mercredi, novembre 14, 2018

ce jour

un ciel libéré
des feuilles résistantes
monte, timide
un désir de partager
cette pause fragile

mardi, novembre 13, 2018

Dernières nouvelles

Ciel emmitouflé
dans une douceur morte.
L'opéra mordu.
Un sourire qui flotte
sur mon désert intérieur.

La ville est travaux. 

lundi, novembre 12, 2018

abstention

humidité venteuse
menthe douce

et rien d'autre ou sans relief, ou fragile, ou privé

dimanche, novembre 11, 2018

Se souvenir de ce que n'avons pas connu

Matin ménage et autres sans doute insuffisamment mais qui, compte tenu des côtés pas très pratiques de l'antre et de ma maladresse m'ont mise sur le flanc... et puis dans l'après-midi parce que la date est là et surtout parce qu'un peu lasse des polémiques voulais en revenir à ce qui me semblait l'essentiel, l'admiration pour la résilience (ou la révolte qui pouvait l'accompagner) de nos ancêtres, par uniquement dans les combats d'ailleurs mais l'endurance, la pitié admirative, l'effarement et la gorge nouée, la rage contre ceux (mal cernés par moi, mais en gros ce sont sans doute les mêmes) qui ont provoqué cette, ces guerres, et qui se sont enrichis, ai repris, survolant, m'arrêtant, le petit recueil de lettres publiés par Librio (la seconde édition, la première je l'avais donnée je ne sais plus à qui) et j'ai cueilli de courts passages (trop, je vous prie de m'en excuser), accompagnés de dessins et photos que j'espère libres de droit,
en commençant par ce Léger du Kroeller-Mueller Museum
Les balles continuent à pleuvoir autour de moi, je risque d'être de nouveau atteint ; je fais donc tout mon possible pour me traîner dans un trou, j'ai bien du mal à m'y blottir. Le combat est terminé, tous mes camarades ont battu en retraite, et nous les blessés, nous restons abandonnés, sans soin, mourant de soif... Rien que la fusillade, car à chaque bruit que fait un blessé, la fusillade reprend, au beau milieu de la nuit, la mitrailleuse balaye le terrain... Désiré-Edmond Renault, pâtissier, 22 août 1914
Au petit matin, nous sommes descendus dans une gare proche de la frontière allemande. Le long du chemin : traces de combats, champs piétinés ; dans ce chaos désertique, toutes sortes de matériels de combat, des hommes enterrant les derniers morts, et dans l'air cette odeur pénétrante du champ de bataille. Nous avons fouillé quelques sacs, dans chacun d'eux il y avait des lettres et des cartes, en français et en allemand, adressées aux êtres chers de l'arrière... Tout ça a jeté un grand froid, ceux qui les avaient écrites étaient morts... Richard Hoffmann artilleur allemand, 22 septembre 1914
Des classes 12 et 13, nous sommes une quarantaine au maximum sur cent cinquante – tout le reste est mort, blessé ou prisonnier. Un matin de septembre aussi clair se lève sur les vignes et les coteaux de la Marne ; le clocher du village émerge au-dessus des vapeurs du matin que dissipe le soleil, les dernières roses de l'automne fleurissent... Etienne Tanty 23 septembre 1914
eau-forte d'Otto Dix (collection particulière Anvers)
Il nous a fallu passer trois jours et trois nuits en territoire hostile.. je ne peux vous décrire tout le malheur, tous les ravages et la famine dont sont victimes les jeunes enfants et les femmes que nous avons rencontrés. Des hommes il n'y en a plus, on ne voit que des vieillards.. Vous allez peut-être me dire que tout ce que j'ai vu n'est encore rien par rapport à un champ de bataille jonché de cadavres d'hommes et de chevaux.. Mais j'en ai déjà vu beaucoup trop et j'ai mon content de misère et de désolation. Toute la récolte est pour partie dehors, pour partie moissonnée, pour partie en gerbes, pour partie éparpillée. C'est bien triste tous ces beaux champs de blé laissés à l'abandon.. Ernst Wittefeld agriculteur et grenadier de la garde-empereur 21 octobre 1914
et puis, sans chronologie autre que celle de ma lecture
Tu me dis que tu vas faire nos treuffes (vais apprendre le nom) au mois de juin cette année... Ou tu feras couper ton foin avant. Ces jours-ci, il sécherait bien. Il doit y avoir de l'herbe dans les prés. L'ourche des Tourniaux sera bientôt bonne à faucher (…) As-tu des pommes de terre. Si j'étais à ta place, moi, ma petite Lucie, je ferais beaucoup de Noires.... Jean Dron – 18 mai 1918
photo provenant du blog The great war blog http://ww1blog.osborneink.com
Pense que de chaque côté des lignes, sur une largeur de un kilomètre, il ne reste pas un brin de verdure, mais une terre grise de poudre, sans cesse retournée par les obus : des blocs de pierre cassés, émiettés, des troncs déchiquetés, des débris de maçonnerie... Je croyais avoir tout vu à Neuville... c'était une illusion. Là-bas, c'était encore de la guerre : on entendait des coups de fusil, des mitrailleuses, mais ici rien que des obus, des obus, rien que cela ; puis des tranchées que l'on se bouleverse mutuellement, des lambeaux de chair qui volent en l'air, du sang qui éclabousse...On se demande comment il se peut qu'on laisse se produire de pareilles choses. Je ne devrais peut-être pas décrire ces atrocités, mais il faut qu'on sache, on ignore la vérité trop brutale... René Pigeard, imprimeur, 20 ans en 14, blessé à Verdun, prisonnier en 1917 mort électrocuté en s'évadant – le 27 août 1916
Nous étions depuis quatre jours en avant-poste la nuit et de jour dans une espèce d'abri où nous aurions pu tenir à quatre et où nous étions quinze. Avec cela dans l'eau et comme quelques uns, moi en particulier, avions la drille. Jugez de notre situation quand vous saurez que nous ne devions pas sortir... Vous ne devineriez jamais, oh ! non, je vous le donne en mille... Eh bien, dans un caveau auquel un obus a fait une petite ouverture et dans lequel nous sommes en compagnie de deux squelettes... La nuit, le poste est installé dans les décombres d'une ferme dont il ne reste que quelques pierres éparses de-ci de-là. Voici une marguerite que j'y ai cueillie. Pierre Prouteau – 10 juin 1916
