mercredi, janvier 28, 2015

opéra bouffe

C'était monter dans la nuit la petite côte de la rue Saint Etienne
C'était la place de l'horloge, balayée par rafales au bel entrain, sans vraie violence.
C'était assister à une comédie que le metteur en scène, Andréa Cigni, a fait passer en accéléré de l'Italie des carrosses et chaises à porteur à celle de ma prime jeunesse
C'était un vieil italien (enfin un faux vieux) Simone del Savio devenu un vieil avare nommé Don Pasquale une sorte de vieil avare qui s’emploie fondamentalement à protéger ses biens et qui, pour cela, adopte toute une stratégie, jusqu’à celle d’un mariage arrangé, dont la maison a comme façade une porte de coffre en acier – ridicule et assez attendrissant comme le sont les barbons bernés (beau baryton basse)
C'était son héritier un jeune ténor russe Serge Romanovsky devenu un jeune italien nommé Ernesto que Dom Pasquale veut marier à une autre que sa bien-aimée (ténor un peu trompettant comme on les aime pour le bel canto, comme j'ai le tort de ne les goûter guère)
C'était une jeune coréenne, Anna Sohn, dont la belle voix de soprano chantait la malice, la vitalité de Norina, l'amoureuse d'Ernesto devenue Sofronia la fiancée, la fausse épousée querelleuse et capricieuse de Dom Pasquale, le ruinant, le tyrannisant jusqu'à lui faire souhaiter de rompre ce mariage conclu pour priver Ernesto de son héritage (une belle assurance, une jolie voix qui aurait certainement plus de charme si Donizetti lui permettait de ne pas être toujours dans la prouesse et la puissance)
C'était un baryton italien Alex Martini incarnant un Malatesta d'un bleu un rien extravagant, le docteur et ami plein de ruse aimable de Dom Pasquale, celui qui a l'idée de cette comédie, qui en tire les ficelles, (voix un peu métallique, jouant joliment bouffe)  
C'était une bien classique bouffonnerie à morale bien consensuelle, c'était, pensais-je, un agréable moment, une occasion de m'extraire de l'antre.
C'était le décor de Lorenzo Cutùli - la richesse du coffre-fort-maison de Dom Pasquale - un jardin fleuri aux couleurs acidulées pour les jeunes amoureux.
C'était la musique de Donizetti que je veux apprendre à goûter, que je m'étais préparée à apprécier (même si dès l'ouverture j'ai rêvé de chatouiller Rossini dans sa tombe pour qu'il vienne y mettre un peu de légèreté et de vraie gaieté)
C'était la musique de Donizetti et, suis désolée, suis navrée, mais malgré toute mon application, silencieusement, invisiblement, je n'étais que moue navrée, et dans le vent qui me fouettait pendant le deuxième entracte, je n'ai plus tenu bon... m'en suis allée à sa suite, ai regagné l'antre.
Navrée parce que c'était un beau travail, l'union, certainement, de beaux talents (qui d'ailleurs plaisait à mes voisins, raison de plus pour ne pas leur transmettre mes ondes un tantinet négatives.)
C'était à l'opéra d'Avignon, après cinq des opéras ayant co-produit ce spectacle (Clermont, Limoges, Reims, Rouen, Saint-Etienne) et avant Vichy et Massy.
Ce sont trois photos trouvées sur le compte google + de l'opéra.

mardi, janvier 27, 2015

Images pour un lundi

juste images,
pensais à côté, écoutais, lisais, réfléchissais, tentais de me faire idées, ou de les polir, affermir au contact de, en réaction contre, en assimilation du bruit du monde... et ce qui en résulte m'est personnel, fragile, restera en moi, mêlé d'un peu d'ironie parfois – coupable bien entendu, mais si peu puisque tendre, muette, et mêlée de doutes sur sa légitimité - dans mes regards sur la ville, les gens, le monde tel qu'il est, sans débat, le débat s'affiche partout, sans affrontement, sans quête acquiescement, je ne veux pas empiéter – de quel droit ? - sur celle des autres, ou me confronter inutilement.

alors juste la marche dans l'air froid, dans le vent qui a considérablement molli ce lundi matin, sous un ciel bleu qui peu à peu laisse grandes masses blanches et lumineuses s'installer
marcher caressée fermement par le vent, marcher en heurtant les rafales qui se ruent, même si elles ne sont plus, selon la météo, que de 65 km heure environ, et alors affermir inconsciemment les jambes et baisser les yeux sur ce qui me supporte
voir une terrasse délaissée qui s'est faite union, barricade
voir les oliviers qui au fil des ans ont pris forme modelée par le vent
voir des cartons se poursuivre, s'aplatir, glisser, venir heurter des jambes
et relever les yeux pour se réjouir de la lumière
et relever les yeux pour voir la couverte grise s'installer.
quant à l'ironie : me l'applique, après cette tartine posée sur un : juste images..

