samedi, mai 23, 2015

Notes pour vendredi


le mistral est toujours là, mais en perte de force, ronronnant, avec de fortes rafales pour animer les arbres et assurer les conversations
soirée à l'opéra pour un concert dont le titre promettait plaisir : jubilations baroques, avec en soliste (violon) Julien Chauvin
plaisir attendu de confiance, plaisir qui est venu percer mon neutre, ma quasi somnolence, teinté d’admiration, de sourire, de familiarité selon les moments
- Carl Philipp Emmanuel Bach (le fils théoricien, enfin pas seulement) - symphonie 182 en si mineur pour cordes et continuo (clavecin) aigüe, un peu acide, citron vert et au coeur alanguissement
- Jean Sébastien Bach - 1er concerto pour violon, orchestre à cordes et continuo lumineuse volubilité du violon, élégie ample, et retour à l'entrain d'une gigue
- Michel Corrette – concerto comique les Sauvages orchestre à cordes et flûte, commençant par Rameau, finissant par une chanson à boire, musique aimable et facile
dans une autre interprétation, 
un entracte pour quelques bouffées en regardant, frissonnante, les branches onduler dans le vent
- Jean-Marie Leclair concerto n°5 pour violon et orchestre (cordes, continuo) la virtuosité du compositeur-violoniste-danseur – mené par le soliste – vivacité et entrelacs, tendresse cristaline du mouvement lent central
- Franz Joseph Haydn symphonie n°88 pour flûte, hautbois, bassons, cors, trompettes, timbale et cordes – symphonie parisienne (pour Johann Tost) – le sourire bonhomme, mais avec réserve, de Haydn – allegro sautillant, largo chant coloré du hautbois et du violoncelle – vigoureux menuet – et le rondo qu'ils ont repris en bis
retour dans un reste de vent face à un croissant merveilleusement net, qui pourtant n'a donné que bouillie trouble sur mon appareil (jetée avec une moue déçue)

vendredi, mai 22, 2015

Vent et désertion


sortir sous un ciel que le vent bouleverse, dans la lumière, l'ombre des maisons et passagèrement celle des nuages en fuite, hésiter au milieu de la rue Joseph Vernet à tourner bride, rentrer, s'allonger, parce que carcasse, toute fière d'avoir impressionné les toubibs de ces derniers jours par sa forme extraordinaire, a décidé brusquement de faire assaut de méchancetés diverses, continuer souriant aux hauts de coeur et aux petits vertiges, les attribuer au temps.. 
et tenir fermement le bord des étals en attendant mon tour (il y avait une affluence très moyenne et beaucoup de bénévolence)
sortir face à une rafale qui me repousse dans les halles, protester que, non, je n'ai rien oublié, profiter de son relachement pour sortir, tournoyer entre les quelques étals de brocanteurs, plus rares que d'ordinaire,
et ramener, à contre vent, rudement farceur et bien fresquou, des pommes de terre nouvelles Béa pour le nom, un Saint Félicien, un bloc de morue, un bout de dos de cabillaud, un bulbe de fenouil, quatre pommes grises, six tomates vertes, les dernières asperges, un poivron jaune, deux poires dont j'ai oublié le nom, six abricots, un céleri boulle, un concombre court, des champignons de Paris, deux courgettes rondes, dans la lumière des saisons de Juliet et aveux et anathèmes de Cioran.
Ruminer mon désintérêt relatif pour internet, grandissant pour paumée (découragée, stupidement, par la chute inexorable des visites, et furieuse contre moi d'y voir le signe de sa contamination par ma stupidité, ma pesanteur, ma sénilité grandissante..)
Mais, honte à moi, en fin d'après midi, au moment de m'armer de résolution, ouvrir un vieux tube de rouge à lèvres, peindre soigneusement ma bouche, enlever non moins soigneusement, garder un soupçon d'une idée de maquillage, sourire avec détermination, et m'en aller parce que l'avais promis et en avais envie, assez pour me lancer dans le jour au réveil, fortifiée par cette idée, vers une exposition qui commence et un spectacle qui me tentait, le désir que j'en avais s'en était allé, et misérablement suis restée dans l'antre.. entre Ran de Kurosawa et plongée dans Howard Zinn et son Histoire populaire des Etats Unis

