lundi, mai 19, 2008

La nuit des musées : le palais des papes et le petit palais interdits d’accès pour le plaisir de téléspectateurs et d’invités qui regardaient le second avec leur dos (pour les avignonnais qui se veulent peuple de base, en photo et commentaire voir Michel Benoit http://avignon.midiblogs.com/archive/2008/05/17/20h40-populaire-interdit.html#c192346 et lisant sous le sien le commentaire de Nathalie, je constate que j’aurais du m’entêter)
parce que je suis partie sous notre omniprésente pluie vers Louise Labbé au Roure et le jazz dans le jardin de Calvet, mais un peu transie, un peu « blues » en côtoyant de pauvres égarés sous leur parapluie j’ai renoncé et suis rentrée, sans même essayer de joindre les airs d ‘opéra au musée lapidaire ou le danseur de la collection Lambert

Mais dimanche était voué à la lumière, aux annonces de haut-parleur s'insinuant dans ma cour, et au farniente joyeux au bord du Rhône pour les « mille pagaies » (chiffre exact ?)

Des néophytes s’amusant de leur maladresse, et du pur plaisir de ces glissades en eau plate (souvenir de ma seule expérience de la chose et de multiples bouillons pris pour la plus grande joie des « amis » dans les petit rapides) pour la joie des promeneurs rêveurs, des canards et de vieux anglophones


Et Brigetoun assise visage enfin au soleil (mais me faudra chercher de nouvelles sandales, maintenant que les bottes doivent être abandonnées, celles de la fin de l’été dernier laissant mon pieds faire à leur surface des allers et retours qui n’améliorent pas l’élégance de ma démarche) dégustait ce plaisir, juste à la marge, loin de l’affluence

En faisant abstraction de ce qui longeait ce calme bucolique, en saluant la face guerrière du palais dédaigné samedi.
Et assise sur un muret sous le pont j’alternais regards déclenchant des photos comme une envie de prendre possession, et de petites plongées dans « l’instinct du ciel » de Jean-Michel Maulpoix, m’arrêtant sur
« Partout tu poursuivis la mer…
La mer autour et dedans,en bouche, en embouchure, haussant, baissant la voix. Ses croûtes et ses gerçures,….En regardant longtemps la mer, tu compris comment bouge le visage de l’homme…
La nuit qui n’en peut plus de répéter la mer sait que ceux qui viennent là le soir, fumer une dernière cigarette, ne s’intéressent précisément qu’au fait qu’ils ne comprennent rien de ce qu’elle leur raconte…
»
et j’ai levé les yeux et regardé sans voir, consciente seulement de cette eau, de la lumière et des ombres sur elle, et de ce qu’elle n’était pas la mer, et très loin du texte aussi, j’ai revu le Papé, qui fut mon Papa, exilé pendant les longues années, de la fin de l’âge mur à la vieillesse, dans les terres, arraché à cette mer à laquelle il appartenait (peut être trop en elle pour la faire parler) par amour pour les siens, et à ses promenades vers les écluses de Bougival pour voir passer les péniches, essayer consciemment ou non, et se moquant un peu de lui-même, de renouer avec son élément naturel


Et si j’écris que j’étais loin du texte, c’est que je détourne la surface de mots, les extrayant de leurs résonances, de la mort, de l’amour… mais ne puis faire autrement puisque je n’ai ni le droit ni la possibilité de pénétrer sous la surface que mon père nous offrait ; je sais seulement que j’ai pensé à lui.
Et puis j’ai revu l’eau jolie, la fête du dimanche, et suis rentrée écouter de la musique contre le mur de ma cour et repasser les derniers vêtements d’été, pour les savoir pendus là, et traîner en vieille jupe gitane ou jean.

dimanche, mai 18, 2008

Ce que l’on ne doit pas dire.
Entendant ce qui se disait pour la journée contre l’homophobie,
Et trouvant que c’est bien,
Je pense aux invisibles, aux inutiles, ceux dont nul ne veut ou n’a voulu,
Ceux que l’on ne reçoit pas, sauf un peu en leur vieillesse,
Ceux à qui on ne fait pas de cadeau,
Ceux que l’on ne console pas,
Ceux qui n’ont pas de passé visible ni d’avenir regardable,
Qui sont hors du temps.
Ceux qui doivent choisir quand et comment s’éclipser sans gêner,
Ceux qui n’auront jamais une journée, puisqu’il n’y a rien à en dire,
Puisqu’ils n’existent pas,
Puisque ce n’est pas vendeur.
Ceux qui ont droit à la douce violence du mépris,
Un peu de ridicule, une odeur de poussière,
Des esprits fermés, rabougris,
Des égoïstes,
Et qui s’ils s’arrêtent l’intériorisent.
Ceux qui savent qu’il n’y a pas de droit à l’amour -
Ceux qui parfois aimeraient pouvoir ne pas mentir,
Et dire sans indécence « on ne m’aime pas ».
Les derniers îlots de discrétion

