mardi, septembre 01, 2015

Petites miettes de journée


M'en suis allée, sous un soleil un peu moins éclatant que l'avait annoncé la météo, payer mon loyer et à la recherche infructueuse d'une montre, modeste, le plus modeste que possible, comme le veulent mon peu d'attachement à ces objets et ma forte tendance, non sans rapport, à les perdre, ce qui vient de m'arriver... mais nous étions lundi et la seule boutique ouverte que j'ai rencontrée n'acceptait pas comme la plupart maintenant, je le découvre depuis que je n'ai, pour quelques jours, plus de carte bleue, n'accepte pas les chèques (souvenir du temps pas si lointain où c'était le contraire)…
Tant pis, suis rentrée, et en fouillant, j'ai retrouvé dans un tiroir un cadeau de Médecin sans frontières, sans bracelet et serti dans du caoutchouc noir et, pour le moment ça ira...
Epluchage légumes pour accompagner les pâtes et petit tour sur internet.
J'avais heureusement éteint sous ma casserole, avant de m'embarquer, entre autres, dans les mots de Christine Simon vers Anchorage ou dans les parages http://www.christinesimon.fr/spip.php?article476 avec le bus bleu, les cirrus castellanus, spissatus, fibratus, floccus, uncinus, à visages d’intortus, Kelvin-Helmhotz, duplicatus, vertebratus, radiatus, ou de cirrocumulus floccus, lenticularis, stratiformis, tu retires aussi les altocumulus, même pas ces opacus, translucidus, ou ces pannus, virga et praecipitatio, Amundsen et tant d'autres, les icebergs, le grand oiseau, les céphalopodes, crustacés, calamars, krills ou ces poissons qu’on appelle mérou, une palengrotte qui me semble égarée etc... et plus loin le céleri en branche ou un truc qui lui ressemble, et toujours le bus bleu.. parce que ne pouvais la quitter, elle et les rêves suscités.. si vous avez du souffle ou si vous pensez à le prendre, faites le voyage.
Les jolis nuages du matin se sont fait insistants, se rejoignant, se superposant, au dessus de ma cour, pendant qu'en buvant mon café, je cédais à mon petit vice qui est la lecture des compte-rendus par la Marseillaise des jeux taurins de la région
Réputé pour ses puissants engagements, Hemingway de Paulin (un biôu bien entendu, ou boeuf honoré du nom de taureau cocardier) ne va pas être étouffé. .. Se déplaçant à sa guise et sachant attendre le combat, il a un comportement très tranquille. Mais quand l'homme est dans sa mire, il est capable de finir dans le pourtour comme après Allam ou se dresser comme sur Errik (des blancs ou raseteurs). A 6 ans, il fait preuve d'une étonnante maturité et cela lui permet de sauver ses ficelles. Un potentiel impressionnant mais surtout une évidente marge de progression.. Le prix unanime du meilleur cocardier (zut, n'aurais pas dû choisir un texte de Y. Bustin, il est bien trop intelligible – au moins grammaticalement clair - et ne flatte pas vraiment le goût de l'obscurité qui je trouve à cette lecture. Bon je continue un peu on verra bien). Le barricardier Lebraù de Laurent démarre en trombe avec une percussion sur Dunan suivie par un saut derrière Errik... Se tenant au fil des barrières - clin d'oeil à André Chamand dit Lebraù – il fait calculer. Il s'envole après Ciacchini qui ne s'accroche pas et qu'il manque d'attraper mais il s'amalugue. Du coup les manadiers le font logiquement réintégrer.
Essayons de passer de Jonquières-Saint-Vincent à Fontvieille
Plein de jus, Vialat de Blanc aime le jeu et se fait plumer en 1mn30. Bien placé, attentif, il sait répondre avec vitesse et gourmandise. Les blancs hésitent, partent de plus en plus loin, donnant de l'air et de l'assurance au biôu qui rentre finalement avec ses ficelles sur l'air de Bizet. Dans le déplacement, Gambas de Fournier se fait voler son ruban et ses pompons en 90s. Bien câlé ensuite, il vient au contact avec envie mais mais ne suit pas avec conviction. Malgré le travail, l'effilochage des bobines est lent. Il les rentre en musique...
Sur ce, abandonnant dans les pompons blancs du ciel mon envie d'aller m'installer avec un livre à la Barthelasse, sur rentrée dans l'antre pour siester, et quand au réveil j'ai vu que le ciel était à nouveau bleu avec quelques grumeaux, ai pensé bof, et me suis installée devant les deux premiers épisodes d'Heimat sur Arte-replay. 

