vendredi, novembre 28, 2014

Flotter un peu sous éclaircie


Message aux petites heures, quand le crâne s'ouvre au jour, se méfie un peu, tente et d'instinct recule - rencontre possible avec un pour lequel je m'autorise à penser amitié – peux pas, pas force pour le jour, dommage, et puis la pluie... honte et regrets... pousser volets, sol trempé, mais au dessus de grandes flaques de bleu naissant – café qui se met à chanter quand l'idée d'allumer la plaque électrique force les barrages de brume flottant dans mon cerveau, petit tour web, massage dos, un peu de miel, et puis s'installe un petit programme combinant la quête d'un bidon de trois litres d'huile et d'autres petites choses et la rencontre…
Départ sous un ciel où règnent encore des zones encombrées, les circonscrire, ne vouloir regarder que ce qui les troue
et avancer, bottes sur les traces des pluies passées, jambes se voulant fermes malgré l'idiote, incompréhensible, faiblesse qui gagne, que je veux ignorer, vaincre, nier – enlever bonnet de laine et le jeter au fond du couffin, ouvrir la doudoune, l'air est doux, en ai le vertige
Calme chez Françoise, trois ou quatre attablés, un café très serré, très parfumé, très fort et l'arrivée de BV - sympathie, plaisir de la petite vieille devant cette intelligence, cette jeunesse, tous ces savoirs qui me sont étrangers et sur les bords desquels je me tiens, fascinée, la gentillesse naturelle et la courtoisie - aller aux nouvelles, être contente pour lui, espérer, faire voeux muets et fervents, mais savoir que même si les rencontres étaient rares, l'idée de la Drôme n'amènera plus pour moi celle de cette présence en son coeur (très souvent à tort d'ailleurs)
et puis se quitter, et puis les halles, et un corps que j'oublie, qui se met à trembler – trop de douceur de l'air, café trop fort comme les aime pourtant, je ne sais... mais la déception de découvrir qu'il n'y a plus de bidon de trois litres en devient une aubaine…
un litre d'huile sophistiquée, quelques autres choses, couffin rempli sans excès, presque léger, sortir, lever les yeux sur le ciel devenu d'un bleu uniforme, les feuilles frissonnant légèrement, accrocher sourire
et le faire descendre en moi, avancer
Place de l'horloge, au bord de l'agitation des chalets qu'on aménage, trois vieilles qui goûtent la vie simplement
et de grandes et denses masses d'oiseaux qui glissent en longues files de gauche à droite, de droite à gauche, en une hâte mystérieuse – mais ma main est trop lente malgré tout pour dénicher à temps l'appareil et je dois me contenter d'un éclaircissement final...
Penser forces à refaire, se lancer dans cuisine riche avec petites choses simples, ingurgiter avec plaisir, dormir, regarder le repassage, grimacer, détourner les yeux..
et, pendant que les gros nuages blancs venaient flotter au dessus de la cour, se rejoindre, s'unir, devenir masse, regarder, sur le conseil de l'ami, les vidéos de l'Université d'automne du M'PEP avec des moments d'adhésion (Jacques Cotta https://www.youtube.com/watch?v=gsrQn1nV_I4&list=UUTuennOt3KcRC49FiuspY7g&index=43 malgré des outrances et son repli, et Denis Collin https://www.youtube.com/watch?v=xpmzOrH8WYo&index=47&list=UUTuennOt3KcRC49FiuspY7g avec des bémols quand il force le trait sur le sociétal, mais ok pour que ce ne soit pas le principal mais souvent un dérivatif, et pour l'importance de la loi), et puis peu à peu avec quelques refus agacés, surtout pendant les débats, devant certains raccourcis, devant un chouya, ou plus, de rigidité doctrinale, de confusion, de simplisme hargneux... du moins à mes yeux...
Caramba ! encore raté ! Suis vraiment pas faite pour la militance.. resterai électron libre, esprit tentant de rester en éveil, juste bonne à des bouts de chemin partagés.
Et ça a fini par une pluie à la tombée du jour et un orage dans la nuit.

jeudi, novembre 27, 2014

L'humidité comme trait d'union

lassitude de cette musique incessante, murmurant, tonitruant, cessant en un silence gorgé d'attente, de l'eau sur les dalles de la cour, le zinc de l'arrosoir et surtout dans le tuyau de descente à l'angle de la cour qui semble s'écouler dans ma chambre
un besoin de bouger, une velléité de cheminement vers les halles en se limitant aux bintjes et à un bidon de cinq litres d'huile, velléité diluée, dissoute, noyée dans la persistance de la pluie, et devant le constat que ce charroi n'a rien d'urgent.