dessin du lieutenant Jean Droit https://forum.pages14-18.com/viewtopic.php?t=54663
Il n'y a pas des discipline militaire, c'est le bagne, c'est l'esclavage ! Les officiers ne sont point familiers, ce ne sont point ceux du début... Moindre faute, moindre défaillance, faute contre la discipline, 8 jours de prison, par le commandant de la compagnie, porté par le Colonel... La nuit que j'ai regagné le secteur actuel, nos officiers nous ont perdus. Nous avons marché trois heures sous bois pour gagner le point de départ. La pluie et la neige tombaient. Il a fallu regagner le temps perdu et par la route nous avons monté en ligne. Mais le danger est grand pour faire passer u bataillon sur une route si bien repérée. Nous avons été marmités... J'ai voulu vous montrer que ceux qui vous diront que le soldat n'est pas malheureux au front, qu'un tel a de la chance d'être valide encore, mériteraient qu'on ne les fréquente plus. Emile Sautour (tué au front le 10 octobre 1916) – 31 mars 1916
le 12 au matin, les Boches arborent un drapeau blanc et gueulent : «Kamarades, Kamarades, rendez-vous.»
Ils nous demandent de nous rendre «pour la frime». Nous, de notre côté, on leur en dit autant ; personne n'accepte. Ils sortent alors de leurs tranchées, sans armes, rien du tout, officier en tête ; nous en faisons autant et cela a été une visite d'une tranchée à l'autre, échanges de cigares, cigarettes, et à cent mètres d'autres se tiraient dessus ; je vous assure, si nous ne sommes pas propres, eux sont rudement sales, dégoutants ils sont, et je crois qu'ils en ont marre eux aussi. Gervais Morillon (travaillait avec son frère dans la même pépinière que son père – frère sauf, lui tué à vingt et un an en mai 1915) 14 décembre 1914
photo Getty
l'ennemi et le Français sympathisant dans le rictus suprême, dans l'accolade des nudités violées, confondus, mêlés, sur cette plaine de folie hantée, dans ce gouffre traversé de rafales vociférantes. L'Allemand et le Français pourrissant l'un dans l'autre, sans espoir d'être ensevelis jamais par des mains fraternelles et pieuses. Maurice Drans, blessé trois fois, devint instable et bohème après guerre, mais toujours obsédé d'écriture. 17 mai 1917
Ma bien chère Lucie
Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de Guerre. Six ont été condamnés à mort dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra et ce qu'il y a dedans.
Je te fais mes derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l'âme en peine. Je te demande à genoux humblement pardon pour toute la peine que je vais te causer et l'embarras dans lequel je vais te mettre... Henri Floch, greffier de la justice de paix – l'un des «Martyrs de Vingré» fusillés le 4 décembre 1914, réhabilités par la Cour de cassation en 1921
Si je m'étais attendu à ça, je me serais fait porter malade, j'aurais eu huit jours de prison mais au moins je n'aurais pas assisté à un assassinat... Nous sommes partis du cantonnement vers les 3 heures, on nous a conduit dans un parc. Là on nous a fait former un rectangle et en voyant le poteau nous avons compris mais trop tard à la scène que nous allions assister. C'était pour fusiller un pauvre malheureux qui dans un moment de folie tant que nous étions à Lorette a quitté la tranchée et a refusé d'y revenir... Marcel Garrigues (électricien, 31 ans en 14, dix-sept mois de guerre sans permission chez lui, tué le 12 décembre 1915 par une balle perdue) – 31 juillet 1915
Il y a une trêve, un événement rare qui nous permet d'admirer la belle vue bien au-delà de la multitude des tombes, des villages détruits de Malencourt et de Béthoucourt – et nous regardons les avions qui se battent au-dessus de nos têtes, ce qui arrive rarement – mais la poésie est passagère. Quand vient le vent du nord avec son épouvantable odeur de putréfaction ou avec la puanteur des grenades de soufre et de phosphore et quand le feu de batterie reprend, nos nerfs sont remis à rude épreuve ce qui nous déclenche des états de désespoir. Les moments les plus tendus sont à la tombée de la nuit où l'on redoute le plus une attaque... Christian Bordeching (lieutenant dans l'armée allemande, étudiant en architecture, tué sur le front à 24 ans le 20 avril 1917) – 21 mai 1916
et puis pour finir (suis désolée et admirative si m'avez suivie, en fait j'ai sabré, en avais retenu quatre fois plus)
le 13 novembre 1918
Le 9 à 10 heures du matin on faisait une attaque terrible dans la plaine de la Woëvre. Nous y laissons les trois quarts de la compagnie, il nous est impossible de nous replier sur nos lignes ; nous restons dans l'eau trente-six heures sans pouvoir lever la tête ; dans la nuit du 10, nous reculons à 1km de Dieppe ; nous passons la dernière nuit de guerre ; le matin au petit jour puisque le reste de nous autres est évacué ; on ne peut plus se tenir sur les jambes ; j'ai le pied gauche noir comme du charbon...
A 9 heures du matin le 11, on vient nous avertir que tout est signé et que cela finit à 11 heures, deux heures qui parurent des jours entiers...
tout est bien fini ; alors la triste corvée commence, d'aller chercher les camarades qui (y) sont restés. Le soir arrive, il nous faut rester là, mais on allume un grand feu et les rescapés se rassemblent... Eugène Poézévara (18 ans en 1914, gazé sur le front, mort d'épuisement dans les années 1920)