jeudi, mai 21, 2015

Retour aux deux eaux

matin, petit vent tombé, laissant ciel franc et nuages ronds et bonhommes
petites corvées, incursion vers la place de l'horloge pour le canard
vaquer, lire, un peu..
et repartir en milieu d'après midi, prendre un bus, descendre au pont des deux-eaux m'appliquant à ne pas penser avec un agacement vaguement craintif au rendez-vous avec le pneumologue-à-idées.. avoir, à cause des horaires de bus, près d'une demi-heure d'avance, 
et me passionner, résolument, pour le mélange des eaux des deux canaux et leur poursuite parallèle,
m'asseoir un instant sur un banc, en évitant de respirer les odeurs, regarder l'eau s'engouffrer, traverser pour voir la lumière faire écumer en argent la mini cataracte, et comme l'heure approche regagner le macadam
M'installer dans la salle d'attente.. le docteur avait une heure de retard, ce qui m'a laissé le temps de lire enfin le couteau entre les dents d'Henri Barbusse.. juste le temps de le finir et d'accueillir le toubib accompagné d'une jeune fille, élève ou fille, je ne sais, qui assistait avec un sourire plein de retenue à l'entretien... oui sans doute rien, alors tout de même un nouveau scanner, juste ça, pas plus et vous revenez me voir.. bien docteur
Sortie à l'heure où les ombres s'allongent
attente sous les merveilleux arbres, et retour dans un petit vent qui, à cette heure là, rendait la superposition fin tee-shirt sous chemise de lin nettement insuffisante...


mercredi, mai 20, 2015

Variété en gris

ciel gris jusqu'à la pluie pour accueillir le jour

mais au mitan des transparences dans la couverte qui laissent passer la lumière, un soleil à peine tamisé, pour que je lise un chapitre du livre en cours, cul sur la table, dans la cour tiède, avant de me mettre à la cuisine.
Couler le jour..
En fin de journée, à sept heures, partir, petit parapluie au fond du sac, et yeux inquiets scrutant les boursouflures en camaïeu gris du ciel
sauf quand une odeur croisée me faisait baisser les yeux, cueillir une fleur des feuilles pour les froisser en continuant
vers petit toubib, s'asseoir dans la salle où trois personnes attendent déjà, ouvrir le livre apporté – qui sera bien trop court, même en savourant lentement – la vie de Fabrice Caravaca rencontré l'autre soir à la Manutention, sur
Nous n'avons plus le choix. Il y a de grands arbres. Et des histoires tout en haut. Il y a aussi du vert et de la couleur et aussi de la lumière un peu plus loin…
et repenser à la fin du trajet, regarder mon appareil, vérifier que les deux dernières images sont en communion avec ces lignes.
Continuer, aimer, se sentir parfois un peu vieille face à cette joie de vivre, cette certitude de vaincre ce qui attaque les faibles, les sentiments, la bénévolence...
.. pourtant nous sentons que nous faisons trembler la terre. Nous la faisons respirer. Elle tremble de bonheur. Nous faisons respirer la terre au rythme de nos pas, au rythme aussi de nos danses. Au rythme de nos coeurs. La terre est dans la palpitation de nos corps en mouvement. Nous aussi nous sentons que nous commençons de trembler de joie. Nous n'avons pas peur. Nous marchons parce que nous sommes sûrs de nous. Nous sommes jeunes et vivants et nous avons le coeur pur...
sourire en retrouvant l'ossuaire des poètes que les voix alternées de Lucien Suel et Fabrice Caravaca avaient évoqué l'autre soir
et fermer sur la fin de ces trop courtes 60 pages
Nous avons notre corps et les pensées qui l'habitent. Et une lumière tout à l'intérieur qui participe de la grande lumière des mondes. Accrochés aux étoiles nous tissons notre fil et parcourons tous les horizons. Toutes les saisons sont les nôtres. Et nous sommes à toutes les amours possibles.
ranger mes lunettes et feuilleter, sans pouvoir les lire et ne le voulant pas, les magazines qui trainent là pour cela.. jusqu'à ce que le courageux petit toubib qui consacre tout le temps nécessaire à chaque patient puisse enfin me recevoir.. dialogue, rapide examen, une lettre pour son confrère, comme prévu..
sortir à neuf heures et retour dans un petit vent qui semblait bousculer les nuages et faisait bruire les platanes en remâchant victorieusement cette phrase «au fond on se demande pourquoi vous allez voir un pneumologue» ce qui ne va guère m'aider à po-si-ti-ver le rendez-vous de demain... mais me faisait rire silencieusement, puisque c'est bien mon opinion depuis le début...

