mardi, octobre 21, 2014

Matin gris et faux voyage

Petite allégresse cueillie au réveil, saluée, soignée, et par superstition, pour la soutenir, choix d'un vieux drap vert espoir et semé de petits coeurs gentillets,
petite allégresse conservée soigneusement, amplifiée, pour me lancer à l'assaut du jour et de quelques corvées éternellement remises, comme recherche d'une grande valise, déblocage ou changement de mon dernier téléphone de sac, qui n'est d'ailleurs quasiment jamais dans mon sac, mais dont j'aurai besoin pour obtenir qu'une voiture vienne me chercher à Saint Germain du Teil, et vaccin parce que vais me faire engueuler par pneumologue
petite allégresse qui posait un sourire forcé sur douleur lancinante, vrillante, il-y-avait-longtemps
petite allégresse qui décidait que le béton blanchâtre sur le ciel gris avait son charme...

m'en suis allée dans la ville,
rencontrant en débouchant sur la place de l'horloge un fragile enclos où le gentil petit monstre au derrière tout rond de l'autre nuit vrillait, vrillait, creusait
Ne reste dans l'intra muros à ma connaissance que Lancel et Hermès pour les bagages, me faudra chercher hors les murs
L'infirmier connu a pris sa retraite, me faut en trouver un autre, pas trop loin, et en attendant n'ai pas acheté vaccin
La boutique SFR était fermée, ah oui nous sommes lundi..
me suis injuriée avec indulgence, ai juré, mais j'ai résisté au conseil que me donnait le mur..
ai préféré chercher croquenots pour la Lozère, pas trop chers, en ai trouvé de bien atroces, et en prime une chemise de nuit chaude dans laquelle ne suis pas perdue (ma taille me voue au choix entre nuisettes plus ou moins réservées) et suis rentrée presque contente de moi
depuis je tente d'acclimater mes pieds, leur plante gonflée, leur chair maniaque, et roule sur le sol comme un mandarin-culbuto, jambes légèrement écartées et pliées...
Repassage et tentative à nouveau de répondre à une proposition d'écriture, pour laquelle me manquent non les mots mais les appareils dont voudrais parler... et pour sortir un peu de cette réalité, recopie un nouvel épisode de mon voyage imaginaire pour les cosaques http://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce serait à Rotterdam, en sortant du Maritiem Museum, où nous aurions erré un peu, avec un intérêt fluctuant, jetant un rapide coup d'oeil sur les expositions, nous attardant davantage devant des cartes, des maquettes, les grandes vidéos murales montrant la vie du port, ce serait, retrouvant la ville, marcher le long de Schiedamsedijk, et je m'amuserais du petit phare, ou de la lanterne, de son rouge trapu claquant au dessus de la coque verte et noire d'Annigje allongée sur le trottoir ; nous regarderions, au delà des quelques voitures garées, les bateaux à quai, avec un regret, plus ou moins sincère – cette certitude toujours que la réalité ne saurait donner le plaisir que l'on se promet, ma façon d'habiller mes innombrables petits renoncements – de n'avoir pu sortir, un moment, avec elle, Annigje, ou à défaut nous être joints à l'entassement joyeux sur Dockyard V.
Nous aurions continué, entre les voitures lancées sur la large avenue et les petites échoppes joyeusement peintes se succédant entre l'eau et nous.
Et puis, oui, on dirait que, pour me faire plaisir, nous aurions pris un taxi sur l'eau – j'aurais été toute sensations, air iodée sur visage baigné dans les odeurs de port et d'essence, yeux ne sachant où se poser et souriant aux mouvements, aux coques qui tourneraient pendant que les dépasserions, dévoilant une maison, une petite grue bleue, un ponton sous une tour de miroirs, jusqu'à la grande muraille ancrée du SS Rotterdam, où nous aurions grimpé pour un déjeuner dont j'oublierais rapidement tout, sauf cette vaisselle qui, abstraction faite des écussons et marques diverses, parlerait paquebots, cargos sur toutes mers, et même sortie des familles sur un croiseur, un patrouilleur, un porte-avion ou même une marie-souillarde dans mon enfance ou mon adolescence.

