mardi, juillet 14, 2020

Comme avant


Comme avant la lumière aimait les pierres d'Avignon et comme avant la chaleur montait doucement et comme avant j'étais en colère vaguement et sans raison (bon la raison annuelle tout de même)


comme avant, comme toujours, un rayon de soleil illuminant le rejet d'un platane me fut un instant d'émerveillement


comme avant ou presque des groupes circulaient et même des avec appareils de photo sur le ventre


comme avant comme toujours les ombres jouaient sur Saint Didier



comme avant ou presque à midi (mais midi dix cette année) un feuilleton a lieu dans le jardin de Ceccano, mais cette année ce sont des lectures assurées par les théâtres permanents, comme avant ou presque l'heure m'est un repoussoir, comme deux ou trois fois avant une envie m'est venue d'y assister, comme avant comme souvent je n'avais pas réfléchi et le lundi les jardins et la médiathèque sont fermés
comme avant comme certaines années je supporte extrêmement mal les clims, suis entrée et sortie d'une boutique, l'ai rayée de mes adresses jusqu'à l'automne et me suis appuyée au mur dans un coin d'ombre un instant brumisateur en main pour me remettre en maudissant le monde moderne
comme avant, comme souvent n'ai rien fait avant de presque comme avant sortir dans la ville pleine de musiques, de tables joyeuses, et, pour le plaisir d'y croire, monter l'escalier du palais un peu avant 22 heures – si ce n'est que maintenant on monte par la rampe ce qui est beaucoup moins glorieux et que nous étions en petit troupeau –
et m'installer dans la cour d'honneur (bon il n'y a pas les gradins mais des transats, ai d'ailleurs commencé par leur préférer des marches, et si comme depuis des siècles le mur est là, on le salut et on s'installer face au mur latéral, tout nu, qui donne ensuite aux acteurs un visage un peu grêlé) pour assister à une projection de la captation dans cette même cour d'honneur l'Ecole des Femmes dans la mise en scène intelligente de Didier Bezace (en 2001) avec Pierre Aditi, Christian Buillette, Gilles David, Agnès Sourdillon etc... (pardon demandé aux etc...) https://festival-avignon.com/fr/edition-2001/programmation/l-ecole-des-femmes-29851
et j'avoue que je n'avais jamais entendu la scène 2 de l'acte 3 comme cela (la preùière des trois versions reprises sur cette vidéo
le côté patelin me semblait le meilleur, mais on y perd la netteté des sentences qu'il entend mettre dans la tête de cette fille de peu pour en faire une docile épouse – par la suite Arditi est un Arnolphe si amoureux (mal mais amoureux) et émouvant que je trouvais bien dommage pour Agnès qu'ayant trouvé de l'esprit elle n'ai pas envie de l'utiliser à le polir un peu et le préférer ainsi à son benet.
En préambule de belles photos de Varda de la mise en place, des répétions, des actrices se reposant en maillot, de bribes de spectacles, avec tous ces visages légendaires.

Mais comme avant le vent même léger adore la cour et dans ma petite robe de coton à manches courtes j'étais gelée.



lundi, juillet 13, 2020

Pas grand chose sauf trois sœurs

Ciel bleu tendrement pur en poussant les volets dans un air tout jeune.
Petit crâne a réalisé ce matin que mardi c'était le 14 juillet, qu'il semblait difficile d'envisager une dictée ou autre chose de ce genre au milieu de la fête que donne Rosmerta pour renouer avec ses sympathisants, mais que si devais tenir un stand de vente de gâteaux, même si je compte très fort sur le talent, le dévouement et l'imagination des autres, il était de bon ton que je n'arrive pas les mains vides... ai mis une robe dimanche et m'en suis allée vers les Halles pour voir si je pouvais commander quelque chose. Vu une queue devant le pâtissier de la rue Sait Agricol, ai passé le ne, demandé s'ils étaient ouverts le 14, décidé qu'il devait avoir produits assez comestibles – meilleurs de toutes façons que ce que j'aurais pu tenter de faire – me suis mise dans la file derrière deux hommes, un presque jeune, un de mon âge semblait-il, d'où un moment d'amabilités, de galanterie, de refus qui n'en étaient pas, de ronds de jambes comme l'in disait de notre temps et suis entrée... commandé un très très long cake et deux tropéziennes pour seize heures
et, foin de l'heure de marche que de toutes façons je ne fais jamais le dimanche, me suis contenté d'un petit détour hors rempart et rentrée à l'heure pour shampooing, ménage et fin du #5 de l'atelier d'été de François Bon qui restait en suspens depuis deux jours... et le reste du jour fut, honte, de sommeil, de France Culture écouté avec des absences et nada mas (abandonne mes retours sur les festivals passés pour une vie douce)
alors je recopie en corrigeant deux ou trois fautes d'orthographe du texte en ligne et en précisant que le rapport avec une réalité quelconque ne saurait être que fort lointain, l'imagination primant, ma contribution au #2 de l'atelier de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4917 (trouvé pour l'illustrer cette photo d'une œuvre de Claude Quentelo exposée au Cloître Saint Louis en mars 2016)
Intime
Elles étaient trois et elles étaient sœurs. Elles avaient âges proches, mais quand l'ainée venait en vacances et qu'elles étaient invitées aux mêmes surprises-parties ceux qui ne les connaissaient pas ne voulaient croire qu'elles étaient sœurs. Et si elles ne se ressemblaient guère physiquement, il apparaissait aux proches que moralement aussi elles déclinaient avec quelques différences le cadre de pensées et de vie dans lequel elles grandissaient. Les années les ont séparées mais quand elles parlaient, rarement, les unes des autres c'était avec la tendresse légèrement détachée que l'on pouvait attendre. Pourtant, si elles faisaient front commun, uni, attentif dès qu'un drame – et il n'en manqua pas au fil des ans, terribles pour certains – frappait l'une ou l'autre ou les siens, si elles désamorçaient en souriant, d'éventuelles critiques contre l'une ou l'autre, si elles se retrouvaient avec plaisir, revenaient assez rapidement des petites phrases plus ou moins spirituelles (souvent très spirituelles ce qui aggravait la tension) émergeant d'un magma de rivalités adolescentes, négligeables à l'époque, que l'on croyait oubliées mais qui revenaient des profondeurs du silence intérieur, réveillées par les désaccords politiques, moraux, ou sociaux, qui n'avaient sans doute force si grande que d'être tus et bien plus graves d'être devenus si absolus par le silence, petit remugle qui restait confiné, qui s'éveillait à travers des futilités et lors d'un repas sur deux, environ, l'une ou l'autre pour éviter que le ton monte, pour éviter l'ironie sans pitié de celle qui ce jour là attaquait, se levait, sortait, s'attendant à être rappelée ce qui, à la longue ne se passait plus. Et c'est pourquoi lors d'un mariage où se devaient d'être – le voulaient d'ailleurs – en réponse, d'une chaise à l'autre dans le rang de derrière, à la mimique effarée d'un des nouveaux gendres devant la violence du recul d'une épaule qu'une autre approchait trop, la distance soigneusement créée malgré l'ancrage des chaises, le soupir discret du frère venant s'intercaler, les regards noirs dardés sur un profil qui s'appliquait à une indifférence gracieuse, le chuchotement aigre de l'une, le petit sourire dominateur de l'autre, une jeune femme a murmuré avec une petite grimace résolument résignée «pas grave, mais ennuyeux, elles ne s'améliorent pas».. phrase que la suite de la journée a heureusement démentie.
Codicille : Je voulais une histoire apparemment en bémol, et elles tenaient à venir ces trois sœurs... j'ai hésité plusieurs fois à repartir à zéro parce que les traiter en les désarmant avec leurs tempêtes dans des verres d'eau, finalement pas si nulles que ça et leur lien indestructible ça réduisait tout à néant et c'était, je le crains un rien hors sujet mais n'ai pu que les brutaliser un peu comme le ferait un observateur extérieur qu'elles enquiquineraient..

