vendredi, novembre 11, 2011

Rempart en longue, longue avancée, à l'intérêt tout relatif, et mur des offrandes,

Depuis le vernissage, jeudi 3 novembre en fin de journée, de l'exposition de photos, à l'initiative, je crois, de Michel Benoit, du mur des offrandes à travers les jours, les mois, les ans, vernissage auquel je ne suis pas allée - me privant d'une chance de renouer les liens perdus avec des avignonnais, me privant surtout d'un moment de communion dans l'hommage - je m'en voulais, et comme ce jeudi matin, une semaine plus tard, le temps était doucement frais et sec, m'en suis allée, en faisant un crochet pour voir le mur, en son état de presque abandon actuel (mais il semble que ceux qui veulent le faire revivre, en plus de le défendre, deviennent plus nombreux)

rue du Limas, air doucement frais, juste pour marcher avec tentative d'allégresse, fendre un troupeau de touristes cornaqués, et puis lever les yeux et penser à Jules II,

saluer le châtelet du pont, traverser le parking vide des autocars et sortir des remparts.

plaindre la roche encore transie de la pluie qui l'a tant fouettée,


lever le cou pour voir à travers le terre-plein, les voitures tournant vivement autour des remparts, un peu du Rhône, le bercail déserté, et, par la poterne,

retrouver le mur, en version dépouillée, les cavités curieusement flanquées d'une série de pages blanches, assez navrantes,

saluer les offrandes restantes, nouvelles ou,

pour certaines, survivantes par miracle, échanger une absence de regard avec une tête, se souvenir du projet oublié de déposer un bracelet tressé en perles de rien, qui aurait dû être fixé sur une branche morte,

regarder autour de soi, recueillir les quelques feuilles mortes arrivées là, les disposer en offrande dérisoire et fugace.

et suivre une belle longueur de rempart et de voitures grises et bleues, plus mortes provisoirement que les pierres,

les coulées noires d'humidité, l'or brun qui se meurt doucement derrière, les nuages qui flânent dans l'absence de vent,

l'étroite porte Saint-Joseph, sa fenêtre haut perchée sur le ciel, et les arbres du Rhône que l'on quitte.

En face, parmi les petites façades humbles et étroites, une grosse maison bourgeoisement banale et son jardin échevelé et secret – jeux, cabanes, ou thé sur une terrasse imaginée, devant un peu de gravier mal ratissé -

une idée de sud, un étendage esseulé, un rêve furtif de midi -

la rude force du rempart pour faire face à ceux qui tombaient sur la ville en dégringolant le long du fleuve,

La vie revenue, avec Saint-Lazare, petite place dans les murs, et camion déchargé, les cars hors les murs, les passants et le café condamné - un peu de l'histoire de la ville telle que la vivaient les avignonnais -

un bout de rempart qui se pare de lumière automnale,

et revenir dans la ville en pénétrant, vieille parmi jeunes, dans l'université Sainte-Marthe

marcher tout doux, croiser des flâneurs, avoir envie de s'asseoir dans l'odeur des roses, d'avoir vingt ans et d'être étudiante, là, dans ce cadre,

essayer de se souvenir d'un plan vu il y a trop de jours, sentir, un peu, la solennité de l'espace, des dalles et du silence, qui ne touche que moi,

avoir une pensée pour le Risorgimento, vite, parce que la rouille de quelques photos freinent les pas, tâtonner dans une cour aux belles dimensions, et parier, toute fière, sur la bonne porte,

ouvrant sur couloirs - les grandes photos du mur, en divers états - se souvenir de mercredi soir, d'une vidéo gentiment envoyée par Michel, malgré mon absence à ce vernissage et mon manque d'assiduité au mur.

Défendons le mur des offrandes from wobtv on http://vimeo.com">Vimeo.

Portail muré dans le mur de la prison Sainte Anne, me semble-t-il, parpaings curieusement troués pour abriter objets familiers, travaillés, peluches, quelques humbles oeuvres, tradition qui a duré près de vingt ans, dont on ne sait comment elle est née, ce que voulaient les offrants, si ceux qui se débarrassaient de brimborions (le mur était oeuvre collective matinée de poubelle) en avaient furtivement honte, sur lequel on peut rêver, qui a repris une importance grâce à l'intérêt que Michel Benoit lui a porté, auquel cette exposition, au moment où il est en déchéance et menacé, redonne vie, relais passé à quelques étudiants, objet d'étude, (et suis désolée de ne rien avoir trouvé à répondre aux mails reçus, alors que des idées me venaient vaguement là, dans une petite émotion devant la fragilité extrême de cette histoire devinée, une fraternité avec un ou une dont la main s'est levée pour caler dans un trou un rien, rien ou peu, mais choisi, qui s'est reculé, a regardé)


