jeudi, juillet 31, 2014

Revient la lumière – paresseusement reprendre participation aux propositions du tiers livre

Matin, froid aux jambes, une envie d'allumer le chauffage chassée par le ridicule et une douche chaude... en rester à une expédition vers le teinturier
et trouver de nouveau le soleil, la brillance, les ombres, mais un air qui pour moi est encore un peu trop tiède..
plaisir et lassitude de la petite marche dans les rues familières, en leur calme
relire et envoyer mon essai de participation, très en retard, à la cinquième proposition de François Bon http://www.tierslivre pour l'été 2014 mettre son dialogue en bocal
J'étais partie sur une image que j'avais en tête, ne sais pourquoi, et ne savais où j'allais... ai tenté de m'en sortir et bien entendu cela n'a aucun rapport avec mes participations aux propositions précédentes, aux premiers outils pour un roman... ce qui tend à me confirmer que, à supposer que puisse écrire, n'ai certainement pas le souffle d'un roman - (on verra bien si c'est acceptable)
Jeté un oeil sur le dernier en ligne le n°6, mais sans même tenter d'y réfléchir en rester à des revues diverses, un peu de corvées, le soleil et le sommeil
Alors je reprends mes participations aux 2 et 3 (pour le 1, je l'avais déjà fait le 4 juillet, avant la pause festival)
Mais surtout, puisque nous avons le temps actuellement, sauf si le soleil, dehors, vous appelle, prenez le temps de lire les contributions de (cela varie selon les propositions, je note tous les noms) Dominique Hasselmann, Marie Christine Grimard, Françoise Gérard, Marlen Sauvage, Philippe Castelneau, Isabelle Baldakiz, Tristan Mat, Alice Scaliger, Laurent Schaffter, Gabries F., Nicole Fragné, Jérôme S... 
Le second comment se trouver des idées de roman http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3985
  • un couple de hasard, potentiel, se rencontre dans une boutique où chacun vient choisir un cadeau pour les noces d’une amie commune
  • un riche et jeune expatrié découvre qu’il ne possède pas les codes d’une bonne société, se sent humilié, se pique, décide de s’affirmer avec un peu d’arrogance, et des replis, ignore que la maîtresse de maison l’a élu comme gendre
  • une cousine pauvre reconnaissante et de plus en plus rancugneuse, en vacance chez une famille en perpétuelle éruption, prise pour alliée par la fille qu’elle supporte assez mal
  • une belle maison, une terrasse, la mer, des amateurs de littératures, un jeune poète introduit, le choix du thé et des disques
  • l’entretien d’une grande maison, reste de la splendeur passée, et la délicatesse des occupants, leur légèreté affichée
  • une mort brusque, accident, le regroupement autour de la jeune veuve, ses enfants et ses parents, dans la maison au bord de la mer, d’amis, de frères, de soeurs, venus de partout, la cohabitation, les intérêts tus, les attentions, la vie courante pendant les deux ou trois jours avant l’enterrement
  • relations ou non entre des étudiants de régions, opinions, goûts, aspirations, milieux différents, et le groupe qu’ils forment
ou le troisième l'action est une brève folie http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3987 (comme pour le précédent, c'est surtout la présentation, les suggestions de François Bon qui sont à lire)
première couche
la courbe de la route et les voitures lancées, au delà du carrefour, le soleil qui sort derrière l’arbre, le cendrier repoussé, carrefour, entrée dans flux, voiture en face brusquement traversant, irruption, le choc, et la voiture qui arrivait derrière, heurt – douleur rouge, plus rien

deuxième couche
est ce que c’était ainsi ? C’est ce qu’on se passe de mots en mots, pour s’annoncer ce qui est là arrivé, qu’on ne peut encore concevoir, puisque elle, bien entendu, elle ne peut plus rien dire, puisque les autres sont encore sous le choc, emportés vers des hôpitaux, allongés ou tenant la main des allongés

