samedi, février 04, 2012

plaisir (pour moi) du rite

Non ce ne sont pas des vases, et non ils ne communiquent pas, et oui, en sommeil, en frissons, en micro hébétudes, en un peu de narcissisme navré, j'ai failli ne pas avoir temps et intelligence (?) sereine assez pour pénétrer ce qui nous était offert, mais les vases ont remporté la victoire, comme toujours... et à ce moment là, en plaisir, me suis éparpillée avant de siester – on n'est pas sérieux en vieillissant.

Alors cahin-caha, ça donnerait ça (mais bien entendu il y a surtout http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants le regroupement auquel oeuvre Pierre Ménard)

La folie ordinaire

G@rp http://samdixneuf.wordpress.com/2012/02/03/folieordinaire/

en reprenant des tweets dans le corps de son texte, aider son fils à traiter : «On ne peut tuer un mythe. Argumentez.» - suer sang et eau (plus porté sur les armes, collectionnées, que sur la lecture)

« Un mythe, m’étais-je dit, ou c’est mort et c’est une légende, ou c’est vivant et c’est une légende…vivante – comme l’écrivent certains journalistes. Bref, vivant ou mort, c’est toujours une légende… J’en serais toujours là sans cet article en page 4 de L’Historien des Armes... » allez lire

et

Samuel Dixneuf http://lasuitesouspeu.net/?p=618

un ami d'enfance : et les phrases dans la tête, qui ne le quittent pas – beau et long texte, les phrases s'intercalent dans la matinée des deux amis

« Ma vie régulière, vide, démente

Il m’attend. Il s’est assis. On est au sommet de la butte. D’ici on domine toute la région... »

notre monde

Pierre Ménard http://www.scriptopolis.fr/?p=3889

« La théorie de la vitre brisée (broken windows theory) est une analyse criminologique développée aux États-Unis au début des années 1980, qui soutient que les petites détériorations que subit l’espace public suscitent nécessairement un délabrement plus général des cadres de vie et des situations humaines qui y sont liées... » ce qui ne doit pas justifier le tout sécuritaire mais montrer que «lorsque les régulations sociales informelles font défaut, les comportements destructeurs se libèrent, quelles que soient les couches sociales concernées. »

une réflexion qui a tout pour me plaire, intéresser mais qui n'est pas, non pas du tout exposé froid, mais une pensée qui se déploie appelle des exemples, et bien sûr Detroit (et la vitre feuilletée qui rend dérisoire la théorie de la vitre brisée) allez y voir

et

Jérôme Denis http://www.liminaire.fr/vases-communicants/article/sur-la-route-de-jerome-denis

sur la route il y a des signes

« Instaurent des virages dangereux, façonnent des zones à vitesse calibrée, dessinent des choix entre destinations, séparent des flux. D’autres ne valent qu’entre eux, pris dans une vaste toile ou simplement associé deux à deux. Ils se répondent alors, se contredisent, se complètent ou se répètent tout simplement. Rien de tel pour le plaisir d’un peu de poésie que de prendre les seconds pour les premiers. »

et la rêverie inquiétante, hypnotique, fantastique qui peut venir d'eux, détournant leur but premier.

échanger musique des textes, musique de la répétition, et photos (belles)

Isabelle Pariente-Butterlin http://sauvageana.blogspot.com/2012/02/vases-communicants-fevrier-2012.html

dans le jardin sauvage d'Anan des images d'un jardin imaginé par une experte, strophes de réflexion rêveuse, petit dialogue presque socratique, et plaisir

« Dis-le, que ce que vois quand tu regardes dans ces images, ce que tu pleures quand tu regardes ces images, ce sont d'autres images, ailleurs, rangées ailleurs dans ta mémoire, auxquelles nul regard ne peut plus accéder, auxquelles nul n'a accès, de ce déchirement de couleurs, de ces couleurs froissées des pivoines, pétales froissés, soie froissée, même pas entre tes doigts... »

et

Ana NB http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article463

« loin après les yeux fermés » des strophes, reviennent, avec une fausse régularité, pour ne pas céder à un rythme trop marqué, laisser place à la musique, les introductions « oubliés » et « voix » et comme toujours c'est inimitable

« oubliés - l’heure est du premier pas du premier passage dans – le corps de l’heure étendu sur la terre quelque part sur un bas côté – un bout de terre - une eau de nuit - courtes barques à la dérive – loin plus loin pointe des arbres – pluie impasse rue passons – un avance – un avance – ici et »

nom/non deux vidéos à écouter

Mathilde Roux http://kwakizbak.over-blog.com/article-mathilde-roux-d-emblee-et-justement-98270209.html

« Nous nous sommes présentés par nous-mêmes, à ce qui devait arriver et qui aura un nom plus tard »

et

Christophe Grossi http://www.mathilderoux.fr/2012/02/christophe-grossi-ce-que-tu-nentends-pas.html

« ce que tu n'entends pas sans écouter, et tu fais bien de penser à autre chose de moins sourd, est son nom épelé à lui, conjugué, décliné, diamanté, éclairé, articulé.. »

Camille http://irregulier.blogspot.com/2012/02/vasescommunicants-camille-philibert.html

elle fonce sur lui, il ne scille pas, rencontre, rien ne tourne rond

« C’est passé tout près. Tes poils se hérissent. Sanglots retenus. Soupirs silencieux. Sidération effacée. Tu y tiens. Fondamentalement. Finalement. Irréductiblement. Plus que tout, tu y tiens et tu tiens. » et une vidéo « ainsi soit-il »

et

François Bonneau http://camillephi.blogspot.com/2012/02/comme-sept-voiles-vases-communicants.html

