mardi, mai 31, 2016

Jour tranquille avec mule

jour tranquille, ciel bleu avec passages opaques,
petite vieille lancée le matin dans tâches domestiques avec une application et énergie très relative mais tout aussi inhabituelle, jusqu'à révolte du bas de son dos
petite sortie dans les rues au creux de l'après-midi vers pharmacien et cigare, et au surplus passion épisodique pour les états du golfe...
alors, pour que paumée ne soit pas totalement délaissé, recourir aux ce serait publiés par les cosaques des frontières (même si celui qui vient, poussif, me satisfait médiocrement) https://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce serait – 57 - la chjuca
Ce serait une mule, jeune, forte et courageuse, comme il se doit.
Ce serait une mule au pelage doux et luisant, au grand oeil pensif fixé sur le chemin, qui poserait ses pattes avec science et sûreté dans les caillasses brûlées, sur la pente taillée au flanc d'une montagne, sous un ciel durement bleu, en descendant de Bocca Stazzunara au refuge d'Asinau.
Ce serait la première des mules encordées, lourdement chargées, la préférée de Tito peut-être, celle qu'il appelait la chjuca, on ne sait pourquoi : elle n'était ni la plus jeune ni la plus petite.
Mais ça n'aurait pas d'importance, une mule ne traduit pas le sens du mot qui la désigne, je crois, et ça ne risquerait pas de la vexer.
Parce que, bien sûr, il ne faudrait pas se fier à la tendresse de la courbe de son col, à son tranquille et tenace cheminement, à la réserve pensive de sa grande tête, à l'humilité qu'elle tient de l'âne, elle est intelligente la mule, et fière.
Elle n'avait pas sa pareille, la chjuca, pour rester plantée sur ses pattes fines, inébranlable, même si trois hommes (enfin peut-être pas trois ou pas des plus forts) tiraient sur la longe pour la mettre en mouvement, quand elle ne le désirait pas.
Elle était bien capable, aussi, de donner, rapide et imprévisible, un bon coup de sabot mais c'était toujours à un imbécile, et quand elle exhibait ses grandes dents ce n'était jamais pour mordre, simplement elle était comme moi, peut-être comme vous, elle n'aimait pas que n'importe qui s'arroge le droit de l'ennuyer.
N'obéissait qu'à Tito, la chjuca, ou à quelques uns de ses amis, ne voulait rien avoir à faire avec les randonneurs, même si c'était leurs sacs à porter, les refuges à ravitailler qui permettaient à Tito, ses amis, et leurs mules, de continuer à cheminer leur vie dans la splendeur des montagnes.
Et puis la chjuca ce serait mon amie, ou je le croirais, puisque Tito l'était.

lundi, mai 30, 2016

Après les averses

Amis, quand au matin éveillé
ont cessé cataractes de pluie,
Brigetoun -frissons et salive -
est sortie, aux remparts est allée
Amis, au loin le ciel déchiré
une caresse douce de l'air
Brigetoun – jupe courte froncée
sous ciré noir – était presque gaie
Amis, les fleurs sauvages s'ouvraient,
les fleurs civilisées s'ébrouaient,
la marche se faisait paisible,
la suite du jour importait peu
Amis, sur la rue vols de pigeons,
sol presque sec, quelques flaques,
une mare pour accueillir arbres,
Brigetoun tentait un sourire

dimanche, mai 29, 2016

ce samedi

en dirai peu
en resterai à la lumière, à la douce chaleur

me suis réfugiée dans le mot paresse

samedi, mai 28, 2016

En ce jour d'été, mordre, et vibrer à la musique

M'en suis allée dans le jeune matin déjà tiède, dans les rues désertes sous la lumière

attendre un tantinet longuement
avant de prendre livraison de ma nouvelle bouche, et de commencer l'apprentissage : me faire à mon sourire un peu trop blanc, un peu trop agressif (je n'ai pas jugé utile, à mon âge, de chercher un artiste et me suis contenté d'une mutuelle, de soins aimables, efficaces, sans nombreux essayages et philosophie sur l'harmonie de mon pauvre vieux visage), retour presque dansant parce que l'été était sur la ville pour un ou plusieurs jours, en morigénant ma bouche qui renâclait à accepter sa nouvelle parure
(les selfies sont redoutables pour la peau des vieillards, mais tant pis)
tenté d'acclimater mon sourire, de lui rendre un peu de son charme irrésistible (euh)... me reste à rapprendre à parler, mordre, manger et fumer... (désolée.. mais c'était vraiment l'événement phare de cette journée, et l'horizon de ce mois et de mon budget)
Une bonne partie de l'après-midi contre le mur de la cour, en ayant délicieusement chaud, en renouant avec mes souvenirs de Fictions du corps de François Bon avec les beaux lavis de Philippe Cognée.

