dimanche, mai 27, 2018

Entre sourire ébauché, colère, compagnonnage et pluie

Pluie au petit matin… et, dans une éclaircie, appel du plus gros bouton de rose pour que j'admire ses premiers efforts
Départ en encourageant/engueulant mes jambes qui avaient une forte tendance à la rechute (ont l'esprit de contradiction et aucun sens de l'à-propos) et grimace aux fausses roses détrempées que la municipalité devrait penser à décrocher...
Une petite pagaille qui s'est mise en ordre comme pouvait, la bande son de la CGT et les discussions fraternelles, la rencontre de camarades possibles qui ont affaibli mon sentiment de bouchon perdu tentant de flotter à la surface des colères, un rendez-vous pris auquel vais tenter de me tenir, des rencontres, une belle fraternité d'idées avec des insoumis pas si soumis (critiques de certaines de leurs médiatisés), plus forte avec le tenant de la libre pensée qui m'a pardonné mon petit pas vers une «appartenance», plus forte encore avec une communiste ma contemporaine, secourable avec un couple me relevant quand me suis cassé la figure, souriante en bouche de travers avec deux autres vaincus avec trop belle constance depuis 68, des passages de lumière et des retours de pluie, une difficulté pour déterminer combien étions, de trop rares jeunes, une débandade au moment de pénétrer sur la place du palais, et malgré le désir unanime d'unité un émiettement en petits débats constructifs, bien sûr constructifs)
Garder, tant pis, la plupart des photos, en faire, tout en écoutant comme ces derniers jours (je sais c'est idiot) les débats à l'assemblée, avec retard, un petit montage et puis rien (tant pis pour le marché des potiers etc…)

samedi, mai 26, 2018

En douceur

un charme calme
riche platane touffu
rares nuages
(avec sandales à talon de 5 cm, petite victoire – enfin fallait pas que ça dure beaucoup plus d'une heure)
et en début de soirée sortir des remparts, prendre la navette, tourner autour du coeur de la ville et m'en aller écouter
l'orchestre, dirigé par Patrick Davin, avec comme soliste Alexandre Tharaud au piano
dans un concert qui s'ouvrait avec Alia de Pascal Zavaro (que j'avais plutôt aimé pour sa construction ferme, sans emballement, en le trouvant, dans l'après-midi sur YouTube, qui m'a beaucoup beaucoup plus séduite ce soir, live, orchestre plus clair, beaux cuivres et plus de vivacité)
avant le plaisir d'une très très belle exécution du concerto pour piano en sol majeur de Ravel avec l'impression qu'Alia pourrait être un petit cousin du premier mouvement, avant la beauté merveilleuse de l'adagio assai...
deux bis pour leur parenté avec Ravel et le Concerto une pièce de Couperin et un passage de la Rapsody in blue de Gershwin
et, après un entracte longuet, que j'ai passé à lire le programme, rêver, la sérénade n°1 de Brahms que je ne connaissais pas, plaisir de l'influence campagnarde, de la variété, avec un certain flou parce que l'assez mauvaise nuit qui avait précédé ce jour s'est un peu vengée et que j'ai eu quelques absences dodelinantes.
Une trop petite navette où étions debout et heureusement assez serrés pour que petite vieille reste ferme dans les virages 
et une marche vers l'antre en longeant une petite fête place Crillon.


vendredi, mai 25, 2018

Heureuse lassitude

Pour fêter le ciel gentillet, pour fêter la notable amélioration de l'état de mes pieds et la trouvaille de sandales pourvues d'un tout tout petit talon qui semblaient être enfin ma solution, et parce qu'il ne me restait guère de morue, une petite pomme de terre de Noirmoutiers et guère plus du reste ai pris couffin m'en suis allée, avec une grimace pour ce qui restait, bien fatigué, de la guirlande de roses en papier
Le désert à l'abord du dos des halles s'améliore, mon regard sur lui aussi... le fleuriste avait deux rosiers de belle taille et belle facture...
ai chargé mon couffin et un sac de trop de bonnes choses, et me suis décidée à m'offrir un rosier... ai attendu, personne ne venait alors suis allée, à côté, chez une jeune fleuriste, ai trouvé un autre rosier (je me demande si ce ne sont pas des restes d'Altarosa) plein de boutons (encore un peu mystérieux sur ce qu'ils donneront ouvert)
ai regardé ma charge, me suis dit je peux pas, la jeune femme m'a dit vous ne pouvez pas mais je peux appeler quelqu'un qui vous le livre dans un peu moins d'une heure.
Retour avec cinq arrêts parce que vraiment j'avais eu les yeux plus gros que ma force...
Je commençais à peine à vider la charge quand un bonhomme tout ridé mais plus fort que la petite vieille toute ridée, avec un grand sourire et un chapeau fleuri, m'a amené mon nouveau pensionnaire avec en cadeau une très belle rose.

