samedi, novembre 01, 2014

Retrouver la faible envie d'un spectacle

Matin, sur mon chemin, une longue attente à la poste pour poster une lettre recommandée (finir, exaspérée, par tenter d'apprendre des lois déjà anciennes et toujours en vigueur au gérant – sentiment d'avoir été extrêmement brillante et scrupuleuse par comparaison...)

Matin, sur mon chemin, soleil très lumineux, air légèrement aigre, juste légèrement.
Matin, sur mon chemin, pagaille devant caisse, quelques protestations, des rires..
et le plaisir de pouvoir, puisque chantier mort, me laisser aller quelques minutes, le temps d'un raffermissement, au plaisir idiot et incompréhensible de la contemplation des matériaux..
et puis, parce que pensais hiver qui s'en vient, parce que pensais escapade qui s'approche, parce que l'hiver me dit canadienne, que mon amie n'est pas neuve, mais juste aussi honorablement fatiguée que le veux, mais ne saurait suffire quand il s'agit de ville, de spectacle, même en décontracté, parce que je ne voulais pas m'encombrer d'un des manteaux plus ou moins froissables, parce que voulais remplacer ma vieille parka que j'ai toujours, sauf les trois minutes de l'achat, détestée...
je pensais doudoune, je détestais les trucs noirs bon marché et leur luisance, je trouvais que celle que je voyais rue Joseph Vernet n'en différait pas tant au point de vue apparence, mais sans doute par la nature du rembourrage, et surtout par les 1.500 € de l'étiquette…
suis entrée, comme souvent, dans la boutique en face, ai eu un coup de coeur, peut-être injustifié, pour un bidule, chaud et léger, un peu bourru de laine, dont j'ai décidé qu'il était à la rigueur polyvalent, et suis partie toute contente avec lui dans un très très grand sac…
pour réaliser, en contemplant l'air penché, comme hésitant, de l'inutile lanterne à côté de la porte de mon immeuble, pendant que ma main fouillait mon sac à la recherche des clés malicieuses, que, ma foi, pour le côté imperméable c'était loupé.. tant pis prendrai un parapluie. (important n'est-il pas ?.. ben un peu, ça me tarabustait) 
Ménage, sommeil, lecture, thé avec le jus d'un des trois calamondins de mon énorme récolte, rien…
La nuit venue, ressusciter, en forçant un peu, mon assez envie de voir ce qu'Eric Bouleau avait pu créer avec les moyens dont il dispose, et m'en aller vers l'opéra, ses ballets sur des musiques écrites pour les ballets russes
tout en haut, avec un public jeune mais pas seulement,
en première partie, court et agréable, les biches
la musique vive de Poulenc, l'argument
un marivaudage entre des jeunes femmes du monde six, corsages décolletés et parfois pailletés, courtes jupes ou tutus, talons très hauts, puis sans les jupes avec porte-jarretelles et bas, puis sans bas ni chaussures, légère provocation, gaieté, et trois jeunes gens à l'allure sportive maillots une pièce montants avec larges ceintures, un côté légèrement macho surjoué, de bonne grâce – pas d'éclat, agréable..
un trop long entracte
et puis Daphnis et Chloé avec d'abord la musique de Ravel, le lyrisme assez somptueux de la dernière partie
et sans avoir de grands danseurs, (cinq couples plus le couple vedette et le couple rival) mais un beau travail, une force des deux principaux garçons, une jolie Chloé à la belle technique (peut être un léger manque de fluidité, de grâce), les ensembles, de beaux moments, il arrive à raconter une histoire, à créer des ambiances
Brigitte s'ennuyant agréablement un peu, puis de plus en plus heureusement surprise…
et retour, un peu frissonnant déjà malgré le léger manteau.

