jeudi, mars 05, 2015

Ailleurs


Ai rencontré ce matin, en sortant de l'antre, en débouchant sur la place, sous un ciel qui jouait les superpositions translucides de blanc et longues bandes dégradées en gris, une victime qui exhibait ses tripes de terre.
Le petit vent qui rafraichissait notre annonce de printemps a forci légèrement, frisant les rameaux des oliviers, retroussant les bannes, faisant claquer des oriflammes vantant une nouvelle société de transport qui entend supprimer autos, cars etc... si j'en crois leurs symboles imprimés, faisant danser mes cheveux devant mes yeux et ma bouche
marchais, dans l'idée d'un départ,
me suis, depuis l'antre, promenée un moment en Nouvelle Ecosse, et, à Yarmouth, suis restée en arrêt devant une de ces maisons de bois qui s'alignent sagement, blanches, noires, colorées, plus ou moins grandes, toujours cousines, au bord des routes – me sens toujours extrêmement latine, étrangère, sur ce continent – séduite par la beauté robuste de l'arbre, amusée, m'interrogeant, curieuse de connaître les habitants responsables de cette touche de fantaisie
amis fervents des oiseaux, collectionneurs de petites maisons, décorateurs soucieux d'étudier une palette de couleurs ? – restait un problème : comment pénétrer dans ces logis offerts ?
Et puis suis passée à
sortir deux grands draps, en caresser le lin
vérifier trousse de toilette,
recharger kobo et tablette (acte qui risque, pour la seconde, d'être gratuit, faute de connexion)
choisir un livre, penser bonbons, carnet, cigares
chercher chaussures de marche et apprivoiser mes pieds pour qu'ils les tolèrent
etc...
me préparer à partir regarder les croupes qui entourent Saint Germain du Teil, et les brebis blanches à tête noires sous ma fenêtre.

mercredi, mars 04, 2015

dans l'intervalle

Amis ai fait quelques pas dans la cour, tasse de café en mains, dans un air qui chuchotait l'arrivée de la tendresse printanière
sur notre bout de trottoir était une avalanche de cartons, promesse de rajeunissement de la terrasse du bureau de tabac
Amis n'était pas encore temps pour petite vieille de remiser les manteaux, du moins avant le mitan du jour, mais le soleil jouait gaiment dans les arbustes
et le ciel, sans la brutalité du vent nettoyeur, était d'un bleu profond sur les branches en attente
Amis les halles sommeillaient
n'étaient que quelques acheteurs, quelques hommes et la Brigetoun, plus tout de même que d'étals ouverts
et le marchand de légumes, qui était sans aide, ne savait où donner du sourire, des gestes, des réponses blagueuses
Amis j'ai malgré mon embonpoint naissant et mes étonnants petits problèmes de tension (que sont loin toutes mes années de grande activité avec une tension de mourante) ai rempli couffin et sac lourdement, patates, huile et quelques ingrédients
Sur le parvis ai rencontré un cheval, mais l'est parti en glissant au dessus de la chaussée avant que j'ai pu songer à lui demander aide - m'en suis revenue tout doux 

mardi, mars 03, 2015

Le bleu est venu plus tard


mais ce matin la rue portait les traces d'une eau qui s'y était laissé choir, qui restait en suspens dans l'air
et seules quelques trouées apparaissaient dans la couverte blanche et grise.
Avancions cependant dans une tendresse naissante, et je portais en moi une envie de sourire, une petite liesse sans raison, bien protégée de toutes questions
Sur le chemin de mon retour, place de l'horloge, quelques corps en manteau se délassaient devant le Cid café et le café de l'hôtel de l'horloge, les terrasses vides attendaient en grande patience sur la gauche, sauf deux qui hésitaient, attendaient que le sec s'affirme, que la place se peuple..
et en descendant la rue Saint Etienne, une fois encore, me suis interrogée sur les deux longs volets fermés, jouant avec des ce serait que rejetais aussitôt sur le chemin de l'antre.
Ce ne serait pas un malade, je l'aurais entendu depuis le temps
ce ne serait pas, pour la même raison, un pauvre être séquestré
zut, ça permettrait une histoire
je sais, ce serait une grande et haute, très haute, comme le sont les salons de l'étage noble, où seraient entassés – il faudrait, pour les découvrir, se munir d'une torche électrique, faute d'un chandelier qui serait plus en situation, pour aller sans heurt vers les deux hautes ouvertures, tenter de les pousser, forcer jusqu'à sentir flamber les veines du front, et dans un grand craquement faire entrer la lumière - des damas, des tapas, des miroirs, des statues sauvages et des marbres antiques, des tapis achetés à Constantinople ou Alep, de grands paquets crevés qui laisseraient voir des azulejos, des cornes de narval sculptées, un ours inuit en serpentine, des bijoux tunisiens, une bibliothèque de style Adam qui occuperait tout le mur du fond, d'autres objets, merveilleux ou d'un atroce mauvais goût, souvenirs d'un capitaine éternellement parti sur la mer sombre, vers la lumière, qui ne serait plus revenu depuis 1856, ayant coulé sur des rocs, ayant rencontré le vaisseau fantôme, ayant été pris à l'abordage par des pirates près de Java, ayant trouvé si délicieuse île, toute petite, dans les îles sous le vent, qu'il s'y serait établi avec son équipage, laissant leur navire pourrir lentement devant la plage, fondant une petite colonie, faisant beaux enfants avec belles polynésiennes, se faisant amis des hommes, après quelques combats qui avaient fait fondre les deux groupes, accueillant les européens de passage au long des années avec une amabilité distante, et s'effaçant de la mémoire
pas très vraisemblable ma belle, non pas très.