Et que les pots - le ciel ce serait trop - me tombent sur la tête
Ah et puis
Ceux dont la persistance est preuve de la superbe puissance de la vie

samedi, mai 17, 2008

Le faucon http://falconhill.blogspot.com / a encore frappé (une photo de lui pour me souvenir que c’est un ami, et pour amener un peu de beauté) - et avec un tag qui me va comme des ailes à une musaraigne, sur les soins pris pour être beau ou belle - alors que je n’ai besoin de rien. Vais essayer tout de même avec l’application, la conscience qui me caractérisent
Mon fond de teint : un crayon étalé avec les doigts, mais je n’en trouve plus ici, alors je ne peux plus me sculpter des ombres intéressantes

Un mascara : Mascara…non le Faucon ce n’est pas un footballeur mais un truc qui pique, inutile pour ceux qui comme nous ont de grands beaux yeux
Une crème de jour : une qui ressemble à de l’eau, bleue de préférence
Une marque de produits :autrefois prestigieuse ou non au gré des trouvailles et pulsions,… maintenant : le petit marseillais
Ma marque fétiche de maquillage : rien sur moi sauf du rouge à lèvres - dans ma salle de bains : les marques du Club des créateurs de beauté (je n’aime pas les boutiques et les vendeuses)
Un produit must : savon liquide à la figue
Mon parfum : j‘en ai eu, ou plutôt des eaux de toilette, des très aimées-indispensables successives, qui cessent immanquablement d‘être en vente au bout de quelques années - cherche toujours mélange thé et citron l’été - ambre et vanille pour l‘hiver. Si quelque un me l’offrait Y, mais il me manque aussi beaucoup de centimètres pour le porter dignement - Mes soeurs en leur salubre franchise prétendent : le tabac
Mon magazine fétiche : Alternatives économiques - des trucs chez le toubib, regardés sans lunette et qui, cet homme est austère ou sa femme fourmi, sont généralement de voyage ou « généralistes »
Tu pars sur une île déserte et tu emportes quoi (trois produits max, sans protection solaire ni rasoir) : savon de Marseille, une ânesse (et un âne qui ne compte pas, il est annexé à la première) pour les bains de lait , quelqu'un ou quelque une capable d’extraire des huiles des végétaux de l’île .
La femme que tu admires pour sa beauté : Jeanne Moreau, ou en une version qui serait notre cadette:Isabelle Huppert - ou une de mes nièces (non à vrai dire plusieurs, disons surtout quatre, ne dirai pas lesquelles)
La femme dont tu envies le look : j‘allais dire Delphine Seyrig, Est-ce que je n‘affiche pas trop mon ancienneté
?.ma maman, mes sœurs - je sais je devais n'en admirer ou envier qu'une, mais ce serait trop violent
Je me damnerais pour : me damner.
Que signifie pour toi la féminité : variable
Un dernier mot : si seulement…
Ton adresse blog fashion/beauté préférée ne savais pas qu’il y en avait; et puis je déteste suivre conseils ou, horreur, « tendances »
Reste qu’il faut « inviter » d’autres à se soumettre à ce truc. Outre que cela ne va pas avec mes principes, je ne vois pas très bien
Muse est à Marvejols et ne nous lit pas - Céleste a répondu- les deux Christine (celle que je connais « en vrai » serait peut être de bon conseil) ont des blogs vraiment trop loin de ces futilités - Micheline n’admettrait pas, les autres je suis trop timide…
Et quant aux hommes je suis d’une génération où ils n’avouaient pas ce genre de soins, sauf after-shave et eau de toilette (papa m’a presque fait tolérer la lavande et, plus tard, je n’ai jamais su ce qui faisait boucler certaine barbe, à part l’arrivée d’une stagiaire intéressante)
Bon disons tout passant ou toute passante que cela amusera.

vendredi, mai 16, 2008

Joyeuse affluence du peuple adolescent, belle détermination et accoutumance des aînés, sous le yeux amusés des passants et des petites troupes de touristes.
Une Brigetoun qui promenait au gré du cortège, en marge, parfois au centre, son huile, ses pastilles vichy et son poisson, sans légitimité grande pour se joindre à un groupe, sauf, un peu en retrait, aux rescapés de la campagne des municipales.