lundi, octobre 20, 2014

Retrouver


emmener carcasse ce matin dans la lumière rue Racine, dans la portion que n'emprunte pas d'ordinaire,
traverser les boutiques pour touristes et grimper la rue pente rapide vers le soleil qui baignait la place du palais, 
avancer entre les arbres en bacs vers la façade du petit palais avec un salut muet, comme d'habitude, au futur Jules II pour m'en aller retrouver, dans la cour patio, la petite exposition de deux artistes que j'avais appréciés lors de Parcours de l'art passés.
Entrer – une fine stèle sombre sur ma gauche - les yeux attirés par le centre, apercevoir une longue silhouette – penser cuivre doré, penser bateau, penser submersible..
m'imaginer une seconde, en souriant, en m'approchant, avant de regarder vraiment, devenue par sortilège un curieux être sans forme ni poids, blanc comme fantôme, membre de l'équipage d'un drakkar glorieux s'enfonçant.. plutôt non, un traineau et d'énormes flocons…
et puis regarder vraiment, la forme, la présence, le travail de cette oeuvre d'Odile de Frayssinet qui avait déjà exposé, en 2012, chez Vilar et au Roure, ces grandes stèles et bateaux que j'avais aimés http://brigetoun.blogspot.fr/2012/10/effleurer-trop-longuement-le-parcours.html
Oeuvres auxquelles on la voit travailler (avec de merveilleux bateaux pour la bambouseraie) dans sa belle maison-ruine de Vénéjan (Gard) sur une vidéo trouvée samedi soir, sur son site http://odiledefrayssinet.wordpress.com/ (cliquer sur galerie)
tourner sous les arches du fond et revenir vers les formes aperçues par dessus la longue bande dorée,

les oeuvres de Patrice Poutout http://patricepoutout.com/sculptures/ qui était déjà présent dans le parcours de l'art de 2011 http://brigetoun.blogspot.fr/2011/10/mages-comme-peuvent-mots-non-emportes.html
Supports proposés à l’imaginaire, les stèles, objets de mémoire, tendent à représenter l’intime aussi bien que la collective condition humaine. Enracinées dans la matrice, elles se dressent volontaires et fortes, comme un appel à une conscience perdue, à l’élévation…
Texture, strates, scarifications, comme les traces d’une ethnie universelle en quête…(sur le programme)
s'attarder sur les stries presque imperceptibles, chevrons hissant la forme, de la stèle plantée près de l'entrée, et revenir vers la lumière de la fin de matinée sur la place,
descendre le long du petit jardin, dégringoler la rue de l'ancienne juiverie,
et par une dernière arche retrouver mon limas.

dimanche, octobre 19, 2014

nourritures et rien de plus


âme un peu grise, ciel gris, corps engourdi s'en aller dans la ville
pénétrer dans les halles par le côté, là où s'affichent le garage surplombant, et l'utile…
charger couffin et sac un peu au delà de mes forces (mais pas de cela ou d'un peu de cela et d'autres denrées)
sortir par la façade, sous les plantes, dans la quiétude de notre midi, la place, les platanes, le banc, 
sourire au ciel devenu lumière, au sac plastique devenu flamme pacifique..
et puis soudain sentir coeur dur et pesant, tempes serrées, petite angoisse, s'asseoir, attendre longtemps sous protection des déesses et des ports, repartir, une pause assise sur un coin de trottoir, repartir, une pause sur un plot, grimper, monter courses en quatre voyages, les traiter
et être contrainte, sans révolte, à une extrême économie de forces jusqu'au soir.. vouloir que ce soit le signe d'une renaissance.

