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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération

mercredi, juillet 20, 2011

Avignon - inquiétude pluie – théâtre ouvert – danse aux Cordeliers

Brigetoun, au matin, bloquée devant porte fenêtre, après avoir épongé une mini langue mouillée, repoussant par la volonté de ses yeux l'eau pour l'empêcher d'entrer – mêlant intérieurement à l'adresse de Jupiter tonnant, suppliques tremblantes et imprécations.

La pluie cessant, un peu de repassage avant de se mettre à la cuisine et de déjeuner tôt pour avoir petit battement avant de partir aux Pénitents Blancs pour « Tout doit disparaître » la pièce d'Éric Pesan donnée dans le cadre de Théâtre ouvert, dans une mise en espace de Frédéric Maragnani.

Et pendant que le soleil arrivait, presque insolent, et que la cour envisageait de retrouver chaleur, une petite débâcle de carcasse, plus forte sans doute de mon désir d'être au mieux de ma forme.

Suis partie tout de même, un peu hésitante,

dans les rues qui n'ont pas perdu de leur animation – me tenais à la lisière de la place quand il m'a reconnue et saluée, suis entrée.

« Jour de soldes : les consommateurs s'amassent aux portes d'un supermarché, la tension monte et l'ouverture des grilles dégénère en émeute. Des gens courent pour se saisir des marchandises, des corps sont poussés, les vitrines brisées, les rayonnages renversés, certains se retranchent, d'autres tentent de fuir. Les soldes deviennent le lieu de la folie ordinaire, de la lutte contre l'asservissement économique, lutte perdue d'avance puisque les révoltes, à l'instar de la marchandise, sont appelées à disparaître. Tout doit disparaître, donc ? »

Une table en biais premier plan droite, une lampe d'architecte et un homme derrière « le présentateur » - un banc comme dans une administration, mais pas appuyé au mur, traversant la largeur du plateau, sur lequel prennent place quatre (plus un retardataire) acteurs – qui prendront divers rôle, avec tout de même pour chacun un personnage principal : le vigile, la mère de famille, l'adolescent (joué par un immense trentenaire avec une jolie distance qui contribuait aux rires du début) la caissière – le retardataire étant le seul qui a un nom, Andréas, celui dont la révolte contre le monde de la consommation, du crédit, etc... sera la plus violente.

Au début chacun se lève à la demande du présentateur et débite son bout de texte, renforçant par la distance prise ainsi avec le texte, tout en le « rendant » parfaitement, l'humour de la critique – les prises de parole, gestes se font plus naturels peu à peu et on entre dans la sidération (ou la description de).

M'en vais relire le texte qui arrive à être, alors qu'il est assez court, nuancé, avec une tension qui monte régulièrement. Aimé le parti pris de mise en scène, aimé les très bons acteurs.

Mais carcasse était vraiment trop en révolte, je ne lui ai pas infligé plus que l'heure de spectacle

et après petite hésitation devant la chapelle, ai renoncé à rester pour les questions du public et suis rentrée, contente de ce qui m'a semblé un succès, me cocoter, donner un coup de fer à une jupe euphorisante, faire un tour sur internet, siroter un thé, lire un peu, me persuader que rien ne s'opposait, le ciel lui-même étant d'accord, à ce que j'aille voir, dans mon cher cloître des Célestins, «exposition universelle » de Rachid Ouramdane avec la musique de Jean-Baptiste Julien, que j'avais très envie de voir, parce que j'ai aimé ce que j'ai vu de lui, parce que j'ai aimé ce qu'il dit dans l'entretien trouvé en PDF sur le site (et dont j'ai repris des passages sur http://brigetoun.wordpress.com)

longer les brasseries du boulevard Jean Jaurès

découvrir l'immensité (paraissait telle) de la queue,

s'y installer en petit désespoir, conjuré par des voisins aptes au dialogue

le sentir revenir à l'assaut, parce que, contrairement à l'habitude, les entrées n'ont commencé qu'à dix heures moins cinq, et que ça n'en finissait plus

ne plus trouver place sur le côté au premier rang qu'en plein dans les instruments

et voir d'assez loin Rachid Ouramdane, debout sur une tournette sous l'autre platane.

Sur le programme du festival : « De quelle façon une idéologie s'incarne-t-elle dans des formes sensibles ? Quelles attentes du pouvoir l'oeuvre d'art vient-elle servir ? Quels stigmates l'histoire politique laisse-t-elle sur les corps ? C'est par un solo que Rachid Ouramdane a décidé d'appréhender ces questions, ou plutôt par un duo, puisque que le musicien Jean-Baptiste Julien l'accompagnera sur scène dans cette exploration... »

Ma foi, suis bien incapable de dire, sauf : musique d'une belle variété et d'une belle force, surtout le morceau de clôture ramenant la nuit sur le plateau.

Une danse qui se nie, se défait parfois (mais reste présente) fragile. Et un grand danseur, qui passe de la raideur militaire se déglinguant à la souplesse sinueuse la plus grande – énergie, gestes freinés par la contrainte, rapidité enthousiaste du partisan ou extrême lenteur, gestes comme en suspens, en déséquilibre, fragilité. Beau

suis rentrée par des rues qui semblent se vider relativement –

rue de la République et place de l'horloge des groupes de jeunes dansant.

9 commentaires:

Lautreje a dit…

j'avais vu "Tout doit disparaître" au théâtre de Sartrouville, un choc émotionnel pour moi avec l'envie de prendre tout le monde dans mes bras et de partir faire la révolution !

Mais rue de la République, les gens dansent... c'est déjà ça ! ;-))

Brigetoun a dit…

ils se réchauffent - on est loin des flâneries des nuits d'été là, et j'échangerai bien mes robes et tuniques contre jerseys et polaires

Pierre R. Chantelois a dit…

Je constate que suppliques tremblantes et imprécations ont porté fruits. Jours très longs, nuits très courtes. Avec un tel festival, la vie se vit à l'envers des jours, si je comprends bien. Belle résistance et beaucoup de lucidité. La fatigue me gagnerait rapidement ;-)

jeandler a dit…

Le linge bien humide; inutile de l'humecter. C'est du travail tout fait.

Ce qui est remarquable dans la ville, c'est que la fête est partout, dans la cour avec les pots qui dansent, dans les rues, dans les cloîtres, sur les scènes et quand on revient c'est encore la fête. Quel tonus dans cette ville !

joye a dit…

C'est un peu trop toussa, même vu simplement du loin. J'étais toi, je serais la-mi-née ! Sans blague.

micheline a dit…

Mais tant qu'on danse dans les rues rien n'est désespéré

arlette a dit…

Heureusement que le ciel est redevenu clément ..... pluie presque glacée un peu plus haut et cela dureeeeee

Gérard Méry a dit…

N'as tu pas eu envie d’esquisser un pas de danse ?

Brigetoun a dit…

manque un rien de stabilité, j'aurais désorganisé leur ensemble, et ne suis pas réellement dans la jeunesse triomphante - autres charmes