mardi, mai 19, 2015

S'appuyer sur la lumière...

oui ce n'est pas évident de prendre appui sur la lumière, du moins pour carcasse...
Mais Brigetoun qu'était toute nerfs noués après avoir brièvement accepté le côté sérieux de la vie, a caressé résolument des yeux tous les éclairs lumineux posés sur sa route ce matin, et son esprit y a trouvé sourire,
et même vigueur que le ciel en sa fermeté radieuse.
Et puis s'est attaquée, dans le calme de la fin d'après-midi, lourde un peu de soleil, à une liste des billets qu'elle désire pour le prochain festival, et de tout ce qu'elle voudrait faire, qu'elle ne pourra peut être pas – crainte de renoncer à me mettre en marche vers des lectures, spectacles, expositions ouverts librement aux premiers arrivés, à faire la queue sans certitude d'y avoir accès..
A noté ici l'emploi du temps envisagé, pour elle, et en déconseille la lecture (pour le programme si vous ne l'avez sous forme papier, le site http://www.festival-avignon.com/fr/la-programmation est fort bien fait (photos brigetouniennes de 2014 ou 2013)
samedi 4 juillet
15 heures – la Fabrica – des arbres à abattre – adaptation et mise en scène par Krystian Lupa (en polonais) – 4 heures 20
22 heures – cour d'honneur – le roi Lear – traduction et mise en scène par Olivier Py (esprit contradictoire en sommeil Brigetoun, n'est-ce-pas..) - 2 heures 20
dimanche 5 juillet
11 heures – la Mirande les origines de Wielopole exposition en hommage à Kantor
18 heures – jardin de la Vierge – Saint Joseph – sujets à vif programme B – Matek Jejzar/Niño De Eleche et Justine Berthillot/Pauline Peyrade – 2 heures 30
22 heures – cloître des Célestins – Andreas – adaptation (d'après «le chemin de Damas» de Strindberg), traduction et mise en scène par Jonathan Châtel – 1 heure 40 (oui)
lundi 6 juillet
11 heures – jardin de la Vierge – Saint Joseph – sujets à vif programme A – Jessica Batut/Latifa Laâbissi et Dominique Boivin/Claire Diterzi – 2 heures 30
15 heures – gymnase du lycée Mistral – soudain la nuit – texte Olivier Saccomano, mise en scène Nathalie Garraud – 2 heures
22 heures – cloître des Carmes – le vivier des noms – texte, mise en scène, peintures de Valère Novarina – 2 heures 11 (Oui – et j'admire avec légère incrédulité la précision de la prévision de durée)
mardi 7 juillet
11 heures – chapelle Saint Louis – lumières du corps – concert lecture Novarina/Bach – 1 heure 10
18 heures – opéra – Richard III – Shakespeare en allemand, mise en scène Thomas Ostermeier – 2 heures 30
22 heures – gymnase du lycée Aubanel (endroit redouté) – ma femme m'a fait une scène et effacé toutes nos photos de vacances – Teater NO99 (en estonien) – 1 h 40
mercredi 8 juillet
repos – intendance
12 heures – cour de la médiathèque Cecano – la république de Platon – Alain Badiou – mise en scène Valére Dréville, Didier Galas, Grégoire Ingold – 50 minutes
22 heures – cour du lycée Saint Joseph – les idiots – d'après Lars vonTrier – mise en scène Kirill Serebrennikov (en russe) – 2 heures 40
jeudi 9 juillet
11 heures 30 – Saint Agricol – la quatrième personne du singulier – concert lecture Novarina/Brahms/Liszt – 1 heure 10
18 heures – gymnase du lycée Saint Joseph – el syndrome – Sergio Boris – école supérieure de théâtre de Bordeaux (en espagnol) – 1 heure 15
22 heures – cour d'honneur – Juliette et Justine, le vice et la vertu – lecture de Sade par Isabelle Huppert – 1 heure 10
vendredi 10 juillet
repos, intendance, off
18 heures – église Saint Didier – Magnificat de Vivaldi et Missa Sancta Josephi dAntonio Caldera – 1 heure 30
20 heures – cour du musée Calvet – Bettencourt boulevard ou une histoire de France – de et par Michel Vinaver – 1 heure
samedi 11 juillet
11 heures – église des Célestins – Guillaume Bressonexposition
16 heures – site Louis Pasteur de l'université – Hope Srebrenica – installation Haris Parsovic
