mardi, juin 29, 2010

En arrivant dans le garage-atelier de Paul, en me tenant sur le seuil, pendant que se calmaient en moi mes gambades le long de l'allée des roses pompons, en accommodant mon regard à la zone d'ombre, à l'entrée avant la mer de lumière qui pénétrait au fond par le toit arraché, je l'ai vu, posé au sol sur la gauche, mais un peu en biais, évident, attirant les yeux par sa clarté. C'était un grand panneau blanc, si blanc que les fibres de la toile apparaissaient par endroit, et puis un étrange calligramme, dans un quart de la surface, des volutes bleus et roses qui s'enroulaient, se distanciaient, s'écartaient, s'envolaient dans un élan vers le hors-tableau, avec un petit trait vert bien raide, très court, vers le centre. J'ai dit à Paul qui venait vers moi, grommelant «qu'est-ce que tu veux ?» en s'essuyant les mains : «c'est beau, ça, j'aime» et il m'a regardé de haut, l'air de désespérer de moi, décidément «C'est mauvais,.. j'ai voulu effacer, je vais m'en re-servir». Alors je lui ai fait une grimace «et bien tu as loupé ton coup. Tu me le donnes ?» et sans attendre la réponse, parce que je la craignais, en me jetant dans le jardin «les tantes t'attendent, pour le thé. Il y a des demoiselles»

(arbre ayant perdu ses bonbons rencontré ce matin, en guise de ponctuation)

Un paragraphe un peu sot décroché du convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com pour accompagner les vidéos, réalisées je par RV Jeanney, et vues sur son blog, retraçant la réalisation d'un tableau par Jean Aramini, pas "raté" celui-là, avec sur la première, ci-dessous, des musiques de Paolo Conte et Angélique Ionatos


C'est en regardant la seconde, où le tableau se transforme pendant que Jean Aramini parle de sa technique, que j'ai eu envie de demander l'autorisation de les reprendre,

(pour cette dernière lien vers le site d'RV http://rvjeanney.wordpress.com/2010/06/27/jean-aramini-artiste-au-travail-2e-partie/ ) et c'est elle qui m'a lancée ce matin dans la relecture de lettres et écrits de Jean Dubuffet.

Comme je ne trouvais pas de reproduction des paysages de 1950, la table au flacon cravaté de 1951

«Parmi les peintures qui m'ont occupé l'an dernier s'en trouvent bon nombre qui ne représentent rien que le dessus d'une table ; celle-ci est parfois porteuse d'objets indéterminés, mais le plus souvent nue. Ces tables, de texture croûteuse et hérissée, comme celle des paysages, sont avec ces derniers en étroit rapport. Elles répondent à l'idée que n'importe quel lieu du monde est... peuplé d'un fourmillement de faits : pas seulement ceux qui appartiennent à la vue de la table elle-même mais aussi, mêlés à ceux-ci, d'autres qui appartiennent à la pensée de l'homme et qu'il projette sur sa table au moment qu'il la regarde...»

L'époque où il écrivait à Pierre Matisse (novembre 1950)

«Ce qui est à signaler c'est que j'ai constamment, dans ces deux mois, fait des essais de matériaux divers pour fabriquer mes pâtes – tantôt mélange de vernis et d'essence, auxquels j'ajoute plus ou moins d'huile, tantôt médiums à base de résines synthétiques glycérophtaliques, et encore d'autres produits que tantôt j'emploie séparément et tantôt je combine ensemble. Naturellement, j'ai des surprises et des déboires et notamment souvent des craquelures se produisent dans les deux ou trois jours que le tableau sèche. En général... elles ne font pas mauvais effet, elles s'insèrent dans la facture tourmentée du tableau..»

Ou sur la série des «portraits» (Dhôtel nuancé d'abricot 1947), dans «Causerie» texte publié dans le catalogue pour l'exposition à la Galerie René Drouin :

«Pour mes portraits j'aime bien donner à mes personnages le plus possible un petit air de fête. Ce qui m'intéresse c'est leur fête propre à chacun bien sûr, leur spécialité personnelle de fête, mais pour dire la vérité, non, je n'ai pas très fort ce sentiment que chacun soit tellement spécialiste. C'est plutôt comme un sentiment que j'aurais plutôt d'un petit air qui court tout partout de par le monde et pas seulement dans le visage des personnes mais en même temps aussi bien que la même musique dans les arbres, dans les nuages, dans les eaux et dans le vent.... Je crois bien que le portrait le plus sommaire, le plus informe, mais qui joue tant soit peu cette musique, me fera meilleur service que celui le plus appliqué du monde auquel manquerait ce petit air là.

.... Pour qu'un portrait me fasse bon usage j'ai besoin que les traits du personnage ne soient pas trop arrêtés. Pas du tout soulignés, au contraire, plutôt effacés. Confidentiels même....

.... Ce qu'il faut surtout c'est qu'il soit comme doué de vie, d'une petite vie propre de tableau, comme un arbre, comme un petit chien...»

Boudiou, je deviens looooongue. Me reprendre à l'avenir.

7 commentaires:

joye a dit…

J'aime te lire, longs ou courts.
J'aime moins ces "oeuvres", sorry.

micheline a dit…

Quand je viens dans ton jardin,
c'est drôle
j'y trouve presque toujours une brindille
qui fait germer le mien sans rime ni raison.
et c'était ce matin:
"Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux

chercher l'erreur!

RV a dit…

Vous n'avez vraiment pas besoin de mon autorisation pour diffuser ces micro-films, c'est une récompense inespérée de notre travail que vous nous relayiez ainsi, merci infiniment ! :)

jeandler a dit…

Tu deviens longue ?
et moi qui attendais la suite!

Gérard Méry a dit…

Je me suis régalé avec la vidéo du peintre Jean Aramini, merci j'attends la suite .

brigetoun a dit…

pour la suite elle est chez RV Jeanney (lien juste sous la vidéo)

Gérard Méry a dit…

ok merci