samedi, septembre 20, 2014

Vendredi de septembre


Petite fièvre rodant, météo annonçant pluies éparses pour vendredi, orage pour samedi... regardé le ciel gris, pris du magnesium, vu qu'averse n'était pas, mis mon vieil imperméable sur une robe rouge, pour me mettre en joie, et m'en suis allée acheter une nouvelle cafetière, puisqu'après six ans de bons et loyaux services l'ancienne m'avait abandonnée (ou plutôt le joint) mercredi matin.
Suis tombée sur une braderie, me suis armée de bonnes résolutions, les ai respectées sans peine puisque suis presque sans un sou provisoirement (enfin relativement aux prix des premières boutiques de ma rue) et puisque, surtout, il y avait principalement des ravans de l'été, et rien pour ma tiote taille. 
En suis restée à la soeur jumelle de mon ancienne Vénus (puisque tel est son nom) et à quelques légumes…
et, sur le chemin du retour, après avoir reçu quelques grosses gouttes paresseuses, que les restaurateurs de la rue du Vieux Sextier saluaient en ouvrant leurs parasols au dessus des ébauches de couverts, j'ai vu, en quelques minutes, le bleu fendre les nuages, s'étendre, la lumière percer.
Un petit tour sur internet, en aimant presque tout ce que lisais... avant de faire et jeter trois cafés, rituellement, de cuisiner, déjeuner, siester en profonde absence.
J'ai trouvé, notamment, ceci dans le dernier des billets de Pierre Ménard (je me permets de vous conseiller de le suivre, si ne le faites pas, c'est émerveillements, intelligence, etc...) http://liminaire.fr/au-lieu-de-se-souvenir-16/article/la-vallee-des-poupees dans la bouche de Ayano Tsukimi, qui a peuplé la vallée où elle vit avec son père, sur Shikoku, de grandes poupées tricotées (allez y voir, l'idée est jolie mais surtout les sculptures de laine sont belles) : Je suis très douée pour faire des grand-mères. Je tire des fils autour de la bouche et elles sourient...
ce qui rejoignait, en mieux, ce conseil de ma mère qui, ça m'a toujours agacé, se révèle juste chaque fois qu'il me vient en mémoire et que je l'applique : relève les coins (expression très cheftaine qui appelle rituellement chez moi une grimace d'exaspération, ce qui finalement m'amène à ébaucher le relèvement des coins de la bouche préconisé) et ça ira mieux...
alors, puisque cela ne marche que si on ne me le conseille pas, mais que besoin en ai, je me suis occupée à sourire, à tenter de le faire vraiment, en nourrissant la grimace de petite lumière interne, faiblarde et douce ou par moment plus éclatante, et en gros ça a marché, le sourire a flotté à la surface de ma sacrée fichue petite fièvre, et l'ai aidé en fuyant les sources de fureur triste qui nous viennent du monde...
et puis me suis fatiguée bien soigneusement en passant une heure et quart à croupetons dans la cour avec une brosse pour détacher autant que pouvais le mélange de terre, feuilles et gravats, et en remplir la moitié d'un sac de 10 litres que trainais derrière moi, ce qui m'a laissé béatement anéantie, massant mes jambes.
Aujourd'hui normalement : orages.

vendredi, septembre 19, 2014

Tendre dureté

ciel en déluge en début de nuit, ciel en pluie, faible je crois, pendant sommeil, ciel en pluie drue au réveil, ciel retrouvant lumière avant midi
connexion qui va et vient le matin
intérêt en fuite pour la suite du jour, ou seulement pour choses sans mots qui veuillent venir ici
carcasse mal volante
ennuis plus ou moins sordides, mieux que pas réglés
et douce nonchalance lâchement savourée
alors rien,
ou juste ce bas de porte, rencontré l'autre jour, et les douces veines des marches, blancheur jaunie pour le seuil, se muant en beige délicatement rosé au contact du trottoir.

Discrétion, finesse, et solidité que les siècles ont légèrement usée... me plaisait bien.

jeudi, septembre 18, 2014

Pantoum du ciel indécis et pantoum du vase ancien

Et sur les rues de ma ville
le ciel ce matin hésitait
Et dans les rues de ma ville