troisième et quatrième couches
«comment c'est arrivé ? Tu vois la route, elle revenait du hameau, elle avait déposé Isa - elle fait du cheval maintenant, la dernière passion - elle s'est engagée juste après la courbe de la route de Kermeur , là tu sais où les voiture lancées freinent à peine, et je n'en sais pas plus, quelle importance ?» - bien sûr quelle importance ? Et le silence retombe, nous ne savons que nous dire, je t'entends pleurer, mais je ne sais pas, je prends le temps d'accepter l'horreur, j'imagine, je me souviens un après-midi la petite route, le soleil qui sort derrière l'arbre, le cendrier repoussé, j'entends ta voix, coupée par la presse, la gorge qui se noue, et puis parce que je refuse encore - «carrefour... entrée dans flux... voiture en face brusquement traversant – comment ? on n'est pas encore sûr, ils ont dit pneu éclaté, mais pas sûr... il le chauffeur est en très mauvais état disait le gendarme, et c'est pas sa faute il semble... qu'est-ce que ça change ?» irruption, le choc, - «elle serait morte sur le coup, morte, sur le coup, ou tout de suite après, avant l'arrivée des secours... et puis» la voiture qui arrivait derrière, heurt, «un second choc, presque rien, enfin presque... mais le chauffeur est blessé, légèrement je crois, ils étaient deux, la femme n'a rien,» tu es lancée, tu continues, parce que bien sûr c'est pas possible c'est pas concevable, mais c'est là c'est arrivé, ce qu'on ne peut encore concevoir «elle a souffert ?» tu as un petit rire.. «Mais comment veux-tu que je te le dise ? Elle est plus là, elle ne peux nous dire» et puis une voix et vite «je raccroche, je t'embrasse, il faut que je prévienne les autres, et puis là les Verdier arrivent pour le déjeuner... comment il va ?.. il erre, il est comme fasciné par les enfants.. tu viens ?» «je dois partir là, suis seule, un chantier, et puis faudra que je regarde, que je passe faire un sac, je vous appelle pour vous dire quel train» mais je ne sais pas où je suis comment vais faire.. oui le rendez-vous, peux pas prévenir, comment je vais faire moi.. dossier, les clés... sa douleur rouge, plus rien les larmes non ! Plus tard.


mercredi, juillet 30, 2014

Lumière, vent, idée de chaleur, Brigetoun un poco active, et dolcissimo

les yeux dans le ciel
marcher dans sa mouvance
en petit vent frais
les yeux sur le sol
la lumière et les ombres
revenues jouer
mes contemporains
en troupeau sage, et moi
une mais libre

Lunettes pour sac, yaourts et pastilles de miel, gros ménage presque à fond, et puis nada, voluptueusement, ou du moins résolument, nada.
Pendant que nuages et pluie venaient, partaient, dans une fraîcheur que point n'aime... demain, s'asseoir au soleil jusqu'à en perdre la tête ?

Et le monde autour... mort de ma vie, ne pouvant rien, je n'écoute plus nos mirifiques radios pour ne pas sombrer dans une rage inutile et irresponsabilisante.. cherche plus loin, tente de réfléchir, et me persuade davantage de mon insignifiance et de l'indécence qu'il y aurait à étaler nos sentiments.

mardi, juillet 29, 2014

Temps fatigué, retaper ville et Brigetoun, l'air du temps de Jacques Salles et toujours trop de photos