dimanche, juillet 12, 2020

Mon 11 et mes 10 juillet

Mes pensées du matin : je trouve ma vie furieusement longue et les heures terriblement courtes – Mamadou a-t-il raison de trouver que je prononce trop mal le français pour qu'il me comprenne quand je dicte ou est-il simplement trop loin de savoir traduire en lettres les sons de notre fichue langue (Amadou me comprend) et pourquoi les objets me font-ils la guerre ? – ceci dit go dans la lumière, le bleu et le vent pour cabillaud, yaourts, faire imprimer mes billets pour le palais des papes et tenter de trouver de quoi assurer seule les petits ennuis de l'antre (reculer devant le furet qui demande plus de souplesse et de force que n'en ai même en y croyant très fort)
et puis après avoir repris, tant pis, ma relecture des festivals (Amadou, Mamadou ce n'est pas comme plusieurs cheval) passés, me suis installée benoîtement pour écouter sur le site de France Culture « Requiem pour une ville perdue » d'Asli Erdogan https://www.franceculture.fr/emissions/avignon-fictions/requiem-pour-une-ville-perdue-de-asli-erdogan
et donc pour les années passées (avec le décalage d'une journée)
matin fournaise de l'attente dans petite rue avant le calme du jardin de Mons, lecture par la troupe d'Hubert Colas d'un texte venu de l'ex-yougoslavie (noté ni le nom de l'auteur, ni le titre, ni le pays juste Selon l'auteur "histoire de la vie d'une artiste depuis son enfance jusqu'à sa mort" - "univers de la fable car.. c'est une initiation sanglante au monde des adultes". C'est tout cela, et avec une certaine jouissance dans le détournement des contes pour enfant. Mais, suis-je irrémédiablement futile et incapable de débusquer la profondeur ? Ou la faute en revient-elle au texte ? J'ai trouvé cela agréable, bien intentionné, et sans intérêt (n'engage que moi, Colas y a cru
après-midi dans le cloître du petit palais un public très « chic » et de mon âge (assez antipathique) et musique accompagnant des textes de Pétrarque mais les musiques étaient charmantes, assez caractéristiques des compositeurs cités sur le programme (13) que ce soit Orlando Lasso, Haendel, Gluck (plutôt étrangement complexe pour ce dernier), Berlioz etc.. si ce n'est qu'elles étaient toutes d'Eric Breton - assez jolie et très agréable réussite. Les trois chanteurs (surtout la mezzo Raphaëlle Ivery) nous ont chanté in fine, des passages d'une très hypothétique opérette d'Offenbach "Pépé et Laulau", réjouissante façon de venger Laure.
10 juillet 2007 https://brigetoun.blogspot.com/2007/07/divagations-intrieures-suivies-dchappe.html après midi au théâtre des Halles un spectacle jubilatoire autour de Ubu
et le soir dans la cour d'honneur du palais Novarina  Sur scène deux cahutes genre symboles de tipis, assez laides mais en accord avec la bande de tapis rouge les unissant, les quelques lignes tracées au sol, la petite tente noire au fond, les tracés sur les costumes, et la rigueur des déplacements, tout au moins au début, sur lesquels courait la fantaisie de la langue « et adoptent la foi oustrienne d’obédience polyacte et de foi maximale, qui étend le célibat aux animaux ». Je me suis sentie rapidement agréablement chez moi, Cela foisonnait, des moments où la gravité perçait, une parade des peuples qui renvoyait au voyage en grande Carabagne de Michaux (moi du moins), le spectre blanc chantant en italien au sommet du mur, les acteurs épatants et Dominique Pinon qui, la gloire venant, garde sa puissance comique mais a perdu de son outrance, Christian Paccoud et son accordéon, les chansons de revue intellectuelle, les deux aboyeuses-chanteuses, l’homme en rouge et sa planche, qui répète « je suis la parole portant une planche », et « je marche ici que la prière n’est plus rien d’autre que le mouvement de descendre tout vers le sol »,....
10 juillet 2008 https://brigetoun.blogspot.com/2008/07/paresse-ou-sottise-jeudi-matin-circuit.html un renoncement (pas très motivée sans doute) et la douceur en fin d'après-midi puisque c'était encore possible en venant au dernier moment de France Culture dans le jardin de Calvet, allant de siège en siège à la recherche de mon bonheur et faire face à François Koltès, Stanislas Nordey et Yan Civet pour une lecture d’un choix des lettres inédites (alors, publiées depuis chez Minuit) de Bernard Henri Koltès, choix fait (en même temps que les musiques de la toute bonne bande son) par Yan Ciret, qui raconte : découverte d’un Koltès plus complexe que le nihiliste auquel il a parfois été réduit - « instinct de vie - ardente gaieté » - une protestation calme contre son image. (détails suivent)
10 juillet 2009 https://brigetoun.blogspot.com/2009/07/je-dans-le-festival-davignon-le-10.html à 11 heures, comme souvent, le jardin de la vierge pour deux petites formes
"le temps scellé' commande de Nacera Belaza dansée par elle et Serge Ricci.
Lui et elle, chemise noire, complet noir et pieds nus, nez chacun contre son arbre, arbres dessinant la diagonale du plateau. Immobiles.... des scansions, de la musique, une voix de crooner, annonce d'un spectacle... plutôt bien.
et "Ana Fintizarak" commande de Yalda Younes danseuse née au Liban, formation classique et flamenco, avec Yasmine Hamdan, chanteuse née à Beyrouth, avec comme exergue cette phrase de John Berger : "Et je sais que, malgré la souffrance, l'ingéniosité des survivants est intacte.".
Elle se plante au fond, grande, noir sans austérité (un ensemble drapé, ras du cou et sans manche, sublime), parfait visage lisse, cheveux tirés, rouge à lèvres affirmé, hautes sandales épaisses. Danse immobile, tension et une amorce de balancement complexifié. La chanteuse,.... Une voix rauque pleine d'aigus, sensuelle et fragile...etc... très bien
et le soir les Cordeliers pour un des spectacles (si ce n'est le) que j'attendais le plus et qui n'a pas, comme souvent cela risque d'être le cas, déçu mon attente : "les inepties volantes " de Dieudonné Niangouna avec la musique de Pascal Contet.
Et c'était bien, terrible et somptueux.
deux silhouettes immobiles - bande son, des bruits citadins, qui s'impose peu à peu jusqu'à ce que le public réalise et se taise. Les platanes sont en pleine forme, musiciens soutenus et couvrent les premières phrases prononcées d'une voix sourde, et qui ne sont pas destinées à être comprises, juste à poser le diseur sur le plateau, homme qui rumine en déambulant. Une phrase se détache, se répète jusqu'à devenir audible :"car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse" et c'est semble-t-il de Césaire. Noir. Silence.
Suivent des notes sur la suite de ce qui était là et des raisons de la force que cela exerçait sur nous.
Quand un drame est réellement vécu; intériorisé par un poète et qu'il sait le garder présent mais s'en éloigner assez pour en faire littérature, quand il est également un grand acteur pour le rendre.
Mes voisins étaient sous le choc et dans l'admiration.
fin d'après-midi, la rue des teinturiers, la salle Benoit XII et « 1973 » de Massimo Furlan, et dans cet endroit que je redoute un malaise en entrant, et l'aide d'un « tee-shirt rouge » (pièce non climatisé, verre d'eau, silence et gagner sur jambes fermes ma place) aimé le spectacle de Furlan ; j'ai eu un peu peur à un moment que la succession de ses interprétations-imitations des chanteurs et chanteuses de l'époque, avec sa jolie maladresse légère, son kitch assumé, devienne longuet. Plaisir de sa perturbation du dispositif, juste à ce moment... discussions entre lui et Marc Augé et autres, l'intelligence de ce qui est dit, la saveur des «niveaux de langage», l'absence de méchanceté, et la lucidité.