M'en suis allée tout de même, parce que la pluie faisait suspens vers dix heures, vers la place de l'horloge, face à un ciel qui s'effaçait dans la maussaderie, par désir de marche, se satisfaisant de peu, par besoin de cigares, de bonbons pour ne pas fumer cigares, et du Canard enchaîné.
Ai rencontré une ébauche de sape, noyée, devant Saint Agricol,
ai rencontré le mat central de la tente de lumières de fin d'année qui, cette année s'habille en amorce de sapin orné,
et l'espace que réservent les chalets deux fois moins nombreux (des cabanes fugueuses s'étant installées aux Carmes, aux Corps Saints pour les santonniers et sur ma place pour la bouffe),
cet espace qu'occupent, ligotées, les terrasses en version réduite,
ou les entassements-sculptures-provisoires devant les restaurants qui jugent inutiles cet étalage sous la pluie.

Paresse, langueur, sieste, ménage, thé, j'ai pris dans le tome de la correspondance de Voltaire qui traînait à mon chevet la première lettre adressée au marquis de Condorcet, en sa jeunesse glorieuse, pour http://brigetoun.wordpress.com, avant de rejoindre en début de soirée, 
l'hôtel de ville - où j'ai trouvé, autour d'un grand sapin, là où les années précédentes il y avait la crèche installée par Carbonel qui émigre, dans un écrin plus approprié, aux Cordeliers, une exposition de travaux d'enfants à propos de leurs droits – 
et au premier étage la petite salle de l'antichambre, pour assister, pour un soutien trop rare de ma part, par sympathie pour un couple qui fait partie des administrateurs de l'antenne locale, à une conférence sous l'égide du Cercle Condorcet, conférence, avec espoir programmé de débat, intitulée les migrants qui sont-ils ?, avec Paul Nicolas, professeur d'histoire géographie en retraite, spécialiste des jummas de Bangladesh, et chercheur associé à la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme d'Aix en Provence
Assistance trop peu nombreuse, exposé précis, remettant en cause un certain nombre de poncifs (dont suis protégée par mon appétence pour tout ce que peux trouver à ce sujet, par les publications de la Cimade, et mon appartenance, même d'un peu loin, honte à moi, au MRAP) par un vieil homme net, sympathique, ferme. 
et retour sous quelques gouttes paresseuses.

mercredi, novembre 26, 2014

ciel en chute

La vieille veille grinçait un peu, et la perte du i n'arrangeait rien
mais le son est dynamique et guilleret, m'a jeté dehors
puisque le ciel pour en instant reprenait son souffle et ne s’escrimait plus à sangloter pour nous rejoindre

ai salué ma faute de frappe d'hier sur l'apostrophe de la vieille maison, ai salué la pluie, ai pataugé.
La vieille ville était humide
les pierres avalaient l'eau jusqu'à en verdir
et mes bottes clapotaient
mais j'étais en manque d'ampoules de réserve et de gélules qui digèrent pour moi.
Les feuilles étaient rousses,
rares, elles songeaient au dessus de buisson de fleurs chaleureuses d'autres temps, autres lieux
et le tronc des platanes rêvait de verdure. 