20 heures – cour du musée Calvet – Goethe se mheurt – de Thomas Bernhard – lecture – une heure
dimanche 12 juillet
11 heures – site Louis Pasteur de l'université – comment vivre sa vie ? Alain Badiou – deux heures
18 heures – Salle Benoit XII (autre lieu redouté) – Antoine et Cléopatre – texte (avec des citations de Shakespeare) et mise en scène de Tiago Rodrigues (en portugais) – 1 heure 20
soir rien (aurai beaucoup marché) ou off
lundi 13 juillet
intendance ou off
19 heures – la Fabrica – Barbarians – conception et chorégraphiz Hofesh Shechter – durée 1 heure 30
rien, off ou feu d'artifice 
mardi 14 juillet
11 heures 30 – Saint Agricol – observez les logaèdres ! - concert lecture Novarina/Messiaen
18 heures – gymnase du lycée Aubanel – jamais assez conception et chorégraphie Fabrice Lambert – une heure
22 heures – cour du musée Calvet – Ajax – d'Heiner Müller – lecture André Wilms avec musiciens
mercredi 15
11 heures – jardin de la Vierge – Saint Joseph – sujets à vif programme C Frédéric Ferrer/Simon Tanguy et Katia Guedes/Piero Kadivar – 2 heures 30
18 heures – jardin de la Vierge – Saint Joseph – sujets à vif programme D Eleanor Auber/Veli Lehtovaara et Kate Moran/Rebecca Zlotowski 2 heures 30 
jeudi 16 juillet
11 heures 30 – jardin du gymnase du Lycée Saint Joseph – je soussigné cardiaque – Sony Labou Tansi – lecture - 1 heure
18 heures – chartreuse de Villeneuve lez Avignon – forbidden di sporrgersi d'après algorithme éponyme de Babouillec – mise en scène Marguerite Bordat et Pierre Meunier – 1 heure 30
vendredi 17 juillet
intendance
15 heures – gymnase du lycée Mistral – Dinamo – texte et mise en scène Claudio Tolcachir, Melissa Hermida et Lautaro Perotti (en espagnol) – 1 heure 10
22 heures – cour du lycée Saint Joseph – Monument 0 : hanté par la guerre (1913-2013) – conception et chorégraphie Eszter Salamon – 1 heure 15
samedi 18 juillet
11 heures 30 – jardin du gymnase du lycée Saint Joseph – l'oiseau Parker dans la nuit – de Yanick Lahens (Haïti) lecture – une heure
18 heures – gymnase du lycée Saint Joseph - à mon seul désir – conception et récit Gaëlle Bourges – 55 minutes
23 heures – cloître des Célestins – Fugue – Samuel Achache – 1 heure 15 (intriguée, titillée)
dimanche 19 juillet
repos – intendance ou si peux 11 heures Utopia Manutention - le cyclop de Jean Tinguely – film d'Arne Steckmest
18 heures – la Fabrica – cuando vuelva a casa voy a ser otro – texte et mise en scène Mariano Pensotti (en espagnol) – 1 heure 20
22 heures – jardin du musée Calvet – l'amour et les forêts – texte Eric Reinhardt musique Feu ! Chatterton 
lundi 20 juillet
paresse ou off ou conférence si courage
22 heures – cour du musée Calvet – Barbara-Fairouz – Dorsaf Hamdani, direction musicale Daniel Mile – 1 heure 15
mardi 21 juillet
lecture jardin du gymnase Saint Joseph à 11 heures 20 ou off
22 heures – cloître des Carmes – le bal du Cercle – conception et chorégraphie Fatou Cissé – 1 heure 05
Mercredi 22 juillet
18 heures – opéra – Casandre – d'après Christa Wolf, musique Michael Jarrell – une heure
22 heures - cour d'honneur – retour à Berratham – chorégraphie et mise en scène Angelin Preljocaj – 1 heure 45
jeudi 23 juillet
18 heures – gymnase du lycée Aubanel - trilogie du revoir – Botho Strauss – mise en scène Benjamin Porée – 2 heures 45
off
vendredi 24 juillet
22 heures – cour du lycée Saint Joseph – orchestre des jeunes de la Méditerranée – 1 heure 30
samedi 25 juillet
11 heures – jardin de la vierge du Lycée Saint Joseph – trois spectacles du Théâtre national de Bruxelles
18 heures - opéra – Homériade – de Dimitris Dimitriadis, musique de Martin Romberg – avec Robin Renucci et l'orchestre de l'opéra.
J'espère que vous n'avez pas été jusque là, moi en tout cas j'en avais assez... 



