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vendredi, janvier 18, 2019
Ciel blanc et voix
samedi, juin 25, 2011
Vendredi matin, dans Avignon,

j'ai rencontré un charmant garçon qui ne regardait pas les filles qui n'en étaient pas, mais attendait patiemment, à une des bonnes places, soleil et trajets des passants, des sourires si possible, des mains ouvertes si le sort le voulait bien
j'ai rencontré une des encore-rares marques du festival sur la porte du cloître Saint Louis, où j'allais récupérer les 14 billets commandés par internet, mais pas encore d'autres traces à l'extérieur des lieux de spectacles du in, même si les répétitions se succèdent, et si trois têtes notées du coin de l'oeil à la terrasse du café de la rue Joseph Vernet, repaire d'acteurs, lecteurs, et gens de France Culture ou autres, m'ont annoncé que « les temps sont proches »

j'ai rencontré le petit dôme de Saint Louis qui me rappelle toujours, à tort ou à raison « la corde raide » de Claude Simon - « Je me rappelais les deux dômes lourds de cette place de Berlin où je logeais, ceux d'Italie et celui d'une église d'Avignon, tout contre ma fenêtre, si près que je pouvais vivre sa vie et sentir la matière de ses pierres» - et mes recherches paresseuses de ce dôme, au début de mon séjour, dôme que je pensais avoir enfin trouvé là - mais depuis j'ai découvert que l'hôtel en ce cas devait être un petit hôtel proche, dont je ne trouve pas trace, et non la partie hôtel du cloître qui était encore hospice récemment désaffecté quand Agnès Varda y a tourné, en 1984, ce « 7 pièces, cuisine, salle de bains » que je regarde de temps en temps pour sa beauté formelle, sa tendre ironie, son discret surréalisme – n'importe je l'aime de toute façon pour sa façon de se blottir entre les bâtiment, en jaillir, se découper sur le ciel.
j'ai rencontré un soleil spécialement amical avec les arches et fleurs du square Agricol Perdiguier

je n'ai pas encore rencontré de colleurs d'affiches, ni d'affiches pour le off, mais j'avais en sac ma nouvelle carte, avec une photo presque passable cette année - c'en est navrant - et il y avait une première « parade » rue de la République pour la plus grande joie des avignonnais, de l'intra, de l'extra, et des touristes
chez le chausseur italien, en atterrissant après le raidillon de Saint Etienne, parmi les superbes chaussures pointues, à côté d'une paire un croco forcément sublime, ce modèle de discrétion dont j'ai capté l'image en souvenir de « chimie de la godasse » de Guillaume Vissac http://www.fuirestunepulsion.net/spip.php?article1036
« et s’il y a bien quelque chose que je déteste plus qu’une paire de pompes pointues, en cuir tant qu’à faire, c’est bien le mec qui les porte, car ce mec là toujours se met à orienter le débat sur l'accession à la propriété et puis le prix du mètre Panam.. »
mardi, janvier 25, 2011
Internet, même en dehors des blogs (et de la lecture d'El Watan pour compléter ou corriger ce que disent les merveilleux journalistes francaouis), est d'une richesse un tantinet excessive en ces jours. Il y a les gracieuses mises en ligne de Laurent Margantin sur « oeuvres ouvertes » http://www.oeuvresouvertes.net/ qui m'ont permis de lire dimanche « l'oeuvre et la vie de Delacroix » par Baudelaire, et surtout « le cas Wagner » de Nietzsche que, dans mon ignorance colossale, je n'avais jamais lu malgré l'envie que m'en avait donnée les allusions qu'il y fait dans ses dernières lettes (ne sais plus où j'ai mis le livre)