lundi, mars 02, 2015

Douceur humide

les carreaux de la cour humides de l'averse nocturne
la petite tristesse morne, remontée de l'adolescente boulimique
le désarroi pour trop d'attention ces temps ci au monde qui continue son chemin, sous les évènements marquants, à l'emprise de ces méprisants apôtres des dites réformes, pansements offerts en excuses pour notre déficit, qui sont retour aux sociétés du pur rapport de forces, aux inégalités, aux lois faites pour les puissants par les vainqueurs de nos belles élections à l'issue de très onéreuses campagnes, aux grandes déclarations et à la quasi impunité de ceux qui considèrent la participation au financement de l'état, de la santé etc..  comme une intrusion négligeable dans leur droit et leurs biens, et à la diffusion de l'idée que les charges, les impôts sont condamnables, à l'égoïsme généralisé, teinté dans le meilleur des cas d'une charité calculée, à ce que devient cet argent qui voyage et détruit, et à notre impuissance (le seul pouvoir que nous ayons, en dehors des petits correctifs individuels, qui est de choisir, de voter, devenu impossible)
frissonner un peu en regardant la lumière qui descend du tendre ciel blanc, malgré la douceur de l'air, poser autour de mon cou la douce caresse du foulard venu des Pays Bas - sourire de la nuque
et, repassage fait avec grimaces, m'offrir le plaisir d'ouvrir le livre reçu samedi, dont m'avait donné grande envie je ne sais plus quel billet, envie renforcée en lisant le blog de Jérémy Liron http://www.lironjeremy.com/lespasperdus/bonnard-observations-sur-la-peinture/, Observations sur la peinture de Pierre Bonnard, prendre en mains le mince carré, ou presque, pas tout à fait, qu'est ce livre de l'Atelier contemporain, lire la préface d'Alain Levêque, l'introduction d'Antoine Terrasse, regarder les croquis de chat, de bateau, de femmes à leur toilette (et un du corps dans la baignoire) avec les annotations de couleurs, et puis entrer dans les petites notations du peintre, comme ceci, juste avant les deux dessins de 1934
/1946/
Delacroix l'a écrit dans son Journal : «on ne peint jamais assez violent». Dans la lumière du Midi, tout s'éclaire et la peinture est en pleine vibration. Portez votre tableau à Paris : les bleus deviennent gris. Vus de loin, ces bleus, aussi, deviennent gris. Il existe donc en peinture une nécessité : hausser le ton. Les primitifs l'avaient bien compris, qui cherchaient les rouges, les azurs, les plus ardents dans les coloris : le lapis-lazuli, l'or et la cochenille. La nature nous tend des pièges avec ses thèmes que l'intelligence, mais surtout le métier, parviennent à déjouer. C'est le seul avantage que nous avons de vieillir : profiter de nos expériences personnelles.
/1946/
J'espère que ma peinture tiendra, sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l'an 2000 avec des ailes de papillon.

dimanche, mars 01, 2015

rien


une idée de printemps
tente d'être comme une promesse dans l'air frais.
Je ne suis pas 