fin d'après-midi, le cloître des Célestins un peu de curiosité et d'appréhension, s'installer pour longue découverte de « Life and times » de Kelly Copper, Pavol Liska et du Nature Theater of Oklahoma, spectacle qui puise sa source dans le minutieux récit que Kristin Worrall, membre du Nature Theater of Oklahoma, a livré par téléphone à Kelly Copper et Pavol Liška. Pendant seize heures, cette Américaine de trente-quatre ans a répondu à leurs questions, leur racontant sa vie, la plus ordinaire, depuis le berceau jusqu'à nos jours. soit à 19 heures la première tranche de 3heures30 y compris un entracte « l'enfance » Et j'ai, mes voisins itou, trouvé ça jubilatoire.
Avant la seconde partie, galoper vers Calvet pour un bout d'une longue lecture de Stanislas Nordey sur le Théâtre Ouvert, une lettre de Koltès, les Attoun etc...
et retour aux Célestins, attente dans la nuit devant la porte et puis « l'adolescence » De très laids survêtements, un joli humour, de bons chanteurs, une danse très gymnaste, et la découverte entre meilleures amies, pour se rendre compte, du baiser, les garçons, les tenues, les rivalités, les révoltes etc...
Seulement Brigetoun dodelinait de plus en plus, et suis partie une demie-heure avant la fin, un peu navrée, avant de tomber de mon siège.
10 juillet 1912 https://brigetoun.blogspot.com/2012/07/festival-suite-appareil-rage-fatigue.html un cadeau encombrant pour les 70 ans , de petites péripéties et jardin de la Vierge à 18 heure avec deux petites formes
plaisir de la première « le Vertige » avec Olivia Rosenthal et Chloré Moglia sur un extrait du dernier livre de la première « ils ne sont pour rien dans mes larmes », la première lit un passage du texte, la seconde illustre la notion de vertige – un très bon moment après lequel ai renoncé au second spectacle parce que temps insuffisant pour la suite de mon horaire (erreur de deux heures!)
au cloître des Célestins (arrivée en avance.. attendu assise sur les pavés dans un petit groupe détendu) pour Régine Chopinot et les kanaks du Wetr beau ludique joyeux et des petits clins d'oeil pour dire « ce n'est pas du folklore » mais de merveilleuses robes en pandanus et des maquillages « sauvages » de Jean Paul Gauthier... un cocktail qui ma foi marchait plutôt bien.
10 juillet 2013 https://brigetoun.blogspot.com/2013/07/festival-jour-5-bons-sujets-vif-la-fin.html fin de matinée au jardin de la Vierge
commencer par « créatures » conçu et joué/dansé par Dr de Kabal, venu du rap, qu'il élargit, et Émeline Pubert, lui dans une cage de verre - ils se dansent mutuellement à travers la paroi, il fait musique de sa voix, avec ou sans mots, avec transformation par micro ou non, avec corps etc... beau
puis « 19 borns - rebels » conçu par Mameia Nyamsa refusée par le ballet classique dès son enfance pour corps trop athlétique, hors normes, ce qui l'a amenée à interroger les enjeux de ce corps, à déconstruire les exigences du ballet classique, et la suite de ce qui a contribué à ce qu'elle est devenue est cruelle... interprété avec Faniswa Yisa, fine belle attachée à approfondir les cicatrices de l'apartheid – l'ensemble donnant un spectacle tonique et beau (avec deux chiens qui m'ont paniquée) vigueur, humour..
dans la forte chaleur de l'après-midi la rue des teinturiers, le gymnase de Saint-Joseph et son jardin - « la fin du western », spectacle conçu et monté par Monika Gintersdorfer (ex metteur en scène de grands théâtres allemands) et Knut Klassen, plasticien, qui depuis 2004 gravitent autour du centre énergétique et solaire qu'est le milieu du showbiz de la Côte d'Ivoire et de sa diaspora parisienne et allemande – et joué par cinq africains : Jean-Claude Dagbo alias DJ Meko, Yao Joseph Koko alias Shaggy Sharoof, Eric Francis Parfait Taregue alias SKelly, Franck Edmond Yao alias Gadoukou la Star, et deux européens dont un meneur de jeu, conteur de l'histoire, en anglais et français, et danseur.... des moments où nous avons dansé avec eux, des moments de force... L'orage a éclaté pendant que nous étions ainsi occupés, et on a ouvert la porte pour amener un peu de la fraîcheur du jardin.
Le soir, l'opéra pour « King Size » de Christoph Marthaler assez jubilatoire les deux chanteurs, mais aussi un pianiste, et une femme d'âge moyen, en sage robe bleue d'une mode qui n'en fut jamais une, avec un sac bien classique (dans lequel elle mange des spaghettis, range n'importe quoi, d'où elle tire des mouchoirs tachés de sang et...) qui traverse et retraverse la scène entrant par l'une des portes ou par un placard, essaie en vain de monter un pupitre de musicien, tiré de son sac, et prononce des sentences d'une poésie philosophique désabusée ou désespérément égarée, et pour laquelle j'avais une tendresse.
10 juillet 2014 https://brigetoun.blogspot.com/2014/07/avignon-jour-6-predication-et-theatre.html commencer par aller écouter dans la chapelle de l'Oratoire, ma voisine, Patrick Schmitt proférer « le sermon du mauvais riche » de Bossuet,
puis la Fabrica sous ciel gris pour  « Orlando ou l'impatience » d'Olivier Py – programme : «...Le jeune héros d'Olivier Py, l'Orlando impatient, part à la recherche de son père inconnu. Il est conduit par sa mère actrice sur une série de fausses pistes, qui sont autant d'étapes vers une vérité attendue. Orlando ou l'Impatience peut être considérée comme une pièce manifeste qui nous entraîne dans un voyage traversé de questionnements contemporains... » pour moi, de très bons acteurs mais, comme parfois chez Olivier Py au moins à mes yeux un beau et bon spectacle mais dans lequel manquent furieusement des coupes.. de belles idées, un texte qui s'installe... et finit trop souvent, à force de longueur, par tomber dans des banalités vaguement poétiques.. et puis quand l'attention s'en va une phrase, une idée, lumineuses....entracte, des départs, mon hésitation, et puis une très réussie seconde partie – retour à pied dans la nuit
10 juillet 2015 https://brigetoun.blogspot.com/2015/07/avignon-jour-7-tout-doux-jardin-et.html un jour de repos avec en fin de matinée, la chapelle de Saint Claire (Théâtre des Halles et le souvenir très effacé de la rencontre avec Laure) pour voir « du domaine des murmures » adaptation d'un roman de Carole Martinez par José Pliya, qui met en scène, joué par Léopoldine Hummel l'histoire d'une recluse (au sens du Moyen-Age) et pucelle devenue mère d'un fils portant les stigmates Mystère ? Menace ? Miracle ? Du fond de sa tombe. Esclarmonde va défier Jérusalem et Rome, les morts et les vivants et même le Ciel, pour sauver son fils. En fait ce qui compte c'est la délicatesse, la simplicité de l'actrice, la spiritualité dévoyée ou non, le courage et finalement l'enthousiasme du public, communiant comme souvent dans ce minuscule espace
et après dix-sept heures à Saint-Didier un concert Schumann, Brahms, Vivaldi et Antonio Caldara
avant la lecture par Anouk Grinberg en avant-première d'une pièce de Vinaver « Bettencourt boulevard ou une histoire » dans le calme du jardin de Calvet abandonnée parce que j'étais hors service...
11 heures le jardin de la Vierge et « la vie des formes » texte de Celia Houdart avec Renaud Herbin marionnettiste (marionnette presque de taille humaine de Paulo Duarte) et Matthias Baudry la façon dont naissent les figures et les personnages des fictions qu'ils inventent. Chacun à leur manière – écrivain et marionnettiste –, les façonne dans la matière, en observe les formes et les agissements, curieux de les voir se faire et se défaire...
et « Membre fantôme » de Erwan Cracker (sonneur de cornemuse) et Mickaël Phelippeau (danseur) la rencontre entre ces deux artistes au penchant commun pour le kig ar farz et les fest-noz permet de nourrir un déplacement et un apprentissage de l'un à l'autre... sympathique et séduisant (sans beaucoup davantage)