samedi, octobre 18, 2014

Incursions en ville


Un petit circuit le matin, pour yaourts, bonbons, rouille, toasts, teinturier et autres broutilles, sous ciel bleu franc, dans la relative douceur qui tolérait le veston de velours.
En passant devant la maison des Fogasses, où il faudra que j'entre un jour, un arrêt devant la vitrine envahie par les grosses coques de feutre d'une oeuvre de Sarah Barré (qui expose ses coques blanches au cloître Saint Louis) - présence énorme du feutre baleiné qui occupe toute la place, forme, qui se dérobait dans la profondeur de la pièce, refusant saisie par l'esprit et par l'appareil..
retour en saluant mon ami Molière qui exposait sa peau grêlée au soleil...
et départ en début de nuit vers l'opéra pour un concert symphonique dirigé par Samuel Jean avec Bertrand Chamayou, devant une salle comble.
programme russe Scriabine, Rachmaninov, Tchaïkovski
de Scriabine, la brève rêverie opus 24 que j'ai modérément aimée
bois rejoints par les cordes en nappe, aigus un peu acide, quelques belles touches d'ombre
et puis le concerto pour piano et orchestre n°2 de Rachmaninov que n'avais jamais entendu intégralement, avec le jeu brillant et sensible de Chamayou
notes graves du piano prenant puissance, rejointes, après un temps, par le bloc des cordes discrètement soutenu par les instruments à vent – les cloches sur la mer de l'orchestre – trilles claires – martèlement par tous les instruments – apaisement – chatoiement et force etc...
au deuxième mouvement (l'impression de reconnaître des passages piqués à droite et à gauche) la lente montée songeuse des cordes, et s'en vient la mélodie du piano, puis la flûte et son entretien avec la clarinette – une douceur légèrement triste avec des sourires – hésitation ondulante – montée comme si on tournait lentement dans un escalier de tour – alternance de lumières et de légères ombres – la brusque rupture et le piano en romantisme déchaîné – le dialogue adouci etc..
le troisième mouvement débutant par la danse des violons, l'accélération, le piano etc... mouvement extérieur, force et harmonie, quasi brutalité
et Brigetoun assez conquise, moins par ce dernier mouvement, se disant oui, mais je préfère ses quatuors
et puis le plaisir des deux bis
  • un lied de Schubert à chanter sur l'eau dans une transcription de Liszt (un rien trop présent dans les dernières mesures)
  • et de Richard Strauss la transcription de cette valse que Schubert n'a jamais écrite
J'ai un peu hésité à rester après l'entracte parce que c'était la belle mais très romantique, et surtout très très pillée, très entendue, par morceaux, plus ou moins déformés, symphonie n°5 de Tchaïkovski et que j'ai avec lui des relations mitigées, entre plaisir et ennui (ah les ballets ! Bon il y a heureusement souvent la danse)
et il m'a eue, presque – devais être en accord avec ses ombres, moins avec ses furies finales
parce que j'aime la douceur sombre comme un velours brun mordoré du début qui laisse venir le chant
parce que j'aime dans le deuxième mouvement le dialogue entre le cor et la clarinette, et l'arrivée déterminée mais timide du hautbois
parce que bien entendu la valse sombre donne l'impression de l'avoir trop entendu, s'associait pour moi, peut être à tort, à une impression de réclame, de commerce – mais qu'elle n'en chante pas moins doucement, malgré l'irruption au milieu, et à la fin d'une frénésie

mais il y a cet interminable final, avec des beautés certes, que les amateurs m'excusent, et il m'arrive d'y être passablement sensible, mais ses longs moments de bruit qui m'ennuient un peu, ses fausses fins où je me retiens d'applaudir avec un zeste de soulagement (ce qui fait que je suis la dernière à réagir à la vraie fin...) bon je suis exagérément partiale.. mais on ne saurait tout aimer.
Ai applaudi, le temps nécessaire, mais près de la porte, la belle interprétation, mes moments de plaisir et l'enthousiasme de mes voisins, et m'en suis allée l'une des premières,
rencontrant un monstre non musical endormi à côté de l'opéra.
et comme j'aime au moins autant cette musique, et qu'elle me manque, je ponctue avec, trouvée dans l'après-midi en cherchant mollement Chamayou dans le concerto de Rachmaninov, une vidéo où il joue le bref et beau tombeau de Messiaen de Jonhatan Harvey

vendredi, octobre 17, 2014

Chez Vilar, Ukrainiens et autres avant de se rencogner en prenant pied dans Ricordi