mardi, novembre 25, 2014

Muette apostrophe

Ma chère Madame, mon cher Monsieur,
La vieille maison vous remercie de vos soins.
Vous voulez lui donner nouvelle jeunesse, elle se contenterait d'une survie, elle prend vos efforts cependant, certaine qu'ils seront ramenés à leur juste importance.
Elle vous remercie d'avoir choisi ce bleu un peu fané qui est devenu de bon ton, presque obligatoire, mais qui lui sied bien, il arrive souvent que les modes s'ancrent sur le réel.
Pourtant, peut-elle se risquer à vous le dire ? Il y a cette erreur, cette incongruité, cette monstruosité, cette bévue, cette tache, cette indécence, cette injure faite au vieil appareil rude et pauvre des murs, tous ces bidules brillants, comme un jacuzzi, un home-cinema affiché sur une façade, et elle ne sait si elle vous acceptera, tels qu'ils vous dévoilent, elle est tentée de faire tousser ses canalisations, de soulever les tomettes posées un jour de trop basse température, de faire tomber vos belles peintures, parce que, c'est du bois, votre croisée ? et puisque ce n'en est pas, vous avez veillé aux aérations ?
Et la vieille maison ricane, applaudit l'esprit de ce sacré Félix qui vécut dans ses murs longtemps et qui, avec son exagération habituelle, bougonne - ils auraient dû choisir de l'or, carrément, et de l'or mat, lourd, qui aurait eu le mérite de la discrétion, de la douceur accordée à notre âge, à vous les pierres et à mon souvenir, et puis de leur faire des beaux biceps quand ils s'essaieraient, d'un geste large dans le matin, à pousser ces ersatz si distingués pour faire entrer le jour.

Brigetoun toujours en roue libre.

lundi, novembre 24, 2014

En infini manque

C'est, en passant, effleurer une vision de paisible tête à tête
Ce serait le romantisme d'un dîner au dessus de la rue endormie,
ce serait un après-midi qui s'éterniserait, une lecture face à une rêverie, le confort d'une compagnie,
ce serait un petit déjeuner, le regard songeur sur la ville, la journée qui attend, un appel, une réponse, deux corps qui se croisent dans la porte-fenêtre aux rideaux refoulés,
ce serait un ennui partagé
ce serait une chaise repoussée, un départ froidement rageur, une réplique tombant dans cette désertion, un désarçonnement désemparé, une indifférence appliquée, un regard exaspéré vers l'extérieur, une sortie de scène
ou
ce serait une table satisfaite d'être éternellement inutilisée, de se carrer librement
ce serait l'attente sans fin ni espoir, le manque, le désir d'un poids, d'une chair, d'un fessier qui ne viendrait jamais peser sur le bois des sièges sempiternellement déçus
ce serait poser là, devant ces vitres voilées, sous le froid, la pluie, l'aube, le soleil dardé, la brise printanière, la tombée de la nuit,
ce serait n'avoir sur soi de regard que ceux des yeux flottants depuis l'en-dessous, accueillir comme un furtif cadeau l'interrogation muette d'un passant
ce serait échanger des lamentations dépitées ou des réflexions ironiques avec cet autre trio, semblable, à trois fenêtres de distance
ou
ce serait s'installer dans un appartement au très long balcon, aimer le style de l'immeuble, son apparat discret, sa géométrie souple, mais constater le peu de goût que l'on a pour la proximité des passants, installer deux tables, quatre chaises, soigneusement disposées, comme un décor offert à la rue, et s'en protéger par des tentures, se détourner, vivre le plaisir de son intérieur calfeutré
mais ce serait l'aide du mistral, du vent d'est, d'un souffle qui dérangerait, un peu, si peu mais cela suffirait, ce bel ordonnancement, qui désaxerait une chaise, qui mettrait dans ce monde vierge d'humains un semblant de vie.
Ce serait une Brigetoun en roue libre.


dimanche, novembre 23, 2014

Samedi matin dans Avignon

samedi matin, sur Avignon, c'était ciel bleu dans les trous des nuages bosselés en très lent voyage