lundi, août 31, 2015

Garder un peu d'été mais fermer le ban


Trop flemmarde pour partir aux petites heures vers Montfavet assister, comme décidé, au lancer de bottes de foin et à l'abrivado, ai entrepris le nettoyage, un peu beaucoup négligé ces deux derniers mois, des gravats, feuilles, plumes, terre, blottis derrière les pots... et que mes très anciens ancêtres paysans (en ai une branche, même si cela remonte à deux siècles ou un peu davantage) me le pardonnent, n'ai tenu qu'une grosse heure, avant de me masser le bas du dos pendant juste un peu moins longtemps.
Mais comme dans la brume de ma sieste s'est glissée l'idée que, puisque ma petite chocolatière (pas l'ustensile, une créatrice) était fermée jusqu'au 7 septembre, une ou deux des bouteilles sélectionnées par les Compagnons des Côtes du Rhône, cuvées à faire connaître, modestes pour être accessibles, mais qui ne déméritent pas (AOP Cairanne CDR Villages 2014 pour le blanc, AOP Massif d'Uchaux CDR Villages 2014 de la cave de Rochegude pour le rouge et AOP Côtes du Rhône Rosé 2014 de la Cave de Chantecôtes à Sainte-Cécile les Vignes pour le rosé) pourraient être ma solution valise, j'ai repris le chemin du rocher des Doms vers seize heures,
montée maintenant sans barrières, d'autant que, j'espère que la nuit a été festive, le pic nique et les animations de ce dimanche semblent avoir été rapidement liquidées
et qu'après avoir souri ironiquement aux six ou sept rangées de ceps très jeunes replantés dans un coin de la vigne
J'ai rencontré des sacs poubelles que l'on évacuait, des guirlandes dépendues, des tables presque complètement désertées – seul un petit groupe s’entêtait à ne pas partir, écoutant un chanteur sans conviction -
et une dernière tente-cave devant laquelle quelques amateurs se pressaient encore, pendant que l'on vidait les frigidaires... ai obtenu de justesse deux bouteilles,
juste extraites de leur nid froid, et dont la buée transperçait le sac que j'avais jeté sur mon épaule et mon chemisier, faisant se rétracter mes omoplates, pendant que je me repaissais encore un instant de la vue du fleuve, avant de redescendre dans, peut-être, notre dernier jour de quasi touffeur. 

dimanche, août 30, 2015

Notre marronnier de fin d'été

Bon, notre marronnier de fin d'été n'en est pas un, il a nom vigne, d'où vendanges, ban, avec, cette année, pour ses 20 ans, deux modifications : il se déroule sur deux jours, les 29 et 30 août, et il n'est curieusement pas annoncé sur le site officiel de la mairie (qui se limite à la fête des foins et à la fête des associations, la semaine prochaine, fêtes qu'elle organise ou co-organise)
La messe vigneronne et le défilé des confréries n'auront lieu que dimanche, avant un grand pic nique et des animations sur le rocher des Doms.
Pour samedi, on se bornait à ce qui me tentait le plus, en tant que spectatrice... un marché gourmand aux Doms, suivi de la proclamation du Ban, de la pressée, d'une dégustation et d'un bal.
Comme suis amatrice de rites, j'en avais envie... même si, en fait pour le marché gourmand j'avais pris les devants,
en partant, le matin, sur les dalles éblouies de soleil, faire mon petit marché aux Halles. 
Retour, solide déjeuner, sieste, boire le peu de soleil qui descend maintenant dans ma cour, thé, et, en fin d'après midi, suis montée rejoindre mes concitoyens, 
pour me trouver bloquée devant les grilles, attendant baignée de chaleur sous ceux qui attendaient au dessus de nous bloquée devant Notre Dame des Doms
voyant passer les compagnons des Côtes du Rhône, et les membres des confréries, leur costume sous le bras, un peu perplexe par la rigidité de cette organisation
et franchement énervée en constatant que, la grille enfin ouverte, une seule rampe était autorisée au peuple transformé en troupeau - restais sur le côté, hésitais à redescendre, continuais, pour constater qu'un tiers environ de la vigne a été replantée,
que la presse attendait, à côté de cageots de raisin (d'une des vignes célébrées, certainement pas de celle du Pape) et de la carriole,
que le marché gourmand se bornait à quatre stands, les belles tartes en bande, du fois gras (pas très local ?), des huitres et l'habituel stand sympathique qui débite brouillades à la truffe ou parts de coulommiers fourré de lamelles de truffe, alors que l'on buttait partout sur des tables (en fait les compagnons assuraient contre tickets à acheter aux stands de vente du vin le service de trois menus plus ou moins copieux) - et j'étais une Brigetoun dépitée, en recherche d'un brin d'esprit festif.
Mais, comme suis têtue, me suis installée devant la presse, décidée à partir dès la pressée, une demi-heure plus tard (ce fut nettement plus long) et peu à peu, en suivant les souriantes séances de pose,
en écoutant les blagues échangées entre les trois habituels vignerons et la génération précédente, en commentant avec mes voisins l'installation, et puis l'ambiance,
en prenant d’innombrables photos (la plupart jetées, doublons de doublons de doublons) et en faisant des péchés d'envie devant des appareils dont ne saurais que faire
en ironisant doucement sur les discours, tout en guettant les quelques misérables gouttes qui tombaient avec parcimonie dans le seau, en plaisantant pendant la proclamation du ban en plusieurs langues, parce qu'on avait perdu les aboyeurs, ou qu'ils avaient perdu leur texte, ai senti ma bonne humeur revenir
avant que le jus se décide à couler, bonne humeur qui m'a aidée à rester ferme dans la bousculade qui s'est jetée vers nous jusqu'à obtenir mon petit verre de jus, si sucré qu'était délice, presque enivrant à mon échelle...
et que suis revenue vers le groupe le plus serré de tables pour acheter, comme chaque année, et comme chaque année trouver cela modérément réussi comme mariage de saveurs, un bout de coulommiers mangé en me faisant une petite place parmi ceux qui avaient opté pour la dégustation debout devant la vue
et puis suis redescendue, avec la lumière, croisant ceux qui venaient dîner et danser.