« faire avec » ses mauvaises habitudes, les accueillir, les bien traiter

« Vaincu consentant, je les laisse escalader mon dos et me gratter la tête, de l'intérieur, mes mauvaises habitudes pourraient bien la vider, pourraient bien éponger les zébrures ; elles ne s’en soucient pas, embrassent l’espace qui reste, sans couvrir ce qui, avant elles, tapissait l’intérieur. »

l'eau, la mer

Christine Leininger http://justineneubach.fr/spip.php?article86

bref et court texte poétique sur l'eau, la mer, les flaques, la nuit

« L’eau range ses faux plis en les éparpillant sur les plages ou tournent le sable et la vase. Les coquillages grelottent des glas que la mer fait résonner au cœur des roches. Nous ne sommes pas, nous allons à la lèvre du rivage que le froid saisit comme un portrait ».

et

Justine Neubach http://les-embrasses.blogspot.com/2012/02/les-vases-communicants-justine-neubach.html

« elle a repris ses bras de sel et de lumière »

un homme dans le froid d'un car, la buée qu'il met sur la vitre, se souvient : la mer, l'été

« Il a passé ses mains dans les sables du fond, s'est choisi un poisson préféré qu'il a suivi tout un après-midi, il ne ressortait plus de l'eau cet homme, c'était comme une algue nouvelle. Il y avait en lui une part amoureuse du bleu lourd de la mer, une émotion baignée dans un lit de caresses. Tout ce qui l'entourait le nourrissait. Il grandissait sans fin. Rien ne pouvait l'atteindre. »

cinq mots choisis par chacun et ce qu'il en sort

Christopher Sélac http://nicolasbleusher.wordpress.com/2012/02/03/un-jour-de-plus-au-paradis/

un jour de plus au Paradis

« Paradis. Un jour pas comme les autres. Saint Pierre se tient à l’entrée, il pianote sur une tablette. Devant lui, une file interminable de gens se présente et attend. »

et dans la foule un certain Maurice Heller que l'on retrouve

chez

Nicolas Bleusher http://christopherselac.livreaucentre.fr/2012/02/03/latelier-mondain-decriture-par-nicolas-bleusher/

l'atelier mondain d'écriture

« - Surtout ne l’écoutez pas, Maurice. Ce chérubin abuse un peu trop des paradis artificiels…

- Vous avez raison, ma chère : un de ces quatre, il faudra que je lui corrige la toupie, à ce jeune homme. »

départ

Éric Dubois http://www.xn--chatperch-p1a2i.net/spip/spip.php?article192

un poème fort de mots simples

« On suspend le présent

Rester partir

Chaque départ est la surface 
de l’autre

La pellicule du temps »

et

Michel Brosseau http://www.ericdubois.net/article-texte-de-michel-brosseau-les-vases-communicants-de-fevrier-2012-98008579.html

départ : un beau texte-poème à partir de ce mot, et de tri et de fuite.. (beaucoup aimé)

« Fulgurance : parce que libération de forces ou la part de l’inconnu ?

La fuite n’est pas tri mais renoncement.

Fuir n’est pas partir. Qui fuit n’a pas eu le temps de faire le tri, seulement ressenti s’effondrer. »

Jean-Christophe Cros http://academie23.blogspot.com/

série photographique (quel beau travail !) de « Pour un tombeau d'Anatole de Stéphane Mallarmé. »

et

Lucien Suel http://www.boat-a-idee.com/lucien-suel-pour-les-vases-communicants/

Maumau se met en boite, un allègre poème en vers justifiés, à propos de Maumau dans la boue, de Marcel Duchamp, d'épluchures, des phalanges boueuses etc.. un régal du jardinier chef

«Maumau est une laitue.

Grosse blonde rempotée

paresseuse, recouverte

de pralin reine de mai

de pleine terre fumier

tourbe bouse de veaux.

Maumau pousse en vas. »

à partir de musiques

Candice Nguyen http://flaneriequotidienne.wordpress.com/2012/02/03/les-rideaux/

regarder http://www.youtube.com/watch?v=7dpZh0onkJU et puis lire « les rideaux »

les mots, les idées qui viennent, la préparation jusqu'au moment derrière le rideau sur salle noire, en trois mouvements

« Le morceau refait une boucle et je devrais être couché. Mais l’enfant cherche encore d’où peut bien venir cet entêtement de notes, où est-elle, où se cache-t-elle, dans son crâne dans son âme est-il fou ? L’enfant sait maintenant qu’il n’y a personne dans le tiroir. Dame peur personne. Vlam badaboum personne, pas de notes pas de dame pas de larmes. Il peut maintenant aller se coucher, tranquillisé – peut-être fou. »

et

Franck Queyraud http://www.theoneshotmi.com/2012/02/plutot-que-le-vide-le-plein-one-shot.html

plutôt le vide que le plein, lire et écouter Tom Waits

« suis-je le ciel ou un oiseau ? » rêver sur une péniche d'évasion, souvenir de celles de l'enfance et

«ce moment où vous savez que vous écoutez ce que vous n’aviez jamais entendu auparavant… et ce frisson soudain, et soudain vous transporte… et envie de partager mais vous êtes seul ou seule, c’est selon et c’est la même chose. Etre ici et ailleurs… Ici et maintenant… Savoir… Y a pas d’autre ailleurs que celui qui est dans notre tête… et c’est jardin, si vous le voulez… et sinon, tant pis… Pas besoin de péniches pour s’évader»

voyages

Benoît Vincent http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2714

« le verbe du bout du monde » incursion à New York – la voiture après le train, la machine démarre et avec elle celle de l'écriture en route – mais c'est malaisé, retenir le texte qui veut s'écrire, recopier comme pour le premier voyage aux Etats Unis... oh et moi là je peux pas résumer, en perdre...

juste ça : « Tu te plais à ces égarements plus ou moins subis, plus ou moins choisis, on ne sait pas, comme se promener à Staten Island sous la neige, ou errer au sud de Manhattan jusqu’à l’Hudson qui porte de petites banquises de glace pure. Des lieux sans intérêt — a priori. » qui entraîne...

et puis « écrire c'est mélanger les espaces »

et

François Bon http://www.amboilati.org/chantier/francois-bon-italie/

l'Italie (pour Benoît et Genova et pour le merveilleux Michele Rabbia et sa musique)

« J'apelle ça Italie, dit-il, c'est une ville » et le il continue, souvenirs, pensées – puissance de l'évocation – pourrait être dit, proféré, murmuré sur la musique de Michele Rabbia et, tiens pourquoi pas, Pifarély

