Matin réveil très très tard (je mue, je prends lentement du poids mais j’en prends et je dors de plus en plus)… vaquer sereinement pour déjeuner très tôt… au moment où je sortais une autre tenue presque madame un déluge s’abat sur la cour… je sors l’imper et du velours côtelé, la pluie faiblit
et n’est plus qu’une idée lorsque je sors mais au bout de cent mètres se renforce de plus en plus et j’ai rejoint, en arrivant à la Collection Lambert, une réunion de chiens plus ou moins mouillés avec ou sans parapluie, déployant civilité mutuelle comme il sied aux amateurs de musique de chambre, de musique baroque ou de musique contemporaine… Me suis installée au premier rang de l’amphithéâtre au sous-sol… Une petite attente et le concert a commencé. Concert proposé par Musique Baroque en Avignon, concert d’Anatasia Kobekina sur son violoncelle « De Kermadec-Bläss » d’Antonio Stradivari de 1698 dont les cordes en boyaux n’aimaient pas la pluie (d’où l’obligation fréquente de le raccorder) dans un beau programme : quatre suites de Bach dont elle dit Cela m’a toujours fascinée de voir à quel point le langage des Suites est à la fois abstrait et si personnel, comment le son du violoncelle, si proche de la voix humaine, et l’architecture de chaque mouvement offrent une infinité de possibilités d’expression. Parmi toutes les oeuvres, les Suites sont probablement celles que j’ai jouées le plus longtemps, et chaque fois que je les interprète — seule ou en présence d’un public — cette musique écrite il y a plus de 300 ans résonne en moi, reflétant ce que je suis à cet instant précis. Certains de ces mouvements, je les ai joués pour consoler, pour exprimer des sentiments que les mots ne peuvent traduire, et j’ai toujours été profondément bouleversée par l’actualité et l’universalité de cette musique. Des lignes intemporelles façonnées dans l’instant, guidées par l’intuition et l’esprit, jouant avec la gravité et le temps, avec les passages polyphoniques d’une ligne mélodique unique, avec l’intensité de l’écoute comme un pont suspendu dans l’air entre l’auditeur et l’interprète. Un voyage intérieur offert à quiconque écoute. Un moment à la fois vulnérable et audacieux que je traverse à chaque fois.
Suite n°1 en sol majeur BWV 1007 (prélude - allemande - courante - sarabande - menuets I et II - gigue) Prélude : des disgressions harmoniques avant le retour à l’équilibre - après l’allemande et la sarabande les deux menuets et la gigue affirment plus nettement la danse
Suite n°2 en ré mineur BWV 1008 (prélude - allemande - courante - sarabande - menuets I et II - gigue) un prélude plus introverti - l’allemande et la sarabande qui sont une évocation de danse sont suivies d’une courante solennelle - yn second menuet plus allègre avant la gigue et l’assombrissement final.
Suite n°5 en do mineur BWV 1011 (prélude - allemande - courante - sarabande - menuets I et II - gigue) ma préférée, dénommée « suite discordante » polyphonie et velours (ne sais comment dire)
Suite n°3 en do majeur BWV1009 (prélude - allemande - coutante - sarabande - bourrées I et II - gigue) riante - les premiers mouvements énergiques (pour parler en âne ignorant : des mouvements amples et de brusques sursauts) avant de gambader dans la campagne.
Retour dans un air humide. Pardonnez, je vous prie, la sottise de cette tentative de dire le plaisir.