lundi, mars 30, 2015

Devoir et plaisir

mistral qui se fait souvenir, ciel bleu dur avec trainées blanches,
dans l'éblouissement et l'ombre de la rue monter vers la mairie
saluer le vert tendre et lumineux d'un arbuste sous la haute ramure sombre du cèdre et aller, dans un bureau où trois personnes s'ennuient tant que j'ai presque été ovationnée, jeter dans l'urne un billet de gauche unie (donc l'UMP ne semble pas se mobiliser, le leur pardonner s'ils s'abstiennent de dériver vers le FN)
et m'en revenir vers l'antre pour me laver les cheveux
en l'absence de vent, si ce n'est un petit restant de souffle, le ciel à une heure se macule de blancs grumeaux
lectures, activités, petite guerre avec carcasse sans grande virulence, attendre de remonter la rue, sous un ciel devenu d'un gris bleuté, un peu avant 17 heures,
pour aller – je savourais d'avance, au risque très très éventuel d'une déception – entendre, le Parlement de musique, le choeur Orlando de Fribourg qui fête ses vingt ans avec ce concert et sa reprise en avril à Fribourg, concert dirigé par son chef Laurent Gendre, quatre solistes, dans The Messiah de Haendel
s'installer, et entrer dans le flot et la durée, près de trois heures, la dramatisation, l'enthousiasme, et aimer cela
une longue attente pour que les instruments s'accordent (le charme des instruments anciens), arrivée des trois hommes, de la chanteuse en grande robe blanche, du chef
la belle ouverture, et le récitatif et l'air every valley shall be exalted... par le ténor David Munderloh, voix mate, souple, comme un velours clair aux légers reflets métalliques (très légers)
première entrée du choeur and the glory of the Lord et plaisir grand, immédiat et anticipé de les entendre
et ce rythme qui fait que je me dis que des rappeurs mis en contact avec cette musique devraient être séduits
dans la suite de cette première partie, intervention Raymond Ayers baryton basse, sans doute la voix que j'ai préférée, surtout quand il est plus basse charnue et goûteuse que baryton un peu trop cuivré
du contre-ténor Julien Freymuth, plus dans la délicatesse que dans le chant glorieux, comme croquer une cerise douce
et de la soprano Magali Arnaud Stanczak, jolie voix ronde, claire, haute sans effort ni effet
après la nativité, après le duo contre-ténor/soprano il fait paître son troupeau comme un berger et une belle intervention du choeur, entracte, café et cigare, ce qui n'était pas très malin, regagner place
regarder le claveciniste aux prises avec son instrument, les musiciens, puis le choeur, puis les trois chanteurs, puis le chef entrer, attendre qu'ils se réaccordent
et le très beau, ample, lent, doux choeur voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde
un bel air pour l'alto ou le contre-ténor il fut dédaigné et rejet des hommes
qui devient vif, syncopé il tendit le dos à ceux qui le frappaient
le très beau et véhément choeur assurément il a enduré nos douleurs
s'adoucissant, ample pour et grâce à ses plaies nous sommes guéris
etc.. avec cette admirable variété, progression des ambiances, et cette façon d'englober tout le public à leur suite
jusqu'au merveilleux Hallelujah qui clôt la seconde partie
une pause pour qu'ils se raccordent, qu'entre la soprano et début de la troisième partie avec son air I know that my Redeemer liveth - Je sais que mon Sauveur vit.. où sa voix prend une pleine ampleur
etc...
La déception n'était pas au rendez-vous.
Saluts, 
et quelques pas vers l'Hôtel de ville, où, à huit heures et quelques, les dernières urnes arrivaient, échangé quelques mots avec trois bonhommes dont je pensais à vue de nez que leur choix étaient les miens pour savoir ce qu'il en était d'Avignon, et surtout Avignon 3 Monfavet où le binome d'André Castelli, que j'aime bien, dont j'avais fait la campagne aux précédentes municipales, affrontait (avec un retard au premier tour) celui de Philippe Lotiaux le FN aux bonnes manières, aux dérapages rares, celui qui a le plus de métier... mais il était encore trop tôt, alors suis rentrée, noter ceci à la va vite, et suivre les résultats sur internet pour savoir quels seraient les rapports de force pour le 3ème tour, le principal, dont dépendent le sort des associations, collèges, subventions etc... et la crainte qui semble s'éloigner de voir le FN présider (il est vrai qu'une bonne partie de l'UMP locale tangue un peu vers lui) et une pensée émue pour Haut le président PS
Pour en revenir aux délices baroques, à défaut du Messie j'avais écouté dans l'après midi, en vacant lentement le Parlement de musique, sous la direction de son fondateur, Martin Gester, dans le Laetatus Sum de Porpora
Castelli a gagné, Avignon semble rester à gauche, et le Vaucluse devrait aller à l'UMP s'il négocie avec la Ligue du sud ou le FN