« On se perd, en Italie. On aime ces villes parce qu’elles savent nous perdre, du moins le savaient. On recherche dans la moindre ville l’hésitation au carrefour, ou telle place, ou dans l’ombre d’une ruelle, qui vous donnerait encore cette illusion qu’on s’y perd. Il y a une limite, tu comprends : tu connais trop Venise pour y perdre tes repères. Tu les perds dans les banlieues nord de Rome : mais ce n’est pas l’Italie que tu cherches.. » et une église, une fresque – et le lisant, trop vote, j'étais dans le désir d'y revenir., faute de pouvoir y rester

« On a dit, même récemment, en ce siècle-ci, que certaines des personnes qu’on avait laissé seules longtemps devant ces fresques, ne redescendaient jamais vers la gare, ou vers le parking de l’autre côté des voies, où on peut laisser sa voiture »

Christine Jeanney http://readingwolf.wordpress.com/2012/02/03/post-it-roman-photo-par-cjeanney/

roman photo avec post-it – photos, couleurs, mots, regardez – c'est régal

le plus long post-it :

«plus tard peindre

à nouveau

un jour

le vouloir »

et

Sylvain Esposito (Canis Lupus) http://tentatives.eklablog.fr/sylvanin-esposito-dans-trois-petits-m-en-filigrane-vases-communicants--a38206027 suit les pos-it dans un joli billet « trois petits M en filigrane »

petit jeu de piste qui se révèle plus grave que voulu

« Toujours suivre les petits carrés. Encore… L’angoisse montait, petit à petit, de savoir si il y avait un suivant. Mots essentiels, indispensables soudain. Jusqu’au dernier, une main, précieuse, en arrière plan. Alors il comprit.... »

à partir de : « Se couvrir, s'exposer, s'ouvrir »

Danielle Masson http://nolwenn.euzen.over-blog.com/article-soupir-d-une-orchidee-par-danielle-masson-98535721.html

recette de cuisine, appliquer les trois mots (c'est fort bien détaillé) et finalement

« L'anéantissement de tous les mondes équivaut au soupir d'une orchidée. » (Marc Gendron)

et le résultat de la recette :

« Excusez cette histoire… sans queue ni tête… juste pour vous présenter cette orchidée qui, après s’être couverte de boutons, les ouvre et s’expose.

Admirez-la ! »

et

Nolwenn Euzen http://jetonslencre.blogspot.com/2012/02/les-vases-communicants-6-fevrier-2012.html

ironique, pas tant, un inventaire des choses trop conservées

« Les téléphones de collection

Les carnets remplis et les carnets vides

Les versements du R.M.I. de .... à ....

La liste des films vus au cinéma de 1987 à aujourd’hui

Les lettres des proches de .... à aujourd’hui... »

émoi

Catherine Desormière http://doha75.wordpress.com/2012/02/03/emoi/

entrer dans un salon et le voir – parler, circuler, résister à la tentation de le regarder

« Il est temps. Je n’hésite plus, je me dirige vers lui, je suis devant lui. Il est magnifique, je le veux. »

et je vous réserve la chute

et

Dominique Hasselmann http://desormiere.blog.lemonde.fr/2012/02/03/emoi-emoi/

émoi, émoi

un je regarde une femme entrer, sais qu'elle le reconnaît, elle vient vers lui, (et nous suivons cette rencontre qui va se faire entre eux) et

« Je sors alors du tableau, je suis à sa hauteur, c’est la stupeur dans la salle. Il ne reste plus rien sur la toile, le cadre est complètement vide, l’insolent bruit de déchirure a écorché l’air.

Je lui prends fermement la main, nous nous enfuyons tous les deux alors de cette galerie : la réalité serait-elle plus grande que l’art ? »

parfaite réponse au premier billet

échanges vidéos

Giney Ayme http://lsarahdubas.over-blog.com/article-vases-communicants-de-fevrier-2012-97792882.html

« pour Cesar Vannini » avec Serge Pey – je ne peux que vous renvoyer (mais impérativement) à la vidéo

« ma ville a deux vies et une vie comme une rive » écoutez

et

L.Sarah Dubas http://www.giney-ayme.fr/article-vases-communiquants-avec-l-sarah-dubas-fevrier-2012-97523764.html

« chaque nuit est une page qui se tourne » - à vrai dire regardez et écoutez – symphonies de timbres, de mots et d'images

Gares – échange que j'ai aimé (mais une incompréhension de détail)

Christine M, Jacques Danglejan et Jacques Le Cleac'h échangeaient mais je n'ai, sotte et pressée suis, pas compris quels étaient les auteurs de chaque texte

il y avait http://flux-reflux.blog.lemonde.fr/2012/02/03/vases-communiquants-un-promeneur-wagons/ ./ wagons : un beau texte, évocation de gares et voyages

« Bèze en août, gare désaffectée dont on a supprimé les rails
ailleurs au contraire rails imprimés dans un champ où paissent deux ânes mais pas de gare, comme les voies romaines
en Corse Gare de Bocognano, voie unique, le train semblait devoir perforer tout le vert, le flanc, le sein gauche de la montagne »

http://2yeux.blog.lemonde.fr/2012/02/03/vases-communicants-fevrier-2012-champ/#comment-785

dans la gare au petit matin, penser à un roman à écrire

« Me voici maintenant, à l’aube de ce petit matin frisquet, à l’embranchement de Dieppe. Cette bifurcation me semble un lieu idéal. Pas loin de la gare de Barentin. Que je décrirais peut-être. A moins que je n’y fasse descendre quelques passagers. Le calme avant la tempête. »

et à vrai dire sur le blog de Christine M, qui s'était rajouté sur la liste aux petites heures, je n'ai rien trouvé

échange textes et photos

Louise Imagine http://xavierfisselier.wordpress.com/2012/02/03/bleu-louise-imagine-vasescommunicants/

bleu/immense - bleu du drap tendu en abri sur la plage, bleu de la mer, et la maison un peu plus loin, et le bonheur