- sur le blog de Michel Benoit, qui comporte, au fil des jours, mêlés à des sens interdits, des lumières sur les murs, de belles ombres, etc.. de multiples photos du mur, une recension des billets publiés à l'occasion de cette exposition

http://avignon.midiblogs.com/archive/2011/11/05/au-fil-di-blog.html

- le plus ancien des deux ou trois billets où je l'ai évoqué http://brigetoun.blogspot.com/2010/01/vendredi-matin-ai-suivi-la-rue-du-limas.html

et j'ai retrouvé mon petit bonhomme vert, photographié pendant sa très courte présence,

mais ne me suis pas attardée pour retrouver les dépôts raptés, objets qui m'avaient plu, galets peints, visages ébauchés et pleins de vie ou de charme, un bout de bois à belle forme, petits panneaux peints, mon galet petitement orné, etc... parce que me sentais un peu déplacée, pendant que se regroupaient jeunes corps.

Ai quitté la noble ordonnance du hall,

continué à penser, sans doute à tort, qu'ils avaient de la chance, en suivant le mur de la fac des sciences (si j'en crois un écriteau)

me suis souvenue d'un théâtre de chaque été, devenu indécelable, et de la comedia del arte dans la nuit d'une cour,

ai retrouvé la vie de la rue Carnot, Avignon tel qu'en lui même, une librairie dont j'avais oublié qu'elle était devenue Carrefour, ce que je déplore, ce qui m'a rendu service,

et, en longeant vestiges des terrasses de la place de l'horloge – vue radicalement réduite pour deux mois – ai regagné l'antre.

Voilà, voilà, pardon imploré auprès des égarés.

Il me faut perdre l'habitude de marcher, l'appareil à bout de bras.

16 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Ce mur, parfaitement retrouvé, n'est point celui des lamentations mais il offre la possibilité des gestes qui confient une "transaction" à la pierre qui possède son coeur bien à elle.

Lautreje a dit…

un lieu commun pour que chacun, anonyme, dépose son offrande et ce lieu devient unique !

micheline a dit…

"l'appareil à bout de bras" qui authentifie notre pouvoir créateur

Nicolas Bleusher a dit…

Que deviennent les objets déposés ?

brigetoun a dit…

les passants se servent ou, outragés par le côté poubelle, les jettent je suppose - j'espère que mon petit bonhomme vert que j'aurais jeté a trouvé quelqu'un qui l'aime bien un tempps

Pierre R. Chanteloish a dit…

Le témoignage de Michel Benoit (vidéo) et vos photos montrent bien cette décision insensée de jeter ces vieilles pierres aux ordures en démolissant un mur qui devrait faire la fierté d'une ville tant il suscite la curiosité. Encore une fois une démolition pour un hôtel moderne. Le débat ne cessera donc jamais. Nous avons ces mêmes soucis de ce côté-ci de l'Amérique. Votre promenade est intéressante parce qu'elle nous révèle un aspect de la vie quotidienne d'Avignon qui nous est totalement inconnu.

brigetoun a dit…

suis simplement un peu triste de constater que suis maintenant définitivement out pour les avignonnais, et autres anciens amis
Tant pis pour moi - certainement mérité

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Brigetoun, tu dis des bêtises !!!

Et il est super ton billet, je l'ai mis en lien sur mon blog.

brigetoun a dit…

Michel tu es hors de toute catégorie
(tu en parles rudement bien du mur dans la vidéo)

joye a dit…

C'est très, très intéressant. En voyant ton bonhomme, je me dis que c'est ainsi que je me souviens de toi, tes sculptures que tu montrais dans les billets quand j'ai commencé à te lire (voici peut-être cinq-six ans ou presque ?).

poezitouzazimuts@orange.fr a dit…

un bout de mur avec des trouées comme autant de passe murailles...
c'est ici par vos blogs le tien et celui de michel benoît que j'ai découvert cette histoire et que j'ai signé la pétition relayée sur "paumée" (de mon nom civil ou de mon nom de blog je ne sais plus...)...
je pensais bien que vous n'aviez pas "lâché l'affaire"...bravo
que l'université accueille l'expo est super

jeandler a dit…

Une ballade pathétique
aux objets perdus
le Mur des Offrandes
un après-midi d'automne

Gérard Méry a dit…

...le mur des adorations

arlettart a dit…

Un beau et grand tour de ville et garde toujours ton optique à bout de bras tout simplement

mémoire du silence a dit…

J'aime ce mur des offrandes... vraiment
J'aime ce mur.

andree wizem a dit…

retournant sur la page de la pétition hier j'ai constaté que je n'avais pas dû validé ma signature et recommençant mon inscription j'ai constaté que ça ne valide pas non plus
il doit y avoir des cases que je ne renseigne pas pour ce faire

ce mur pourrait intriguer l'auteur bruno montpied du blog "le poignard subtil" qui est à l'affût de ces manifestations humaines de bord des routes
http://lepoignardsubtil.hautetfort.com/archive/2011/10/18/des-jardins-anarchiques-aux-etudiants-en-architecture-de-bel.html