dimanche, avril 12, 2015

Arbres sur mon chemin


matinée pour mettre en ordre de marche carcasse qui renâclait un tant soit peu à démarrer en gommant vertiges, déjeuner à l'heure où n'envisage pas de faire la cuisine d'ordinaire, pour obéir à l'envie de sortir un peu de mon petit horizon, à la décision d'aller assister à une réunion des «chantiers d'avenir» (intervenait sans doute un peu dans ce flou une petite crainte en croyant que les mélanchonistes étaient seuls à la manoeuvre, au risque de fracasser le désir d'unité sur une intransigeance arrogante)
Avancer d'ombre dessinée en ombre dessinée, promener allègrement mon veston de velours et mon chandail de fine laine entre les tenues printanières, déguster la tiédeur de l'air, de touffes de verdure en arbre renaissant, saluer les petites branches anarchiques des platanes du boulevard Raspail, le presque achèvement de l'agrandissement de la collection Lambert…
attendre longuement, en compagnie de haïkus et dessins de Sôseki, un bus qui, à travers maisons, hangars, ateliers, lac, 
m'amène à Montfavet, saluer l'église, le parc,
rejoindre la mairie et voir têtes connues qui me rassérénèrent, un échange amical, constater que les blogueurs qui m'avaient signalé cette réunion, ou qui avaient cliqué sur I like n'ont pas fait le déplacement,
être incorporée à un groupe de travail, mais réaliser, en écoutant les échanges avant la séparation, que je n'ai rien à leur apporter, que je n'ai pas d'illusion sur l'efficacité de cette recherche - de surcroit entre gens d'âge mur, ou blet - d'une façon «de faire la politique autrement», être intéressée par les prises de parole d'une femme et de trois syndicalistes, qui sortent un peu du déclaratif et de la brume bien intentionnée, et m'éclipser…
attendre bus, devant la place de l'église, en compagnie d'un des rares jeunes, qui avait une autre réunion, et avoir avec lui un sympathique débat qui se prolonge dans le bus, lui souhaiter bonne chance,
et m'en revenir avec mon égoïsme ou mon refus de me faire plaisir en caressant des illusions sans effet pour les plus en besoin,
en saluant un arbre juvénile et les platanes sacrifiés,
en longeant les hommes attendant leurs femmes qui furètent dans les boutiques, en longeant les suceurs de glaces, en longeant la détente de la place de l'horloge.
Et m'interroger sur ce qui me reste d'intérêt pour Paumée, et même internet.. avant d'y refaire un petit tour en découvrant quelques belles et bonnes choses.

samedi, avril 11, 2015

Dans le flux d'Antoninho

Mon temps est passé
Je flottais dans le jour, en goût de néant, aux rives du sommeil

Me suis déconnectée, ai dormi, 
ai regardé des nuages qui passaient
j'ai mis France Musique en fond de conscience, ai fait des chèques, rempli des papiers, retenu des billets de train, et, l'esprit libre, me suis absentée dans ce très beau livre d'Antonio Lobo-Antunes, "Au bord des fleuves qui vont", dans le flot de pensées, ou images, sentiments, avec le grand père, avec la jeune femme blonde, avec les châtaigniers, la montagne, le Mondego, les trains, l'hôtel des Anglais, la harpe de dona Irène, une grappe de raisin, la mère, avec Antoninho donc, et sa mère, ses tantes, son grand-père, la même maladie, avec le puits et la chaussure de clown, avec le médecin et la tache sur sa chaussure, avec l'infirmier, la peur, l'incision, les chevilles de boeuf brisées, le sérum et la machine qui enregistre, Lisbonne, les morts et les bières, la charrette, le canari qui n'a pas le cancer et chante dans sa cage, la bogue qui grandit dans le corps, toutes ces vies, la pluie,  avec "le désarroi complet face à deux joues, deux jnoues, d'eux jouent,  deux jouls, deux joues d'enfant lui donnant vie", avec le père, les péchés dérisoires, Maria Lucinda, la bogue qui se rétracte mais.. ce qui traverse Antonio couché là, images, mots glissant les uns sur les autres, les uns dans les autres, appelés, survenant sans raison...
reprenant souffle un instant avec ces bribes de phrases qui ponctuent, sur lesquelles le flux intérieur de ce "il", légèrement et faussement fluctuant, rebondit,
plongée dans ce texte dont on ne peut isoler un extrait qui semblerait flot heurté, incompréhensible, qui est d'une clarté poignante au fil de la lecture, surtout si elle est freinée un peu, juste ce qu'il faut pour qu'elle soit à haute voix. 
Comme une berceuse, un lamento, une ébauche de symphonie dissonante... jusqu'à ce que la nuit s'annonce par la lumière pâle sur la cour, depuis le 21 mars 2007 jusqu'à «puis ils ne font plus attention à nous de sorte que sans qu'ils s'en rendent compte nous retirons l'aiguille du sérum, les couches, la sonde, nous cherchons nos habits, nous grimpons par la gare où des piles de journaux vieux de plusieurs mois dans l'attente que mon grand-père les lise et qu'il ne lira pas, nous contournons les contreforts de la montagne, les guêpes nous poursuivent un moment puis renoncent et même si mon père à la source du Mondego
  • Tu sais ?
et un enfant...» et le 29 mars.
Ai refermé le livre, laissant Antoninho m'attendre pour dire jusqu'au 4 avril 2007.