chaleur... et puis en fin d'après-midi la Chartreuse de Villeneuve et la beauté (qui dépassait le plaisir de s'y être attendue) de Pascal Quignard dans sa « rive dans le noir – une performance des ténèbres » avec Marie Vialle, une chouette-effraie vivante et en ombre chinoise et un corbeau idem)
l'attention du public (qui n'aurait su faire autrement) le texte, la voix de Marie Vialle et ce qu'elle en fait, dédiée à celle qui manque, cette danse des ténèbres, ankoku butoh - « je crois que le théâtre vise toujours à invoquer des revenants » dit Quignard dans le programme de salle -, les mots plus rares de Quignard et sa voix et son écriture, son piano et Messiaen etc...
me dire devrais en rester là pour la journée...  mais partir dans la nuit vers le palais et la cour d'honneur pour « Yitzhak Rabin, chronique d'un assassinat » spectacle in memoriam, lamentation, de Amos Gitaï … avec deux actrices une israélienne, une palestinienne, Sarah Adler et Hilam Abbass, une pianiste Edna Stern, une violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, Bach, Monteverdi... (et le choeur du Lubéron chantant du Ligetti) à partir des souvenirs de Leah Rabin... parce que ne pouvais faire autrement. Gradins pleins, assistance attentive et recueillie.
Vedène pour « le sec et l'humide » un spectacle de Cassiers d'après Littell avec petite crainte : devrais aimer ou détester (mes sentiments variés devant les propositions de Cassiers, l'admiration étant elle immuable) sans compter sue ne suis jamais arrivée à avoir envie de lire Littell (idiot sans doute mais c'est ainsi, je refuse de m'y intéresser) - à partir des mémoires du chef de file de la Légion Wallonie, le Waffen-SS Léon Degrelle, c'est la langue du fascisme que l'auteur Jonathan Littell souhaite déchiffrer, voire disséquer....et puis un court et très bon spectacle, intelligent, efficace, tenu par Filip Jordans avec en effet tout un jeu pour une fois plein de sens sur les moments salle éclairée et salle dans le noir avec lumières rares sur le plateau, parole directe du conférencier (l'acteur) et voix enregistrée (Joyan Leysen), venant d'un magnétophone qui ressemble à une radio ou d'une source indécise, (voix d'un historien analyste et .. celle de Léon Degrelle) grandes vidéos de Filip Jordans, petites vidéos de films d'actualité -
la langue des fascistes, le sec et l'humide soit les bonnes choses verticales, sèches, liées au ciel et viriles, les mauvaises choses humides, féminines, horizontales, amorphes.. mais tout de même cette sale impression d'avoir passé temps avec des esprits faux
descente du car en passant devant porte Limbert et retour en flânant dans la foule
vers le jardin de la Vierge pour « le sujet des sujets » un court spectacle, différent légèrement chaque soir (ça se donne douze fois) en fonction des artistes invités, pour célébrer les vingt ans de ces courtes formes (qui parfois ont donné naissance à des spectacles achevés) En fait en 45 ou 55 minutes il ne peut guère faire l'histoire des sujets à vif ou du vif du sujet, qui est l'histoire du festival donc du monde, leur avenir mettant en jeu l'avenir du festival donc du monde, alors ça donne, le public étant acquis et en bonne partie «de la partie» une collection jouissive de plaisanteries plus ou moins dans l'entre-soi, un assez grand entre-soi, et 45 minutes, en fait 60 ce soir, de rire franc...
sur ma place au théâtre ex de l'Oulle Claire Ducreux « Réfugiée poétique »  très joli spectacle, sans mièvrerie et le public était conquis, aimablement et gentiment conquis (une certaine admiration pour les trois membres du public – à vrai dire pour la femme je ne suis pas très certaine que c'en était vraiment une – l'homme surtout et son talent courtois et bonhomme - qu'elle fait participer pour que l'intérêt ne faiblisse pas pendant une heure sur sa trame assez ténue)
et dans l'après-midi marche lente hors du flux jusqu'à la Scierie (juste à côté de la livraison actuelle des paniers Semaille) pour « Pur présent » le spectacle réunissant trois tragédies de notre temps que Py a écrit après avoir déjà monté la trilogie d'Eschyle (à la Chartreuse, grand et bon souvenir) avec petite crainte idiote de longueurs... et un texte tout de même parfois un peu difficile d'entrée, la première partie alliant un peu de philosophie noyée dans la surprise du texte poétique, très écrit, et du réalisme même distancié - un texte (résumé de notre petit échange avec ma voisine) à la Genet avec accents hugoliens – un peu noyé aussi pour moi par le plaisir de saisir au vol dans la voix du prisonnier-petit-déliquant-de-banlieue qui joue avec flamme le choeur, Dali Benssalah un, deux, trois alexandrins et j'ai été séduite par les secondes et troisièmes parties - une envie de creuser mon impression (ma voisine aussi, plutôt plus réservée à la fin que moi, alors que c'était le contraire au début) ce qui, de toute façon n'est pas un spectacle parfaitement anodin (sans doute moins important qu'il le voudrait)
10 juillet 2019 https://brigetoun.blogspot.com/2019/07/avignon-jour-6-suite-vive-le-sujet.html fin d'après-midi les deux courtes formes du second programme dans le jardin de la Vierge qui avaient pour point commun la musique, et puis l'esprit, et auraient pu être (surtout le premier) très jouissifs si je ne les avais accueillis – en tentant de me protéger – avec... petite migraine lancinante
« Pontonniers » pour lesquels on distribue des bouchons d'oreille que j'ai dédaigné un temps puis utilisés même si leur efficacité n'était pas très grande, avec les constructions que j'étais tentée d'aller voir, manier, d'Alexis Forestier, à partir des objets qu'il accumule, agence, combine et qui prennent place dans son théâtre-machine musical qui scrute le réel et le restitue en fragments, sa voix qui dit par moment en osmose avec les musiques la sienne et celle d'Annabelle Playe (compositrice et chanteuse, musique entre electro, drone et noise …
et « Esplandor e disformia » de Vera Mantero et Jonathan Uliel Saldanha (texte constitué d'extraits de « Paysage avec les Argonautes » de Heiner Muller – aimé la danse un peu étrange du corps le plus fin qui est le féminin, féminité qui transpirait à travers l'enveloppe molletonnée qui est la même pour les deux corps... la présence masculine étant plus statique, borne prise dans la danse et dans sa musique souple et douce
départ en très piteux état dans la nuit (mais ragaillardie par une rencontre amicale alors que tenais un mur) et les Carmes, bien carrée sur ma coquille orange, pour « sous d'autres cieux » spectacle de Maëlle Poésy sur un texte de Kevin Keiss d'après Virgile
Ils ont choisi, disent-ils, l'Enéide parce que c'est un périple de vaincus et cela commence (c'est ce que j'ai trouvé de plus fort tout au long du spectacle) par un groupe dansant la mer, le rythme des vagues, l'avancée contre, la violence et la régularité etc... danse apparemment simple et très forte puis la chute de Troie etc... mais, malgré la traduction et le talent des acteurs notamment d’Énée (et ce qui améliore le texte en créant la distance même si elle n'est pas vraiment sacrée : les dieux parlent italien ou espagnol et introduisent une gaité jovialement triviale) on sent, surtout à ce moment que Virgile n'est pas Homère, et que son récit est un récit de courtisan, de propagande (mes notes à chaud)
Finalement un beau spectacle puisque plaisir grand et petite contestation ou réflexion même minuscule possible, à côté du thème central : l'exil. 