Maintenant j'attends de voir ce que donneront les deux plus gros boutons... mais j'ai passé une bonne partie de mon temps à masser mes reins dolents, affermir mes jambes et savourer le plaisir d'avoir eu la force d'une bonne fatigue. 

jeudi, mai 24, 2018

variations calmes pour jour creux

un peu d'ouate au ciel
chaleur tendre sur les rues
paupières brulées
avec charge de draps et vêtements, mon cheminement paisible, les yeux cueillant les premières fleurs des lauriers, les minuscules grappes en bouton cachées dans les oliviers, notre printemps
lecture du Canard enchaîné dans la cour où le soleil pose sa force sans la brutalité à venir

et dans l'après-midi de larges gouttes s'écrasant lentement sur les dalles avant que tonne le ciel

mercredi, mai 23, 2018

les acharnés

Le ciel était blanc, suis sortie, ai eu le visage caressé d'humidité, une main touchée par une goutte, suis remontée vivement (presque) dans l'antre, ai remplacé ma légère veste grège par mon ciré noir et suis repartie
cueillant en passant une belle surface bleue pour tromper mes yeux... les gouttes elles avaient disparu, n'étaient même plus suspendues en l'air
Ai rejoint les syndicalistes manifestant pour la défense du service public (suis sans doute très idiote, mais je n'aime pas qu'on touche à une de nos rares richesses)
Etions (ou plutôt étaient, avec une petite rustine sans légitimité) pas très nombreux, limitation au public oblige, mais tous les syndicats étaient là, disaient on ne lâche rien, le pensant ou non, et avons obtenu au moins que le ciel ouvre un petit oeil bleu – et j'ai pu lire le journal dans un semblant de soleil caressant la cour.
Mais comme ne veux pas en rester là pour Paumée, comme n'ai à vrai dire rien à dire, en cette fin d'après-midi pendant que la pluie orageuse se déchaîne, je recopie l'histoire d'un acharné qu'avaient publiée les cosaques http://lescosaquesdesfrontieres.com
Jacques creuse
Jacques était gentil,
Jacques aimait les gens,
Jacques admirait
toutes ces pensées
qui passaient dans l'air,
enfin pas toutes,
savait que devait
choisir, bien trier,
ne garder que bon,
et prendre le temps
de les démonter,
les faire siennes,
et puis les scruter.
Il savait aussi
qu'on le disait sot,
mais il s'en moquait,
enfin pas vraiment,
ou restait humble,
ne le disait pas,
mais il s'en moquait,
et il en riait
seul en silence,
et puis écoutait,
baissait la tête
et il essayait
de penser bien fort
avec constance
à cette phrase
qu'il avait saisie.
Il la caressait,
il la retournait,
et lui souriait ;
ou, bien trop souvent,
et s'en dépitait,
devait constater
qu'il n'en restait rien.
Alors attendait
la prochaine idée
venue l'appeler.
Et recommençait à creuser le mur, parce qu'il avait perdu sa clé.


mardi, mai 22, 2018

Eclaircie matinale

Optimisme en voyant le ciel clair aux nuages bienveillants, la tiédeur du jour qui se lève, puisque j'avais cru comprendre que la pluie qui nous avait visités hier serait de retour... S'en aller, comme peut (dès que possible chercher docteur pieds... chaque pas est pénible... même l'immobilité d'ailleurs) pour quelques courses faisant la liaison avec mercredi
Lumière jouant sur la place de l'horloge... n'ai plus envie d'arrêter les touristes en troupeau pour leur dire «notre ciel, c'est pas ça», tentation à laquelle j'ai résisté l'autre jour.
Mais comme la première fontaine rencontrée n'a pas trace du décor floral annoncé, et comme mon moral grimace (le visage tente de ne pas le faire) dans mes pieds douloureux, m'en reviens
en me contentant de nos humbles petites fleurs.
Sourire en regardant la niche à courrier qui avait dû se garnir samedi après-midi, un paquet, pas un des livres que j'attends
mais la grâce d'un cadeau.
Me suis donc installée dans la cour, contre le mur, sous un ciel qui se couvrait mais laissait filtrer des rayons pour que ma peau ronronne, avec Lambert Schlechter et son Monsieur Pinget saisit le râteau et traverse le potager (Le Murmure du monde – 6) ai souri à la quatrième de couverture
A entendre la nuit les oies sauvages dans le ciel crier, je me laisse euphoriquement choir dans la mélancolie. Et pense à l'amour perdu. Je suis triste, mais pas mauvaisement.
Mes pensées, presque toutes, ne sont qu'amorce de pensée. C'est plus tard & plus loin que je me mettrai pour de bon à penser. Je ne suis qu'un pensateur.
Et me suis plongée un long moment en la compagnie de celui dont Florence Trocmé, dans le Flotoir a écrit une âme plus à nu que celle de Jouet qui se cache derrière le brio et la virtuosité (citant cela, il conclue J'ai commandé «Du jour» de Jouet, cjhez P.P.L. 881 pages)
de pensées en notations, de souvenirs de la femme en allée en commentaires sur l'actualité, de chronique quotidienne en lyrisme et méditations érotiques, jusqu'à
C'est une si bonne chose, écrire,c'est presque rien, mais ce n'est pas rien. J'en ai besoin. C'est vital. Comme tout un chacun, je suis, banalement, voué à la mort. Tout ce que j'ai fait, tout ce que je suis, est voué à la disparition. Mais pas à une disparition totale, sans traces. C'est une pensée doucement parano. Quelques pages. Quelques livres. Et quelques personnes à qui il arrivera de s'y pencher. Dans vingt, dans quarante ans. C'est mon aere perennius, doucement pathétique. Et c'est assez. Je ne suis pas une blatte. (les quelques livres sont tout de même joliment nombreux me semble-t-il)

