La nuit des musées : le palais des papes et le petit palais interdits d’accès pour le plaisir de téléspectateurs et d’invités qui regardaient le second avec leur dos (pour les avignonnais qui se veulent peuple de base, en photo et commentaire voir Michel Benoit http://avignon.midiblogs.com/archive/2008/05/17/20h40-populaire-interdit.html#c192346 et lisant sous le sien le commentaire de Nathalie, je constate que j’aurais du m’entêter) parce que je suis partie sous notre omniprésente pluie vers Louise Labbé au Roure et le jazz dans le jardin de Calvet, mais un peu transie, un peu « blues » en côtoyant de pauvres égarés sous leur parapluie j’ai renoncé et suis rentrée, sans même essayer de joindre les airs d ‘opéra au musée lapidaire ou le danseur de la collection Lambert

Des néophytes s’amusant de leur maladresse, et du pur plaisir de ces glissades en eau plate (souvenir de ma seule expérience de la chose et de multiples bouillons pris pour la plus grande joie des « amis » dans les petit rapides) pour la joie des promeneurs rêveurs, des canards et de vieux anglophones

En faisant abstraction de ce qui longeait ce calme bucolique, en saluant la face guerrière du palais dédaigné samedi.
Et assise sur un muret sous le pont j’alternais regards déclenchant des photos comme une envie de prendre possession, et de petites plongées dans « l’instinct du ciel » de Jean-Michel Maulpoix, m’arrêtant sur« Partout tu poursuivis la mer…
La mer autour et dedans,en bouche, en embouchure, haussant, baissant la voix. Ses croûtes et ses gerçures,….En regardant longtemps la mer, tu compris comment bouge le visage de l’homme…
La nuit qui n’en peut plus de répéter la mer sait que ceux qui viennent là le soir, fumer une dernière cigarette, ne s’intéressent précisément qu’au fait qu’ils ne comprennent rien de ce qu’elle leur raconte… »
et j’ai levé les yeux et regardé sans voir, consciente seulement de cette eau, de la lumière et des ombres sur elle, et de ce qu’elle n’était pas la mer, et très loin du texte aussi, j’ai revu le Papé, qui fut mon Papa, exilé pendant les longues années, de la fin de l’âge mur à la vieillesse, dans les terres, arraché à cette mer à laquelle il appartenait (peut être trop en elle pour la faire parler) par amour pour les siens, et à ses promenades vers les écluses de Bougival pour voir passer les péniches, essayer consciemment ou non, et se moquant un peu de lui-même, de renouer avec son élément naturel
Et si j’écris que j’étais loin du texte, c’est que je détourne la surface de mots, les extrayant de leurs résonances, de la mort, de l’amour… mais ne puis faire autrement puisque je n’ai ni le droit ni la possibilité de pénétrer sous la surface que mon père nous offrait ; je sais seulement que j’ai pensé à lui.