matin pieds nus, yeux battus, penser au jour
penser que plus n'ai que moi, mon fond, penser qu'il est très vide, penser aux cosaques, à Paumée, à une proposition d'écriture, grimacer
penser se réfugier derrière les corvées en retard, grimacer
et m'en aller dans un monde gris vers la poste où m'attend depuis dix jours un paquet, dont je pense deviner avec plaisir le contenu,
entre restes toujours en place, restes déposés, et même feuilles mortes
et puis, en chemin, parce que j'avais le temps maintenant, et forces renaissantes dit la balance, qui m'annonçait qu'avais rejoint et dépassé d'une plume les 38 kgs, j'ai fait un détour par la cour de l'ancien archevêché pour voir une des deux expositions organisées cet été par le Conseil Général, sourire depuis le portail à la canopée de Jacques Salles (Né au Vietnam,.... a commencé sa carrière en tant qu' architecte-ingénieur, œuvrant à la construction de ponts, de barrages ou de quais, avant de devenir sculpteur ou plutôt « structeur » ainsi qu'il se définit lui-même)
et, en regrettant que le temps, dans sa version du jour grise, plate et morte, ne m'offre pas le jeu des ombres, de la lumière, et du vent donnant vie (essayer de revenir un jour bleu de mistral naissant ?), j'ai pu errer un moment, avec plaisir, entre les sémaphores... constitués d'éléments plats, le plus souvent circulaires ou carrés, en métal brut ou colorés... se meuvent au moindre souffle d'air 
le grand ruban rouge .. en tôle d'aluminium coloré, tendu entre les branches de deux platanes... un petit sémaphore mobile en son centre
et, plus ancien (1999), le couple rouge ou vert deux réseaux... faits de garcette de nylon nouée, amarrée à des structures courbes ou à des branches d'arbre, qui résistent parfaitement au vent et à la pluie.
Dans la salle basse, circuler, regarder les petites pièces, ébauches de grandes sculptures mais aussi … «mobiles domestiques»
et la vidéo où Jacques Salles explique ses intentions et les conditions de la fabrication des oeuvres
Retrouver la cour, les platanes, les sémaphores
et, au fond, la canopée blanche.... influencée par la tradition orientale des cerfs-volants et des objets en papier, …. une grande voûte blanche faite de sacs plastiques récupérés (et découpés), avec, aujourd'hui, la préparation de bandes pour remplacer celles que le vent et la pluie ont mis à mal 
et puis tourner, faute de temps, autour de la chapelle Saint Charles où sont montrées les vidéos de Samuel Rousseau et HeeWon Lee,
avant de continuer, aimant l'explosion d'un arbre, la matière d'un carton-affiche promis à la disparition, vers la poste... accrocher mes yeux aux fresques pour tenir debout dans le vide, en attendant mon tour (venu assez vite).
Sortir, et devant un tronc bellement blessé, déchirer le carton, vérifier qu'il s'agit bien d'Eclats d'Amérique d'Olivier Hodasava, avoir envie d'y plonger pour sortir enfin de mon butinage de ces temps ci - et n'avais pas vu qu'à ma surprise grande et flattée je fais partie des remerciements à la fin... me demande bien pourquoi.
Découvrir que quelques stands du marché de livres annexé au festival sont encore là... même si celui que j'avais remarqué s'en est allé, 
fouiller un peu, rapidement, parce que la fatigue m'est venue, oppressante, céder à deux envies
et partir, admirant l'organisation des équipes de cantonniers et de jeunes embauchés pour le nettoyage de la ville, le décrochage, y compris avec une pince coupante pour les ficelles les plus hautes, des affiches
récoltées par un petit camion que j'ai suivi, regardant le ballet du cueilleur de petits tas, jusqu'à la Fnac où, parce que je suis raisonnable et ne me sens pas lasse, j'ai acheté deux billets pour des concerts du Tremplin Jazz dans quelques jours, 
avant de continuer vers l'antre, de découvrir, en regardant en passant le rangement en cours des marchandises de la boutique du festival, l'existence de tee-shirts colorés que je n'ai vu portés par personne...

et puis cuisine, déjeuner, trop, re-fumer un peu trop, dormir longuement (vais reprendre poids trop vite, moi) et une partie du repassage pendant que dans la cour se succédaient petite pluie, tentative de lumière, fin de jour.

lundi, juillet 28, 2014

Avignon – 23 – soleil, vent, marché, musique poésie et Têtes raides devant le mur

Eveil, tranquille lassitude, regard résolument distrait sur le tas d'une semaine de repassage en attente, envie d'oisiveté totale, ma douce et interdite vocation,
mais, nécessité primant, prendre un couffin et m'en aller dans les rues
soleil, vent joueur, ville qui s'éveille, dernières traces du mois...
légumes de plein été, installés,
et vacances imminentes du poissonnier...
emplir, un sac de légumes, patates et fruits, en faire une charge bien lourde
mettre deux petits pageots et trois fromages dans couffin
ne pouvoir assouvir mon envie presque irrésistible de me caler dans ce fauteuil vacant...
et reprendre souffle, à côté d'un vélo que le vent vient de renverser, sur le bord de la place, répartir charge, 
partir tout doux, tout doux, en rencontrant une très distraite affichiste, une dernière parade, avec l’imperturbable sourire des coréens...