« Tu soupires, te plaignant du vent, des moustiques de cette nuit, de la crème soi-disant apaisante qui n’apaise pas assez. Je n’écoute plus, pensées volages, perdues dans les longs préparatifs de cette semaine, couchages, nourriture, boissons, je pense ne rien avoir oublié… Je n’écoute plus, prévoyant, sourire aux lèvres, les arrivées successives des frères et sœurs accompagnés des conjoints et enfants… Une joyeuse marmaille. »

et

Xavier Fisselier http://ilpleuvrademain.com/2012/02/03/vases-communicants-de-fevrier-2012-par-xavierfisselier-vasesco/

deux beaux et intelligents (très) chevaux de bois – l'un parle, on ne sait lequel, parle d'eux, de la femme qui les comprend et les photographie

« Qui de nous deux s’estompe, en retrait, là? Tu es pourtant si proche. Nous sommes identiques, ne le vois-tu pas? Nous tournons en rond et nous ne nous regardons plus. Deux vies parallèles, indépendantes, l’une posée à côté de l’autre, l’autre posée à côté de l’une. Comment sommes-nous arrivés sur ce tourniquet bruyant et chahutant? Cela ressemble tant à la vie de ceux qui nous observent tourner, avec leurs sourires béas et les yeux rivés sur leurs petits qu’ils nous ont installés sur l’échine. »

Maryse Hache http://www.joachimsene.fr/txt/vases-communicants/article/lichen-par-maryse-hache

a repris dans un texte de Joachim Sene le mot «lichen » et s'en sert en magicienne, une fois encore – et une fois encore je ne peux en parler qu'en disant que j'y suis infiniment sensible sans trouver d'autres mots que les siens, et vous demande d'aller la lire

« et ce lichen caché qui frappe ces quatre syllabes en répétition lichen lichen / le temps a fait son oeuvre ouverte et offre dépliement / ce qui semblait secret se révèle comme papier photographique d’autrefois / le souvenir pâle prend contraste /
c’est le titre d’un txt / txt papier avec dessin caché par papier de soie / c’est un livre, un livre papier / c’est un texte au soleil / c’est un poète que je lis / c’est un poète que j’aime / du soleil / des petites rues / du soleil... »

et

Joachim Sene http://semenoir.typepad.fr/semenoir/2012/02/toilettes-open-space-de-joachimsene-vasescommunicants-fév-2012.html

toilettes/openspace : un jour, pas tout de suite, mais un jour, constater qu'il n'y a pas de miroir dans ces toilettes pour hommes

« Le mur nu, d’un crépi doux blanc cassé, en lieu et place de mon visage que je voulais noire pupille à dévisager, sans doute cassé aussi, plissé extérieurement par des doutes que j’ignorais et que j’aurais ainsi pu, à l’examen de mon reflet de peau, déceler. Mais rien que le mur en face de moi, comme j’en avais eu un, me dis-je alors, chaque jour avant ce jour, et comme j’en aurais un chaque jour après devant moi, et donc, aussi, derrière, partout autour. » et repartir le mur sur les épaules

1601 signes à partir d'une photo prise le 16/01 à 16 heures 01

Christine Zottele http://www.fut-il.net/2012/02/1601-vasescommunicants-par-czottele.html?utm

tentative de description et

« Apparemment, je suis un homme à évidence. J’étais. Car si cette amnésie se révèle définitive –Minne dit qu’il est trop tôt pour établir un diagnostic définitif- et si personne ne me recherche, je risque de douter longtemps de mes évidences. Les statistiques de l’ordinateur révèlent que je viens de taper 1601 signes. »

et

Christian Sanchez http://etsansciel.eklablog.com/vases-communicants-6-a38195650

une frise d'hommes, femmes, enfants, des fixations au milieu de certains visages

comme un beau lamento

« Voilà en corps oubliés ce qu’il reste de Chamira à la longue popeline de velours, de Gad au costume clair seyant et à la moustache impeccable, de la vieille Emouna leur mère et belle mère bâtisseuse d’espoir. Suit leur descendance détourée de blanc, flanquée sur un mur comme une estafilade sur nos cœurs »

un échange non annoncé et donc absent de la liste (pas rajouté, vu trop tard et puis c'était peut-être une décision auquel cas tant pis pour eux, je prends, c'est trop bien)

photos d'enfance

Sarah Cillaire http://blog.marcpautrel.com/post/2012/02/01/Sarah-Cillaire-Vases-communicants

« le métier d'habiller les hommes », métier fait, brièvement, chez un couturier,

« Les Russes sont les plus gros acheteurs. Les femmes russes portent souvent le même masque botoxé (pommettes saillantes, lèvres en boudins, sourcils en v). Au rez-de-chaussée, la plupart des jeunes gens qui servent les repas étudient aux Beaux-Arts.

Les corps nus dans la cabine, très vite, je les vois sans désir — le trouble ne résiste pas à l’usure (une danseuse à propos de ses partenaires de scène). »

et

Marc Pautrel

photos d'enfance : ouvrir boite, voir ses nombreuses photos en enfant, qu'on ne reconnaît pas, qui prend toute la place

« On dirait que mon visage est un cercle, une boule, ma tête est ronde. Je regarde toujours droit l’objectif, je fixe l’appareil, je ne sais pas comment une telle chose est possible, comment un enfant de cinq ans peut regarder si intensément un minuscule trou noir, l’objectif de l’appareil photo, un appareil à focale fixe, à moins que cet enfant ne cherche le regard de qui le photographie, qu’il veuille trouver ces yeux et que ces yeux étant cachés derrière l’appareil il doive traverser l’appareil, et donc le viseur situé derrière l’objectif. »

et enfin – marcher dans la ville

Laurent Margantin (ci-dessous)

lui, ou plutôt le tu auquel il s'adresse, ne peut pas prendre en photo les «revenants» mais les voit, nous les montre en mots

«Tu les suis de loin, ou plutôt jour après jour, car ils ne cessent de revenir aux lieux que tu traverses toi, bizarrement ils sont toujours aux endroits auxquels tu reviens toi-même, et déjà l’un d’entre eux semble te reconnaître de loin, léger plissement de la peau sous les yeux que tu crois percevoir dans l’ombre de son chapeau noir, et s’il te saluait, que ferais-tu ?» et ils ont hantés leurs lecteurs comme moi si j'en juge par les tweets

et

Brigitte Célérier http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article1494

en mineur après ça, se souvient de marches dans Avignon, de pérégrinations en d'autres villes

«Le vide tendrement mélancolique, de la rue des Teinturiers, en version hivernale, et la tour des Cordeliers, échelle noire sur ciel, troncs des platanes serrés, l'éloquence des branches, les pierres usées de la calade, leur tendresse pour les yeux, la courbe très tendue de la rue, être dans la douce puanteur de l'eau, l'essentiel.»