Et puis départ le soir vers le théâtre du Chêne noir pour le spectacle que m'étais offert parmi ceux des Nuits Flamencas (bien d'autres qui me tentent... au moins ceux en entrée libre et puis peut-être, si je suis sage, m'en offrir un ou deux autres, on verra) : le récital de Rocio Marquez (de Huelva) accompagnée par la guitare de Miguel-Angel Cortez et les percussions d'Augustin Diassera.
J'étais pleine d'espoir, me demandant si j'apprécierai – dans le cas contraire n'en aurait retenu blâme ni pour elle ni pour moi, juste regretté cette non rencontre – la qualité de son chant, consacré par des prix de plusieurs festivals (en 2008, au Festival internaccional del Cante de la Minas à la Union : la Lampara minera (sais pas ce que c'est, mais ça semble important) et quatre autres grands prix ce qui est exceptionnel, réussi une seule fois avant elle, par Miguel Poveda), par sa nomination aux Latin Grammy Awards de Los Angeles en 2015... etc..
Des cheveux blonds sur une épaule, un long fuseau rouge à grand décolleté bénitier, un sourire piquant, une immobilité calme se tendant peu à peu pour que jaillisse le chant et cette voix très claire et souple, capable d'une puissance venue des profondeurs...
Un programme d'airs divers dont serais bien incapable de citer un titre, un torrent avec des bifurcations.
Un coup d'oeil dans le foyer à quelques unes des projections de photos de Vanesa Gilles (une exposition que j'avais aimé, l'année dernière, au Centre Européen de Poésie)
Et m'en suis revenue bercée par le souvenir de ce que j'avais écouté.
De ce que j'ai entendu, de ce que j'ai lu pour m'aider à préciser ma sensation : chanteuse non gitane mais experte dans tous les modes du chant andalou, chantant des airs traditionnels, des chants de ses prédécesseurs ou de sa composition, ayant appris en écoutant les plus grands mais novatrice... un flamenco enraciné mais personnel et contemporain, un chant intense mais une voix claire, un chant modulé mais sobre, l'impression d'une beauté directe et dépouillée.
Pour donner une idée de la cantaora, trois des vidéos regardées/écoutées dans l'après midi pour conforter mon envie de l'entendre..

vendredi, mai 27, 2016

Ça va mieux – mais pas comme il le dit

Ciel gris sur ma cour
ciré, mais trouver dans rue
le jeune printemps
Ma médiation inquiète
mais ces cadeaux à cueillir
les petits bonheurs,
et l'espérance qu'aimés
dans la peine en trouvent..
faute de mieux

jeudi, mai 26, 2016

Leur rendre grâce

pour avoir apprécié ce qui ne fut pas un poulet sauté mais une compote (plutôt bonne d'ailleurs)
pour les discussions comme pouvions, les débuts de controverses, les concessions, les sourires et les nouvelles, même si certaines sont mauvaises 
les intérêts partagés, les gribouillis,
la mini promenade en suivant la décideuse qui ne décidait pas vraiment
etc.. etc...
et maintenant que l'antre a retrouvé aspect d'antre/cocon, rangé/dérangé comme il sied, que j'ai tenté de sauver les quatre photos qui, elles, étaient réellement ratées, laisser le soir venir.

mercredi, mai 25, 2016

Une journée


petit vent, ciel bleu
suis allée chercher de quoi nourrir aujourd'hui, simplement, sans prendre trop de risques culinaires - je l'espère, mais suis si mauvaise cuisinière -, petite soeur et son gentil mari, elle qui a longtemps fait plus ou moins secrètement le sel de ma vie, qui le fait toujours, avec la distance qui peut exister entre deux adultes (presque deux petites vieilles, mais elle n'en est pas encore là) avec l'épaisseur de leurs vies. Avec le plaisir de céder aux fruits qui me sont interdits.
La lumière et les ombres étaient douces (le ciel s'est lentement couvert, plus ou moins, au fil des heures), avais l'âme souriante
et les bras cassés (ai provisions pour un bon moment, et me manquent quelques bidules évidents.. comme toujours)
pour le reste carcasse rouspétait, ai dormi, ai regardé l'antre avec grimaces, et pour ne pas baisser complètement les bras, ne pas me résiger aux effets de ma paresse spécialement grande et cafardeuse ces derniers temps, ai vaqué anarchiquement avec un résultat indécelable peut-être, juste ce qu'il fallait pour que je sache que l'avais fait...