vendredi, avril 10, 2015

Lumière sur monde précarisé

Matin ciel bleu, lumière grande, air qui se dégourdit,

et moi, très moyennement à la hauteur, bougonne, sans envie de rien, floue, absente, en chipotant sur internet je tombe, chez Acrimed, sur http://www.acrimed.org/article4631.html Paroles de grévistes à Radio-France, me réveille, y trouve autre chose que la déploration sur l'absence des journaux du matin, ce qui n'est pas à mes yeux le plus indispensable (surtout pas celui de France inter qui sert plutôt à me fouetter le sang et à me faire sauter hors du lit, avec un semblant d'énergie née de l'agacement ou la colère), aime faire des choses belles, c’est un héritage. Je ne suis pas sûre qu’ils voudraient qu’on fasse des choses belles. Ils voudraient que l’on fasse simplement de la radio. Ce sont des comptables, et puis, en cliquant sur un lien, passe sur le meilleur des ondes https://soundcloud.com/lemeilleur-desondes - les captations de réunion, montages, fait par des membres de l'intersyndicale - écoute, intéressée, séduite par la multiplicité des voix, des timbres, par l'ironie et la musique de certains montages, très faible écho, mais écho tout de même, de ce que j'aime sur France Culture, ce son différent (quand c'est encore là, parce que cela disparaît un rien cette recherche, comme a disparu la poésie, et presque disparu la littérature hors ce que l'on trouve dans tous les suppléments littéraires des journaux)... intéressée par les éclairages sur les différents métiers (hors les journalistes, du moins ceux des journaux du matin, les princes non concernés), grinçant en entendant l'incompréhension totale de l'équipe de management.. 
et, comme le sac de linge est prêt, je mets en sommeil cette bande son pour la reprendre dans l'après midi et m'en vais dans la ville, pour trouver splendeur de la lumière et traces de plus en plus évidentes d'une probable grève du ramassage des ordures..
Rentrer avec linge propre, et repartir,
rencontrant travaux,
rencontrant ce qui me semble être un lit précaire..
au devant des syndicalistes manifestant contre l'austérité, les suivre un peu, discuter surtout, puisque, en fait, ce qui est à l'origine, ou devrait l'être à mon humble avis, de la colère, ce n'est pas l'austérité mais le démantèlement de toutes les protections, le mensonge des mots, l'organisation de la précarité, au nom de la modernité, puisque nos jeunes seigneurs (le dédain de Macron quand il ne se surveillait pas, en parlant à un député communiste) décident, sont persuadés, qu'il est archaïque, et coupable, de s'attacher aux conquêtes qu'ils nomment privilèges (puisqu'il est évident que la distorsion entre leurs revenus et les salaires de la base, celle qu'à Radio France on met au sous-sol, et le pouvoir qu'ils ont sur des gens fiers de ces métiers qu'ils ignorent, ne sont pas privilèges..).
Pauvres idiots passéistes, qui renâclent à tout sacrifier à ce mot magique : modernité (qui est maintenant presque interchangeable avec cet autre merveille : flexibilité), ceux qui se rebellent (malheureusement c'est voté en première lecture et le sera en seconde, quitte à brusquer avec le 49-3) contre ce que les journalistes n'ont pas dit – trop compliqué, bien entendu, et pas sexy, comme la merveilleuse loi au tristement comique nom de «maintien dans l'emploi» -
par exemple, la possibilité de remplacer le contrat de travail par un contrat «civil» (sans protection) de gré à gré, puisque, bien entendu, employeur et demandeur d'emploi discutent d'égal à égal,
l'incertitude sur le doublement du salaire en cas d'absence d'un accord collectif pour le travail lors des 52 (maintenant) dimanches du Préfet hors zones touristiques (pour ces dernières, aucune compensation, pas plus que dans les 52 dimanches des Ministres dans les gares qui bénéficient d'une affluence exceptionnelle dont nul ne sait comment elle sera estimée),
la nouvelle notion de travail en soirée (le travail de nuit et les garanties et contre-parties que cela comporte, commençant à minuit),
la possibilité plus grande en cas de litige de sauter la conciliation aux prudhommes en faveur d'un jugement,
comme le non contrôle de licenciement s'il est de moins de dix salariés (suffira de faire des paquets),
les nouvelles dispenses de l'obligation d'employer des travailleurs handicapés,
les dérogations qualifiées de souples aux interdictions concernant le travail des mineurs,
etc... liste très très longue (http://www.democratie-socialisme.fr/spip.php?rubrique78), mais j'arrête là, faute de la décision ferme de tuer «paumée».
Liste qui n'est qu'une partie de ce que demande les crânes gelés de l'Europe, comme ils l'ont fait pour les autres pays que nous n'avons pas soutenus.

mercredi, avril 08, 2015

végétative

petite feuille
tendue vers la lumière
je voudrais l'être


ne jamais perdre ses illusions