dimanche, mars 29, 2015

L'idée du printemps s'installe - reprise paresseuse


vent fort encore le matin, mais mollissant - une envie de plaisir des yeux - une cueillette de signes de la venue du printemps
les terrasses se regarnissent, et contre mon mur que le soleil n'effleurait pas au début du mois, je peux cligner des yeux sous la lumière, ma bouche baignant toujours dans l'ombre.
Brigetoun en lucidité vraie ou fausse qui la dissuade de toucher aux mots, et lui donne envie de cloître ... alors puisque là ils sont déjà en place, bien ou mal, une reprise d'un ce serait pour les cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce serait – 23 – un refuge
Ce serait en 1348, je crois, en cette triste année, quand, à Florence, sept gentes dames, belles, gaies, raisonnables et spirituelles, Pampinea, Fiammetta, Filomena, Emilia, Lauretta, Neifile et Elissa, décidèrent de quitter la ville, pour ne pas être atteintes par la terrible peste qui sévissait alors, et ne pas céder à la peine et la tristesse, mais vivre en plaisirs sereins, en devisant, en écoutant de la musique, en cueillant des fleurs, et s'en allèrent donc, en compagnie de Panfilo, Filostrato et Dineo, jeunes gens fort galants, amoureux de trois d'entre elles, ne sais plus quelles, et parents plus ou moins éloignés des autres, se faisant accompagner de servantes et de trois domestiques, se retirer à quelque distance de la cité, dans une belle demeure sise sur une montagne couverte d'arbustes variés et de plantes au vert feuillage, agréables à regarder, comme l'a rapporté le merveilleux conteur Giovanni Boccace.
Nous en ces temps là, Bianca, mes cousins Benvenuto et Domenico, leur ami Andrea et moi, nous tentions de ne pas sombrer dans le désespoir, nous risquant, mais aussi peu que le pouvions, dans les rues de Sienne, par désir de maintenir un semblant de vie dans les places, les rues et les escaliers de notre ville, et surtout pour nous rencontrer, besoin avions de notre amitié et belle entente, ne pouvions croire que la maladie nous viendrait par notre société.
Un jour de grande lumière et grande pestilence, Domenico vint nous lire une lettre de Dineo, qui était son ami pour sa grande gentillesse et parole libre – il nous faisait rire et rougir -, l'informant de la décision qu'avait prise ce groupe. Nous sommes restés rêvant un peu, jusqu'à ce que la plus jeune, Bianca, se lève et nous dise «si vous voulez me suivre, je connais un endroit merveilleux, oh ce n'est pas une grande demeure, ni une belle villa..»
à quoi répondit Domenico : «par Dieu, sommes moins fiers que les florentins»
Mais Bianca, en riant : «ce n'est pas une cabane, c'est un fier château, un peu trop grand peut-être même, celui de mon oncle Paolo, mais il est fort ancien, et resté vide et sans doute assez mal entretenu depuis plus de dix ans, depuis que Paolo a fait pénitence et rejoint les frères de San Francesco, et mes parents trouvent l'endroit trop isolé, mais nous pouvons demander à l'intendant de mon père de nous y conduire.»
Alors, ayant bien préparé notre départ, comme l'avaient fait les florentins, nous sommes partis, avec deux servantes et le jeune fils de l'intendant
et suis certaine que Dineo et les autres, s'ils avaient plus d'esprit que nous, peut-être, ou plus de vivacité, ou un Boccace pour tenir minute de leurs échanges, n'ont pas trouvé si beau cadre.
Il y avait une haute tour carrée et de grandes salles presque vides où ne restaient que des meubles un peu trop lourds, un peu trop sombres, ou qui n'avaient pas plu, le buste d'un homme sévère et quelques tapisseries.
Il y avait sur l'arrière une grande cour, une ferme pour nous offrir du lait crémeux, et la petite maison de la nourrice de Bianca.
Il y avait une chapelle et un très vieux, paternel, pieux et discret chapelain
Il y avait des vergers, de beaux arbres arrondis autour de leurs fruits, des jardins d'herbes entretenus et un jardin de fleurs redevenues sauvages
Il y avait de douces collines, un grand rocher pour borner le vent, un bois pour fermer le paysage.
Il y avait surtout un grand étang d'émeraude pâle et trois barques, semblables à des feuilles tombées sur l'eau, pour qu'Andréa et moi, Bianca et Domenico, nous flottions, en écoutant le chant, la musique de Benvenuto, pour que, quand le voulions, nous nous écartions et glissions derrière le rocher.
Et je faisais des souhaits, honte en avais, pour que la peste ne prenne pas fin.
(en regardant le Castello in riva a un lago d'Ambrogio Lorenzetti – Pinacoteca di Siena)