Et Publie.net, après les publications de la semaine dernière, après Sade, pour lequel je n'arrive pas à vaincre l'impression d'ennui qui m'est venue en le découvrant à seize ans, sort, en ce début de semaine, un livre de Crouzet mis de côté pour l'instant, le mythique « droit à la paresse » de Paul Lafargue dans lequel je vais me plonger http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504189/le-droit-à-la-paresse et « accident de personne » de Guillaume Vissac, dont j'avais suivi les prémisses sur twitter http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504196/accident-de-personne, suite de sentences qui apportent à l'idée d'en finir la petite touche salubre d'ironie (qui ne dissuaderait que ceux pour lesquels c'est velléité, les autres pouvant aussi être retardés par la recherche de l'heure adéquate afin de ne pas gêner trop d'usagers, qui pourrait être celle du dernier métro, celui où une partie d'un wagon est réservé à la collecte à chaque station, s'il n'y avait immédiatement culpabilité envers les silhouettes lasses et effondrées qui le hante), et qui, par le regroupement des éléments par personnages, les notes ajoutées et la circulation créée de textes en notes, et les renvois de celles-ci à d'autres groupes de sentences, les choix ouverts chaque fois, est un nouveau livre (lire la présentation qui en est faite et qui retrace l'élaboration de ce qui est vraiment non plus un livre numérisé mais réellement « littérature numérique » (et admiration pour le boulot que cela a dû être))
On peut partir de « celui (ou celle) qui... dit « regarde » sans pour autant guider »
et comme il y en a deus, choisir le premier
« comprends-moi : je dois lâcher ta main car elle me brûle : tu vas devoir aller sauter tout seul 68, ou en tout cas sans moi »
cliquer sur 68 : « Sans peau pour me guider, sans corps devant le mien pour faire écran aux autres, comment saurais-je où fondre et même où sauter ? (Celui ou celle qui suit sans se poser de question) »
et de la même façon arriver chez … sans se poser de question, choisir, cette fois, le second, et lire :
« on a tagué au sol des flèches 242 pour savoir où : pour savoir où sauter »
242 : « Encore quelques mètres, quelques pas, quelques minutes... On y est presque (Celui ou celle qui a les jambes lourdes)
soit, le seul :
« tout piétiner 12 dans ces couloirs : humeurs, visages & même 13 marches d’escalier »
lire : 12 : « Mais moi qui n’ai pas les bonnes chaussures, comment faire ? (Celle qui se loupe) »
le négliger et regarder :
13 : « Même ! (Celui ou celle qui voudrait être optimiste mais qui peine) »
qui donne le choix entre
« cette saloperie de ligne 14 265, véritable empêcheuse de suicider en rond »
et
« tout est passé au broyeur, le vide recouvre tout ; ne me reste que l'envie incomplète 266 de m'arracher le visage »
et cela peut continuer, avec sourire tendrement noir, avec grimaces, avec face murée, pendant long longtemps comme un désir d'en finir avec lequel on s'installe dans la vie.

Mais après le dernier de ceux qui sont déjà morts
« le même mec prend, chaque jour, depuis le train, la photo (88) d’un pont depuis lequel il s’est tué, il y a longtemps (89) »
j'ai regardé le bleu du ciel, les plantes couchées, écouté la radio qui nous disait dans le froid, et décidé de ne pas aller plus loin que la place pour poster une lettre, et le mistral ne faisait que mollement danser les pavillons mais pénétrait avec belle décision petite parka et col roulé.

Je les ai rencontrés chez Ducastel, les ai salués, les aurais bien rejoints, aurais suivi avec les femmes et des chèvres, aurais mangé un peu de semoule et de lait caillé, aurais appris à faire du fromage, à débarrasser la vie, à la réduire pour l'essentialiser, à grandir, mais me savais trop étrangère, pesante, inutile – alors, juste les ai salués - eux ils trouvaient que derrière les remparts l'herbe était très verte, et l'air piquant et impur.
et puis suis rentrée les yeux dans le froid et dur bleu du ciel.
Je pense que les sculptures sont de C.Lionnet mais n'en suis pas certaine
samedi, février 13, 2010
L' »effroyable mistral noir » comme l'appelle Nathalie (mais cela donne une lumière merveilleuse sur ses photos http://avignon-in-photos.blogspot.com/2010/02/winter-graphics.html ) s'est un peu calmé, ma carcasse en refus a gagné encore un peu de poids et frôle les 39 kgs, mais zzzzziiiiffffiiiiiizzz, la courbe de mon moral approche le bas du cycle, et je m'en persuade avec joie anticipée, suivra un futur élan jusqu'à émergement.

Etant désormais assez loin des derniers vases communicants, je me suis offert la lecture de « Qu'est-ce qu'un logement » de Guillaume Vissac http://www.publie.net/tnc/spip.php?article302 (je m'étais bloquée sur la première page, trop proche, en mieux, du texte que je me sentais hors d'état et d'humeur de modifier).
«Je ferme la porte derrière moi, la serrure rouillée entre les dents qui raclent. La terre brûlée coule contre le bois qui menace de l'éteindre. Qu'elle brûle aussi la porte et que je ne revienne pas.
Le rebond métallique de la clé dans la boîte aux lettres me rassure : peut-être qu'en réaction, l'immeuble entier se fendra sous son poids. » et bien entendu, lisant réellement ces premières lignes (ou presque) je réalise qu'en dehors de l'existence d'une serrure, il n'y a aucun rapport entre la neutralité de mes lignes et cette succession de logements, de démarches, de recherches, de déménagements pour et avec l'autre, de solitaire désagrègement.
Presque début, parce la première page, sur laquelle j'étais passée, dit :
« Je ne dirai plus de cet endroit que c'est chez moi.
Je ne dirai plus rien de cet endroit,
ni des précédents,
ni des autres. »
Parenté en partie, tout de même, puisque on y trouve le récit d'un ton détaché, neutre, si précis que dit comme à travers une somnolence, un rêve, des formalités de l'installation, mais il s'y ajoute aussi les recherches, les visites, le bail, les changements d'adresse, le partage des meubles.
Et cela est dit en petits (ou un peu moins petits) blocs de phrases dans un ordre qui déroute un peu, situations, pensées, la mise en caisse des livres et disques soigneusement classés, l'absence de livres dans un nouveau cadre, le dénuement peuplé, l'acceptation du cadre que l'autre décide
« Je te regarde.
Je te regarde peindre.
Je te regarde peindre le mur.
Je te regarde peindre le mur du coin bureau.
Je te regarde peindre le mur du coin bureau ou plutôt non.
Je te regarde peindre le mur du coin bureau ou plutôt non je regarde ton ombre.
Je te regarde peindre le mur du coin bureau ou plutôt non je regarde ton ombre qui s'étend.
Je te regarde peindre le mur du coin bureau ou plutôt non je regarde ton ombre qui s'étend pour peindre.»etc..
les rencontres avec les personnages accessoires et indispensables, les voisins, la vieille folle du 2ème, l'agent immobilier
« Votre dossier ça passe pas. Vous gagnez pas suffisamment d'argent. On peut peut-être essayer comme ça mais c'est pas dit que ça marche. Le tout l'air de penser qu'on lui fait perdre son temps, qu'elle s'en fout complètement de nos histoires, qu'elle se paierait bien un kebab en sortant et qu'elle demandera au type de pas trop forcer sur la mayo parce que merde... »
et la relation avec l'autre ou son absence est évoquée par les détails précis de la relation aux logements (dont la succession n'est que le résultat, la manifestation de l'évolution du couple.