rangements, préparation, gros déjeuner, projets de spectacles dans l'après-midi, sieste, sieste, regarder le soleil sortir de la cour 
et puis finalement croire que le concert électro http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2014/concert-electro-pont-saint-benezet-et-berges-de-l-ile-de-la-barthelasse qui a commencé depuis une heure sur le pont Bénézet me tente, 
sortir des remparts,
voir la file de gens qui prennent le pont, pendant que le vent me salue avec énergie, penser non 
regarder à travers zoom le public par delà le bras du Rhône, et ceux qui, de notre rive, n'entendent guère (moi non plus)
aller, luttant contre vent, qui n'est pas si fort mais bien trop pour moi, vers le pont, et plus loin la navette – me planter là, dans un calme, résistant aux bouffées, me demander si j'ai vraiment envie de cette musique, conclure que non
et repasser la porte du Rhône, penser théâtre, Chêne noir, Mesguich, Pinter, dans un peu plus d'une heure, vaciller un poco, penser basta, reprendre la rue du Limas déserte vers l'antre.
Comme j'avais du temps et aucun désir même infime de m'activer, pour mieux me protéger de ce risque, j'ai fouillé un peu plus le site du festival (très bien fait, bravo) que lorsque je ne cherchais qu'une photo et le texte distribué dans la salle ou le lieu, pour m'éviter la recherche de mes lunettes dans le tréfonds du panier, où j'ai trouvé des vidéos d'extraits de certains spectacles et me suis promenée un peu sur la page http://www.festival-avignon.com/fr/webtv/cat/extraits-de-spectacles devant ce que j'ai aimé, ce que je regrette de ne pas avoir vu…
avant de prendre, vers dix heures vingt, mon dernier billet, mon panier, un châle roulé sur l'épaule et de m'en aller joyeuse, passant devant des restaurants qui fermaient déjà, des collectionneurs d'affiche en action, vers le palais, la cour d'honneur et le concert Corps de mots des Têtes raides. Et puisque Jeanne Moreau qui était prévue (ce qui avait notablement renforcé mon envie de prendre un billet) a dû, il y a une dizaine de jours, se décommander accablée par cette décision, tenant à s'excuser auprès du public du Festival d'Avignon, de toutes les équipes du Festival, d'Olivier Py et de Paul Rondin, des Têtes Raides et de Lydie Dattas
arrivée un peu en avance, alors que ce soir ils n'ont ouvert les barrières qu'au dernier moment, 
attente, à côté d'un danseur indonésien, dansant comme pour lui même, dans le noir, et l'indifférence,


et puis la montée, l'accueil de ce visage sous la voute près de l'escalier qui débouche dans la cour, le mur, de grands abats-jours qui se balançaient dans le vent,
une projection d'une des vidéos expliquant l'intermittence, magnifiée par la taille de son support, et l'arrivée sur scène d'une bonne vingtaine des intermittents
un long silence, une grosse partie du public applaudissant, quelques sifflets, la lecture d'une belle lettre à Aurélie Filippetti, comprenant qu'elle, elle se sent concernée, mais pas au point de s'opposer radicalement,
et après leur départ et une attente, Christian Olivier entrant seul, s'asseyant à la petite table et disant Je suis sale de Lautréamont (photo de Christophe Raynaud de Lage comme la suivante)
entrée, des musiciens, et la nuit, le mur, quelques projections, eux et les poètes Appolinaire, Artaud, Stig Dagerman, Desnos, Dubillard, Queneau, Rimbaud, Marina Tsvetaïwa, Christian Olivier et le condamné à mort de Genet 

Ceci, copié dans l'entretien avec Christian Olivier, en réponse à cette question : qu'est ce qu'un corps de mots ?
C’est le texte. Un poème, une chanson, un récit, c’est de la matière, c’est de la chair. Tous les auteurs que j’ai choisis se réunissent là-dedans aussi. Souvent je trouve qu’en s’emparant de la poésie, on veut trop partir du sens, trop interpréter. Et comme spectateur ça m’ennuie profondément parce que ce n’est pas le but. La poésie même, en son principe, ouvre mille sens. C’est précisément cette valeur qu’il faut préserver en la donnant à entendre. Et je crois qu’on y parvient en laissant le corps s’en charger, en devenant simplement la caisse de résonance. L’approche d’un poème ne peut pas être purement intellectuelle. Lire Antonin Artaud, ressentir ce qu’il écrit, est une expérience vraiment physique. Le sens vient quand on est entré dans la matière, dans l’organique. Roland Dubillard, dans Corps de langouste, résume très bien l’idée que le corps est d’abord une machine. Il s’agit de la laisser tourner toute seule. Le corps se met en route, et apporte une certaine vérité, trouve un chemin. Ce n’est qu’une fois pris dans ce mouvement des sens que des bouts de sens apparaissent.
Et puis, après que soit projetée la vidéo d'Emma avec Jeanne Moreau, la lecture de la nuit spirituelle de Lydie Dattas, et la carcasse Brigetoun entrant en révolution, me faisant trouver, cette fois, interminables (carcasse rend bête et partiale) les retours sur cette beauté interdite aux femmes, privées de tout droit à la spiritualité (j'en étais la preuve).. suivi de Ginette, 
me suis levée pour filer le long du premier rang, au moment des premiers applaudissements, ai voulu applaudir, au bout, près de la sortie, et prendre en photo les saluts, mais me suis heurtée à l'intransigeance d'une jeune tee-shirt rouge, la première désagréable qu'ai rencontré…
alors suis sortie, la seconde, sans participer à la petite joie collective
ai trébuché un peu sur la calade dans la nuit, me suis retournée pour voir le début de la sortie du public, ai fait mes adieux au festival et suis rentrée, poussée par le petit vent.