lundi, mai 18, 2015

un jour

rien
ou un peu de tout
entamé, abandonné un peu avant la fin, juste un peu
ou très avant, cela dépend
et puis regarder sans voir ce qui se trouve devant les yeux
ruminer, méditer, voguer vague

ou dormir

dimanche, mai 17, 2015

Sous le ciel, dans le vent d'Avignon

C'est un brave, simple, massif petit volet bleu, bien tranquille.
C'est l'occupant de l'un des appartements du deuxième étage absent depuis mi-avril, en vacances, en voyages, ou en allé, qui n'a pas pensé à le fixer..
C'est un instrument de torture, plus ou moins virulent selon le sens du bon gros vent quand il vient jouer sur la ville. C'était une Brigetoun (et depuis la nuit de vendredi sa voisine) s'appliquant à rester calme, à ignorer, dédaigner les efforts dudit instrument.
C'était vendredi un inconfort titillant, fermement refreiné.
C'était samedi matin des sursauts, crispations, vibrations de tout le corps à chaque heurt, de brèves apnées en attente de la prochaine…
m'en suis allée dans les rues où un mistral de moyenne force se donnait libre cours, sculptant les joues, emmêlant les cheveux, même les très courts, retroussant les fentes des vestons, faisant claquer les jupes,.. vers le teinturier
avec le plaisir, au retour, en passant devant Ducastel d'apprendre que mon double en mama (oeuvre d'Alexandra Giacobazzi) était enfin encadré... avec le plaisir plus grand encore d'un manque en ouvrant ma porte, d'une hésitation, d'une attente du bruit, et de la constatation éberluée et ravie que le volet dormait, dûment accroché contre le mur.
Une julienne de légumes pour les pâtes, un déjeuner paresseux, une courte sieste et suis repartie 
dans le vent qui se voulait méchant, arrachait petites branches et jeunes feuilles, les faisait voler de la rue Viala, juste après la place de l'horloge
jusqu'au niveau de la rue Figuière que j'ai prise pour aller au Centre européen de poésie, voir l'exposition (intitulée l'amour est un chien d'enfer) de l'association Hypergonar, association constituée d'anciens élèves et élèves de l'Ecole Supérieure des arts d'Avignon, pour organiser des expositions ou des événements d’art contemporain sur la région PACA et ailleurs…
exposition ainsi présentée
Des dessins éthérés, des photos de famille déchirées, des collants tagués avec rage, des personnages sans visage étouffant dans un univers de cloches, des radios des poumons, des éclats de miroir, des citations de Marx et de Malevitch, un lapin faisant sa toilette, une femme qui écarte les cuisses… Max Jacob, dans L’art poétique, l’écrivait : « C’est au moment où l’on triche pour le beau que l’on est artiste. » Si l’amour est bel et bien au centre de cette exposition, c’est souvent par des chemins détournés, par le judas de la porte d’un hôtel délabré.
