quant à lui, déplace son art, au contact d’un autre continent. Demeurer singulier, tout en osant l’altérité. Ici la danse a entendu l’appel des interprètes de MiCompañia, que dirige Susana Pous à La Habana, explorant des gestes neufs, par-delà les héritages. « Siá Kará » entend-on dans les rues de la capitale cubaine. « Arrête de te plaindre ». Allons de l’avant. Au quotidien cubain, un avenir se soulève, dans un passé disparaissant au présent. A ces artistes, le chorégraphe a adressé la musique renouvelée du Requiem de Matteo Franceschini. Le chorégraphe y invoque le rassemblement et le rite, quand le cycle de la vie forge de nouvelles pensées, des renaissances, l’invention d’autres rapports entre les hommes. Cet élan dans la suite et le débordement fait dialoguer les deux auteurs, le chorégraphe et le compositeur ».
 Gérard Mayen


retour... me battre avec mes doigts et la machine pour ce bidule, en écoutant des suites de Marin Marais.

dimanche, novembre 21, 2021

Stupide timidité

Je me souviens du plaisir il y a des années de la visite d'ateliers ouvrant leurs portes dans mon ancien quartier à Paris, rue de Charonne, rue du Faubourg Saint Antoine, rue de Lappe, rue de la Roquette etc... où je me promenais avec émerveillement, parfois ennui, toujours une assurance décontractée, dans la légère effervescence de ces journées... je me souviens de visites d'atelier ici aussi, à Avignon, et de quelques rencontres brèves plutôt agréables... j'avais vu que ce week-end une association de peintres, calligraphes, sculpteurs... avignonnais ouvrait à nouveau ses portes http://avignonateliersartistes.org/ .. ai eu envie de faire un tour, limité à une partie des ateliers intra muros... me suis installée pour écrire ma contribution à la dernière proposition de l'atelier de François Bon et cela coulait presque bien mais cela promet d'être long et me suis interrompue pour faire cuisine, déjeuner en lisant le Monde diplomatique, m'interrompant par moments pour penser à mon projet de l'après-midi, constatant que mon envie s'abimait sous les coups de ma certitude que je n'en serais pas capable, pas à la hauteur, inutile et encombrante, incapable de dire quoi que ce soit qui ne soit stupide et bien entendu d'acheter quoi que ce soit, ce qui autrefois ne me gênait pas...


me suis gendarmée, ai fait une courte liste d'atelier, juste ce qu'il fallait pour marcher suffisamment avec le plaisir des œuvres en plus, et m'en suis allée, suivant, croisant les avignonnais dans leur promenade du samedi

suis entrée 81 rue de la Bonneterie chez Marc Galeazzi dans son atelier boutique encombré de tables, établis, de sa presse, des caractères d'imprimerie, de sa gentillesse qui heureusement était sollicitée par deux dames, et n'ai bien entendu pas oser photographier quoi que ce soit ni vraiment fouiner


l'atelier du 79, chez Emmanuelle Gras https://avignon-arts-contemporains.com/emmanuelle-gras/ semblait un univers si clos sur lui-même que personne semblait-il n'osait y pénétrer et j'en suis restée au coup d'oeil sur les vitrines.


J'ai pris la rue d'Amphoux, suis redescendue rue Thiers jusqu'au 10 chez Julie Boux qui semble-t-il abritait une ou deux autres artistes dans une joyeuse ambiance amicale, ai fait un petit tour, hésitante, ai dit deux ou trois mots stupides comme prévu, souri, remercié, suis sortie.


Place Pignotte me suis arrêtée, sous l'oeil de quelques jeunes assis de l'autre côté de la place sur les marches d'un perron, devant la porte close de Virginie Cadart-Travadel et n'ai pas osé sonner et monter... me traitant d'idiote mais ne pouvant pas oser, d'autant qu'il est difficile de contempler une calligraphie en silence sous les yeux de son auteur https://avignon-arts-contemporains.com/virginie-cadart-travadel/

ai continué jusqu'à la rue du Portail Matheron, reculant devant la porte d'Amélie Joos http://ameliejoos.blogspot.com/ dont je connais et j'aime bien l'oeuvre, les fenêtres éclairées évoquant une assemblée amicale...

mais suis entrée avec plaisir chez Marie Masson https://www.marie-masson.net/t4-compositions-abstraites ou https://www.marie-masson.net/t3-marines, parce que j'en ai souvent envie en passant devant son atelier-galerie quand vais à Rosmerta, ai pu sortir quelques phrases, et surtout montrer je pense que j'aimais ce que je voyais, mais pris la fuite assez vite parce qu'elle accueillait trois autres artistes, assis autour d'une table et que la timidité est revenue m'assaillir.

Rue de l'Oriflamme à nouveau j'ai hésité devant la porte d'une calligraphe https://christine-dabadiefabreguettes.fr/...


et considérant que la cause était entendue et perdue, j'ai erré un peu, au hasard des rues un peu en lisière de l'animation, et suis rentrée sous le ciel qui palissait.. Ne saurez pas grand chose des 30 ateliers intra-muros ni des autres.