samedi, juillet 11, 2020

mon 10 et mes 9 juillet

Pendant que Rosmerta pique-niquait sur une plage, teinturier (robe draps) le matin
et puis, après un début de récupération des années passées et une très fugitive tentative inaboutie d'écriture pour l'atelier de François Bon
partir pour retrouver à 22 heures (horaire festivalier) le cloître des Carmes mais sans sièges pour la dernière partie de l'hommage rendu depuis le matin au souvenir d'André Benedetto une formidable envie de vivre performance de musique, poésie et danse autour de ses textes par Sébastien Benedetto, Lia Fayollat, Nolwenn Le Doth, Anna Pabst, Thomas Rousselot et Dominique Sotgu... sauf que à neuf heures quand j'au fermé les volets bleu sur la cour avant d'aller prendre douche et enfiler jupe et tee-shirt frais il y avait une superposition de nuages bonhommes dans le ciel et quand, une demi-heure plus tard, j'ai ouvert la porte de la rue j'au été accueillie par une aimable averse et que l'idée de piétiner dans le cloître avec des passages trempés m'a fait refermer tranquillement ma porte, remonter l'escalier, batailler avec la serrure et en rester au plaisir que l'avait donné cette perspective.
Quant aux années antérieures, avec un constat : il semble que le 9 ne me soit pas très favorable (sourire) je continue...(même si fais fuir lecteurs, mais ne suis pas certaine que cela dure parce que ça bouffe mes journées)
9 juillet 2006 https://brigetoun.blogspot.com/2006/07/sortie-acheter-des-cigarettes-jai.html fin de matinée à Calvet, une lecture à la demande de Nadj, de poèmes inspirés à son ami Otto Tolnai le poète par son ami Barcelo le peintre, Restée debout, à la lisière des chaises, la joue contre la peau d'un des quatre platanes, j'ai du en effet partir, sur injonction de ma carcasse, au bout de trois poèmes, en petites phrases précises, pleines des matières, des outils du peintre, de la palette et de la couleur sur les doigts, et des animaux du désert, poèmes beaux, qui doivent l'être même sans la merveilleuse voix travaillée de Dréville
et l'après-midi au gymnase de Mistral la Défense de Copi mise en scène Marcial Di Fonso Bo  rire de bon coeur du monde de Copi. Le couple homo en déshérence, la fille émergeant par moments de "je suis sous acide", le travello un peu défait venu du grand appartement qu'elle partage avec sa mère, l'algérien ramassé, et leur mutuelle tolérance affichée - caricatures et poncifs assumés, sauf qu'en fait leur humanité résiste et qu'on les aime tous. Et les péripéties folles, python dans les wc qui finit en merveilleux plat, mouette morte mais pas tant que ça, hélicoptère se vomissant sur la tour voisine et incendie (non, ça a été écrit bien longtemps avant ..) recherche de la petite fille, et découverte de son corps .. Réalisme du jeu dans un total délire et, non, le rire n'est pas totalement de dérision.
9 juillet 2009 https://brigetoun.blogspot.com/2009/07/depart-pour-arriver-avant-11-heures-et.html rendez vous matinal avec les petites formes dans le jardin de la vierge du Lycée Saint Joseph qui débutaient, sur mode jubilatoire (et pas uniquement) avec "Narcisses-O", texte et mise en scène de Coraline Lamaison, musique de Pierre Jodlowski, commande, participation au texte et interprétation de Kate Strong..., performeuse) - hauts talons, grande blonde usée bellement, très courte robe de dentelle noire, technique épatante, autodérision non moins, provocante légèrement. Plus un jeu entre les langues qui même quand (souvent) ne comprenais guère mettait en joie
Le second spectacle, très abouti, souffre un peu du voisinage, avec son humour plus léger, son rythme très lent : "culture and administration", commande d'Antonija Livingstone, dansé par elle et Jennifer Lacey, deux belles danseuses, proches et différentes (maquillage de l'une, énergie contenue de l'autre)
après le déjeuner aux heures de chaleur blanche aller attendre le long du mur des Pénitents blancs... et y assister à « C.H.S. »(Combustion Humaine Spontanée) de (texte que j'aurais aimé me procurer, mise en scène, rôle central) Christian Lapointe commençant sur la première cigarette à jeun, dernier plaisir de l'être solitaire, avançant entre monologues (le très beau de la fin) de celui qui en fait pèse l'envie de suicide, et les interventions d'une interrogative jeune femme (Maryse Lapierre) dans un castelet qui surplombe le plateau, et d'un homme en blouse grise semble-t-il debout sur une estrade à droite, qui disserte sur la combustion humaine spontanée "légende urbaine ou réalité méconnue ?... les lumières, les textes ou images projetés, comme une respiration musicale.
Journée s'achevant avec le cloître des carmes dans la nuit avec « le livre d'or de Jan » d'Hubert Colas Jan a disparu (au début sa voix off accueille et décrit chacun des personnages-acteurs au fur et à mesure de leur entrée en scène) qui disait "Ma vie est et doit être un coup de foudre permanent sinon je ne peux pas être (là)..." et ceux qui l'ont connu et aimé forment un groupe, les amis de Jan. une ou deux phrases et puis difficile d'en dire plus (d'autant que crevée suis) que : j'ai aimé. (j'ajoute : mais j'ai oublié)
départ de carcasse en vraie douleur vers le jardin de la Vierge de Saint Joseph pour deux courtes pièces – je résume le texte à chaud : vision un rien comateuse et crâne embué donc forcément injuste du premier « Rosa seulement» texte et mise en scène de Mathieu Bertholet,chorégraphie du duo par Cindy Van Acker, gens hautement estimables, de la force dans la danse très lente, très concentrée sur la force justement, du duo (et quelques moments qui ont franchi mes barrières comme un rapprochement des deux bras et des deux poings serrés), un plutôt bon texte sur la prison de Rosa Luxembourg … regards désespérés vers la sortie de secours, et puis comme pour la suite je lisais les noms de Agnès Sourdillon et Arno Bertina et comme carcasse se calmait ai tenté le second et en ai été récompensée le texte d'Arno Bertina circulant entre la douleur révoltée de la jeune femme chargée, parce que bien vue, de prendre la parole à l'enterrement d'Iris, sa collègue suicidée et la poésie drôle du dresseur de puce, m'a plu... Agnès Sourdillon est intelligente de toute son allure, sa voix, son jeu, et Marcus Brisson lui donne fort bien la réplique.