samedi, novembre 10, 2018

Même si ce n'était pas la bonne traduction

Dans l'humidité
de rares sourires bleus
ou feuilles rouges
petite virée matinale pour produit vaisselle, coulis de tomates bio et petits cigares longs, toutes choses essentielles
et en début de soirée, après un petit tour sur http://christinejeanney.net/spip.php?rubrique29 (retrouver quelques passages - pas tous mais un peu au hasard avec certaines préférences... juste pour se mettre en attente - des Vagues de Virginia Woolf dans leur traduction – en cours – par Christine Jeanney), partir, saluée par une pluie fine, vers le théâtre des Halles, dans l'attente de voir comment un spectacle a pu être tiré de ces monologues/soliloques
photo trouvée sur le site du théâtre
un spectacle du Conservatoire d'Avignon, avec le soutien de la Salle Roquille et du Théâtre des Halles, dans une adaptation (et direction) du roman de Virginia Woolf par Sylvie Boutley
parti pris : considérer que l'on suit les six personnages de la sortie de l'enfance jusqu'à la vieillesse, en cinq étapes : avant l'âge ingrat, dans l'âge ingrat en gros, l'adolescence, la jeunesse, la vieillesse et faire jouer chacune de ces étapes par six acteurs-élèves d'âge correspondant (curieusement la meilleure Suzanne est peut-être la première, alors que Bernard qui, avec elle, sans doute à cause de l'importance qu'ils ont et du texte, pour cette seule fois est beau mais plus maladroit – l'âge aidant – dans son jeu)
chaque époque est introduite par une jeune femme (Virginia), dont l'âge est plus ou moins en rapport avec celui de acteurs, assise devant une table-bureau à gauche, lisant un passage des «interludes» comme dit Christine Jeanney et les monologues (ou parties de monologues) de chacun dessinent, comme dans le livre, une ébauche de dialogue). Pour la charnière, considérant que Perceval que l'on ne voit ni n'entend est le «fil musical» qui relie les personnages il a été choisi de faire intervenir un des enfants puis trois musiciens de plus en plus âgés jouant du violon pour le premier, du violoncelle pour les deux suivants, de la contrebasse entre la jeunesse et la vieillesse, pendant que les acteurs dansottent (et ça la dansotterie est nettement ce qui est le moins réussi)
Plaisir de retrouver des phrases connues, même si bien sûr ce n'était pas tout à fait les mots qu'une recherche aboutie aurait choisi... plaisir de l'ambiance et de la qualité très honorable du jeu des élèves
et retour dans des rues gardant traces de l'humidité.


vendredi, novembre 09, 2018

beaucoup d'images pour rien

air frais d'automne
encore tendre, humide.
Mon cheminement
corps frissonnant sans raison
l'aide des yeux fureteurs
savourer le ciel
en marchant, heurter un banc
chuter dignement
ou presque, genou douloureux, fou-rire, et quatre vieux voulant relever la vieille qui se trouvait très bien ainsi...
pesante charge
et pauses pour sourire
à la lumière


jeudi, novembre 08, 2018

Adaptation

dans un air figé
la saveur du camaïeu
des gris et des blancs
charrier, sortir, défriper les étoffes hivernales, décider de goûter les anciennes,
s'offrir des arrêts pour calmer les reins et reprendre souffle,
plonger en découvertes et relectures pour réveiller les neurones.