lorsque suis allée aux remparts jeter papier, jeter verres,
et sur les arbres du square Agricol Perdiguier, que je longeais..
samedi matin, c'était grumeaux transpercés de lumière sur la gare où suis allée me faire rembourser le seul billet qui pouvait l'être, celui que j'aurais dû utiliser pour regagner la ville qui ne m'avait pas laissée partir -
samedi matin, dans Avignon, c'était comme toujours, mon oeil fraternel sur les traces, les pagailles, les usures
et la réaction violente des arbres aux blessures -
samedi matin, dans Avignon, comme partout, c'était le jeu des couleurs affichées par les arbres,
mais aussi des roses attardées qui chantaient sur le calme des ruines du cloître de Saint-Martial
et ça a été, arrivant avec sac gonflé de légumes de Carrefour (mais bio et frais), de produits d'entretien etc... sur la place de l'horloge, la surprise de tomber sur le week-end du marché des producteurs
ça a été passer avec une vertu aisée devant les fois gras, les pâtés, les nougats, les vins, éviter de m'attarder devant les huiles… pour elles, qui seules de cette liste m'intéressent, mes fonds me cantonnent (et ce n'est pas mal) aux bidons achetés aux halles
mais craquer devant la gamme des miels d'un creusois, caresser des yeux ses roues de pain d'épice gorgées de miel roux, et ajouter à mon sac un miel de forêt d'un brun de caramel, avoir envies au stand de «la ferme des basilics» et me borner à un tout petit pot de gelée de trois basilics, me laisser tenter aussi, puisque j'avais oublié de dessaler de la morue, par un petit pot d'escargots au court-bouillon d'herbes…
ça a été le regard désapprobateur d'un petit ange, et mon auto-indulgence
ça a été chercher clés, monter ma charge, préparer un grand bol de nouilles de riz garnies de bonnes choses.
Et puis rien, ou presque, ou présentant encore moins d'intérêt,
un peu moins de toux, des tempes serrées mais un crâne presque dégagé, une paresse intacte et des frissons comme en novembre.

samedi, novembre 22, 2014

Puisque je rentrerais, on dirait que

On dirait que je retrouverais, vers 11 heures, ce 22 novembre, ma vieille gare de Lyon pour regagner l'antre.
Avertissement : me suis amusée, un peu, ne suis pas certaine que cela ne me soit pas très personnel, mais ma foi c'était là

Or donc, il y aurait eu vendredi dans la nuit retrouver la Cité de la Musique, être au bout d'un des deux balcons (ne sais où était ma place, mais je dis que) pour voir de profil cette merveille qu'est William Christie dirigeant, faute de pouvoir grimper jusqu'à la galerie qui surplombe la salle pour m'installer, avant son arrivée, et en restant soigneusement aussi immobile qu'une buche, face à lui, puisque ce soir il y aurait aussi des danseurs à regarder, outre le plaisir d'écouter Daphnis et Eglé et la naissance d'Osiris (jamais entendue) de Rameau.
Or donc, il y aurait eu, auparavant, jeudi, le premier matin, me réveiller dans le souvenir, bon ou déçu, des Nègres montés par Wilson à l'Odéon, boire un nescafé parce que j'en ai toujours dans ma valise, regarder le petit jardin, sortir pour le plaisir d'un petit marché, en souvenance de mes premières années autonomes, rue Saint Antoine, même si ce bout de la rue Amelot en est assez éloigné, 