P.S. Il semble que Hyppolite Chlorate ait malheureusement renoncé à son billet hébergé chez Jacques Bon.

vendredi, février 03, 2012

Les revenants

Tu vas dans les rues de la ville pour prendre des photos. Mais jour après jour tu es plus attentif à ce que tu ne prends pas en photo, à ce que tu ne peux pas prendre en photo. Tu prends un arbre, un reflet dans une vitrine, une affiche, un chien allongé sur le trottoir, tu prends quantité de choses et d’êtres en photo, mais tu ne prends jamais ceux que tu appelles les revenants.

Les revenants sont des hommes ou des femmes qui errent à travers la ville en pleine chaleur. L’un hurle en se tenant la tête et marche à grand pas. Il lui arrive même de rentrer dans un bâtiment par une porte et d’en sortir par une fenêtre, mais silencieux. Il lui arrive aussi d’aller dans une salle d’attente, de s’enfermer dans les toilettes où il se met à hurler en ouvrant grand le robinet du lavabo pour s’asperger abondamment d’eau fraîche. Les patients dans la salle d’attente semblent indifférents aux cris, en vérité ils ne les entendent pas, étrangers au monde des revenants. Quand l’un d’entre eux se rend ensuite aux toilettes, il ne remarque pas la flaque d’eau sur le sol, il n’entend pas l’écho des cris qui court encore entre les murs.


Un autre revenant marche tranquillement dans la rue principale de la ville, un chapeau noir sur la tête, le visage fermé. Tu reconnais la chemise verte qu’il portait quelques jours auparavant, et le petit sac à dos qu’il tient toujours sur l’épaule droite. Il est immobile sur le même trottoir, semble attendre quoi ? Tu ne lui demandes pas, tu ne t’approches pas de lui, comme tu y as souvent songé, pour lui demander. Son visage fermé à la peau très noire te fascine, figurant à tes yeux la solidité des revenants, capables de passer toute une vie dans un même espace circonscrit, de hanter le réel le plus banal.

Tu restes à distance des revenants. Tu n’oserais jamais t’approcher d’eux pour les photographier. Tu les suis de loin, ou plutôt jour après jour, car ils ne cessent de revenir aux lieux que tu traverses toi, bizarrement ils sont toujours aux endroits auxquels tu reviens toi-même, et déjà l’un d’entre eux semble te reconnaître de loin, léger plissement de la peau sous les yeux que tu crois percevoir dans l’ombre de son chapeau noir, et s’il te saluait, que ferais-tu ?



Brigetoun en faisant profiter, pour ce jour, Paumée de ce beau cadeau qu'est ce texte de Laurent Margantin rêvait, et repensait, un peu confuse, à sa longue rêvasserie dans les rues d'Avignon, et autres, qui trouve place en même temps sur Oeuvres ouvertes. http://oeuvresouvertes.net/


Rappel :

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l'initiative d'un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… "Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre."

La liste des participants, que j'espère correcte se trouve ci-dessous ou sur un blog dédié à ce seul usage http://rendezvousdesvases.blogspot.com pour simplifier les choses pour les participants


Liste des vases communicants de février

G@rp http://lasuitesouspeu.net/ et Samuel Dixneuf http://samdixneuf.wordpress.com/

Pierre Ménard http://www.liminaire.fr et Jérôme Denis http://www.scriptopolis.fr

Isabelle Pariente-Butterlin http://www.auxbordsdesmondes.fr/ et Ana NB http://sauvageana.blogspot.com/

Mathilde Roux http://ecritbook.typepad.fr/blog et Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com /

Camille Philibert-Rossignol http://camillephi.blogspot.com et François Bonneau http://irregulier.blogspot.com

Christine Leininger http://les-embrasses.blogspot.com et Justine Neubach http://justineneubach.fr

Christopher Sélac http://christopherselac.livreaucentre.fr/ et Nicolas Bleusher http://nicolasbleusher.wordpress.com

Éric Dubois http://www.ericdubois.net/ et Michel Brosseau http://www.xn--chatperch-p1a2i.net/spip/

Jean-Christophe Cros http://www.boat-a-idee.com/ et Lucien Suel http://academie23.blogspot.com/

Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/ et Franck Queyraud http://flaneriequotidienne.wordpress.com/

Benoît Vincent http://www.amboilati.org/chantier et François Bon http://www.tierslivre.net/

Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ce-qu-ils-disent et Canis Lupus http://readingwolf.wordpress.com/

Danielle Masson http://jetonslencre.blogspot.com/ et Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/

Catherine Desormière http://desormiere.blog.lemonde.fr/ et Dominique Hasselmann http://doha75.wordpress.com/

Giney Ayme http://www.giney-ayme.fr/article-vases-communiquants-avec-l-sarah-dubas-fevrier-2012-97523764.html et L.Sarah Dubas http://lsarahdubas.over-blog.com/article-vases-communicants-de-fevrier-2012-97792882.html

Jacques Danglejan http://flux-reflux.blog.lemonde.fr/ et Jacques Le Cleac'h http://2yeux.blog.lemonde.fr/

Louise Imagine http://flavors.me/louiseimagine et Xavier Fisselier http://xavierfisselier.com

Maryse Hache http://www.semenoir.typepad.fr et Joachim Sene http://www.joachimsene.fr/txt

Christine Zottele http://etsansciel.eklablog.com/ et Christian Sanchez http://www.fut-il.net/

Hippolyte Chlorate chez Jacques Bon http://cafcom.free.fr/ (sans contre partie)

Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com et Laurent Margantin http://oeuvresouvertes.net/

jeudi, février 02, 2012

Un endroit, du temps pour lire

J'ai rencontré, marchant épaules contractées rue de la petite Fustrerie, un oloé plein de charme, qui parlait de jours doux dans une sorte de cocon naïvement féerique, de coin réservé dans une vieille maison, d'odeurs un peu vieillottes de roses trop épanouies et d'une forte femme faisant des confitures dans une grande cuisine, au bout du couloir.