Un espoir, sans trop y croire, que les plus jeunes gardent un petit souvenir d’avoir été là, au-delà du plaisir, et pendant un peu de temps résistent à l’idée que les services publics sont une charge, se demandent vaguement si ce ne serait pas une de nos richesses, et ne pensent pas, malgré les beaux diseurs, que pour rendre efficace il faut supprimer (qu’au contraire une réforme demande de l’argent). Mais un succès : une victoire passagère sur notre automne, une visite fugitive de la lumière.
Et puis l’automne est revenu, avec ce mal être qui me vient avec chaque kilo reconquis, et me suis enfoncée, frissonnante, paresseuse et dolente pendant que quelques rares députés dissertaient sur la liberté de la presse et la soi-disant protection des sources.
Abandonnée l’expédition projetée pour acheter de la terre, abandonnée l’exhumation des tenues légères - en émergeant de mon trou, me suis armée d’une tasse de thé et me suis enfuie vers Julie.

Julie soulève le voilage de sa fenêtre ; ses yeux embrassent le jardin qui se réveille. Elle cherche à s’arracher, plonger, annoncer son départ, se taire autant qu’elle le pourra, inventer, sourire et… elle ne sait quoi ensuite. Elle est seulement fatiguée, elle a un peu froid, et peur - si lasse, si apeurée.
Elle se redresse, élargit ses épaules, noue un ruban en ceinture, tire ses cheveux en un chignon pur.
En arrivant dans la cuisine elle trouve la dernière fille de Lilou, la voisine de son ami, avec des fruits pour une Berthe bougonnant , et une lettre pour elle, qu’elle enfonce dans sa manche et lira, plus tard, dans un creux de la journée, réfugiée dans l’ombre du figuier, sans nécessité, sauf ce besoin de protection qui l’emplit.

Et, puisque, c’est décidé, tout est fini, elle est partie dans les rues claires du dimanche après-midi, souriant en croisant les promeneurs. Mais, devant la porte, elle hésite un moment, se rassemble, se prépare.

jeudi, mai 15, 2008

Intimité peuplée de vide,
enfermant la lumière
et la faisant sienne
Porte entrouverte sur un ailleurs
qu’elle se refuse à voir
En sécurité ou en prison derrière un élégant treillis
et rongée par l’extérieur,
le temps autre qui la submerge,
et l’enferme plus fortement
contre un mur solide et rêveur.
Résumé : nada
Ma mi piace tanto nulla che sono nulla
Pero tanto mi quiero nada que yo soy nada
Et j’suis pas sure des mots mais nada n’est tenu à rien