Tour à tour chien de l’enfer, chien de faïence, chien dans un jeu de quilles, l’amour se dénude ici, se montre sous son meilleur jour et sous ses plus tristes nuits.
Figure tutélaire de l’exposition, Charles Bukowski est aussi de la partie. Il aurait probablement détesté tout ça, mais quelle importance ? S’il y a une chose que la lecture de ses œuvres nous a appris, c’est qu’il est salutaire de créer, envers et contre tout.
Pour la clôture de l'exposition ils avaient organisé un petit et délicat spectacle de marionnette avec Florian Martinet de la Compagnie «Jeux de mains, jeux de vilains» http://compagnie-jeux-de-mains.org/les-spectacles/je-nai-absolument-pas-peur-du-loup/ : une marionnette minuscule, oeuvre de Margaux Derhé, coiffant un doigt de Florian Martinet, devenu petit personnage jouant avec le corps dont il faisait partie, pour illustrer parfois, évoquer plutôt, sans lien souligné, l'état d'esprit de Charles Bukowski, sur des bribes de l'amour est un chien d'enfer et d'autres textes.
Et puis, avec le pas si petit public ai circulé un moment entre les oeuvres, échangé quelques phrases neutres, souri, gardé quelques images de ce que proposaient :

Laurent Santi - sorti de l'Ecole Supérieure d'Arts Plastiques d'Avignon en 2014, le meneur me semble-t-il, également éditeur http://jedetruismamaison.com/category/editions/ livres,
et qui présentait une partie des oeuvres ayant fait l'objet d'expositions antérieures

Mélissa Cortese (sortie en 2014) http://melissacortese.com
Margaux Derhé on m'offre enfin des fleurs http://issuu.com/margauxderhe/docs/portfolio_margaux_derh__
Kevin Lapeyre
Louise Gosser (miroirs brisés et légendés) qui a mis sur son compte Facebook une photo de l'ensemble des participants
Jessica Norris qui a, entre autres, illustré un livre de poèmes (oublié le nom du poète auquel j'étais sensible, le titre, tout... mais j'ai aimé et même hésité un moment à partir avec)
d'autres, dont sans doute l'auteur de ces dessins, mais n'ai pas noté son nom..
et, au bout d'un moment, bien incapable de trouver les questions ou commentaires qu'ils attendaient, m'en suis allée, un peu ivre de ce mistral, pas de première force bien entendu, mais à la retenue très très relative…
plaisir de cette charrette au coin de la rue Joseph Vernet, plaisir d'un courrier attendu, plaisir de féliciter chaudement, corps renversé, tête levée, dans ma cour, ma voisine du dessus qui me racontait que c'est elle qui, montée sur un escabeau installé sur la terrasse qui me domine était arrivée, après longs tâtonnements d'un balai tenu au bout du bras, corps tendu sur ses pointes de pied à rabattre et fixer le volet bourreau.
Et, ma foi, ai eu une pensée pour la nuit des Musées et suis restée bien tranquilou dans l'antre.