lundi, janvier 26, 2015

Mistral et Méditerranée

Les grands souffles rodant sur ma cour se sont réveillés au coeur de la nuit, me suis endormie dans leur musique brutale, elle m'a accueillie au réveil.
Leur opposer musiques, rester dans l'antre, se laver les cheveux, mettre en place les auteurs en D et en E, découvrir des oubliés, refaire, ou poser en travers, tenter de mettre en tas admissibles les livres en voyage, ayant laissé place...
le mistral a fait la sieste, j'en ai fait autant
il s'est réveillé presque mollement à l'heure du thé, l'ai laissé faire, ai picoré lectures, ai entendu, parfois, souvent, écouté France Musique, cherché à me mettre à jour comme pouvais de la vie du monde
la nuit est venue, et je me suis contentée de recopier un ce serait publié chez les Cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com, un ce serait en résonance plus ou moins lâche avec mistral et Grèce.
Ce serait – 17 – la Méditerranée
Ce serait à Athènes, un jour gris de septembre, la vieille du retour, entrer dans le Musée archéologique, aux mortes et rigides colonnes germaniques, au fond d'un jardin, ce serait monter au premier étage, vers la céramique, les vases, ma délectation
Ce serait là en pénétrant dans les temps mycéniens, juste avant que les décors, après avoir perdu la couleur, deviennent géométriques, les vases crétois, les poulpes et cette grosse bulle de terre beige légèrement rosée enserrée par les brunes tentacules, la grâce étudiée de leurs jeux soulignés par les blanches ventouses, comme par une ganse.
Ce serait rester là les yeux dans les yeux qui s'ouvrent dans un petit cercle au milieu de la panse, ce serait leur sourire
Ce serait vouloir rêver que nous sommes face à face dans la fraîcheur de la mer, ce serait l'intelligence cachée derrière ce regard, ce serait mon sourire comme un cadeau de diplomate.
Ce serait la clarté de l'eau, son vert transparent sur le fond de sable, la douceur bleutée que prendraient les bras de l'animal.
Ce serait mon attirance et ma prudence instinctive.
Ce serait un peu plus loin les pierres brunes d'une jetée, et au dessus de tout le ciel bleu profond du mitan du jour.
Ce serait la plage, mon couffin, un livre, des tomates... mais je resterais là et si elle ne m'avait pas quittée, sans même un salut, je serais restée là, dans le bonheur d'être une petite partie de cette mer que n'aurais jamais voulu quitter.
La mer nôtre, qui recèle parmi ses îles celle où je suis née, la mer nôtre celle qui coulait dans les veines de mon père, qu'il a promenée, muette, sur toutes les mers, tous les océans.

dimanche, janvier 25, 2015

Honte

réveil tardif (avais oublié d'éteindre chauffage)
reste de colère dans le ciel
yeux qui tombent à l'extérieur des orbites se nichent dans mes poches
écouter la cour bruire en pensant au programme décidé avec élan,
frissons, indocilité grandissante de carcasse, crispations - s'oppose ma fermeté agacée...
parce qu'il y a cela que je veux, qui est en début d'après midi cheminer emmitouflée jusqu'à la rue des Teinturiers, la maison IV du chiffre, une réunion du MRAP où voulais, cette fois, shame of me pour les autres, rencontrer, soutenir les agissants
et puis aller dans la nuit à l'opéra écouter Karine Deshayes et des mélodies françaises
vaquer maladroitement
regarder pour me conforter ce modèle, en plus jeune, la mama accueillante, solidement en repos, satisfaite, tâches fermement, rapidement, efficacement accomplies, prête à la joie d'un rayon de soleil, aux sourires et demandes à recevoir…
déjeuner tôt, crispée sur ma résolution, pour partir tôt
un bout, très mal photographié d'une oeuvre que m'a offerte Alexandra Giacobazzi
le vent est mort doucement, ou presque, la lumière est superbe - et vient colère carcasse, effondrement
peut être, je ne veux pas le croire, le crains un peu, soulagement d'y céder et de s'enfoncer de torpeurs en sommeils jusqu'au soir
retour à la surface, frissonnante, un peu honteuse, paisible
mais renoncer à l'opéra, ne le mérite pas (et suis pas très motivée), ouvrir le très vieux, très usé, très abimé Moby Dick qui se nichait derrière autres livres, et que j'ai rapetassé et recouvert.