Pour me faire pardonner

mercredi, mai 14, 2008

Quand Perrine sort du four la plaque garnie de gâteaux un peu irréguliers mais bien dorés, les petites filles se regardent en applaudissant. Un petit discours pour les féliciter, la vérification des notes prises dans les carnets, et puis elles en gouttent chacune un et la vielle Berthe qui a quitté son fauteuil au coin de la fenêtre pour donner son avis tranche « un peu trop inégalement travaillé, un peu trop de beurre, je te le dis toujours Perrine, mais dans l’ensemble c’est bien mes petites demoiselles »
On finit de décoller les gâteaux, on les empile dans deux paniers et on les recouvre de jolies serviettes et Julie, se dirigeant vers la porte : « venez, nous allons les offrir à vos compagnes ! »
Mais Berthe : « Perrine tu les accompagne, avec ta chocolatière - la Mademoiselle vous restez un peu si vous le voulez bien, »
Le sourire étroit des grandes lèvres qui se sont serrées sur ces mots, le dos droit, les yeux plissés qui ordonnent : Julie ne peut qu’acquiescer. Elle accompagne les petites filles vers la porte, brode sur l’idée du goûter qu’elles vont offrir à leurs aînées, leur ouvre la porte, plaisante avec Perrine , et son obéissance à la vieille cuisinière en perd, elle l’espère, toute étrangeté. C’est simple, amusant, elles organiseront, elle viendra un peu plus tard.
Elle ferme derrière Perrine, se retourne vers la vieille femme qui ne sourit plus et refuse son regard, fait errer ses yeux autour d’elle
- je ne dirais pas que je me méfiais, je vous ai acceptée de grand cœur
- Berthe je vous en remercie - mais je ne savais pas que votre avis était nécessaire
- ne joue pas à la fière - ça allait, Madame Aurélie vous appréciait et elle sait - mais on m’a parlé de vous, de vos promenades la donzelle
- n’écoutez pas toutes les bavasses - et puis….
Et elle soulève le long loquet de la porte sur je jardin
- je ne sais ce qui vous autorise à prendre ce ton, et préfère ne pas discuter avec..
- moi je te dis simplement que je ne veux pas que tu amènes le scandale dans cette maison, ma garce, et que si Madame souffre à cause de toi je…
Julie se précipite dans le jardin.
Appuyée contre un mur, elle reprend son souffle, cherche son calme,essuie ses yeux parce que, bien sûr, comme une sotte, elle a laissé monter un sanglot et des larmes. Elle tend un moment son visage vers le soleil, et le gouffre auprès duquel elle hésitait depuis deux jours est devant elle - se décider - partir - l’inconnu - se retrouver seule complètement - elle n’ose se dire le perdre, elle n’ose penser qu’il a été un peu à elle aussi.
Elle pose ses lèvres sur les petites fleurs si fines contre le mur qu‘elles y semblent dessinées , en attrape un sourire, et part vers le bâtiment des dortoirs.
Et je suis toujours dans les mémoires de Klaus Mann et puis, futile dans http://brigetoun-romandegare.blogspot.com/ (personnages et liste des brides avec liens) décourageant les derniers valeureux lecteurs.
Et puis en fin de journée : enviva André Chassaigne ! (je n’ai pas suivi, pour ménager ma bête) - mais pourquoi est-ce que les gens du nord nous ont volé le soleil ?

mardi, mai 13, 2008

Quand Jean est passé sous le portail, un petit chien est arrivé vers lui du fonds de la cour, rebondissant maladroitement sur ses courtes pattes, secoué par un aboiement qui semblait entraîner chacun de ses bonds, jusqu ‘à stopper devant lui, grondant dans un effort de férocité.
Les yeux dans ses yeux, Jean a fait un pas en sifflotant,et le chien a penché la tête, perplexe. A ce moment un garçon est sorti d’un hangar, sur la droite, suivi d’Alphonse Castelle, qui a rejoint le chien et tendu la main vers son visiteur, son expression comme une réplique, à hauteur d‘homme, de celle de l’animal.
- bonjour
- soyez le bienvenu - vous voulez changer quelque chose, ou voir les bois ?
- je suis sur de votre choix, mais pourquoi pas ?
Et pendant qu’ils vont vers le hangar, en réponse à une question distraite de son visiteur, Alphonse explique comment le choix s’est porté sur lui
- en fait, c’est par la mère de Valentin du Restaux, et Raoul de Cayranne, je crois que j’ai rencontré pour la première fois Madame de Cayranne le jour du mariage de sa fille
- mais vous connaissiez les Icart ?
- oui Monsieur Icart est un ami et client de mon père, et il m’aide, lui aussi, à me lancer
- vous sembliez connaître aussi très bien Mademoiselle Julie Quersaint
- vous me l’avez présentée
Et Jean conscient de sa maladresse : « mais je ne savais pas que vous vous étiez revus - ma femme m’en a parlé - elle semblait assez contente de son rôle la pauvre petite… »
Alphonse sourit toujours, aimable et distrait avec détermination, ; il pousse la porte et ils entrent dans l’odeur des grumes.
- écoutez, -vous pouvez me maudire - je ne sais comment vous dire - je voulais seulement. .. Ne pensez vous pas que si les langues des femmes, vous savez comment elles sont, commencent à … elle a tout à perdre, savez-vous ? Elle est très seule et…
- je ne vous maudis pas. Je vous demande simplement au nom de quoi vous…
- j’ai de l’amitié et de l’estime pour elle, et je suis redevable à nos trois dames, comme nous les appelons
- essayez d’avoir de l’estime pour moi. Bon, je pense que ce cerisier fera votre affaire…
Et ils parlent des tables et bancs à venir.
Une broutille de plus, à la suite de celles d’hier, et toujours en relation avec
http://brigetoun-romandegare.blogspot.com/