L'aurais bien adopté... m'y suis assise un moment en imagination, ai allumé mon kobo sans crainte du hiatus, et j'ai senti leurs regards, tous ces regards fixes, dont je ne pouvais savoir s'ils étaient vides, et ce qui habitait les têtes de terre qui les portaient, les têtes de tous ces nains faussement bonhommes. Alors j'ai fui devant eux, honteusement, je leur ai laissé ce domaine et suis rentrée dans l'antre.

Doublé les chaussettes, endossé ma grosse veste de laine qui m'est seconde peau en remplacement de la parka, repris et terminé sur l'ordinateur (ah les DRM) la lecture de «L'inquiétude d'être au monde» de Camille de Toledo, (merci à Christophe Grossi qui le conseillait), et préparé, consciente de mes insuffisances, une petite note pour Babelio :

Court et à lire sans reprendre souffle – vers et un corps de texte intercalé – lamento-recherche-d'explication-litanie sur la marche du monde, sur ce qui fait que nous en sommes arrivés à notre inquiétude, nos fermetures, nos enfants qui tirent et tuent.

Apprendre à vivre ainsi et refuser les consolations qui disent nation, appartenance, religion, qui disent ce qui nous faisait croire en notre sécurité, notre différence avec les hommes-cafres, hommes-juifs, tziganes, etc... apprendre que l'on ne sait pas, que le monde n'est pas stable.

Apprendre que nous sommes liés et refuser ce qui sépare.

en choisissant de trop nombreuses citations dont je retiens :

«Mais nous avons quitté le temps

des certitudes.

Et nous voilà à l'orée du vingt-et-unième siècle,

condamnés à mendier le sens.......»

«Nous oscillons sans cesse entre le vertige – vertige d'une origine à jamais disparue ou effacée ou coupée ou brouillée – et le désir de consolation. D'un côté le trait d'union de Césaire. Trait d'union qui porte la trace de la coupure – la mémoire d'un h pour honte, pour hantise, qui a tranché entre l'homme moderne et la nature, qui a divisé les espèces, hiérarchisé les races. Et l'autre polarité : ce qui prospère, hélas, sur les décombres du vingtième siècle : les chants trompeurs de la consolation contre lesquels Stig Dagerman nous mettait en garde ...»

«...où l'on dénonce le fou,

le dément, sans voir la complicité profonde

de la langue et de l'esprit».

Et cela au début qui déclenche l'inquiétude (après la Norvège, après Columbine, tant d'endroits)

«Voyez. L'identité réarmée.

Partout, l'obsession du soi et du non-soi.

Pédagogie ancienne reconduisant

le meurtre.»

Et puisque j'ai commencé à évoquer mes lectures de ce week-end, en recyclant Babelio, à propos du très beau «Perle jetée au feu précédé de Obstination des heures» de Michaël Glück http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505698/perle-jetée-au-feu

«obstination des heures» : un poème, la montée de la fin, du à quoi bon, pourquoi nous, jusqu'au mutisme, résignation souffrante

«lèvres absentes

ou qui ne sont plus

ou qui ont renoncé

à la figure»

«obstination du corps obstination

quand la pensée lâche prise»

et le texte principal «La perle jetée au feu», dont ne sais comment parler, mais tant pis, au ras de ma lecture en fascination emportée :

les blocs de textes, comme des paragraphes avec rebondissement de l'un à l'autre, un discours ininterrompu, qui se fractionne mais sans rompre, avec ces mots qui viennent de l'un, s'inscrivent à la droite du suivant qu'ils introduisent, ces phrases ou groupes de mots qui s'échappent, flottent entre deux blocs, rythment, marquent un développement, une inflexion.

La perle jetée au feu ne reste que cendre, une phrase, mais il y a cette autre phrase : je veux être incinérée.

«la phrase

commence là, s’est écrite pour effacer celle qui continue et fut pourtant première et la répétant, celle qui commence, recommence, perle jetée au feu ne reste que la cendre, la répétant, la répétant, c’est l’invention de l’encre qui vient, une calcination avant la pluie ou le dessin des larmes dans la poussière, le dessein, le destin, les pulsations qui donnent folie à douleur, ce harcèlement qui ronge de l’intérieur, l’obéissance inéluctable à la voix et la loi avalées..»

Ce pourrait être la petite fille (mais perle n'est pas un prénom dit l'institutrice) marchant le long d'un train qui revient comme petit motif récurrent, armée, expulsée d'un camp de roulottes.., et elle saurait, comme la phrase, cela : le rien après l'effondrement mais la mémoire, le tragique de notre monde, les souffrances, bannissements, refus, déportations, toujours différents et recommencés. Les discours des importants dans lesquels les souffrances passent dévitalisées, les experts de la radio matinale, les silences etc...

