un thé/cookie et me suis plongée dans ma préparation pour le spectacle de la fin de journée au cloître des Carmes : « Che dolore terrible è l’amore » de Daria Deflorian d’après « impossibles adieux » de Han Kang… et l’heure venue ai enfilé une vieille robe de coton blanc à petites fleurs pleine de vents coulis pris chapeau pour coincer cheveux et m’en suis allée, équipée d’un brumisateur, mon éventail et l’appareil photo (sans oublier le billet pour une pas très bonne place) vers le cloître bien aimé
Sous deux photos de Christophe Raynaud de Lage provenant du site du Festival, je reprends la présentation du spectacle
Un jour, Gyeongha reçoit un message de son amie Inseon qui vit sur l’île de Jeju en Corée du Sud : elle se serait blessée en coupant du bois et a dû être rapatriée sur le continent. Mais elle a laissé chez elle un oiseau qui risque de mourir de faim. Dans son roman Impossibles adieux, l’autrice et prix Nobel de littérature Han Kang revient sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire coréenne : la répression sanglante du soulèvement de Jeju en 1948. Daria Deflorian traverse et interroge ce texte troublant. La metteuse en scène partage avec Han Kang le refus de réduire les tragédies aux noms des villes et au nombre de morts. Pour approcher ce passé qui ne passe pas, il faudra éprouver la fragilité de l’humain et l’évidence de ce qui nous affecte. Peut-être qu’« alors nous serons admis parmi les fantômes ».
à laquelle je joins des passages de l’entretien de Simon Hatab avec Daria Deflorian figurant sur le petit programme de salle
Ma relation avec l’écriture de Han Kang n’est pas nouvelle. Il y a deux ans, j’ai mis en scène un autre de ses romans – La Végétarienne – créé au Festival d’Automne à Paris et qui a tourné en France, en Suisse et en Italie. C’est une autrice qui m’interpelle, par les histoires qu’elle choisit de raconter autant que la manière dont elle les raconte. Dans Impossibles adieux, qui est son dernier roman paru à ce jour, elle fait coexister avec une grande subtilité deux niveaux : l’un fictionnel et fantasmatique à travers les relations entre les personnages, et l’autre politique avec la violence dans l’histoire de son pays, la Corée du Sud.
L’une des dimensions les plus passionnantes du roman est de poser la question de la deuxième génération : celles et ceux qui n’ont pas vécu cette histoire et qui découvrent ce passé qu’on a voulu effacer, qui découvrent que ce passé laisse des traces fantômes et affecte toujours leur vie.
À propos de son choix d’emprunter à Georges Didi-Huberman, pour qualifier le rapport d’Han Kang à l’histoire, l’expression «Archive d’amour » Il s’agit d’une manière non officielle et non académique de raconter l’histoire. Ce n’est pas contre le récit historique : c’est une autre manière d’aborder ou d’accueillir le passé.
et pour le choix du titre du spectacle Parce qu’en parallèle à cet apprentissage de l’empathie, le roman est rythmé par des petites ou des grandes douleurs : mal à la tête, mal de ventre, doigt sectionné en coupant du bois à la hache… Comme s’il s’agissait là encore de nous préparer à éprouver la douleur et la perte que constituera la révélation du récit de Jeju. C’est plutôt inhabituel dans nos sociétés qui cherchent à anesthésier la douleur, à la faire disparaître à grands coups d’antalgiques, sans écouter ce qu’elle a à nous dire. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de rapprocher les mots douleur et amour. Nous avons besoin de ressentir les choses, de nous laisser toucher. C’est aussi une manière d’annoncer que ce spectacle n’est pas une adaptation de ce roman-fleuve, immense et aux dimensions multiples – mais plutôt une manière théâtrale de le traverser.
Et voilà que je ne sais dire pourquoi j’ai été si captivée, émue par ce spectacle qui ne faisait pas l’unanimité (des départs et j’avais devant moi une jeune donzelle certaine charmante que l’ennui a transformé en méduse non pas tremblotante mais agitée par le flot de son inconfort, baissant outrageusement les bretelles de sa robe et remontant tout autant sa jupe, à laquelle je mourrais d’envie d’indiquer qu’elle serait certainement mieux i elle cédait à la tentation de s’en aller… Malgré quoi sauf petits moments où elle bouchait vraiment ma vie, mais restaient les voix, elle n’a pu dissiper mon adhésion?
Retour en me frayant un chemin par l’encore fort reste d’animation (ne pas oublier la coupe du monde en plus des spectacles) et en loupant irrémédiablement mes photos.


















































