vendredi, septembre 04, 2009

A l’initiative de François Bon et de Jérôme Denis de Scriptoplis, le premier vendredi du mois est le jour des « vases communicants » : un blogueur écrit sur un blog ami et vice versa. Après une tentative que j’ai fait échouer en août, François Bon a eu la gentillesse de me proposer un nouvel essai.
Paumée, tout fier, se pare de ses mots et d’une photo étrange ici. Je suis heureuse que cela vous soit offert, et Brigetoun, désertant son petit domaine, devrait être là http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1873

Dans l’imaginaire Nord il y avait cela : un chemin d’eau, déjà depuis un point de départ très loin, qu’on aurait peiné à trouver. Puis délabré, ou comme abandonné, au moins partiellement, ce simple ponton où on s’arrête, là depuis si longtemps et pourtant des traces, des traces encore – d’autres ici sont venus, d’autres ici viennent. Mais en admettant qu’on aperçoive une silhouette, là-bas, on se garderait d’aller déranger par des questions, et quelle réponse pourrait venir qui conviendrait à un autre ? On s’assiérait. On regarderait longtemps. Il y a du silence, un très beau silence : le silence qu’accompagne ce bruissement permanent du vivant – l’eau, vivante, le vent et les arbres, vivants. Du vivant encore, du vivant pourtant. On ne sait pas pourquoi, l’imaginaire Nord. On a lu tant de livres, et de voyages : au Tibet, et sur les routes de la soie, et dans les montagnes désormais recluses des passes d’Afghanistan, mais il suffit d’un lac là-haut, au Nicaragua, et d’un hôtel un peu minable avec un chien qui dort par terre, entre les tables. Ou bien l’enfoncement tout droit sur un bateau de guingois, sur un fleuve d’Afrique qui n’a pas de fin dessinée sur les cartes, et que la forêt lentement avale. On le sait, tout cela on l’a lu. On accompagne ceux qui s’en vont au bout de l’Australie, on aurait voulu être avec ceux qui entrèrent les premiers au Japon ou en Chine mais non, l’imaginaire est Nord. Tellement moins de livres. C’est un dépouillement. Il n’y a pas de raison, pas de vrai sens. Ici, les distances sont invraisemblables. La perspective ouverte par l’eau l’indique : il suffirait d’aller droit. Il suffirait de contourner là-bas. Une brume qui était sur l’eau remonte les pentes sombres, dégage le chemin. La passerelle de planches branlantes mène jusqu’au ponton, et ce bateau qu’il suffit de détacher. Est-ce qu’il faudrait emporter quelque chose ? On aime lire ça dans les livres, les préparatifs, les bagages, les outils et les vivres. Non, c’est la tête qui s’en va rêver. Le bateau est parti. On a franchi là-bas le rideau de brume. Le paysage est ouvert. Il faudra longtemps, très longtemps. C’est un effort, mais c’est le silence même qui est complice, qui vous pousse, et la silhouette aperçue tout à l’heure est partie maintenant. On avance. On poursuit le voyage. On glisse sur cette ardoise rugueuse de l’eau, et là-bas est l’ouverture vers ce qui n’a pas de fin. Sur le ponton on reste assis très longtemps, devant les vieilles planches et la brume.

l'idée fait boule de neige et il y eut quatre autres vases communicants ce mois ci (et peut être d'autres) dont vous pouvez trouver la trace sur "paumée bis" (colonne de gauche)

10 commentaires:

jeandler a dit…

Belle idée d'embarcadaire
échange fertile
au croisement.

jeandler a dit…

Embarcadère !!!

oh! le vilain canard!

micheline a dit…

tu vois Brigitte, l'ailleurs n'est qu'un rêve.
"Sur le ponton on reste assis....
très longtemps, devant les vieilles planches et la brume. "

Gérard a dit…

Un petit air de baie d'Along ta photo

brigetoun a dit…

pas ma photo mais celle de François Bon et c'est très loin de la baie d'Along le Québec, mais c'est vrai la même lumière humide et les masses sombres sur l'eau

Anonyme a dit…

bravo, échange très réussi, donne envie !

juliette mézenc

Chr. Borhen a dit…

"On poursuit le voyage."
D'accord !

joye a dit…

Vive les jolis échanges culturels !

Anonyme a dit…

Je vous lis toujours avec un immmense plaisir Brigetoun :-)
Et c'est avec bonheur que je viens de découvrir les références de vos nombreuses et variées lectures. Merci à vous.
Beau week-end.

Muse a dit…

pour le coup on est dépaysé par le lieux, par les mots! Mais c'est si bon de partir à l'aventure...