marchais les yeux levés, guettais
Le ciel ce matin hésitait
variant au gré de mes détours
Marchais les yeux levés, guettais
d'un orage dru le retour
Variant au gré de mes détour
clairs ou noirs, nuages régnaient
D'un orage dru le retour
ma crainte lasse, résignée
Clairs ou noirs, nuages régnaient
blancs bousculés, ou bleu sombre
En crainte lasse, résignée
j'allais, humeur dans leur ombre
suis rentrée, ai grimpé vers l'antre, ai tourné un peu en rond d'idées fuyantes en lectures, avec des petites pointes d'activité ménagère, un rien brouillonne, avec des plages de contemplation sans méditation, de rien, d'une collection de vieux programmes, du carrelage, de la pluie qui s'en était venue, bien drue et sage.
Je tentais de faire naître une idée, ou le désir d'une idée pour l'échange qui m'a été proposé, gentiment et avec un souci bienveillant de trouver un thème à ma portée, pour les vases d'octobre
Parce que pensais que la mort des vases était là, venue doucement, en septembre, qu'il était inutile, et que je n'en avais guère envie, d'un acharnement pour leur survie... mais que d'autres, talentueux et courageux, ne l'entendaient pas ainsi, que j'avais donc, me sentant tenue à cela, commencé à tenir listes petites mais vaillantes pour octobre, novembre et même décembre, et que, finalement, je m'étais dit pourquoi ne pas participer...
peut être parce que me souvenais du plaisir de l'échange, en septembre, passée l'intimidation, avec Philippe Aigrain,
et, abandonnant pour ce soir mes tâtonnements, revirements, méditations floues, je reprends ce souvenir d'un matin clair, qu'il avait bien voulu héberger (assurant ensuite la claque ce dont je le remercie encore) dans son atelier de bricolage littéraire http://www.atelierdebricolage.net

"le neuf et l'ancien se rencontrent en nous et dans le monde"

sur ma cour s'efface la nuit
aube blancheur indécise
yeux fermés, noyés les ennuis
en ma somnolence exquise

aube blancheur indécise
air immobile en attente
en ma somnolence exquise
vie et ris viennent et me tentent

air immobile en attente
jour suspendu en sa magie
vie et ris viennent et me tentent
ma vieille âme cherche énergie

jour suspendu en sa magie
ce jour neuf qui nait du jour mort
ma vieille âme cherche énergie
s'en va mon doux penchant vers mort

ce jour neuf qui nait du jour mort
s'ébrouent des pépiements dans l'air
s'en va mon doux penchant vers mort
que tombe de moi cet hiver

s'ébrouent des pépiements dans l'air
en parfum le jour s'éveille
que tombe de moi cet hiver
bien vivre ce jour ô vieille

en parfum le jour s'éveille
rosée vient qui pleure la nuit
bien vivre ce jour ô vieille
sur ma cour s'efface la nuit

Maintenant, il faut que j'arrive à m'abstraire de l'appréhension (et la tentation d'un mimétisme impossible) à l'idée des splendides images et du chant profond d'Ana NB.