Et suis finalement repartie vers l'opéra tout à côté de l'antre pour un spectacle de Casiers adapté de la première partie de « l'homme sans qualité »
Des costumes contemporains très travaillés, avec les entraves et complications nécessaires, chic, si chics, trop chics peut-être. Et pendant que je peinais pour me défaire d'une petite mauvaise humeur, d'un léger mais certain ennui devant cette mise en place des personnages, l'exposition du projet, la tentative d'incarner les types, me venait un certain désir d'être l'un des chevaux aux crottins envahissants.
Il y a du comique, n'allant pas tout à fait jusqu'au grotesque, il y a les Idées, le matériel, la diplomatie, un peu d'antisémitisme, l'âme et l'économie, le projet démocratique guidé par en haut, etc... mais suis peu à peu rentrée dans le spectacle et J'abrège parce qu'il est une heure et demi et que j'ai faim. Il y a la place prise par l' »action », la police, le général, le territoire. Il y a les phrases souvent fulgurantes de Musil et le beau monologue final d'Ulrich.
9 juillet 2011 https://brigetoun.blogspot.com/2011/07/samedi-festival-in-spectacles-vus-ou.html Comme en 210 débuter par les courts spectacles du jardin de la Vierge et aimer (bien) le premier « trente trois tours » de David Lescot (auteur, metteur en scène, musicien) et DeLaVallet Bidlefono chorégraphe et danseur congolais (Braza) Tout n'est pas égal, rien n'est inintéressant. Joli contraste physique, jolie complémentarité et accord, entre le congolais, grand, souple, qui garde toujours distance, humour, élégance, intelligence, et David Lescot, aigu comme un coureur cycliste, dont il a un peu la tenue (en version unie noire), sa musique, sa sensibilité, la pincée d'auto-dérision....
et puis alors que je me suis étendue sur ce spectacle, j'ajoute honteusement Je suis un peu désolée, je n'ose pas trop parler de la pièce suivante « voyage Cola » de Bouchra Ouizguen (chorégraphe et danseuse marocaine), intervenue à un moment où fatigue, une idée très étrangère au spectacle tournant vaguement dans mon crâne, heure, langue (marocain) on fait que suis restée de côté, aimablement de côté. Même si ensuite je précise un chouya et cite passage qui me semble de belle forte poésie ironique
dans l'après-midi une des « mise en espace » organisée aux Pénitents Blancs pour l'anniversaire de Théâtre ouvert (était de longue date en tendresse avec) par Jean-Pierre Vincent, comme à l'époque, quand il jouait aussi dans le off avec Jean Jourdheuil et leur troupe, mais cette année c'était « Cancrelat » texte de Sam Holcroft (avec bien entendu Bernard Charteux comme dramaturge) je crains que ces noms n'aient pas même effet sur les plus jeunes (même ceux qui se croient âgés) que sur gens de mon âge... plongée dans le texte riche, apprécié l'ensemble – seulement finalement me reste en souvenir surtout et fortement la petite humiliation même si assez discrète que m'a valu carcasse
et sortie en trop mauvais état pour le spectacle suivant (juste un de ces mauvais jours qui reviennent à longs intervalles, pas de chance)
9 juillet 2012 https://brigetoun.blogspot.com/2012/07/festival-sujets-vifs-lachete-lecture.html une fois encore le jardin de la vierge (je ne le fais pas exprès mais c'est ainsi) pour deux courts formats
«Sonata Hamlet» conception, chorégraphie et jeu Mitia Fedotenko (avec François Tanguy) – musique live Bertrand Blessing un assez long compte rendu et J'ai plutôt aimé, et même nettement, malgré quelques presque maladresses qui m'ont fait dire «adolescence» - ma voisine «j'allais le dire» - sur ce, me suis employée à lui démontrer que c'était une qualité, une mise à nu par des outrances qui n'en étaient que pour les rassis. Elle a acquiescé, réellement ou par gentillesse
et puis «la fille» - conception et réalisation Aude Lachaise et Michaël Allibert, texte Aude Lachaise Simplicité apparente, danse, douce ou accrobatique, chant, sa voix à elle sur son texte (extrêmement sympathiques en outre, et talentueux) - une fille dans une grotte avec un monstre (décrit avec force), leurs amours, une fille qui aurait pu être une princesse – un conte, leste sans grossièreté, mais un conte avec forêt et tout – et puis, finalement une morale un peu amère
retour dans les rues animées mais honteux renoncement à un débat sur la Méditerranée dans l'après-midi 
et, seulement, la cours de Calvet le soir pour écouter Stanislas Nordey lire des extraits de « Reqiem » de Tabucchi, un de ces moments que j'aimais tant et qui sont devenus au fil des ans pour « happy few » et pour patiiiiiiients s'offrant de longues heures de queue (idée totalement anti-brigetounienne)
9 juillet 2013 https://brigetoun.blogspot.com/2013/07/quatrieme-jour-festival-levinas-sujets.html débuter, à quelques pas de chez moi (enfin un gros quelques) par un concert à Saint Agricol - écouter l'organiste Thomas Lacôte, petit, frêle, jeune, convaincant (titulaire du grand orgue de la Trinité à Paris, élève, entre autres de Lévinas, assistant de la classe d'analyse de Lévinas au CNSM de Paris) nous expliquer le choix du programme qui, déception fugitive, ne comprend qu'une pièce de Lévinas (la version pour 3 cors des spirales d'oiseaux de Lévinas pour 3 euphoniums), mais, à l'orgue, aussi Bach, Franck, Messian, Scelsi  parce qu'il improvisait, parce que sa musique est méditative, aléatoire, fait découvrir des possibilités inconnues de l'orgue, «des fantômes» qui ont inspiré Lévinas – et de fait c'était très beau... retour heureux
en fin d'après-midi deux courts formats au jardin de la vierge (reviennent souvent, mais suis une fan, récompensée assez souvent) : « Garden Party » conçu et mis en scène par Ambre Kahan, joué par Karine Piveteau et Duncan Evennou approches, timidité, elle prenant le devant, lui effarouché... et puis ça continue, de beaux textes par moment, plus ou moins audibles, de la danse, un peu (très très résumé) et « Perlaborer », conçu et joué/dansé par Pauline Simon et Vincent Dissez, une petite merveille d'intelligence, de virtuosité sympathique (navrée de résumer autant) avec gouttes de pluie pour finir