samedi, mars 28, 2015

Nuages baladeurs, légèreté datée et bonne musique

Ce ne furent sans doute pas les 100 km/h annoncés

mais belle force me poussant à l'aller, me freinant au retour, se ruant un peu en pagaille, et ciel bleu que parcouraient vivement des nuages bonhommes venus s'égarer là
c'était aussi un fort lest qui permettait à Brigetoun d'être presque imperturbable, juste amusée par la danse de ses cheveux et des pans des manteaux
mais une pensée émue pour les deux ouvriers qui s'activaient toujours, entre ville et Rhône, en haut de la maison voisine.
Ai remis robe verbe etc... et, à la nuit, je suis allée écouter, avec une molle curiosité, la Société anonyme des Messieurs prudents, texte de Sacha Guitry (pour Yvonne Printemps) et musique de Louis Beydts, dont je l'avoue j'ignorais l'existence (l'oeuvre et le musicien – honte à moi - dont j'ai certainement entendu des mélodies sans le savoir)
une agréable surprise, et une petite leçon d'histoire d'une époque et d'un genre, parce que l'«opéra bouffe» étant une agréable petite chose fort brève (qui avait été créée lors d'un spectacle annoncé comme: «Sacha Guitry et Yvonne Printemps jouent six pièces dont un opéra bouffe» au Théâtre de La Madeleine le 3 novembre 1931, nous avons eu droit non pas à six pièces mais à une première partie composée selon le choix de Christophe Mirabeau, qui venait nous les présenter en quelques mots, de petites pièces, témoins de l'esprit du théâtre bouffe de l'entre deux guerre
- avec l'ouverture pour une opérette imaginaire de Jean Rivier http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Rivier vivacité, gaité, syncopes et saxophone
- un intermezzo extrait d'«Arsène Lupin Banquier» de Marcel Lattès http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Lattès, musique désinvolte, gracieuse, de celui qui fut déporté pour avoir giflé de son gant, chez Maxim's, lui le juif, un officier SS qui s'intéressait trop à sa cavalière
la création de la suite tirée des «aventures du roi Pausole» d'Arthur Honegger http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Aventures_du_roi_Pausole_(opérette) avec, comme final un boléro intitulé Chocolat, pourquoi chocolat ? parce que le chocolat est au lait
et le guilleret «Hue !» de Luis Beydts, l'un des courtes morceaux écrits pour s'intercaler entre les pièces le 3 novembre 1931..
un entracte et puis «la S.A.D.M.P.» «société anonyme des Messieurs pdents »... ou «société des admirateurs de Madame Printemps»
une cocotte et quatre Messieurs, de trente ans (Henri Morin/Jérôme Billy), quarante ans (le grand industriel/Dominique Dolié baryton peut-être le meilleur du quatuor, mais les rôles sont de toute façon de simples faire-valoir), soixante ans (le gros commerçant/Mathias Vidal ténor plein d'entrain, le plus petit, assez mince) et quatre-vingt ans (le comte/Thomas Dolié le plus grand, le plus jeune, bon baryton-basse) - rivalité, début d'affrontement et puis sagement partage, les règles étant fixées par elle.
Pour la musique, pour Louis Beydts j'avais consulté Wikipedia et lu
Il fait partie des derniers compositeurs d’opérette à avoir cherché à conserver la tradition française de l’opérette classique tout en essayant de la renouveler..
Son style musical a été décrit comme traditionnel, classique, clair, mélodique à l'élégance incontestable. Ses compositeurs préférés sont Fauré, Debussy, Gounod, Messager, Ravel et Pierné.
Avais pensé, au lire de ces noms, pourquoi pas ?
Et ma foi c'est la musique qui gagne, avec une belle ouverture, brillante, agréable, et une grande souplesse pour suivre les dialogues, les courtes phrases des hommes, paroles qui ne brillent guère par leur finesse, couvrant d'ailleurs un tantinet les voix sauf dans les tutti ce qui ne prête guère à conséquence, et donnant deux jolis airs écrits pour mettre en valeur la voix d'Yvonne Printemps, que Isabelle Druet chantait avec un joli brio et sans doute un peu plus d'acidité
Texte assez minimal, sans débauche d'esprit (euphémisme)
Les cartes à jouer
Sont de belles images
On peut louer
La poésie
Qui s'en dégage..
Mais quand je vois ma réussite
Dans la vie
Il me faut avouer
Que je la dois bien plus aux cartes de visite ! (de ces messieurs) 
avec un léger cynisme qui se veut de bonne compagnie,  
et ma foi le tout petit public, y compris Brigetoun, était ravi de sa soirée
de la légèreté, de la musique agréable – qui est en fait beaucoup mieux que ça - avec le petit plaisir de la découverte.

