En début de nuit pendant près d’une heure un orage plus proche, plus fort que n’en avais souvenir, l’impression de m’emplir d’une odeur de souffre, de voir les lampes faseiller comme un foc arraché, de n’avoir pas le temps de redescendre de mes sursauts en entendant un nouveau fracas… une accalmie me permettant de dîner un peu après minuit et au moment où je me détendais, ayant dîné, m’étant couchée, m’étant dé-pelotonnée, un retour de l’orage et dans la déroute de mon crâne une idée : le plomb est conducteur ; je me suis levée, j’ai ouvert la fenêtre de ma chambre, bataillé pour récupérer mes plombs (un de mes rares souvenirs, déformés, abîmés, tordus et maintenant très poussiéreux d’une époque heureuse) que l’ouvrier avait coincé entre grille et bois, de les transporter, d’ouvrir les volets sur la nuit où la pluie venait de cesser et d’aller en pieds nus pataugeant dans le lac-cour les appuyer au mur mitoyen, avant de me frotter énergiquement les mains au savon de Marseille en me répétant « c’est un poison »… Réveil au matin qui selon la Météo devait être pluvieux avant une journée de pluie fine obstinée… Un bon café et le retour d’un peu de raison, un salut souriant aux plombs nettoyés, un petit coup à la cour, la douche, le changement très lent des draps parce que je voulais faire correctement mon lit et que j’étais crevée, un morceau de chocolat sucé en massant mes jambes… j’ai enfilé ma grande veste en jean,, mis l’appareil photo dans ma poche, enfoncé mes cheveux dans le chapeau de pluie, hissé sur mon épaule le sac contenant draps sales et la robe rayée bleu et blanche si travaillée que ne saurais la repasser (et que le teinturier n’arrive que presque à lui restituer sa forme) suis sortie dans la rue bien fraiche
et, avançant jambes raides sur le sol presque sec où subsistait des petites mares, suis allée chez le teinturier,
achetant en rentrant avec la paire de draps propres deux pots de confiture (melon de Cavaillon à l’orange et pastèque!que au citron, mes préférées) aux « Délices du Lubéron » et pour mon déjeuner (flemme et besoin de regagner les 36 kilos) un gratin dauphinois et des acras chez Subito…
Dans la paresse vague de mon après-midi j'ai repris les Poètes de la Méditerranée et me suis arrêtée chez un grand Italien, Eduardo Sanguinetti
où sont passés les vikings et les aztèques,
les hommes et les femmes de Cro-Magnon?
où sont passés les anciennes et les nouvelles Atlantides,
la Grande Porte et l’Armée invincible,
la Loi Salique et les Livres Sibyllins,
Pépin le Bref et Ivan le Terrible ?
Tout est tombé en ruine et en lambeaux, là,
dans les molles mâchoires du temps ;
Ici, s’il est une chose à laquelle une guerre ne pense pas,
il est une autre guerre qui tient prêt le remède…
…
Où êtes vous, guerres de pourceaux et de roses,
guerres de sécession et de successions ?
dîtes, où êtes-vous, guerres de cent ans,
de six jours et de sept semaines,
vous, grandes guerres long éclair sans fin ?
Vous êtes tombées en ruine et en lambeaux, là,
dans le néant du néant de tout néant ;
ici, s’il est une guerre à laquelle ne pense pas une paix,
il est une autre paix qui tient prête la guerre ;
princes, présidents, éminents exemptés puisants,
érigeant exigeants des monuments indécents,
guerre aux guerres est une guerre qui requiert,
la lutte des classes est la guerre à faire
Traduction Jean-Baptiste Para























































