jeudi, avril 24, 2014

Images comme peuvent pour un jour blanc


incandescence bleue pour un jour d'attente
un jour blanc, jour de rien, où prendre la beauté

humilité des fleurs, pour la joie du matin,
ne pas penser mais voir, et agir bien trop peu

pour ancrer dérive, juste garder traces
des beautés sévères de la nécessité

mais aller cheminant de fraîcheur en fraîcheur
se vouloir sourire naturel non crispé

trouver plaisir au peu, à la danse des draps
en attente calme, visage serein


et rentrer dans la joie du vert plaqué sur bleu...
des rayons sur ce sol niant la profondeur

saluer les fleurettes fantaisie se nichant
près du solennel et aimable fronton
et puis attendre le lendemain, en abandonnant lâchement une bonne partie des corvées que j'avais prévues au réveil, en cueillant plaisirs, comme d'écouter la bande son (les vidéos) accompagnant François Bon dans son étude des débuts de Jimi Hendrix http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3946 et imaginer (peut être en fait se souvenir sans certitude) avoir dansé sur la musique de Mickey & Sylvia, aimer les Coasters etc, tout en fait..., se plonger aussi dans Alternative économique.. continuer à suivre le voyage à Naples de Pierre Ménard http://www.liminaire.fr mais ne pas être trop capable de lire autre chose. 

mercredi, avril 23, 2014

Mardi, ce fut...


ce fut, après un réveil très tardif le jour où ce n'était pas recommandé,
après trois distributeurs de billets hors d'usage quand j'ai réalisé en catastrophe que je n'avais que cinquante euros, ce qui en fait était beaucoup trop,
après l'annonce d'un taxi en retard, qui ne le fut guère,
après de multiples calme-toi efficaces, sauf pour les tripes avec leur goût pour l'indépendance,
arriver avec un quart d'heure d'avance au Pont des deux eaux (il faudra que j'essaie de savoir ce qu'elles sont ces deux eaux situées là)

ce fut grimper lentement vers l'attente 

ce fut voir tous les cabinets s'ouvrir, sauf celui des pneumologues, sourire comme feuilles dans un peu de soleil, laisser l'arbre crier pour moi

ce fut un peu plus de trois quart d'heure après, un très attentif et gentil toubib, perplexe devant mes images, ce fut rendez vous pris pour, jeudi, attendre le moment où, entre deux malades, entre quatorze et dix neuf heures, il trouvera temps de me soumettre au tuyau voyeur
ce fut espérer fortement que cela s'arrêtera là, lasse suis des sourires accompagnant l'annonce de nouveaux examens, les ai trop connus

ce fut attendre, longuement encore, en pensant à ceux qui n'ont que ce moyen de venir intra muros, le bus me ramenant

ce furent les aspects divers de la ville hors les murs, les pavillons, les «délaissés», les immeubles, et cette fuite des nuages dans le bleu qui dura tout le jour, au moins quand regardais..

ce fut décider, en abordant les remparts, que j'avais envie de marcher, descendre, entrer dans la ville

ce fut les rencontrer dans une vitrine, les prendre pour frères
avec leur regard confiant et méfiant, leur réprobation impuissante

leur désir de sélectionner ce qui, son ou image, leur parvient,

leur force (euh peut être un peu moins) leur laideur coquette....
et puis l'énervement retombant, lire un peu ce qui était paru sur le web, avant de sombrer dans un sommeil-fuite-effaceur
et puis, comme pas trop capable de lire, regarder, écouter, une fois de plus la grande duchesse Félicity Lott
Se sentir honteusement à côté, ne pas avoir vraiment envie de se forcer.