Bien mal rendu, tout cela, comme ces notes prises sur le «livre des peurs ordinaires » http://www.publie.net/tnc/spip.php?article303 autre texte de Guillaume Vissac, paru le même jour et auquel j'avais donné la priorité, dont la lecture m'a été plus jouissive, et parfois plus touchante :
petites histoires, situations, numérotées qui renvoient presque toujours à un autre numéro - et la lecture peut se faire en suivant ces pistes ou en suivant l'ordre normal, avec dans le premier cas des rapprochements faisant sens ou savoureux mais le risque de passer à côté de certains petits textes isolés - un refrain "cela n'arrivera pas" avec le plaisir des variantes (ou de l'absence) - des situations triviales, réellement tragiques - une recension de nos petites craintes, superstitions, grandes terreurs, fantasmes
Des catastrophes imaginaires, la crainte d'un accident, la peur d'étouffé par un chewing-gun, la lecture d'un feuilleton (ou le visionnement), l'impossibilité d'écrire physique ou mentale ou par inconfort, plusieurs fois ce qui se passerait si liseuse tombait heurtée par un passant et "sauf que non", la séparation ou la mort, etc..
« Ces fictions du bord de l'œil que je me force à voir ne sont pas réelles : l'image projetée pupille droite est déformée par la tumeur qui presse arrière le tissu et l'écran. Mais non, je reviens sur mes pas, pensées, fragments et instants, ce n'est pas possible : je ne possède rien sous le crâne qui ne soit pas moi-même, jamais elle ne pourra se développer, jaillir, se propager »
« Un peu de sang sur la vitre et le crâne du type sonné par terre un moment. Le cache-objectif de mon Kodak s'est détaché et le flash a pris cher. Dorénavant, toutes les photos que je prendrai seront entachées de ce coup temporal inopiné... «
mais aussi : « ... Par deux fois déjà ils ont tirés les rois, j'ai fini sous la table. Ça oui, ils sont capables. Mais non, pitié, ça n'arrivera jamais, ne peut pas arriver. »
« Un jour – un jour – l'une de ces visions primaires sera vraie. Mais laquelle ? (suspens) «
et pour rendre ceci plus long, peut être plus indigeste, en y ajoutant ma note narcissique, ma participation aux « vases communicants » de février, qui avait bloqué ma lecture du premier, répondant au beau texte de Jean Prod'hom http://brigetoun.blogspot.com/2010/02/pour-demeurer-enfin-quelque-part.html et parue chez lui http://www.lesmarges.net/files/0f00481cf36777e636538a9db932136c-833.html
Trifouiller la serrure. La vaincre, et entrer. Poser dans un coin sa valise. Aller, d'un pas qui se veut ferme, ouvrir les volets, et puis toutes les portes. Chercher où poser son sac et son mobile, pour l'appel des déménageurs. Et puis regarder.
Avec un peu de timidité, une prière, sans vouloir, encore, chercher les défauts éventuels – avec interrogation, une supplique, sans servilité, pour être acceptée.
Chercher à sentir l'espace, l'étendue d'air autour du point où on se tient, et sa qualité. Dire un ou deux mots. Ecouter le son que l'on a, là. Se faire nez, délicatement, pour sentir les odeurs endormies, les promesses.
Aller s'appuyer au mur, à côté d'une fenêtre et face à la porte. Tâter la peau du mur. Le caresser de la main, et lui donner une petite claque. Glisser pour s'assoir sur le carrelage. Sourire à la pièce et à l'avenir. Attendre.
Attendre.
Allonger les jambes. Fermer les yeux. Poser les mains à plat sur les tomettes. Se sentir là, dans cette pièce. Aimer cela.
Attendre - jusqu'à ce que la sonnerie (cette absurde corne de brume que vous avez choisie) vous jette debout, vers la porte et dans l'effroi des murs de cartons qui vont investir l'espace, entre les meubles que les voix grommelantes dans l'escalier annoncent.