vendredi, octobre 31, 2014

dans la lune

Jour dans l'antre

lavage cheveux, méditation, traitement/reprise en mains de carcasse (qui a récupéré ce qu'elle avait laissé de poids en Lozère, et un gros peu de sa force, avec toute sa paresse)
et rangements, (sans autre parenté avec ceux là que leur précarité)
démoralisation devant les reliefs de l'hiver dernier, jeter, repasser, avoir l'impression d'avoir été dignement active, avant de m'endormir benoîtement…

préparer pieds et jambes à reconnaître mes bottes
la lumière pâlit, trébucher encore un peu, fermer les volets
remplacer chemise à carreau par tunique de jean brodé – endosser manteau de laine légère non doublé, et grimper la petite côte vers l'opéra – monter en haut, pour rejoindre jeunesse et assister au spectacle de notre chorégraphe Eric Belaud, en souvenir distancié (garder musique, et thème) des ballets russes avec les Biches sur la musique de Poulenc et Daphnis et Chloé de Ravel
arriver sur la place de l'horloge, dans la nuit qui a décidé qu'il était temps d'être fraiche et de rendre désertes les terrasses, voir les belles grandes portes de l'opéra fermées, me dire c'était peut être au conservatoire (pourquoi diable ?), glisser de quelques pas jusqu'à l'affiche, hésiter un peu, considérer que oui, il semble que le jeudi 30 ne soit pas exactement le vendredi 31 octobre, passer à la Civette,
et m'en revenir tout doux, tout doux, ricanant un peu, vers l'antre
regarder l'étrange, regarder, plaisir concentré que ne m'était pas offert depuis un bon gros bout de temps, Shara de Naomi Kawasé.

jeudi, octobre 30, 2014

jour gorgé de peu


petit tri – porter verres et papier, en deux sacs bourrés, jusqu'aux remparts, 
dans un ciel transparent, en soleil légèrement piqué de fraîcheur automnale

m'offrir, en rentrant par la place, deux petits chrysanthèmes blancs échevelés pour accompagner l'endormissement las de mes plantes
et puis me prendre de passion, passion modérée, entraînant de longues méditations pour déclencher chaque geste, pour petites tâches domestiques, inventorier réserve collants chauds, gants, sortir pantalons de velours, frotter bois, cuivres, étains, contempler poutres en me massant le dos, laver sol et faïences, et me plonger dans lectures en retard de journaux et revues diverses, afin de repeupler la corbeille
jour plein à craquer de petits riens, lentement et soigneusement, ou presque, accomplis.

mercredi, octobre 29, 2014

Il m'est très facile de me fatiguer... un dimanche en bien trop de photos et de mots