mardi, avril 22, 2014

À La Pérouse ou Tamentfoust


J'avais dix-sept ans, je crois.
J'avais dix-sept ans et les parents m'avaient offert, des vacances à Alger, chez mon parrain, l'oncle ainé.. à Alger et bien sûr à La Pérouse (qui aujourd'hui a retrouvé le nom de l'ancien Bordj, Tamenfoust, mais alors, en 1959 on disait encore La Pérouse)
C'était le soir, sur la plage, devant le hangar à bateau, sous la maison.
J'étais seule, le garçon qui avait de belles mains et qui me lisait, assis sur le sable, Kaputt de Malaparte, était rentré dans la villa de ses parents.
J'étais seule, je ne sais pourquoi... ma petite cousine avait, pour une raison ou une autre, peut-être parce que Malaparte l'ennuyait, préférer remonter vers la maison, la véranda, au dessus de la plage où je restais, dans le silence, prête à me replier, puisque le couvre-feu était passé.
Je regardais la mer. Je rêvassais. Les poissons, les mêmes qu'en face mais plus nombreux ici... comme les montagnes étaient plus grandes..
Je repensais à ces jours, depuis que j'étais là,
à l'épicerie du village où nous étions servies en priorité, et je m'offusquais de ce privilège, à moins que ce soit pour se débarrasser de nous...
à la toute jeune adolescente, la fille du fermier, dont les oies me terrorisaient comme dans mon enfance, qui devait déjà découvrir la gêne, l'encombrement, du voile et restait sur le bord pendant que nous pataugions, couteau en main, pour récolter les anémones de mer, qui se réduiraient, presque jusqu'à ne plus être qu'une bouchée parfumée, quand nous les ferions frire....
à la réunion des femmes autour de ma tante, sous le grand eucalyptus du jardin de derrière, les bavardes, les silencieuses, les rires, les mains peintes, le coton soyeux...
aux plaisanteries de l'homme qui venait proposer sa pêche le matin...
aux siestes derrière les volets entrouverts sur la chaleur qui écrasait la terrasse aux azulejos...
aux circulations de jardin en jardin, à travers les haies, pour nos surprise parties quand l'heure nous interdisait la petite rue...
à toutes ces nervosités, angoisses tues, ces liens qui se modifiaient en silence, ou non, comment pouvais-je savoir...
à la colère de mes cousins ainés, au désarroi de leurs parents me disent mes souvenirs..
à notre jeunesse, notre futilité, instinctive et appliquée.
journée un peu à côté... me borne à reprendre ce texte publié chez les cosaques http://lescosaquesdesfrontieres.com

lundi, avril 21, 2014

piteux pantoum pour jour de paix


Cloches balancées, hors des pierres,
dans l'air cristallin, les tintements.
Debout dans la cour, ciel sur pierres,
je reste sans pensées, si calmement.

Dans l'air cristallin, les tintements
entrent dans les chambres, dans le palais.
Je reste sans pensée, si calmement,
usée comme carreaux vieux au palais.

Entrent dans les chambres, dans le palais,
échos de la paix bleue au ciel rêvée.
Usée comme carreaux vieux au palais
cherche traces d'élans, si j'en avais.

dimanche, avril 20, 2014

Peu, l'essentiel et puis paresse


Prendre couffin, racler le reste de volonté disponible, sortir dans la ville parcourue par mistral de force adolescente,

sous le ciel bleu, avancer couffin au bras et doigts dans les oreilles dans les rues baignées d'animation sonore (mystère : qui a fait croire aux commerçants que cela attirait qui que ce soit ?), dans la gaité d'une ville en vacance, sillonnée par les premiers groupes cornaqués..

halles et petite foule (sans doute juste un peu moins que demain) acheteurs, touristes, commerçants souriants de plaisir affairé

être attirée en sortant par la vue d'une botte de foins, et retrouver amis et la fête des salades – admirer leur production avec tout le détachement nostalgique de la gourmande de verdures pour qui c'est maintenant souvenir du temps où elles n'étaient pas déconseillées par carcasse...

et rentrer, un sac pendant à un coude, le couffin à l'autre, les doigts dans les oreilles en approchant de l'antre, bousculée par moments par le souffle un peu froid de l'air.
Un peu sonnée, un peu crevée, prendre un moment, et puis rangement, cuisine, un poco ménage avant de sombrer en sieste engloutissante
N'émerger que pour lire un peu du numéro du Canard sur Vive les vieux ! et retrouver, loin de notre monde, la comparaison par Monsieur de Saint Simon entre grands d'Espagne (avec tous les rites, privilèges, droits et devoirs) et ducs de France.
Une billet d'un prodigieux intérêt.

samedi, avril 19, 2014

Peupler journée de petites fleurs et d'une découverte


Le grand bleu nous a quitté, et je me suis cassée le nez à la banque, me ferai riche un autre jour.
Même si ce vendredi aurait dû être voué à l'humble pénitence, me suis arrêtée sur le chemin du retour pour acheter trois petites plantes fleuries

pour encourager l'effort du calamondin, et persuader ses minuscules fleurs blanches de ne plus tomber aussi vite qu'elles éclosent...

fait un peu plus qu'effleurer des petites tâches que je néglige trop d'ordinaire - sieste sans honte, promenade dans un livre pour lequel j'ai des sentiments partagés au premier abord, et puis, un peu avant la nuit, monter la petite côte vers l'opéra, avec curiosité

