
On a à devenir soi-même, car être soi ne vas pas de soi. Être soi ne nous est pas donné. Tout ce que j'écris peut se ramener à cette nécessité. J'ai à devenir moi-même. Pour devenir moi-même, j'ai dû détruire celui que les circonstances avaient fait de moi, puis aller à la rencontre de cet inconnu que j'étais et qu'il me fallait faire entrer en existence. Tout mon travail, depuis quarante ans que j'écris, a été déterminé par ce besoin là : devenir moi-même. Devenir soi-même peut parfois être une longue aventure, fort douloureuse. Cela entraîne de telles remises en cause, de tels bouleversements... En effet, cet oeil intérieur à l'aide duquel on cherche à se percevoir, il fait partie intégrante de ce qu'il a à observer.
Et j'y ai humblement et admirativement acquiescé.
Continuant à tournicoter autour de Beckett, je lis dans le dernier numéro des Cahiers de Jean Vilar, la transcription du speech introductif de Georges Lerminier à un lundi dramatique de l'Alliance Française, en 53, à l'occasion d'En attendant Godot et à la fin :

Il y a une révélation du verbe au bout de la conversation. Quand ils se mettent à brûler trop près de la vérité, à force de parler, ils se réfugient dans le silence : on se tait prudemment et on laisse la plaie qu'on était en train d'agacer dangereusement se refermer : réflexe de défense vitale. Vladimir et Estragon au fond vivent très bien de leur attente.

En fin d'après-midi, concert au Petit Palais, auquel je tenais, vers lequel je suis partie en petite forme et auquel j'ai pu assister entièrement.
Programme composé par Martin Maladon qui était l'invité.
- nouvelle audition de la version pour alto d'Anthèmes de Pierre Boulez, par Odile Auboin, qui l'avait créée à Calvet en juillet - et cette fois, non seulement j'ai été sensible à la virtuosité, la complexité, la rigueur, mais j'y ai trouvé un grand charme.
- Traces I pour violoncelle et bande de Matalon, par Alexis Descharmes - reprenant les termes du compositeur une nappe sonore granuleuse, changeante et dynamique, se forme avec les sédiments et les traces que ces lignes laissent dans leur trajectoire et en réponse un panneau intimiste.

- une série de minuscules pièces de Kurtag signes, jeux et messages par l'alto, le violoncelle et les clarinettes d'Alain Billiard, variées : grave, jubilatoire - très beau Az hit... la chaleur ample de la clarinette, pour commencer, et le trio final allègre et paysan
- Messagesquisses de Boulez, pour violoncelle et six violoncelles (enregistrés sur bande par Descharmes) : assez somptueux - foultitude, rapidité, dialogue.
- et la création de Traces V pour clarinette en bande de Matalon par Alain Billard : matériau complexe - légèreté puis densité.
Il y avait longtemps, je crois, qu'un concert ne m'avait autant plu - et quel plaisir de retrouver ces interprètes.