saluer la couleur qui vient à mon énorme future récolte de l'année (qui me permettra d'assaisonner deux tasses de thé) – et partir vers pharmacie et bureau de tabac de la place de l'horloge,
avant de monter la courte et faible pente qui mène, face à l'hôtel de Ville, aux doux lions de la maison de Vilar,
pour retrouver, dans la cour, les lames de Bernard Autin, pressées sur un socle tel un troupeau de pingouins.
Saluer la dame de l'accueil, grimper l'escalier, en regardant par les ouvertures sur le hall les costumes qui le dominent sur leurs balcons…
découvrir, en s'y attardant un peu, en projetant de revenir, la nouvelle installation des salles, avancer au royaume de Vilar, dans le souvenir de quelques spectacles vus en mon adolescence à Chaillot, dans la légende, les souvenirs d'une grande époque, des vidéos effleurées, en s'arrêtant quelques minutes, s'arrachant, repartant..
admirer le graphisme, la stylisation, la franchise des tons des costumes dessinés par Gishia
ou Prassinos – se dire un autre jour.
Pénétrer dans les pièces donnant sur le jardin, consacrées dans le cadre du Parcours de l'art à l'Ukraine – pont vers l'est http://fr.ulule.com/pont-vers-lest/, et être séduite, d'entrée, par les grands panneaux de Serhiy Savchenko
Il travaille avec les couleurs presque comme un sculpteur, il sculpte plus qu’il ne peint. En effet, il se sert plus souvent de ses doigts que de ses pinceaux. La toile même du tableau est sa palette, c’est là que se passe le mystère de la combinaison des couleurs, cette éternelle recherche et interrogation sur la sensation du beau…(Andriy Nakorchevski , Professor Keio University, Japon)
chercher les colonnes de Taras Beniakh telles que les montrait la photo du catalogue
Colonne. Une forme virtuelle, à nu. Elément fondamental de l’architecture sacrée, telle une colonne vertébrale d’ancien monde. Symbole d’empires passés.
Installation « Temple » est un jeu de l’architecture, une tentative de combler l’espace libre, imparfait, souvent anti-esthétique. Réflexion sur le paradoxe de l’Humain qui, après les objectifs à remplir tous les espaces vides, crée un vide. Regard sur l’Empire comme système qui tend à l’équilibre, aussi monumental que fragile. Vide, avide de pouvoir…
et voir, à travers les porte-fenêtres condamnées ces fantômes effondrés en courbes désordonnées... leur trouver du charme, penser qu'elles ont dû avoir un problème..
Remarquer, au moment de quitter la pièce, accrochés à des mats, les quatre beaux petits émaux d'Ustym Fedko – les mondes clos
sur les frontières est d'Ukraine en ce moment beaucoup vivent en dessous de la ligne d'horizon.. Beaucoup parmi eux sont les enfants qui attendent quand dans les sous-sols s'ouvriront les fenêtres vers le monde libre (fin du tout petit et discret panneau de présentation, puisque ne figuraient pas au catalogue)
pénétrer dans la seconde pièce, et se trouver cernée par les nombreuses photos, architectures, présences, portraits, de Cyril Horiszny devant lesquelles se promener, avec des arrêts, séduite par le jeu assortissant les couleurs des décors aux personnages, les paysans de partout, les riches costumes ukrainiens
Les parallèles d’ordre social, politique, géographique, sentimental ou philosophique soulignent les ressemblances comme les contrastes....
la même règle s’applique à tous dans la composition de l’image. Les sujets posent invariablement au centre… entre Est et Ouest.
(même si prime ce qui nous est étrange, comme les Houtsouls : fiers de leur culture et de leur identité, ce peuple de montagnards préserve un mode de vie ancestral basé sur le cycle des saisons, mais également sur un artisanat très coloré.)
et saluer en sortant le vieux cosaque.
En sortant, sur la place, s'interroger devant cette branche au centre de l'emplacement de la colonne Morris qui vient d'être déposée
et puis, suivant la flèche du nuage, redescendre vers l'antre... cuisine, déjeuner, sieste ma délicieuse mauvaise habitude, écouter à l'assemblée l'examen sur le projet de budget, avec la familiarité et le reste d'intérêt qui me reste, n'y peux rien, pour les dispositions fiscales en faveur du logement (si souvent, si ce n'est quasiment immanquablement nuisibles pour le logement de ceux en peine de toit, et même pour le placement des économies des classes moyennes).. mais au moment d'enfiler la robe et le veston préparés pour m'en aller vers le Chêne noir assister à Train fantôme de de Gérald Sibleyras et Eric Métayer, en bailler, même si loufoquerie m'était promise... rependre frusques, et m'installer avec Ricordi de Christophe Grossi, pour une première prise de contact, en survol rapide
tomber sur
«180. Mi ricordo
que Jannis Kounellis a rejoint le mouvement Arte povera lors de la première exposition collective.

181. Mi ricordo
De Alighieo Boetti, Mario Merz, Gilberto Zorio, Michelangelo Pistoletto, Giuseppe Penone, Luciano Fabro et Pino Pascali.

182. Mi ricordo
que la poussière des collines s'est longtemps mêlée à la salive.

183. Mi ricordo
Sois souriante mais concentrée, garde ton port de tête, tes épaules, plus en arrière, bon, pose les mains sur les hanches.»
ai entendu fugitivement ma mère (sauf pour les hanches) ai refermé le livre, ai fait un tour sur internet, ai repris le livre, ai commencé à lire vraiment avec cette belle entame
«1. Mi ricordo
que quelqu'un a parlé dans l'obscurité
                quelqu'un a parlé dans le noir quelqu'un a dit Oublie.»
ma ancora - un po 'di vergogna