Dimanche matin, cloches dans un bleu intense ourlé de rose.
La lumière qui vient, les brebis qui ne se cachent plus, la douceur qui s'installe lentement et mon gros chandail et mon pantalon de velours…
une petite heure, avant leur déjeuner, dans le salon du groupe, dansé quelques instants pour eux, avec la fille de la bande, très mal mais ça n'avait aucune importance, avons reçu indifférence ou cris de joie selon les caractères… nous étions légèrement et joyeusement complices.
Après un déjeuner bricolé avec les maigres ressources de la supérette locale.. une envie de bouger, de me fatiguer un chouya, et rapidement la sensation que cela serait trop facilement atteint, peu vaillante étais, alors une marche flâneuse, des arrêts pour tourner sur moi-même de croupes en creux, en croupes, en ombre, en pré étincelant…
passer par l'établissement appelé l'horizon, en regrettant, brièvement, de ne pas pénétrer sur son terrain, et que ses entours soient maintenant construits, en me souvenant de la visite, longues années il y a, au moment du choix de cet emplacement et des vues extraordinaires qu'on en a en tournant sur soi même presque à cent quatre vingt degrés, d'avoir suivi de loin l'élaboration des plans, de ces bâtiments bas étagés selon les courbes, réunis par des coursives pour éviter les sorties aux temps de neige – aimer ce que ne donnent pas les photos – de dépit en détruire celles qui voulaient le montrer, alors que tant d'autres gardées – l'ombre bleutée dans les replis des courbes, cette sensation fausse de précipices adoucis où sombrent les prés... et les lignes au loin, superposées, de plus en plus proches de la tonalité du ciel.
Tâtonner un peu, et puis trouver et m'engager sur la route du col de Trébatut, ressentir par réflexe conditionné un petit déclic dans les oreilles, sourire de moi, photographier la vache qui tenait à poser, hésiter à m'entretenir avec elle du sort de ses soeurs entassées par millier, 
et repartir sous le soleil de ce début d'après midi, dardé pesamment sur le goudron et la grosse laine de mon chandail, me dire que n'irai pas jusqu'au col bien entendu, ne pourrais pas, mais garder un petit élan de désir timide, un entêtement qui me pousse à repartir, cueillir et jeter petites fleurs de bords de route, échanger des bonjours et des oui il fait un temps superbe, chanceler, regarder, me garer pour laisser passer jeunes à motos, continuer…
quitter la route pour suivre, en surplomb sur sa droite, le chemin du petit patrimoine,
pied dans les caillasses, tournant lentement en grimpant doucement sur cette énorme épaule qui n'en finissait pas et qui anéantissait presque les vues, comme n'étant plus que promesses à venir au bout de cette courbe tendue, puis de celle là... jusqu'à croiser jeune vieillard dynamique me disant c'est très beau là bas, un peu plus loin…
rester plantée là un moment, piétinant des noisettes et des glands, après le passage de ce bel entrain, de ce pas de randonneur, secouer ma fatigue, lui dédier humblement mon admiration, et puis me souvenir que randonneuse ne suis pas, que l'idée au temps de ma jeunesse me sapait d'ennui, que ne suis qu'ancienne piétonne infatigable d'une ville qui n'est plus mienne, sur jambes qui ne sont plus miennes, 
et redescendre tout doux, tout doux, saluant un arbre étrange, les ronces, les troncs rouillés des petits chênes, les chardons, des ombelles ou des herbes qu'un rayon de soleil ennoblissait.. avançant de l'ombre d'un poteau à l'autre le long des prés 
quitter la route un peu avant le panneau du village pour prendre sur ma gauche jusqu'à un carrefour de petites routes et remonter vers l'établissement le plus récent, je crois, l'Aubrac à la recherche des ânes dont m'avait parlé avec fierté ma voisine qui est venue, elle, pour visiter l'un de ses résidents – tendre, et retirer, ma main vers des mures, sentir remonter mon enfance et penser en sage vieillarde au chien que je viens de croiser, monter au dessus des bâtiments, échanger des sourires, les ânes ne sont pas là…
revenir, suivie, dépassée, rejointe par le chien, lui expliquant que ne veux pas de lui, jusqu'au village, voir sur un bâtiment proche de l'église que le petit patrimoine est indiqué comme difficile et demandant quatre heures, et rentrer me poser, reprendre souffle et visage quiet, quelques minutes sous les voutes, avant de rentrer m'installer devant Arte et Picasso, jusqu'au crépuscule, un dernier balayage, ménage, tri de ce qu'emportais, léguais à voisine... nuit
j'étais arrivée à me fatiguer aussi totalement que le voulais, m'en faut peu... juste deux heures et demie ou un peu moins de marche musardeuse, et j'étais vacillante, sourire las et crâne vide 
matinée de lundi, lente préparation, contemplation des trainées de nuages, de leurs courbes qui semblait écriture étirée... piapiater avec voisine jusqu'à l'arrivée du taxi pour 
la grande gare de Banassac-la-Canourgue, trouver brave homme pour hisser mes bagages jusqu'au wagon haut perché descendre vers Béziers, en passant sous le pont de Millau et le trouvant bien plus beau, assuré et ailé, sous cet angle, voir les tuiles mécaniques, puis canals, faire leur apparition, changer rapidement, si évidemment maladroitement fatiguée avec valise et sac de draps, serviettes, pots de confiture etc... que des mains sont venues me suppléer, prendre un autorail confortable, et m'en aller vers Avignon, en grande conversation sur tout, la ville, son passé, les spectacles d'une troupe de bonimenteurs, avec un adolescent fin, souriant.... voir mon aimable, très grand, très sec, contemporain, grimacer soudain en prenant de mes mains ma valise 
et suivre, comme un automate, le chemin de l'antre, hisser le tout en haut du court et raide escalier, battre mes records de rapidité pour rangement, tri etc... et faire un gros dîner parce que faim avais depuis les toasts du matin…
mardi, lessive, départ sous ciel redevenu bleu (s'était ennuagé en mon absence) vers teinturier, halles, pour un petit marché, hors d'état de porter lourde charge, et puis vivre tout doux tout doux.