Avignon – veux vivre dernier jour du festival, à tort

Suis partie, comme sur un bateau soumis à un très léger roulis, juste assez pour se sentir flotter, plaisir et instabilité vaguement inquiétante, parce qu'assez tentée après avoir jeté un très rapide coup d'oeil au dossier de « Shabbath » présenté à 11 heures au théâtre des Carmes – André Benedetto par la Compagnie Interface, parce que me sentais en devoir de dire adieu au festival, parce que ne voulais pas « me laisser aller », parce que je n'avais pas rendu hommage à ce théâtre, au nom de son créateur.

J'ai failli tourner bride, inconfortable au plus haut point, ai admiré la ténacité de cet homme qui accrochait, encore, des affiches pour un spectacle en remplacement de celles disparues (je ne sais pas si le vent n'a pas été un peu aidé à faire un début de ménage avant le grand de cette nuit), et la bonne humeur avec laquelle il a regardé, constaté qu'il s'était trompé de sens, et a recommencé. J'ai continué, me répétant que j'avais dépassé la moitié du chemin.
J'ai traversé le petit marché, avec envie de m'y asseoir, pris un billet, et tout le monde était charmant. J'ai bu un demi café pas mauvais pour me retaper

et me suis installée en rive de la salle. Et j'étais pleine de bonne volonté. Et je soupçonnais un peu que mon manque d'adhésion venait en partie, plus ou moins grande, de carcasse.
Mais... peu à peu, devant cet énième spectacle sur les horreurs de notre passé plus ou moins récent, devant ces belles jeunes femmes, avec tout de même un côté Arielle Dombasle en plus frais, devant cette bonne volonté et cette petite prétention (une photo trouvée sur leur profil Facebook)

et malgré le talent de l'acteur/chanteur tout de rondeur qui se veut cruelle, j'avais, et cela me justifiait, le sentiment que multiplier les spectacles, livres, à demi aboutis, sans que la nécessité qu'en ont eu les auteurs parvienne à être perceptible, sur nos guerres, finissait par être légèrement insultant pour les victimes que l'on veut, avec un courage très relatif, plaindre ou rappeler.
Et comme mon malaise physique, dont j'accablais sans doute ce spectacle (mais dans la fin de l'après midi j'ai trouvé un article qui allait un peu dans le sens de mon insatisfaction http://www.laprovence.com/article/avignon-off/shabbath ) s'intensifiait, je suis sortie au bout de 3/4 d'heure
et suis rentrée, en grande panique, dans la ville m'asseyant quand le pouvais, grimaçant pour sourire, et regardant pour me distraire les murs comme si ne les connaissais pas.
et le reste de la journée a été extrêmement pénible, parce que j'étais toujours sur un bateau, jusqu'à en avoir le mal de mer. Me suis bornée à m'accrocher pour faire la cuisine, me laver les cheveux, à laisser passer les mauvais moments, à me masser la nuque qui criait, à attendre la nuit.
Pour en revenir au spectacle, pour expliquer davantage ma difficulté à y entrer, il y a que j'avais mal lu, avec autre idée en tête, née d'une lecture et de l'écoute distraite des nouvelles, le dossier, et attendais autre chose, sans rapport, une critique de nos démocraties, ce qui, pour le coup, est totalement de ma faute.
Et puis, le soir, une très sale façon de clôturer le festival avec la mort d'Avron (et, oui, il avait eu quelques motifs d'interrompre son spectacle à la mi-temps) - navrance.
Philippe Avron
envoyé par comeandsee. - Futurs lauréats du Sundance.