mercredi, septembre 17, 2014

S'en va l'été


suis partie avant neuf heures, jambes frissonnant un peu dans la température fraîche, dans une ville qui hésitait à retrouver son ciel bleu
vers ma banque (besoin de regarnir très largement mon compte courant ce qui demande près d'un mois....) où j'avais rendez-vous à 9 heures 15.
Et peu à peu ai trouvé des traces de l'orage, ai vu cette boutique voisine de la banque, qui restait fermée et portait des traces d'une irruption...
et me suis trouvée devant une porte hermétiquement close sur mon rendez-vous, ai attendu un peu avec patience, puis essayé de secouer la chose, de tambouriner, avant, au bout d'une petite demi-heure de renoncer (n'avais pas de mobile dans mon sac) – retour comme pouvais, cramponnée à ma position verticale, en bagarre contre un gros coup de pompe – téléphoné banque, l'ouverture de la porte a été bloquée par cause orage, ils réparent mais impossible d'avoir un rendez-vous avant semaine prochaine, ce qui ne m'arrange pas, mais tant pis – m'asseoir devant ordinateur pas de connexion, téléphoner à Numericable, des ennuis sur Avignon, ils réparent – énergie revenant pour expulser jurons en cascade... connexion revient
petits malheurs sans gravité, mais Brigetoun petite chose...
Pour le reste, trop lasse, me suis bornée à écouter un moment la retransmission de la dernière séance à l'assemblée, en choisissant le rire nerveux devant ce qui, comme prévu, était du très mauvais théâtre, avant d'en faire un bruit de fond à mes lectures,
et puisqu'il semble que l'été nous boude, déserte brusquement, à défaut de me lancer dans la recherche de chandails, jupes et robes d'hiver, ce à quoi je ne me résous pas encore, je marque son déclin en reprenant, vide que suis, ma participation à la dernière proposition d'écriture fr l'été 2014 sur le tiers livre, chez François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4017, après avoir commencé et renoncé à remuer le mélange de boue et de gravats de la cour encore trop humide, et avoir fait une grimace de pitié aux feuilles martyrisées
Il voudrait
Là, attendre nouvelles, résultat des démarches, un emploi, dans la petite chambre d'hôtel à Marseille, avant de reprendre route – ne pas arriver en perdant au village, voir ses parents, ceux de l'ami resté là-bas – là, après la rumination lente sur le bateau, quand le permettaient la promiscuité et les tâches ennuyeuses et harassantes qui étaient la condition de son passage, ce retour sur les noeuds dans son passé, ce début de prise de conscience, ces regrets, ces plaidoyers véhéments et silencieux, besoin se fait sentir de faire le point. Et la leçon apprise de l'abbé, il y a longtemps, écrire. Écrire pour soi, pas un plaidoyer à soumettre, ni une confession (savoir d'abord ce qui serait à confesser).
La chambre blanche, la fenêtre ouverte sur une petite rue d'ombre, de vie affairée et de pauvreté, des odeurs et des bruits, le port absent mais proche, la table de bois – les marques de canifs comme sur les pupitres d'école – le cahier, sur lequel il a écrit, vite, les cinq mots qui lui sont reproches : avidité, légèreté, brutalité, inconstance, médiocrité, et il grimace en les lisant, surtout le dernier – il se lève, il est debout devant la fenêtre, épaule contre le rideau de mousseline roussie qu'il a tiré tout à l'heure pour que la lumière trop rare vienne se poser sur la page, il regarde la feuille qui émerge juste de la pénombre, il se retourne, fait retomber le volet abattant des persiennes - il n'a pas les mots pour ces volets du sud – et puis les pousse, les fixe ouverts en se penchant au dessus des passants – il suspend son geste une minute pour les regarder - pour attraper le petit loquet, que le jour entre librement.
Assis de nouveau, brusquement, il prend la plume et en laissant un petit blanc sous la première ligne : jeunesse, amitié, confiance, hostilité des anciens, naïveté - une hésitation avant d'inscrire ce mot, est-ce vrai, et est-ce une excuse - il se renverse en arrière, manque de tomber, grommelle, avait oublié, même pas une chaise dans cette carrée, juste un tabouret, il jette la plume, il se lève, prend sa veste - sortir, marcher, que viennent les souvenirs, l'image de leur arrivée aux salines.
Dans l'escalier, un étage dévalé, un pied en suspens, arrêt, ne pas fuir, il remonte, lentement. De nouveau sur le tabouret, veste jetée sur le lit, il prend la plume, sort son canif, il taille, avec des arrêts, et puis plus soigneusement, il s'applique, il attend que ce qu'il sent monter se mette en mots, comme il l'a vu faire à l'abbé, autrefois, quand il se croyait seul et qu'il écrivait ces poèmes qu'il ne lui a jamais donné à lire.
Mais ce ne sont pas des poèmes qu'il veut noter, et puis pourquoi pas ? Trouver un carcan pour ses idées... il regarde le plafond, il attend, il a sommeil un peu.
Il a confiance, cela viendra.

mardi, septembre 16, 2014

Ciel fantasque sur la ville et voyage imaginaire

A l'heure de l'éveil lent de ma conscience du jour, trombes d'eau sur la cour.