samedi, janvier 24, 2015

Début de nuit à Utopia


journée dans l'antre, petites tâches ménagères, écouter le vent, bloquer porte fenêtre qui ne veut rester close,
et partir vers 20 heures, dans la nuit d'hiver, monter vers le palais, le contourner, arcboutée contre le mistral qui aime tant la rue Peyrolerie, 
aller à Utopia, où même l'évêque, ou cardinal, peut être saint, du hall s'emmaillote pour l'hiver, assister à la projection de fragments d'une Palestine perdue de Norma Marcos, en la présence de la réalisatrice,
film qui n'a été programmé que dans quelques festivals en France (davantage vu à l'étranger semble-t-il), présenté ainsi sur le site d'Utopia (d'où provient la photo)
« J’ai un passeport français depuis 1988. Jusqu’en 2005, je n’avais jamais eu de problème pour me rendre en Palestine. Mais cette année-là, lorsque je suis arrivée à l’aéroport Ben Gourion, on m’a dit que je ne pouvais pas rentrer sur le territoire car j’étais d’origine palestinienne. Les autorités israéliennes ne reconnaissaient pas ma nationalité française. Quatre ans plus tard, en 2009, ma mère, qui réside toujours en Palestine, est tombée gravement malade. Les autorités israéliennes m’ont alors laissée rentrer sur le territoire par l’aéroport Ben Gourion pour des raisons humanitaires. Durant mon séjour, lorsque ma mère se reposait, j’ai décidé de sortir pour filmer des fragments de vie quotidienne. [...]
«Je ne pouvais pas rester les bras croisés. Le principal objectif du film est de montrer que les Palestiniens sont là, qu’ils essaient de vivre normalement
et qu’il ne faut pas les oublier. J’ai voulu aller au-delà du conflit pour montrer d’autres horizons que la confrontation et l’oppression. » et c'est une construction, poétique, en mosaïque, en fragments, ponctuée de citations de Cioran, la famille palestinienne et chrétienne de Bethléem, Yara la nièce adolescente sa vivacité et sa colère, l'élection des déléguées de classe avec grands rires, tension, et charme, la nageuse qui a participé aux jeux olympiques, l'eau rationnée, l'amie israélienne qui me rappelle un peu Mia Farrow, joliment humaine, et ses très belles toiles et carnets de croquis, le mur, les blagues d'un après dîner, caricatures de la vie qu'on leur vole, la vitalité, l'occupation, un tronc d'olivier qui devrait être l'ancêtre de tous les troncs d'olivier, les autorisations pour tout, les troncs des dattiers, les fruits etc.. 
des musiciens, des poèmes de Darwich, et l'ami qui l'accompagne, que l'on voit chercher à prendre une douche, et surtout dessiner, peindre.. les matériaux, les teintes devant formes que j'aimais tant voir naître sur les papiers que je me suis précipitée en rentrant pour vérifier son nom, Stéphane Rossi, et que j'ai piqué cette oeuvre qui s'apparente à son travail dans le film sur http://www.arcadja.com/auctions/fr/rossi_stéphane/artiste/351772/
En apéritif un court métrage de la même cinéaste Whadon (seuls) http://www.originefilms.fr/cinema/production/catalogue-45/article/wahdon-seuls
J'ai vu sur Afrique Asie que Norma Marcos a écrit un livre, publié chez Riveneuve Editions, Le désespoir voilé – femmes et féministes de Palestine et même si j'ai pile de livres en attente, rangement problématique puisque quoique je fasse une bonne trentaine ne trouvera pas place, et finances en restriction, vais tenter de le trouver.
Et puis, ensuite, dans la salle attentive et muette, quelques questions d'une rare indigence  (et Brigetoun réagissant trop faiblement, sans doute presque exprès, pour ne pas se sentir stupide…)
et un retour cramponné contre les rafales juste un peu trop coléreuses pour mon goût, en longeant les murs, 
jusqu'à la paix de mon coin de rue.