«ceux qui nous informent conforment déforment, les je-sais-tout-je-cache-je-tais et tais-toi-je-t'explique»

«comment fait-on le saut de pas encore humain à humain, celui d'humain à plus humain,»

«tu n'as pas vu perle tes papiers qu'as-tu fait de tes papiers des passeports passent d'un bord à l'autre du cerveau droit au cerveau gauche normal l'écriture de droite à gauche d'abord d'est en ouest les frontières d'est en ouest les passages»

Le poème qui est le présent des mémoire, des mots qui n'ont pas cours... après les guerres, après l'enfance, l'impuissance et le silence ou le récit imposé, ne plus pouvoir lire mais connaître ce que l'on écrit et ce qui est faux

«qui parle ne dit rien si ce n'est son pouvoir, qui se tait tue tout autant, chaque mot convoque l'histoire des hommes»

«pas question d'un trou dans la terre, rester question, veux rester question, trou dans la terre est réponse est question ensevelie»

mercredi, février 01, 2012

L'hiver s'éternise, tourne bride, nous revient

Cour humide devant mon café et la confiture d'orange, mais... plus de légume ni de patates, provision café et pâtes en baisse, et même plus de batna, devais sortir.

Me suis limitée au Carrefour (et tant pis pour les bintjes) pour raccourcir le trajet et que se maintienne cette petite allégresse absurde qui m'était venue, et qui a presque résisté à la pluie si fine que quasi irréelle mais très froide, hésitant au bord de la neige fondue,

pluie et souvenir morne de lumière qui rehaussaient nos décrépitudes -

qui a résisté aux nouvelles de la radio qui confirmaient que l'Europe, en trompetant, continuait à se précipiter dans le vide,

les lieux de travail ou commerce désertés,

le marché de travail sans travail (et puisque notre gouvernement ne nous permet pas de vous en proposer de grecs ou espagnols, ou même de l'Italie voisine, nous avons choix de locaux)

la désoccupation, l'attente.

Journée cahin-caha, tout doux, tout doux,

et départ princièrement en taxi pour l'Avignon hors mur et lointain, et l'assemblée générale de ma section (de nouveau et provisoirement, parce que serait sans doute exclue ou m'excluerai pour les législatives) – tenter de savoir si je pouvais être d'une utilité quelconque pour la campagne.

Et découvrir que cette section ne va pas mieux et que tous mes amis l'ont quittée. Ce qui pour les présidentielles n'a guère d'importance (en dehors de l'effet désastreux des querelles sur le place publique, que j'ignorais faute de lire sauf très épisodiquement la presse locale, surtout en nos terres de Front national et de Droite populaire..)

Bon, ce n'est qu'une partie d'Avignon... mais, Seigneur, qu'il faisait froid !

mardi, janvier 31, 2012

Mardi c'est recyclage céleste

Ce serait des petits nuages qui se contorsionnent, dansent lentement leur attente de la nuit, se poudrent de rose délicat en regardant le soleil sombrer majestueusement.

Ce serait une grosse cohorte grise qui se lancerait, en grand élan, au travers de notre ciel, le barrant avec autorité en diagonale mouvementée, bosselée, creusée de lueurs, et la regardant je tenterais de croire qu'elle serait signe de la déroute de ma tristesse, annonce de la ruée d'une lumière dont il serait toujours temps de déplorer la violence, avec une mauvaise foi délibérée, quand elle nous baignerait enfin.

Ce serait un jour tendre. Le ciel serait d'un bleu sans violence, presque un ciel d'affiche, ou de dessin, juste un peu trop chargé de mauve, un bleu presque pur, mais l'enfant qui l'aurait dessiné aurait maladroitement lancé un coup de crayon, en chemin vers la maison ou l'arbre qu'il voulait tracer, et en le gommant, ce trait, il aurait laissé une trace blanche comme un sillage d'avion – et un petit nuage, léger, effiloché, s'effaçant pour éviter toute remarque, serait venu se joindre à ce sillage.

(trois paragraphes de convois des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/

lundi, janvier 30, 2012

N'importe quoi

Elle ne dormait pas. L'aube était légère et gaie – bien allègrement, petite liesse en elle flottait – mais à la longue, elle a trouvé l'aube très vide, et froide. A fermé les yeux, lentement coulé.

Quand s'est réveillée, un peu trop tôt ou un peu trop tard, voix à la radio, autisme des politologues, discours partout autour des nombrils, dans ce que lisait - ou le pensait son nombril. Était maussade et à contre temps. En refus.

S'en est allée en quête, dans l'idée des rues, entre voitures endormies

et murs noyés dans l'ombre.

Sourire à la promesse, dans les hauts, posée par l'arrivée de la lumière

Elle a marché sous le bleu affermi – le regardait et s'en nourrissait.

Un pigeon, caché dans la lumière, tout en haut, drôle de pigeon, un pigeon parlant, seul pigeon en ce monde, qui n'était peut-être pas idiot – mais le sont-ils tant ? On le dit. Et puis qu'importe – un pigeon l'a appelée, et l'a invitée.

Ils ont cheminé côte à côte, à petits pas décidés – les mots que leur permettait, humblement, la taille de leurs cerveaux, pas si nuls pourtant, peut-être – avançaient en devisant...

Ils sont arrivés, à un trou dans les maisons, à un pan de mur dans le soleil – il a dit c'est là.

La table était très belle, ou l'aurait voulu, brillante, toute pailletée – tant qu'inutilisable – se sont régalés : amabilités très gracieuses, quelques très fines graines, vers ou riens, noblement servis. Oui ce fut un fier festin.

n'importe quoi, j'étais obstinément d'humeur vaguement boueuse, goût du ratage

dimanche, janvier 29, 2012

Invitation à un voyage en terre de sage fantaisie (en fait pillage éhonté)

M'en suis allé en fin de matinée acheter de grosses pommes, avec fin chandail sous ma parka, puisque le ciel était si lumineux.