samedi, août 29, 2015

Brigetoun velléitaire, donc ce serait

Douceur de l'air, bleu du ciel,
chaude lumière qui descend de moins en moins le long de mon mur, mais qui est là, disponible
Sage matinée de ménage et repassage de deux pantalons, huit corsages, deux robes et des torchons, en faisant le projet d'une petite virée, en fin d'après midi, à Montfavet, pour la fête des foins.
Et puis flemme, flemme, flemme

Alors se laisser glisser en suivant une ombre d'idée et pondre un ce serait d'une stupidité digne d'une fin de journée de soleil, quand on a crâne comme coucourde vide (moi je dis simplement coucourde, mon crâne étant facilement en cet état), et recopier le dernier de ceux qu'ont publiés les Cosaques des frontières. http://lescosaquesdesfrontieres.com (à propos des Cosaques ne manquez pas les dernières parutions des éditions QazaQ http://www.qazaq.fr/livres-et-auteurs/)
Ce serait - 36 - une tentation

Ce serait

désir d'assomption
d'élan, d'une évasion
de fulgurance

de fulgurance
légèreté ennivrée
sur ferme base

sur ferme base
un bondissement radieux
pouvoir oublier

pouvoir oublier
lien et contact au réel
parce qu'il existe

puisqu'il existe
un moment le négliger
s'ouvrir au rêve

s'ouvrir au rêve
s'y installer, se vouloir
différente autre

différente autre,
mais se retrouver ballon
tenu en laisse.