vendredi, mars 27, 2015

Pierres et débris pour un jeudi

journée commencée avec des bruits de chocs.. ai mis un certain temps à réaliser que cela venait du mur clôturant la cour, à accéder aux gars du chantier, à obtenir des précautions, et en début d'après midi quand ils ont voulu bâcher, alors que je venais de finir de nettoyer, une pluie de belles pierres explosant autour de moi...
Matinée passée, en horrible badaud, à suivre, effarée, à intervalles réguliers, les nouvelles du crash sur BFM-TV – après-midi avec les commissions des assemblées italienne et française sur le numérique http://videos.assemblee-nationale.fr/video.6604.%EF%BF%BDge-du-numerique--visioconference-avec-la-commission-numerique-de-la-chambre-des-deputes-italienne-26-mars-2015
mistral moyen, soleil chaud, et froidure des rafales… 
A la nuit tombante, ai mis une robe, une redingote et des bottes, ai descendu avec précautions le sac de gravats et de pierres, l'ai hissé dans un container et m'en suis allée, avec une petite curiosité distante, et une vague impression de non adhérence au réel, vers l'opéra pour entendre une version de concert d'une comédie musicale, dont je ne dirai rien de plus, parce qu'en arrivant en haut de la rue Saint Etienne mon pas s'est fait de plus en plus lent et l'impression que quelque chose n'allait pas de plus en plus nette.
Et j'ai su, avant de tourner au coin du théâtre que oui, c'était ça, nous étions jeudi, un jour trop tôt.
Alors m'en suis revenue, prenant conscience de la petite froidure aigre du reste de vent, ai remis jupe culotte de velours côtelé et gros chandail, et j'ai repris la lecture du discours De l'universalité de la langue française de Rivarol, avec en tête la belle préface de Dany Laferrière, aux prises avec l'idée étrange d'avoir à lire ce texte et en parler – préface dont j'ai recopié la fin pour http://brigetoun.wordpress.com