vendredi, janvier 23, 2015

C comme cieux ou comme Chamfort


Partir matin, dans froid point si grand que le pensais, face à une blancheur que la lumière qui voulait se faire jour à travers elle transformait en opale, bras tiré par sac contenant quatre draps et deux housses de couette,
suivre la rue de la République vers Carrefour, des yaourts et des bonbons, tourner la tête vers une zone d'un bleu infiniment doux qui se fondait dans le reste de grisaille,
et, charge augmentée, un peu davantage que le projetais, en sortant du magasin où, sous mon regard admiratif et souriant, une Brigitte grisonnante allait d'une jeune caissière à une jeune vendeuse, répondant avec une gentillesse rapide aux appels au secours, retrouver à l'horizon, entre le roux des arbres, un gris de vieille souris au dessus de la gare, 
tourner vers Saint Didier, enchâssé dans les bras d'un platane, 
déposer linge, repartir avec une charge allégée, yeux dans le bleu franc qui s'est finalement installé, victorieux.
Peiner à me décider à nourrir Paumée… 
choisir, pour http://brigetoun.wordpress.com, un passage de Chamfort avec lequel ai dîné et suis entrée dans la nuit, deux soirs de suite.
Passer sur
Vain veut dire vide ; ainsi la vanité est si misérable qu'on ne peut lui dire pis que son nom. Elle se donne elle même pour ce qu'elle est.
ou
Quand on veut éviter d'être charlatan, il faut fuir les tréteaux ; car si l'on y monte, on est bien forcé d'être charlatan, sans quoi l'assemblée vous jette des pierres.
ou
L'intérêt d'argent est la grande épreuve des petits caractères, mais ce n'est encore que la plus petite pour les caractères distingués ; et il y a loin de l'homme qui méprise l'argent à celui qui est véritablement honnête.
s'arrêter à deux paragraphes, ou pensées, ou maximes de la section de la société, des grands.... surtout pour leur longueur, et se demander pourquoi ne pas avoir plutôt retenu, dans la même partie,
Il y a une profonde insensibilité aux vertus qui surprend et scandalise beaucoup plus que le vice. Ceux que la bassesse publique appelle grands seigneurs, ou grands, les hommes en place paraissent, pour la plupart, doués de cette insensibilité odieuse. Cela ne viendrait-il pas de l'idée, vague et peu développée dans leur tête, que les hommes, doués de ces vertus, ne sont pas propres à être des instruments d'intrigue ? Ils les négligent, ces hommes, comme inutiles à eux-mêmes et aux autres, dans un pays où, sans l'intrigue, la fausseté et la ruse, on n'arrive à rien !
ou, un jour de bile calme
Les conversations ressemblent aux voyages qu'on fait sur l'eau : on s'écarte de la terre sans presque le sentir et l'on ne s'aperçoit qu'on a quitté le bord que quand on est déjà bien loin.
et j'allais refermer le livre en dérivant à la suite de cette idée, mais j'ai sauté, pour le saluer, jusqu'à la petite note biographique qui commence ainsi
Ma vie entière est un tissu de contrastes apparents avec mes principes. Je n'aime point les princes, et je suis attaché à une princesse et à un prince. On me connaît des maximes républicaines, et plusieurs de mes amis sont revêtus de décorations monarchiques. J'aime la pauvreté volontaire, et je vis avec des gens riches. Je fuis les honneurs, et quelques uns sont venus à moi. Les lettres sont presque ma seule consolation, et je ne vois point de beaux esprits, et je ne vais point à l'Académie...
et en rangeant le livre je pensais à la suite, l'engagement dans la révolution, la rédaction anonyme du journal de Mirabeau, le Club des Trente, le Mercure de France, le club des Feuillants, la proximité d'idées sur la guerre avec Robespierre mais le ralliement à la Gironde, la rédaction de la Gazette de France, le salon de Madame Roland, la courte incarcération pour s'être réjoui de la mort de Marat, et pour continuer avec les contrastes le suicide, son échec, l'abandon des poursuites... et la mort finalement des suites de son suicide, malgré le succès apparent de l'opération.
J'aime bien cet homme.
Et la nuit est tombée, je n'ai pas repassé, je décide qu'il est trop tard.

jeudi, janvier 22, 2015

route sentimentale

Jour de soins carcasse et d'activité aussi acharnée que brouillonne (suivant des règles qui se sont révélées inefficaces) qui a donné à l'antre un petit côté chantier ébauché et abandonné, à côté de quelques réussites discrètes pour n'être que normales...
En fin de journée, écoutant un débat à l'assemblée, je roulais sur une route en corniche vers Valparaiso, entre baies, caps tombant dans un océan calmement bleu saphir et roches, parfois apparentes, parfois revêtues d'un fin grillage, grillage cimenté en longues zones sur lesquels se pressent, se chevauchent, ou s'étendent en s'ornant comme des ouvrages brodés par des pensionnaires d'antan, des inscriptions qui, uniformément, avec quelques très légères variantes dans leur formulation, disent des amours éternelles, ou non.
y nada màs
e nulla più