et le ciel a attendu ma sieste pour se déverser lentement en une ondée suivie de passages orageux...

lundi, mai 21, 2018

Comme peut la paresseuse

temps doux, et clair bleu sur la cour, ce matin de dimanche... réveil tardif, entrer dans le jour à pas très lent, faire projets en les laissant dans un flou gracieux, se laver les cheveux et un peu de ménage acrobatique pour réveiller carcasse, et un salut, faute de mieux, aux trois minuscules boutons que m'offre le tout petit et très humble rosier qui revendique ce nom et ce rôle à côté des cadavres des beaux rosiers.
La rose règne encore dans la ville, des boutiques proposent des objets en rapport parfois aussi lointain que les deux grands bassins près de la gare dont les eaux rougies doivent, je le découvre, évoquer la fleur, ou des glaces à la rose, du thé à la rose, des ateliers de roses en papier, des produits de beauté à se bricoler avec des roses, des sablés à la rose, du rosé, etc... qui me laissent froides, mais je décide, puisque je n'ai pas eu envie de sortir samedi pour la nuit des musées, d'aller dans l'après-midi au Musée Lapidaire écouter les étudiants du Conservatoire lire, dans le livre X (à la fin du livre X plutôt) des Métamorphoses d'Ovide «la mort d'Adonis et la naissance de la rose rouge» disait le programme, puis d'aller voir deux ou trois des fontaines ornées de fleurs disait le même programme
Seulement comme j'étais si bien dans la tendresse de la cour, à côté de mes petiotes choses qui pourraient être l'idée d'une approximation d'évocation de roses, comme l'heure de la lecture approchait sans que j'ai envie de sortir, comme des nuages passaient... j'ai pris la traduction des Métamorphoses par Marie Cosnay, posé sur le bois dégradé le beau livre bleu (mon seul reproche, il est un peu trop beau et grand pour une lecture désinvolte) et j'ai constaté ainsi que la rose rouge (m'avait d'ailleurs intriguée, mais sans plus) était une imposture, ou plus gentiment une approximation, qui a dû nécessiter que la fin du texte soit supprimée.. qui dit
Un jour, les chiens qui ont suivi des traces sûres tirent de sa cachette
un porc, et, quand il est prêt à sortir de la forêt,
le jeune fils de Cinyras le perce d'un coup oblique.
Tout de suite le sanglier furieux secoue de son groin courbé
l'épieu teint de son sang. Le garçon tremble, cherche un lieu sûr.
La bête le suit, sous l'aine enfonce ses dents,
l'abat presque mort sur le sable roux.
Portée par un char léger, la déesse de Cythère, par les airs,
n'est pas arrivée à Chypre sur les ailes des cygnes
qu'elle reconnaît le long gémissement du mourant ; vers lui
elle ramène ses oiseaux blancs. Lorsque, du haut du ciel, elle voit
le corps sans âme jeté dans le sang,
elle saute, abîme son sein et ses cheveux,
frappe sa poitrine de la paume de ses mains qui ne méritent pas ça,
.
Le sang est changé en fleur...
.
Elle arrose le sang d'un nectar parfumé. Dès qu'il est touché,
il gonfle comme si des bulles translucides
surgissaient de la boue brune, on attend à peine
une heure, une fleur de même couleur naît.
Les grenades, qui cachent sous l'écorce souple leur grain,
ont la même. Leur temps est bref.
Voilà qui irait bien à la rose. Mais il y a la dernière phrase
La fleur mal accrochée, fragile, d'une grande légèreté
le vent, qui lui donne son nom, la secoue. Et là je m'interrogeais sur ce vent au nom de rose, mais il s'agit d'une fragile anémone (et le vent a nom anemos)
Et pendant que je lisais un peu avant, un peu après (pour la mort d'Orphée qui ouvre le livre XI, les nuages, qui s'étaient rejoints, se sont heurtés bruyamment en un orage... le dernier jour des roses avignonnaises sera arrosé.