pour découvrir, sous la direction Michel Piquemal, la version de concert d'un opéra comique créé à l'Opéra comique le 7 novembre 1829, joué une centaine de fois, mais plus jamais depuis cette époque – un acte intitulé le dilettante d'Avignon, sur un livret resté inachevé de l'autre Hoffmann, le dramaturge strasbourgeois, prénommé François Benoît, achevé par Léon Halévy et proposé par ce dernier à son frère ainé Jacques-Fromental. Petite bouffonnerie pour moquer le goût de l'époque qui se portait uniquement vers la musique italienne, au grand dam des compositeurs français dont JF Halévy.
Une façon de se moquer de ces prétendus connaisseurs, qui sans avoir fait aucune étude, décident en souverains du mérite des auteurs, des acteurs, des ouvrages..
L'histoire d'un directeur de théâtre à Avignon, qui ne parle pas un mot d'italien, mais ne jure que par cette langue et se fait appeler Casanova comme il a donné des noms italiens à sa fille, sa nièce, son régisseur (lequel lui a fait embaucher pour le choeur des chanteurs français sous le nom des italiens qu'il ne trouvait pas)... l'histoire du ténor qu'il veut engager, qui bien entendu s'appelle Dubreuil, et bien sûr est l'amoureux caché de sa fille. Au final tout le monde tombe d'accord sur l'égale qualité des langues, des styles...
Le directeur est un rôle parlé, et nous a gentiment joué l'équivalent (de qualité légèrement affaiblie) de Monsieur Jourdain aux prises avec les maîtres... Le ténor était bon acteur et très honnête chanteur, le régisseur, baryton, imitait si bien l'accent imité (le seul à s'y essayer) que ma foi il en a peut être eu des traces, les deux sopranos jouaient moyennement bien, mais de façon sympathique, et chantaient agréablement.
La musique n'est pas inoubliable, mais agréable et il y a un choeur plein d'entrain pour louer l'Italie, un joli duo entre les deux amoureux, et un air (plein du souvenir de la musique italienne mais avec interposition de Malbrough s'en va-t-en-guerre) sur deux vers de Malebranche gentiment farcesque.

applaudissements nourris pour ce qui tout de même ne méritait peut-être pas vraiment d'être exhumé. (pas frapper Monsieur Léon Halévy, pas frapper, vous demande pardon..)

vendredi, avril 18, 2014

Sourire, rencontre et rendez-vous


goûter le plaisir de ronronner un peu dans l'air calme contre le mur, maintenant que le soleil touche presque le sol de la cour, et ne la transforme pas en four

une rencontre avec un étrange conducteur sur une route que je suivais, aux alentours de Cholet et Maulévrier, pour fixer mon attention pendant que j'écoutais les interventions des représentants de la Commission européenne, du Ministère de l'intérieur, de la Cimade, de l'ECRE, du forum des réfugiés et d'Amnesty International devant commission des affaires européennes de l'Assemblée, au sujet du régime de l'asile.. et se demander si ce n'est pas de cette rencontre que je me souviendrai

Le soir venant, m'en suis allée vers le rendez-vous que me donnait mon billet avec une marionnette nommée Zazie (plusieurs en fait) au Théâtre du Chêne noir.

dans un spectacle de la Compagnie Dominique Houdard à partir du roman de Queneau, ou plutôt à partir du spectacle d'Evelyne Levasseur adapté du roman et d'une interview de Queneau par Marguerite Duras pour l'Express...
alléchée par ce qui en était dit dans ce passage d'un article de la Marseillaise, repris sur le site du théâtre http://www.chenenoir.fr/programmations/saison-d-hiver-2013-2014/article/zazie-dans-le-metro
Pour représenter l’insolence, la naïveté, la curiosité, la franchise, l’égocentrisme, l’intrépidité de Zazie, cette gavroche provinciale, Dominique Houdart et Jeanne Heulin manipulent non pas une, mais dix-huit marionnettes. Jeanne Heuclin, jolie dame aux cheveux gris, lui prête voix et on entend une gamine effrontée, candide, boudeuse, chagrinée. Dominique Houdart, en père Queneau indulgent, lui offre le refuge d’un corps et d’une barbe de patriarche. Si vous ajoutez que cette marionnette multiple se glisse en tiers dans le dialogue entre l’écrivain Raymond Queneau (joué par Dominique Houdart) et
l’écrivaine Marguerite Duras (jouée par Jeanne Heuclin), vous aurez une idée de la densité de ce spectacle : magie de la manipulation, rigueur des mouvements, beauté des accessoires, virtuosité des voix, maîtrise des changements à vue.....

photo provenant du site de la compagnie http://d.houdart.free.fr/zazie.php (qui comporte une petite vidéo)
En fait, j'ai aimé Jeanne Heuclin, surtout en Marguerite Duras, qu'elle n'essaie d'ailleurs pas d'imiter, sauf pour l'assurance tranquille et tranchante, presque toujours en voix de Zazie, et de sa mère, sauf parfois quand elle se croie obligée de masquer trop ostensiblement sa bouche... mais est-ce le désir de multiplier par trop les marionnettes (de toutes tailles) qui jaillissent du paquet de cigarette, d'une tasse, de la cravate ou de la poche de Queneau, qui se posent sur le petit castelet etc.. peut être aussi le jeu si bonhomme qu'il en devient étiré de Dominique Houdard, cela se traîne un peu et j'ai été prise, un moment de bâillements – légèrement dommage (ou était-ce moi ?, je ne crois pas, les applaudissements étaient alanguis)

un retour dans les rues qui, un peu après huit heures, n'entrent pas encore dans la nuit.
et, en prime, Queneau parlant de Zazie