M'asseoir, me consacrer avec autant de soin que le pouvais à des paperasses, petites formalités ennuyeuses mais importantes,
et sortir, lors d'une éclaircie pour poster une lettre recommandée
avec un retour sous une pluie solidement installée.
Après le déjeuner, sortir dans la cour, dans chaleur tendre, sous ciel bleu layette, lire en quiétude..
et puis tenter d'ajouter une petite station au voyage imaginaire, aux «ce serait» pour les Cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com – lui trouver un côté un tantinet scolaire, laisser reposer pour écouter ce que dit Cazeneuve présentant sa loi qui veut lutter contre le terrorisme et risque d'en profiter, comme partout, pour nous limiter... au moment où le ciel, changeant brutalement commence à tonner, avant déchaînement du vent - bambou se balançant, gouttières glougloutant, lumière fasseillant, Brigetoun se recroquevillant et petits grêlons venant heurter la vitre de ma chambre.. 
sortir en courant pour ouvrir en grand l'évacuation de la cour, regarder, en sursautant à chaque éclair, l'eau boueuse (et pleine du détergent utilisé pour la cour supérieure, mes mains le découvriront plus tard) monter inexorablement, la voir brusquement s'infiltrer, lentement, insidieusement d'abord, puis avec de plus en plus de rapidité, 
et ne pas arriver à la bloquer avant qu'elle descende la marche de ma chambre, me précipiter pour enlever tout ce qui est au sol, sauf la natte qui est maintenant bien imbibée, passer ensuite une heure trois quart accroupie avec une grosse éponge et un grand saladier (limite de ce que j'avais la force de porter une fois plein) pour évacuer ce mélange d'eau et d'un peu de mousse qui me fait les mains rugueuses... pendant que la cour et la salle sèchent lentement.. fermer les volets comme barrière supplémentaire en entendant un tonnerre lointain.. et tenter de récupérer.
En rester là, mais terminer en reprenant un des précédents «ce serait» paru chez les cosaques.
Ce serait - 2
Nous nous serions perdu, ou je le croyais, en flânant dans les rues d'Amsterdam cet après-midi là.
Nous parlions un peu de tout et de rien, comme on le fait quand la rencontre est désirée, se révèle agréable, mais que l'excitation de la découverte se calme, se mue en un plaisir confortable, diffus, sans que l'on en soit parvenu à la complicité silencieuse ou au compagnonnage serein, quand l'on tâtonne un peu pour trouver les sujets qui peuvent amener un échange, sans confrontation dangereuse mais sans unisson ennuyeuse et stérile.
Nous avancions, je regardais, yeux furetant, glissant, s'arrêtant sur un détail un peu caché, une joliesse furtive, en m'intéressant plus ou moins aux explications qui m'étaient données sur ce que nous traversions, sur ce qu'elle aimait et voulait me montrer, me faire voir mieux qu'en passant.
J'étais lasse, un peu soule de cette excursion hors de mon petit monde clos sur ma solitude.
Et au coin de cette petite rue, de ce petit canal, filant tout droit vers une barre de maisons très éloignée, pas exactement une fine tranchée d'eau, mais si étroit qu'il semblait invraisemblable que puisse s'y glisser quelque embarcation que ce soit, le long des quelques péniches amarrées, je me suis arrêtée, me suis appuyée contre la rambarde, les yeux ravis par les grandes surfaces vitrées qui se succédaient d'une façade sombre à une façade colorée, fenêtres légèrement différentes dans leurs formes et dimensions, mais où couraient, de l'une à l'autre, comme pour alléger les bâtisses, en faire simple support pour cette vie, le ciel, les arbres, les pignons des maisons que nous longions.
Longue ligne de façades devenues transparentes, ou plutôt irréelles, à force de renvoyer, opaques et solides, le reflet de la réalité.

lundi, septembre 15, 2014

une ruée dans l'eau et la lumière (longue) mais pas de jardin




Le maire du quartier nord d'Avignon, qui est un gentil camarade, presque un ami, m'avait invitée à la fête de son quartier, avec animations dans le nouveau parc inauguré en juin, chemin de Massillargue, parc dessiné à partir d'un terrain vague après consultation des habitants, et un apéritif en fin de journée, au cours duquel serait dévoilé le nom choisi par les gens du quartier.
Après repassage et ménage, la gourde a passé de longs moments avant de trouver où se situait ce parc (le chemin de Massillargue est passablement long), puis le nom de la station de bus, puis, sur le site assez problématique pour mes yeux de vieillarde de la tcra (compagnie de bus municipale), quelle était la possibilité d'horaire en ce dimanche – ai mis plus d'une heure, la fin de matinée, à mettre au point ce très aventureux programme, ai trouvé deux bus possibles, avec petite marche pour celui du retour... étais contente de moi... et doutais de plus en plus de ma volonté d'ajouter ma présence passablement inutile à cette petite fête.
Vaquant, cherchant renseignements, cuisinant, j'entendais, venant du Rhône, le bruit, finalement très modéré, de la suite du championnat de jetski, que je trouvais de plus en plus sympathique pour cette relative retenue (y compris en début de nuit) et finalement, un peu avant trois heures, l'envie m'est venue de voir cela, et de profiter du soleil, de la lumière sur l'eau, des grandes virgules de gouttelettes soulevées, ai pris mon appareil, suis sortie
et, après avoir dégringolé vers le fleuve, près du pont Daladier, me suis installée, regardant, souriant parmi les gens qui souriaient en regardant, (le public le plus concerné, le plus nombreux aussi, était sur l'île)
prenant une foultitude de photos, au jugé, sans voir le résultat parce qu'il y avait trop de soleil, et en étant certaine qu'elles seraient loupées, presque toutes... pendant la première heure, avant de mettre mon appareil, qui avait très chaud, à l'abri, 
suis restée encore près d'une heure avant de juger que j'avais, moi aussi, accumulé plus qu'assez de chaleur, de rentrer, de jeter un peu plus des deux tiers des photos (dont la plupart incontestablement loupées), de n'en trouver aucune vraiment bonne, d'en garder trop, de décider de les mettre, ainsi, juste pour qu'éventuellement, les passants dégringolent vite le long de la série... comprenant aussi peu ce qui se passe que moi et mes voisins, et dans le meilleur des cas étant aussi fascinés et vides de toute idée que nous l'étions. 
Il faisait délicieusement bon.
Mais, honte à moi, n'ai pas eu le courage de me changer et de m'en aller dans les contrées lointaines qui se situent au nord est des remparts...