départ au crépuscule malgré ciel menaçant vers le cloître des Célestins (et comme mon appareil était par trop déficient je reprends, tant pis, une photo de Christophe Reynnaud de Lage) parce que c'était Faustin Linyekula et que j'avais gardé bon souvenir (ou plus) de 'Dinozord » et surtout de « pour en finir avec Bérénice » il y a trois ans, parce que j'avais été attirée par la présentation de « Drums and digginf » le spectacle de cette année, sur le site du festival : Que raconter encore après six années de création en République Démocratique du Congo ? Comment ne pas ressasser les mêmes histoires, les mêmes révoltes, les mêmes espoirs déçus ? Comment continuer d'avancer, de rêver, malgré tout ? Désireux de répondre à ces questions, Faustin Linyekula est retourné dans le village de son enfance, etc (un bel etc..) .. et finalement, lui et ses danseurs, inventer un rite
Et, pour moi, pour le reste du public semble-t-il la magie de cette tentative d'invention d'un rite a marché.... ce mélange de danse africaine et de danse contemporaine internationale, les généalogies, les récits qui se déroulent pendant que d'autres dansent, les tambours, ces chants, les voix qui semblent intemporelles, l'idée de la forêt, le cercle sautant, tapant du pied, les seins secoués, et ces danses parfaitement maîtrisées de membres de grandes compagnies de danse internationales, la construction, en marge des danses, chants, récits, etc..., par Faustin Linyekula d'une cabane pour refuge du groupe mais à partir de bois façonnés, comme un kit, avec les hésitations que nous aurions pour monter une cabane de jardin ou un meuble.
9 juillet 2014 https://brigetoun.blogspot.com/2014/07/avignon-jour-5-sujets-vif-don-giovanni.html à nouveau jardin de la Vierge le matin
n'ai pas noté et flemme de chercher le titre du premier des deux petits formats, mais  Une femme tend ses mains devant elle et dit : « Un jour je serai humaine. » Phrase entendue dans un hôpital psychiatrique par David Léon. L'énigme de cette phrase, sa puissance, a déclenché l'écriture du texte qui porte pour titre son pluriel : Un jour nous serons humains. Ce « nous » est la réunion d'Hélène Soulié (mise en scène), David Léon (auteur) et Emmanuel Eggermont (danseur et chorégraphe) qui ont décidé d'inviter la jeune actrice Marik Renner afin de constituer... un quatuor … une adresse aux Hommes aussi bien qu'aux Bêtes. Avec cette conclusion Tout tient dans le beau texte et la façon dont elle le porte.
Et puis et là j'en ai gardé un souvenir souriant et heureux « religieuse à la fraise » (titre dont j'ai renoncé à comprendre le sens) proposé et interprété par Kaori Ito danseuse-chorrégraphe japonaise, petite et frêle et Olivier Martin-Salvan comédien et chanteur, montagne humaine poilue et débordante de gentillesse comique.  Le gros et la petite, comme ils se définissent, s'exposent à nos regards pour donner à voir leur rencontre. De leurs contraintes physiques, ils jouent avec la « monstruosité » de leurs différences. « Si moi j'étais dans ton corps et toi dans le mien ? » Qui n'a pas voulu être l'autre ? Qui n'a pas voulu aller voir ailleurs ? 'ils partagent même un seul pantalon au début ce qui rend leurs déplacements gracieusement gauches et drôles, et tout est ainsi, quand ils mesurent chacun la taille de l'autre, celles de leurs mains, leurs tours de taille, hauteurs de visages etc... quand elle lui grimpe dessus etc... etc... suis repartie souriante
dans l'après-midi l'opéra et « Don Giovani – Letzte Party » comédie-bâtarde de Johannes Hofmann à propos de Mozart et Da Ponte avec, à cause d'un article des Inrockuptibles petite crainte d'un objet-mode, d'une remise en cause quasi adolescente et sans but
un peu perplexe
(et n'ai vu que un peu plus d'une heure et demi sur les deux heures et demi annoncées) aimé un assez grand nombre de nombre de choses que je détaille, pas aimé ou moins aimé d'autres... je commençais à dodeliner de la tête quand Don Giovanni a invité les jeunes femmes, puis toutes les femmes de l'assistance à monter sur la scène lui faire fête, j'ai regardé la file se faire peu à peu, les plateaux de verres circuler et puis, comme on libérait le reste du public, dont la vieille qui ne se sentait pas concernée, j'ai voulu photographier cette petite foule buvant et dansant au moment où Leporello fermait le rideau sur elle.... Suis sortie acheter une boite de cigares, en fumer un, réfléchir, me demander si j'entrerai voir la fin de l'entracte ou en resterai là.. pour rentrer, me faire un thé et un crâne éveillé en prévision de la cour d'honneur, quand me suis aperçue que j'avais perdu mon Quignard, et le billet qui était dedans, sans lequel je ne pouvais plus pénétrer dans le théâtre..
et dans la nuit  monter vers le palais et « le prince de Hombourg », esprit vide, oubliant les avis positifs et l'avis négatif entendus ces jours ci, n'ayant pas à oublier Vilar et Gérard Philippe puisque je n'en connais que la célèbre photo d'Agnès Varda (comme, je pense, l'immense majorité de ceux qui les évoquent)
plus de couverture et bon gros froid... public qui a très très partiellement déserté pour cette raison (et j'ai tenu jusqu'à dix minutes de la fin du spectacle que j'ai vu à l'abri du mur sur la place, à côté de la sortie, marchant si difficilement pour arriver à cette sortie, jambes bloquées par le froid, qu'un gentil pompier (mon Dieu qu'il était grand) a voulu me raccompagner jusqu'à l'antre
Ceci dit ai beaucoup, beaucoup aimé ce spectacle de Giorgio Barberio Corsetti et l'ai dit sur le billet.
9 juillet 2015 https://brigetoun.blogspot.com/2015/07/avignon-jour-6-de-la-quatrieme-personne.html Cueillant ce que je trouve de Novarina, faute d'avoir pu assister au Vivier des noms, m'en suis allée, à deux rues de distance, monter les marches de Saint Agricol, pour écouter Claire Sermonne, petite, souplement dressée dans le choeur, lire des passages de « la quatrième personne du singulier » en alternance avec des chorals de Brahms