jeudi, mars 26, 2015

Chronique avignonnaise

Matin de crispation ou détresse, ou simplement désarroi intérieur, agacements toubibs, et en recherchant une radio avec des phrases, ce refus de plus en plus prégnant de supporter ce que recouvrent les mots consacrés comme productivité, compétitivité, la louange des pays qui soit disant vont mieux si on tait que leurs peuples ne sont pas dans le même cas, et ce mot d'élite appliqué à la moisissure qui prospère et qui, pour pouvoir se supporter, est condamnée à l'aveuglement, à l'imbécillité.
Idées pas spécialement intelligentes mais qui tournoyaient dans caboche pendant que je regardais le sol humide dans la cour. Ai quitté le verbiage pour la musique, ai pris, comme demandé, un rendez-vous à l'hôpital pour une presque formalité, et m'en suis allée sous la pluie dans les rues de mon quartier où le vent, qui s'installait, se lançait brusquement en rafales froides faisant du parapluie un objet qui n'était recommandé que pour les amateurs de char à voile sans voile,
ce qui, absurdement, m'a amusée.
Antre, pieds séchés, vieilles bottines fourrées, France Musique et pioche dans vieux disques, trois quatuors de Mozart (les derniers), un peu de Steve Reich, un acte des Troyens, un des CD de Croesus de Reinhard Keiser que n'avais pas écouté depuis longtemps..
quelques pages de la Vie des hauts plateaux de Philippe Annocque, en m'arrêtant à l'interlude ambulatoire
Parfois une passante marche lentement le long du trottoir, la tête penchée, en se tenant le bras de l'autre main. Elle marche si lentement que c'est difficile de la suivre.
Pourtant on peut s'y contraindre, et avec un peu de chance voici que d'un coup elle se retourne et repart dans l'autre sens, bien droite, d'un pas assuré, presque fringante.
Elle s'est oubliée
et plongée dans la Provence, où six pages étaient consacrées à la catastrophe aérienne, et qui indiquait
que la gauche se désistait dans deux cantons en soutenant la droite non FN,
que ce dernier se donne le beau rôle en se désistant en faveur des Bompard à Bollène, ce que ces derniers ne font pas en sa faveur à Orange (où le FN les devance),
que le binôme UMP de Pernes se distingue en se désistant pour la gauche, mais que les autres, éliminés ou non, sont dans le ni ni,
que les Mory-Global, les quelques rescapés de la fermeture Mory-Ducros il y a un an, se battent pour avoir, à la suite cette nouvelle liquidation, des indemnités,
que les chasseurs sont furieux de l'interdiction par l'assemblée de la chasse à la glue,
que six platanes ont été abattus hier rue des Teinturiers et que cela va être le tour des cinquante trois condamnés sur les boulevards Jean Jaurès et Kennedy mais que cela sera un très important, et coûteux chantier, ce qui me semble vraisemblable,
que DEFI, association d'insertion, doit licencier des salariés à cause des retards d'attribution du Fonds sociale européen depuis 2012,
que les professeurs du Lycée Aubanel étaient en grève mardi, à la suite de la décision du rectorat qui supprime des heures d'enseignement non-obligatoire,
et qu'un conseil municipal se tenait ce mercredi soir.. 
alors, comme le vent avait commencé, sans trop de brutalité, à nettoyer le ciel, comme depuis le changement de municipalité les réunions ont lieu dans la salle de fête pour que le public puisse y assister (mieux qu'en se serrant sur trois bancs ou dans l'escalier en colimaçon, oreilles tendues), comme m'intéressait de voir si le style de Cécile Helle est moins brutal que celui de sa prédécétrice, comme l'ordre du jour était imposant et portait entre autres sur le logement, par curiosité et pour me sentir un peu avignonnaise, suis allée y assister.
Ai attendu que tout le monde s'installe, appris que par suite de la défection d'une conseillère UMP le groupe n'existait plus et ne pouvait plus, de droit, participer à la discussion ni faire part de ses intentions de vote, écouté exposer le plan d'aménagement, de restauration, de construction adopté pour cinq ans en accord avec le Grand Avignon (le logement est de sa compétence)
en regardant le mistral malmener les drapeaux, à l'extérieur, sous le fronton, constaté que toutes les délibérations étaient si bien préparées qu'elles étaient adoptées, le FN s'abstenant parfois, sans autre discussion que des prises de parole de principe, reconnu les thèmes de chacun, échangé quelques saluts avec des conseillers, mais comme douleur s'éveillait, comme le maniement des formules consacrées est un peu moins maitrisé qu'à l'Assemblée, j'ai abandonné un peu après la tombée de la nuit, et suis repartie avec le détail de l'ordre du jour et des délibérations restant à prendre, détail dont je fais grâce à Paumée qui est vraiment d'un intérêt tout local aujourd'hui (et ne saurait en outre surprendre les avignonnais, donc est parfaitement inutile.)