samedi, février 28, 2015

mauvaise humeur et ou tristesse

matin se mêlaient carcasse encombrée et pluie dans la cour
matin il y avait, atterrante, la nouvelle de la barbarie de Mossoul, la destruction au nom du retour à la pureté des origines des oeuvres conservées, protégées par les successeurs, musulmans ou autres,  de tous temps
matin il y avait le bruit du monde,
matin il y avait le souvenir de tous les barbarismes depuis que le monde est,
matin étais de mauvaise humeur et de la colère et du rire faisais ricanement
eu envie de sortir du courant, me suis passionnée pour la fabrication des papyrus et l'arrivée du parchemin https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/278568/filename/Papyrus_et_parchemin_dans_l_Antiquite_greco-romaine.pdf
ou l'élaboration des sermons et discours de Clément VI
ou, toujours, les lettres confiées par la famiglia (et en sortir avec des joies, beaucoup de tristesses et une petite boule d'humilité en découvrant que j'ai été très tôt la un peu décevante, pour qui s'inquiéter)
en écoutant une petite bande son avec la suite for string orchestra de Janacek
Jenufa dans une version barcelonaise
et pour changer, en souvenir d'une très belle soirée au Chatelet, un peu des trois soeurs de Peter Eotvos, ce qui m'a lancée, appétit aiguisé, vers l'écoute de l'opéra en disque (pour découvrir qu'il a été à un moment ou un autre endommagé ou que ma chaine est définitivement à problème)
Me suis dit que devrais faire silence, arrêter mon verbiage, pour ne pas contribuer au brouhaha, même petiotement, mais suis bien trop bavarde, devrais, n'y arriverais pas
et puis j'ai souri devant la gentillesse de Serge Bonnery qui, pour participer à la web dissémination du mois (très bel échange, bien entendu, mais auquel me garderai bien de participer, entre universitaires ou lettrés, qui me fait me recroqueviller dans mon ignorante  futilité), dont le thème était la chronique, voulant traiter de l'écriture du temps, et l'écriture de soi, s'est rabattu sur pauvre paumée http://lepervierincassable.net/spip.php?article405

La pluie a été passagère d'ailleurs, le vent est venu, le soleil a baigné le mur de la cour, un peu plus bas chaque jour, me suis pourtant cramponnée dans ma mauvaise humeur, en accord avec carcasse.

vendredi, février 27, 2015

Pour mes hivernales, le Canada

sur mon chemin ce matin, ciel pur, nuages en longues écharpes, ciel bleu, lumière et vent frais, avec juste ce qu'il faut de rafales pour bousculer de temps en temps, malgré mon poids hivernal et la charge de linges que charriait, ma trajectoire
Jour quiet dans papiers, avec bougonnement contre un début de rangement qui avait réuni des lettres datées de même mois mais d'années en ordre extrêmement fantaisiste, les incessants changements de piles qui se défaisaient avec malice... des rires, la gorge nouée aussi par moments.
Et départ dans la nuit pour monter la rue Saint Sébastien vers le second et dernier des deux spectacles des Hivernales (sur vingt-deux sans compter les conférences, stages etc..) pour lesquels me suis offert un billet…
Khaos, chorégraphie pour neuf danseurs de Ginette Laurin (compagnie O Vertigo de Montréal) coproduction du Festival Internacional Madrid en Danza, du Festival TransAmériques et du Théâtre national de Chaillot sur le site duquel http://theatre-chaillot.fr/danse/ginette-laurin/khaos j'ai trouvé les deux photos du spectacle (crédit Marilène Bastien) comme cette présentation
Il y a dans le nom même de sa compagnie, O Vertigo, beaucoup de Ginette Laurin : vertige, jeu, mouvement... Le goût du risque et la performance physique sont des constantes, l’humour un contrepoint..... Avec KHAOS, sa dernière chorégraphie, Ginette Laurin promet de «saisir le chaos, en jouer et en jouir, le déjouer». Elle s’interroge sur ce monde, le nôtre, qui bouge et nous bouscule, un tumulte où les corps doivent trouver leur place. KHAOS se veut également un espace balisé de tiges verticales munies de capteurs comme des «zones frontalières geôles ou abris temporaires» pour échapper à cette folie des temps présents. La danse de Ginette Laurin invente des lignes d’horizon comme autant de mouvements à partager. KHAOS pour neuf danseurs à l’énergie contagieuse est, avant tout, une œuvre porteuse d’espoir.
Et, ceci, dans une interview qu'elle a donné à Vaucluse matin
C’est une pièce chargée, presque violente, comme un feu roulant qui ne s’arrête jamais parce que quelque chose pousse à se bouger malgré toutes les difficultés. La masse devient plus forte que l’individu

M'en suis donc allée voir ce qui avait provoquer ces jugements, ce qui résultait de cette intention, dont me donnait également une idée cette vidéo, trouvée dans l'après-midi
et, ma foi, je ne vois guère ce que je pourrais ajouter, 
juste des petites pierres, un très beau dessin des déplacements sur le plateau, danse groupe en énergie maîtrisée, concentrée, avec une ou deux dissonances, une un ou deux échappés en énergie violente, en contrepoint du groupe – des explosions, et des moments de calme – le groupe regardant un danseur – un geste repris avec quelques variantes par les autres – danse technique, acrobatique parfois, toujours esthétique – des corps manié comme des marionnettes – des corps se mouvant comme des marionnettes – de beaux solos d'une petite femme en robe noire – une scène de jalousie – la détresse de l'abandonnée ignorée par les autres – un beau travail de la lumière – du comique – une Brigetoun bec ouvert parce que un rien fascinée et pour bloquer une toux intempestive – le chaos s'installant vers la fin
applaudissements et retour.
Noter cela, mettre en ligne, bailler un peu devant Paumée
une petite plongée dans Clément VI au travail.