Secouer tête, sourire

vendredi, août 28, 2015

À grands pas avec Chéreau


m'en suis allée ce matin, vers la gare, sous ciel bleu profond, dans tiédeur quiète de l'air, dans l'été adouci
et m'en suis revenue avec billets pour un saut de puce à Toulon et petite moisson de livres, réduite parce que le tas diminue très lentement, suis lectrice passionnée souvent, mais volage, en ces jours,  et parce que ne puis davantage pour le moment…
et puis dans l'après midi ai rouvert ma petite provision de photos ramenées de chez Lambert, perplexe devant le nombre de choses, belles ou intéressantes (certaines aussi, illustratives, mais que, désolée, j'apprécie moins, comme les troubadours ou des impossibles à photographier, ou des vraiment trop mal captées, ou des tu te souviens de tout ce que tu as pris ? en approchant de la fin, ou des rejets personnels), que j'ai, que je vais négliger, faussant l'idée que l'on peux avoir de l'exposition, et devant mon incapacité à relier images, oeuvres, et facettes de la vie de la création de Chéreau.
Alors juste, pour commencer, parce que là c'est évident, je suis sûre de moi, une partie de ce qui, dans la grande galerie, accompagnait la reine Margot et l'affiche montrant Isabelle Adjani dans sa grande robe blanche maculée de sang, 
Anselm Kiefer, encore, pour mon plus grand plaisir, avec les reines de France,
un détail d'une grande photographie prise par Etienne Pottier de Balkan baroque, performance de Marina Abramovic - invitée à la Biennale de Venise en pleine guerre à Sarrajevo, toute de blanc vêtue, elle gravit une montagne d'ossements sanguinolents. Plus elle se hisse péniblement, plus la robe se couvre de sang.(Eric Mézil)
un portrait de Charles IX par François Clouet et charretée pour le cimetière une des gravures des désastres de la guerre de Goya.
Saint Sébastien soigné par Irène de Francesco Cairo
suivis, venant comme peuvent, glanées dans les salles sans que je les rapproche d'une pièce, d'un opéra, d'un film, des images, avec, juste pour le plaisir, pour faire le lien avec Chéreau, des phrases extraites de certains des textes du catalogue…
les têtes coupées en tissu – Heads - d'Erez Israeli gisant devant les Marat de Yan Pei Ming, qui figuraient, chacun dans une cellule, lors de l'exposition de la prison.
Patrice Chéreau m'a poussé vers des personnages, il a eu très vite besoin de noms, les a cherchés dans les nécrologies de journaux ou dans le bottin. Nous nous sommes retrouvés avec ces noms, comme des enveloppes vides, qu'il fallait remplir (Hervé Guibert – les escarpins rouges dans La Piqûre d'amour et autres textes - parce que j'avais oublié de l'évoquer, lui et l'homme blessé – avec, entre autres, manuscrit de ce texte et photos de Cannes)
les drapeaux de Léon Coignet et la barricade lithographie de Manet.
les cannibales de Goya (découverte pour moi, avec cannibales dépeçant leurs victimes, deux petits tableaux au musée de Besançon)
….
Nous discutions donc des corps, de la mort et de la déchéance physique, de Lucien Freud et de Bacon, de l'hyperréalisme de certains photographes contemporains... Nous nous demandions combien d'adeptes des arts visuels aujourd'hui s'intéressent au corps et à ses exigences : au corps plutôt qu'à l'esprit et aux idées ; au corps en soi, dans son relatif isolement. - Hanif Kureish - En filmant «Intimité» dans Dreaming and Scheming – Reflections on Writing and Politics
femme à la bougie, combat entre le taureau et le cheval Picasso – dessin – 24 juillet 1934 - et La Cuadrilla – Miquel Barcelo
Untituled – Adel Abdessemed (2014) devant Mare nostrum photos (1962/2015) de René Cleiz à partir d'images d'archives du Fonds Chéreau
La violence de son siècle n'avait pas défiguré en lui la lumière, les totalitarismes n'avaient pas désespéré sa soif d'utopie, et il trouvait dans l'art l'antidote idéal à l'absurdité du monde marchand. Dans toute son oeuvre, ses doubles et ses fantômes nous rappellent que l'on peut espérer sans espoir, qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait un objet pour qu'il y ait une quête, que le désir ne peut être avili par les nouvelles formes de domination.. Olivier Py
She Never Told Her Love – Henry Peach Robinson 1857
Kerze n°511/1 de Gerhard Richter 1982
Il était particulièrement sensible au mouvement de la lumière, à son rythme, sa durée. La nuit n'est nuit que si elle succède au jour, dans un temps théâtral à inventer. Le geste de sa main accompagnait l'arrivée de l'obscurité ou l'inverse, la modification d'une teinte, le passage d'un nuage ou le surgissement d'un éclat. Indications à la fois impressionnistes et musicales avec lesquelles nous construisions ensemble sur le vif des répétitions – Dominique Bruguière à propos de leur travail commun, notamment pour Phèdre et Elektra
The Morgue de la superbe série d'Andres Serrano
Gisant fusain d'Adel Abdemessed
Tu es le vent. Je t'avais donné cette phrase que tu avais fait tienne – j'en suis encore si heureux -, elle me revient comme une force que sait aussi donner le silence : l'avenir, c'est du désir, pas de la peur. Je t'écris - Thierry Thieû Niang
et, sous les combles – le petit escalier a gardé sa peinture vert clinique et ses sentences -, en souvenir d'une visite faite avec Chéreau de l'exposition de la collection à la Villa Médicis, Eric Mezil a installé sous le rampant, face à une série de photos de Nan Goldin, dans le couloir, l'installation de Claude Lévêque, le néon sans fin glissant dans Il Grottone qu'il adorait car les illusions les plus simples l'ont toujours guidé sur scène pour faire voyager le public.
Redescendre, et, après une évocation de Ceux qui m'aiment prendront le train avec le songe de Joseph de Georges de La Tour et la photo par Nan Goldin de deux garçons dormant dans le train qui s'en va vers Avignon, c'est un passage de miroirs menant à la jonction en béton (assez brutaliste vue de l'extérieur) vers l'ancienne école d'art dans l'hôtel voisin, que j'ai parcourue à grands pas, aussi grands que me le permettait la fatigue qui commençait à me gagner, avec ses salles totalement retaillées et une partie des oeuvres de la collection. En ai ramené quelques images que je garde pour un autre jour.