mercredi, mars 25, 2015

Salut aux platanes


M'en suis allée, en début d'après-midi, saluer les platanes du boulevard Raspail (pense toujours à ma jeunesse et au vrai, pour moi, celui qui finit devant le lion), leur dire morituri vester saluant de la part de leurs frères du boulevard Jean Jaurès qui vont être sacrifiés pour les préserver du chancre – et j'ai cherché en vain une réponse dans les torsions baroques de leurs bras lancés vers le ciel gris, éloquents mais indifférents à ce qui n'est pas leur sève.
Allais par la même occasion dans la salle d'attente de petit toubib où j'a eu temps de lire plus de la moitié de la vie des hauts plateaux de Philippe Annocque (excellente façon de s'abstraire, mais pas uniquement) – ensuite, dans le cabinet, pendant les longues pauses de notre entretien entrecoupé par les appels de ses nombreux patients en souffrance, regardais la douce pluie qui hésitait à venir, 
que j'ai trouvée, discrète, fine, molle et insistante sur la rue en sortant deux heures plus tard.
Le jour a passé, ai pensé à une foule de choses, tant que je ne saurais dire à quoi, à moins que je l'ai oublié, à moins, pourquoi pas, que je n'ai pas pensé, ou du moins que je n'ai pensé à rien, puisqu'on ne peut pas ne pas penser.. étais un peu floue.. et la nuit est venue.