et, pour retrouver le cheminement, il y a tant et tant d'années, entre mon tout petit logement et le pied-à-terre-école-pour-sourd de ma mère et ma petite soeur à Saint Ambroise, descendre la rue jusqu'à l'angle du Chemin-vert (ne reconnais pas le café)
suivre le boulevard Beaumarchais, indifférente aux cycles, saluer le banc de coquillages et tourner dans le pas de la Mule, (là les souvenirs d'une quarantaine d'années se superposent, vision fuyante, boutiques, antiquaires disparus, etc..)
En débouchant sur la place (les échafaudages qui étaient là, mais je l'ignorais, en août, sont ils toujours en place ?) envoyer un salut muet vers, là bas, au coin, au fond, Victor (lequel ? Hugo bien entendu.. j'aimais, avec le dandysme de ma jeunesse, passer le voir, quand pouvais payer le billet, avec mon sac, mes poireaux et salades) et continuer en me sentant absurdement bien, chez moi, malgré toutes les transformations, et l'argent envahissant qui, de mon temps, de celui du début, vers 1970, restait timide, ancien et discret, continuer donc sous les arcades de la place des Vosges
Traverser la terrasse, déserte en ce matin d'hiver, du salon de thé - mon antiquaire préféré, dans la vitrine duquel ai choisi tant de meubles (me souviens brusquement d'une table de jeu, avec ses petites tablettes pour poser des chandelles, dont la grâce des jambes m'était régal) est devenu une galerie, belles choses, et la fripe n'est pas encore là, 
qui apparaît en face de l'immuable «Ma Bourgogne» (je découvre au passage les nouveaux éboueurs, zut, suis étrangère) fripe que je longe avec, comme depuis plus de quarante ans, un refus têtu de cet envahissement, suivant les Francs-bourgeois – même la pharmacie, il était si charmant, est remplacée maintenant par une chaîne de produits de soins - jusqu'à rencontrer la marquise ma voisine en son hôtel Carnavalet, 
Ne plus m'agacer des occupants de ma boulangerie, ils ont été parmi les premiers à investir la rue, et ils ont gardé soigneusement la vitrine – sourire au Monde sauvage qui survit même si, trop souvent, c'est derrière des grilles,
et saluer ma jeunesse, la porte de ma première vraie adresse, de l'escalier à claire voie, du souvenir de ces jours d'hiver où l'eau débordant des toilettes-sur-le-palier (j'avais droit, moi, à un bidule à moteur) transformait les marches en tobogan, et le café qui veillait sur mes retours tardifs.
L'épicerie hongroise, le libraire ont disparu depuis déjà bon nombre d'années, qui avaient résisté plus longtemps que la plupart des autres commerçants, mais la caserne de pompiers, la plus belle de Paris, est là, comme le café, et Saint Paul est toujours notre horizon. (bien entendu à vrai dire je reconnais des boutiques, puisque suis passée et repassée par là depuis ces temps anciens jusqu'à mon exil, il y a neuf ans je crois... mais elles ne comptent pas, les ai jamais regardées)
Saint Paul devant lequel je tourne pour revenir vers la Bastille, marchant sur le trottoir qui était autrefois bordé de petites charrettes - ne sais ce qu'il en est maintenant - et je retrouve le premier marchand de légumes (mais google street m'oblige à faire des efforts d'imagination pour reconstituer l'animation d'un matin d'hiver)
Le poissonnier avec sa belle enseigne semble être remplacé par un Paul-depuis-dix-huit-cent-et-quelques, mais reste le pâtissier que je trouvais d'autant plus excellent que n'en savais rien, ne le fréquentant pas et les vélos sont en batterie depuis que le vélo devient de plus en plus obligatoire pour se déplacer vertueusement (me semblait que nous autres piétons-au-besoin-usagers-du-métro n'étions pas, si on néglige nos cigarettes, terriblement plus gênants), le chinois qui le premier avait rajeuni les vieilles traditions est rejoint par un traiteur japonais, la boucherie chevaline survit, comme les bistrots, et comme j'ai mis un mois pour faire quelques mètres, passant d'août à septembre, une petite animation sympathique fait vivre le trottoir.
Je retrouve, face à l'hôtel de Sully, le Monoprix, la pharmacie qui s'insère entre deux de ses entrées, et le grand marchand de légumes - des fripes qui, pour changer, sont destinées aux petites bourses, le charcutier qui ferme presque la série de boutiques de bouche, avant la rue du Petit Musc, que rituellement je corrige en pute y musse, la coupole de Mansart pour les visitandines, Beaumarchais réfléchissant les bras croisés, le détour par Bollinger, et le tabac qui lui fait face, les derniers mètres, la place de la Bastille..
le Flag Café, un peu mort puisque nous sommes de nouveau en août, et la boutique Dalloyau, qui avait pour moi remplacé les dernières années, celle du boulevard des Capucines, où ne suis plus reconnue (mais en conservateurs qu'ils sont, je reçois toujours leur carte à chaque changement de saison, ce qui suffit à ma délectation), d'où je ressortirais avec quelques arlettes, des gambas à l'aneth, un gratin dauphinois en cocotte, une petite boite de pâtes de fruit et des souvenirs de fêtes familiales
Et, comme deviens paresseuse, et que pitié j'ai de ceux qui m'ont accompagnée, je déciderais, le soir, pour aller à la Colline, de ne pas descendre vers la place de la Bastille pour entonner la rue de la Roquette et mes milliers de pas anciens, me contenterais de la rue du Chemin-vert, m'ennuierais prodigieusement, et, lasse de cette marche sans intérêt, je m'engouffrerais dans le métro au Père Lachaise pour une seule station...
pardon demandé, me suis bien promenée...