Et m'en suis revenue recroquevillée sur mon reste de chaleur intérieure – ciel beau, oui, et durement nourri de la lumière qui étincelait sur le vitrail de Saint Agricol, mais compagnon d'un froid qui est entré dans mes os et s'y est éternisé, pendant que j'inscrivais deux livres sur Babelio avant de m'autoriser à reprendre une petite promenade dans la « merveille du jour » (me demande bien pourquoi je mets des guillemets, là.. si.. pour tenir compte de l'aimable simplicité de l'auteur), le regroupement des 180 premières des todo-listes quotidiennes de Christine Jeanney sur http://tentatives.eklablog.fr/to-do-liste (mon rendez-vous chaque matin pour entrer dans le jour), remarquable travail des petites ou grandes mains de Publie.net

«Les Sirènes, on ne les voit pas, un couvercle est posé dessus » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506039/les-sirènes-on-ne-les-voit-pas-un-couvercle-est-posé-dessus

La dame dit qu'en partant d'une photo qu'elle choisit dans celles que nous lui envoyons, elle se « donne ensuite la journée pour écrire une liste de 4 points /occurrences /choses à faire, à dire ou à penser en réaction / réponse / écho à cette photo, ma « Todo liste ». Le résultat est mis en ligne à 00h01 sur le blog tentatives. Parfois, j’écris le texte d’un seul jet, d’autres fois, il me faut la journée entière et je le modifie jusqu’à 23h59. »

Jolie idée n'est ce pas ? Et il faut dire que les photos sont en général inspirantes, belles ou étranges ou belles et étranges (je ne le dis pas parce que plusieurs, dont la première et la dernière, veinarde suis, sont de moi, même si la connexion faiblarde et fluctuante de ma clé 3G en a supprimé la plupart, comme une ou deux des autres, sur mon Archos qui, étant mien, est déjà un peu cabochard) mais cela ne dit rien du plaisir avec lequel on découvre chaque fois ce qu'en font sa fantaisie souriante, son imagination grave, son écriture.

Alors, vais être longue et paresseuse, pour vous mettre en appétit, j'en reprends trois ou quatre, en espérant que cette copie ne me mettra pas hors la loi, et comme le temps était encore plus ailé que les doigts de Christine sur son clavier, n'ait pas pu retrouver, sélectionner celles que je préfère, me promener à loisir, et ce sera au hasard, réellement, en privilégiant le début, de crainte de n'en pas finir avant trois heures du matin (il y a une girafe entre autres qui se niche quelque part... et des dérives délectables, enfin si vous le voulez la découverte vous est ouverte)

Commençant par la première (photo à partir de : lire en ligne)

– penser à classer les oignons par tailles, ceux qui s’épluchent d’un côté et les toulisses de l’autre

– penser à protéger ses yeux

– penser les couches successives

– penser les dessiner, quelle couleur employer, des pastels ? ce sera difficile, ou comme l’heuchera les nommer « désespoir du peintre », voilà

photo © brigitte célérier

(photo EBook sur Archos)

– penser le courant, aucune idée d’où il transporte

– penser se coucher, faire la planche

– penser que ce qui se trame dessous décide de la couleur du ciel, ou c’est l’inverse

– il faudrait suivre le dédale des branches et puis faire demi-tour, refuser la sortie brutale, le labyrinthe en soi suffit, laisser couler

photo © hervé jeanney

(photo du PDF)

– penser le soir, penser le matin, penser la durée

– penser un visage autre qui percerait le voile immatériel, pays étrange

– penser l’effet miroir et qu’est-ce que tu donnerais pour vivre cette jonction entre toi et toi, et qu’y a-t-il derrière la butte, toutes ces questions en grappes qui attendent et pas assez de bras et de jambes pour les ceinturer toutes, ces mots agrippés et mécaniques complexes, humaines ou métalliques, se repérer aux éléments

– rebrousser chemin et rentrer (ou le faire croire, car bien sûr qu’on resterait là, assis, jusqu’à la nuit, certain d’y être)

photo © pierre chantelois

– la main n’ose pas toucher

– pourtant au creux de la paume, la matière s’est reconnue, a remplacé la peau

– le creux on n’ose pas toucher, la crainte d’éveiller pandore et des mystères (au fond de la bouche noire, chant, chante, lente mélodie répétitive, voix cassée scandée, souffle, lâche déroule souffle, des battements, luttes, accompagnent et frottements, balancent, corps et voix qui risquent, les voix se risquent, épuisent, s’épuisent de souffle, le creux le sombre, ils sont plusieurs, leurs voix autour à scander à souffler et à répéter glissent, ils glissent, ils parlent dans la première nuit, la nuit secrète)

– le reste du volume on imagine, avec les yeux fermés

photo © jean prod’hom

bon, je dépasse les 3 ou 4, mais.. que voulez-vous ?

En avançant tout de même, parce que le temps les a fait évoluer et que j'ai un faible pour celle-ci

Et puis, la dernière, un peu par narcissisme (non) surtout parce que.. lisez

– accident de pollen, oh ma sœur

– le hasard hasardeux qui fait vivre ou décide que non, ou qu’un peu, ou grandement, que lui seul aux termes du contrat gardera l’aléa en seule obligation (cliquez pour accepter / ne cliquez pas, c’est la même chose)

– fleur de raiponce qui soigne, princesse dans le désert, elle erre, elle pleure en s’accrochant au cou du prince aveugle, il retrouve la vue, c’est bien qui finit bien et la sorcière ? on l’exécute à grands coups de pollen sur la tête, au hasard (tout s’organise fort à propos commentent les frères Grimm qui connaissent la musique, et celle de Brême aussi)

– oh ma sœur, l’œil a-t-il disparu ? dit en tremblant Tsilla (la graine ne répond pas, trop occupée à poindre, cette conscience qu’elle a du refus de flétrir s’insinue, se déploie, résiste, insiste, rebelle, frondeuse, elle survivra, au moins le temps d’une feuille)

photo © brigitte célérier

J'espère que Christine me pardonnera d'avoir repris in extenso chaque todo liste, mais elles constituent des petits mondes que l'in ne peut démembrer. Et, vous ne pouvez imaginer combien certaines photos sont extraordinaires.

Brigetoun longue et paresseuse – merci aux sirènes


P.S.

Découvert au petit matin deux autres billets-hommages

de Maryse Hache http://semenoir.typepad.fr/semenoir/2012/01/les-sirènes-on-ne-les-voit-pas-un-couvercle-est-posé-dessus-les-todo-listes-180-de-christine-jeanney.html

de Dominique Hasselmann http://doha75.wordpress.com/2012/01/29/christine-jeanney-en-tete-de-liste/