mardi, mars 24, 2015

Vaucluse d'aujourd'hui et souvenir de Char

Détente entre les draps avant de se décider à entrer dans le jour, en refus de le programmer.
En rester au lavage de cheveux, m'interdisant ainsi toute sortie matinale.
Chercher sur le site du Ministère de l'intérieur les résultats des cantons du Vaucluse qui s'est donné depuis longtemps à la dérive vers la droite extrême, au point d'être le champ d'une rivalité entre deux familles, celle depuis longtemps installée à Orange, les Bompard, l'importée-installée avec en jeune vedette aux dents longues Marion Maréchal Lepen.
Commencer par regarder ce qui m'intéresse directement avec Avignon 2 où restent en lice les verts (la gauche unie s'était partagée entre les trois cantons) avec 38,21% des suffrages et le FN avec 31,22%, où se pose le problème de savoir comment se répartiront les voix de l'UMP/UDI 18,84% (Dufaut sénateur depuis la nuit des temps est exclu) et des deux autres couples de divers droite (un divers qui peut-être très extrême dans un cas mais ne sais lequel) 5,9 et 5,68%
et faire prière intérieure aux électeurs et militants UMP que je côtoie (une pensée à un vieil homme qui avait un certain mal à se faire à ce que devenait son parti sous la direction de notre ex) pour qu'ils se rebellent contre la gangrène qui peu à peu ronge leur parti, qu'au moins ils aient le sursaut de vouloir qu'Avignon se distingue du Vaucluse profond, et des riches bourgades qui nous entourent.
Et puis consulter les résultats canton par canton et pour le premier par ordre alphabétique Apt, où l'union de la gauche est en tête très fragile avec 35,60% dans une triangulaire, avoir la curiosité de regarder ce qui s'est passé dans les villages et découvrir un endroit où me viens l'envie de partir, Auribeau, ses maisons groupées en haut d'une épingle de la route, ses 83 inscrits, ses 42 votants, les 27 de la gauche, et même les 10 de l'UMP, et un salut détaché aux deux FN
Saluer la gauche en tête à Bollène (mais sans espoir, suivie de près qu'elle est par les deux familles extrêmes), grimacer à Carpentras, Cavaillon, Cheval-Blanc, Monteux, Orange (le FN devance la famille princière), Pernes-les-Fontaines qu'est si beau, Pertuis, Sorgues, Vaison, Valréas.. soupirer devant le ferme entêtement des gens du Pontet qui ont élu directement leur maire FN (leur ex-maire) et, puisque je pensais à un de ses «fils»,  et que j'aime son charme (mais incapable de retrouver d'anciennes photos, et sans envie de les chercher ai eu recours à Google), m'arrêter sur l'Isle-sur-la-Sorgue où les verts et les socialistes qui se présentaient séparés sont exclus alors que le total des voix qui se sont portées sur eux devance le résultat du FN 36,59% et que l'UMP suit d'assez loin avec 28,28% - j'espère pour les électeurs orphelins que la faible proximité de ce dernier couple avec l'extrême leur permettra de voter pour lui sans trop de révolte.
Et dans l'après-midi, pendant que le ciel, brouillé au petit jour, régnait en bleue gloire printanière sur la cour, me suis longuement plongée dans les trois recueils de René Char de ma bibliothèque, relevant au passage (mais je dégustais le reste, enfin presque tout, n'aime pas tout, ne lisait pas tout) sur sa présence dans la région - ou simplement sur ce que devenait le monde notre -, depuis la maison paternelle
Dans le parc des Névons
Ceinturé de prairies
Un ruisseau sans talus,
Un enfant sans ami
Nuancent leur tristesse
Et vivent mieux ainsi (la sieste blanche dans les Matinaux)
et taisant la beauté de l'évocation de la campagne, des femmes aimées, des amis, artisans, compagnons,
Extrême braise du ciel et première ardeur du jour,
Elle reste sertie dans l'aurore et chante la terre agitée (l'alouette – la Parole en archipel – réunie avec les Matinaux)
ai noté des bribes que je reprend dans l'ordre de leur parution, sans tenter de les organiser davantage
Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes dieux qui n'existent pas.
Nous restons gens d'inclémence (Contrevenir dans Quitter – la Parole en archipel)
Ce temps par son allaitement très spécial, accélère la prospérité des canailles qui franchissent en se jouant les barrages dressés autrefois par la société contre elles (Feuillets d'Hypnos – 1943-44 – dans Fureur et mystère)
mais parce que ces hommes sont de cette nature, sont les devanciers de ceux qui se laissent ainsi aller de nos jours
Jadis l'herbe était bonne aux fous et hostile au bourreau. Elle convolait avec le seuil de toujours. Les jeux qu'elle inventait avaient des ailes à leur sourire (jeux absolus et également fugitifs) et voilà que je pense à Christin Jeanney en copiant ces mots. Elle n'était dure pour aucun de ceux qui perdant leur chemin souhaitent le perdre à jamais. (le poème pulvérisé – 1945-47 – dans Fureur et mystère)
...l'enfant que je fus.. a eu beaucoup de chance. J'ai marché sur le miroir d'une rivière pleine d'anneaux de couleuvre et de danses de papillons. J'ai joué dans des vergers dont la robuste vieillesse donnait des fruits. Je me suis tapi dans des roseaux, sous la garde d'êtres forts comme des chênes et sensibles comme des oiseaux (suzerain – même recueil)
une image de Lourmarin (canton de Cheval-Blanc)
Les civilisations sont des graisses. L'Histoire échoue, Dieu faute de Dieu n'enjambe plus nos murs soupçonneux, l'homme feule à l'oreille de l'homme...
Lumière pourrissante, l'obscurité ne serait pas la pire condition (Les apparitions dédaignées – Le chien de coeur – dans Le Nu perdu)
Des hommes de proie bien civilisés s'employaient à mettre le masque de l'attente fortunée sur le visage hébété du malheur... O le galbe porcin de leur prospérité ! (Hôte et possédant – L'effroi la joie – même recueil)
Tout ce que nous accomplirons d'essentiel à partir d'aujourd'hui, nous l'accomplirons faute de mieux. Sans contentement ni désespoir... (contre une saison sèche – même recueil)
Tout en nous appelle, hélas ! la tyrannie. Question de masse et de volume, plus que de surface (la nuit talismanique.. - même recueil)

Tu avais dit silence, Brigetoun?
encore ceci : une spécificité vauclusienne : la déroute de l'UMP.