dans l'après-midi le gymnase du Lycée Saint Joseph, rue des Teinturiers, et son calme jardin pour un de ces spectacles modestes (pas mal de sorties sous le sourire ironique de mes jeunes voisins et le mien) des écoles de théâtre, qui ne manquent pas - et spécialement celui-ci : « el syndrome », spectacle de Sergio Boris metteur en scène portègne avec des élèves de la troisième promotion de l'Ecole supérieure de théâtre de Bordeaux-Aquitaine – de qualités, absentes de certains spectacles que l'on voit dans Avignon. Quelques détails et puis Une certaine gaucherie au début, que la situation justifie. Des tentatives dans ce dénuement extrème de rebondir, produire un spectacle qui pourrait être proposé dans les villages, même les villes, au point de rencontre des pays.. et il y a là quelques moments de grâce
le soir mettre chandail sur les épaules et m'en aller vers la cour d'honneur pour le spectacle chic du festival, en companie de gens très bien, trop bien pour qu'un dialogue soit envisageable... m'amuser avec un peu d'ironie (honte) de ce que j'entendais, et enfin assister à « Juliette et Justine, le vice et la vertu », montage de textes de Sade par Raphaël Enthoven, joué-dit par Isabelle Huppert. Et tout cela ne tenait que peu, emporté par le grâce et la « classe » (même si déteste ce mot) de l'actrice dans un mistral de très forte ampleur - nous avons aussi assisté à une prouesse, parce que j'ai mis au bout d'un moment mon chandail, on a vu quelques couvertures s déployer, pendant que le mistral assouvissait le goût qu'il a pour ce grand plateau, et que la silhouette en grande robe rouge sans manche, à la longue jupe qui s'épanouissait, montée en plis cachés, semblait être sur le point d'être emportée, voyait le tissu se coller à elle, partir en grandes embardées, claquer dans le vent et les remous, et que les feuilles du cahier qu'elle avait en main adoptaient un comportement anarchique (l'intelligence du métier avec laquelle elle s'interrompait deux minutes, de façon visible mais qui ne créait que sourires complices, avant d'enchainer souplement, la feuille rétive une fois disciplinée. J'avais un peu honte, tout en goûtant l'exploit et l'intelligence des changements de voix, d'attitude, la façon de rendre le texte et de le porter dans le vent, un peu honte de l'extrême tiédeur douce de mon chandail.
9 juillet 2016 https://brigetoun.blogspot.com/2016/07/avignon-festival-jour-4-juste-retrouver.html partir assez tôt dans le soir qui descendait pour tenir compte de la lenteur relative d'écoulement des files d'attente en nos temps sécuritaires (dis pas qu'ils ont tort), vers la cour du Lycée Saint Joseph avec l'attente que méritaient le « Lenz » de Büchner (spectacle de Cornelia Rainer – adaptation et mise en scène – basé sur le récit de Büchner augmenté d'extraits de pièces de théâtre, de drames et de notes du pasteur Oberlin (l'hôte de Lenz)
une scénographie spectaculaire... et ma foi belle, et remplissant bien l'espace de la cour, l'unifiant, le recentrant ce qui n'est pas toujours le cas...
me suis attardée sur les raisons que j'avais eu d'aimer – garde la conclusion salut, applaudissements unanimes mais en grande parte timide et des c'est étrange murmurés dans le public se dispersant
9 juillet 2017 https://brigetoun.blogspot.com/2017/07/festival-jour-4-cigares-villeneuve-mais.html photos d'un trajet vers et dans Villeneuve vers un spectacle dont je parle mais n'ai pas vu , annulé qu'il était pour une question technique (pas pu avoir un autre billet, pas de chance)
le soir partir, sans grande conviction vers les Corps Saints et mon cher cloître des Célestins et « La Princesse Malène » de Maeterlinck spectacle de Pascal Kirsch parce que je n'étais pas très désireuse, ce soir moins que jamais, de «théâtre de texte» et de symbolisme au risque de la pesanteur. (comme d'ailleurs en général pour ce qui est du symbolisme)
que dire …. que j'ai peiné un tout petit peu contre le sommeil au début, admirant le travail, notant avec plaisir les petites notes d'étrangeté, que cela mélange la lenteur et le paroxysme, que la force de l'amour sur laquelle insiste le metteur en scène dans son assez beau texte, passablement décalé avec ce que j'ai ressenti, est bien là, mais un rien noyée sous les outrances, et que les péripéties évoquées avec telle rapidité qu'elles sont presque subliminales, donnent finalement une sensation de langueur et de flottement mais que le comique, auquel on n'ose à peine céder au début - c'est Maeterlinck tout de même - finit par emporter des rires de moins en moins discrets... et que je pourrais résumer ma soirée en deux phrases : «du grand guignol un peu long» (avec toute la mauvaise foi d'une fatigue passagère, parce que Malène et le roi sont touchants... et la réalisation impeccable) et celle-ci, que me répétais sur le chemin du retour, «tant qu'à annuler un des deux spectacles que je m'étais programmé aujourd'hui j'aurais préféré que cela soit celui-ci»
matinée tranquille dans les rues (enfin il y avait de la vie)
et prendre car vers l'opéra Confluence pour «Kreatur» de Sasha Waltz
Il y a la musique de Soundwalk Collective à partir de sons collectés dans de vastes hangars industriels désaffectés et la lumière comme seule scénographie (si ce n'est un fragment d'escalier qui ne mène nulle part, où les danseurs, une fois, se regroupent jusqu'à tomber, qui joue rôle bénéfique ou non). Il y a eu la visite d'une prison de la Stasi pour saisir vraiment l'isolement, la perte de liberté, la surveillance (on entend des bribes de phrases dont on ne sait ou dont je ne savais s'ils étaient consignes, interdictions, appels). Il y a des gestes d'humour ou de tendresse et des sévices ou quelque chose d'approchant, la sécurité précaire, des cheminements solitaires parmi les autres et des mouvements de foule, les peurs individuelles ou collectives etc... je n'ai pas tout compris, mais je ne pense pas que cela soit grave, et c'est très beau visuellement. (et accessoirement la clim est terrifique... m'a fallu un quart de lexomil, un moment de station sur le côté brumisateur en main, et puis des voisins intéressants pour ne pas renoncer.)
ce qui aurait été regrettable
et grâces en soit rendues à une conjonction de petits ennuis pas de festival pour moi le 9 juillet 2019