La tour des Cordeliers, la douceur des pierres usées de la calade, pour mes yeux sinon pour mes pieds, la douce puanteur de l'eau.J'ai tellement marché et ne le puis plus. Les petites rues derrière les quais après le pont, la présence de la Seine cachée par les maisons, la rue de la Roquette, sa vie grouillante dans le bas et l'allée bordant le jardin près de chez moi, les arcades du Palais Royal et les boutiques de décorations militaires, les quais et mes razzias de livres, le dimanche, avant que les vélos et les rollers ne m'en chassent, le trajet pieds nus en tenant mes sandales pour aller à l'école au Mourillon, par des rues chemins qui sont aujourd'hui goudronnées et bordées de "résidences" plus ou moins réellement luxueuses.
La sensation des membres qui se meuvent, et la rumination intérieure. J'ai marché en étant si triste et en aimant tant ce qui m'entourait, j'ai marché vers un évènement attendu, j'ai marché en me sentant pleine d'amour sur les sentiers et au travers des prés, me demandant ce qu'il faisait avec tranquillité, confiance, humilité, j'ai marché avec ma colère contre maman, attendant que la violence de quitte.
Avec l'âge grand, j'ai marché dans la foule, contre la guerre, contre les dites réformes, sachant que cela n'était d'aucune utilité, mais pour soulager mon impuissance et y trouvant la joie d'une fraternité, sans doute factice. Cela m'était si étranger, fracturant ma solitude. Vieillesse.
Maintenant j'attends la fin du jour, un signe des autres, et je rage d'être dépendante. J'attends la fin.
"Et depuis le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours" Charles Cros
9 commentaires:
Brigetoun, vous me faites de la peine.J'espère que ce petit coup de blues est passager;
Bisous
il est pour une part tentative de literrature
"il est pour une part tentative de literrature"
que je lis avec plaisir tant je trouve ça bien écrit...
Raccrochez-vous au coffret de santal, ses suaves senteurs régénèrent
Bonjour !
Via le blogue de Siréneau, j'ai parcouru en diagonale le votre ...
D'abord, je vous cite : "oui inocybe et je trainerai au bout d'un filin un Clémenceau miniature". Votre réponse m'a éclatée de rire ... J'ai tout de suite vu des images : les rameurs, l'armada de bouées au canard et un plongeur tirant un bateau d'enfant représentant le Clémenceau ! Si j'ai le courage, j'en fais quelque chose sur mon site.
Autrement, après vous avoir lu, cela m'a rappelé des souvenirs, ayant visité Avignon, et ses environs plusieurs fois :
Tout d'abord, le mariaged de m cousine à St Rémy de provence. Puis, une petite amie au même endroit. Donc, les baux, les alpilles, le soleil étouffant, mais un ciel d'une pureté ...
Avignon : bien sûr, le théâtre. Off. Deux années de suite en vacances un semaine chaque fois. L'île de la Bartelasse. Et le mistral.
Et pour le boulôt, deux autres séjours : journées systèmes experts, réunions cité des papes ...
Voilà sur cette région.
Sinon, j'ai décidé une bonne fois pour toute de ne pas rentrer dans le "pathos" sur les blogues et de délirer complètement sur mon site.
A plus et bonne journée.
Il est vrai qu'il faut savoir rire, mais...pathos,dit inocybe? j'espère que ce n'est pas pour ceci...
Car je ne suis pas d'accord devant tant de courage, de sincérité, de vie, de vérité. La tentative de littérature est réussie. ça remue, ça émeut. Oui. Et tant mieux !
ça ne donne pas l'envie de croire à une fraternité factice, non. A une fraternité plus grande, oui.
Pour le paragraphe de l'âge grand: les jeunes ont beau vouloir savoir mieux faire que leurs aînés...ils ne pourraient rien faire sans ces aînés qui agissent à leur manière, avec ce en quoi ils croient, dont ils ont leurs vies pour s'en expliquer, et qui j'en suis convaincu, au moins pour ma petite personne, est d'une grande utilité.
On attend tous, plus ou moins loin, la fin. Ceux qui croient au mieux, ceux qui attendent un peu des autres, ne seront jamais vieux.
Merci, Brigetoun, de ce très beau texte. Il est riche ...de grain à moudre, et de bien d'autres choses.
(pour les Freemen, je crois que je vais me limiter à Imagine 2012, Noolithic et Malisan... Comme ça j'aurais toujours le temps de venir lire aussi souvent qu'elles le méritent les personnes qui me touchent, qui me parlent, que j'apprécie à travers leur blog)
Oliv'
Ce texte est très bon, sonne exact, pas un mot de trop, beau lapidaire, comme vos pierres omniprésentes ; le pathos peut être la description de ce pathos, dans ce cas il fait partie de la vie, écrire, c'est vivre, il n'y a pas de raison de l'omettre, tant que l'écriture est belle. Si c'est une contemplation sans fin de ce pathos, cela me gêne davantage, mais je ne trouve pas que vos écritures soient dans ce cas, il en va de lucidité. La fraternité illusoire ? Ouais, je suis assez ok, plus grande ? Les freemen me font marrer, j'ai parfois l'impression que c'est ceux qui en ont le moins besoin qui la réclament le plus, ce qui trahit l'absence et que ceux qui en ont le plus besoin la mettent en pratique et ne s'en gargarisent pas, ils, nous, n'avons pas le choix. Excusez-moi un poil mais j'en ai assez des leçons d'énergie données par des types de genre Hommes Libres quand d'autres couillons se la font voler jour après jour, la tronche dans le sac, chacun fait ce qu'il peut, chers hommes libres, et en 2012, on sera mort de faim, de froid, de lacune d'espoir ! Ouh je m'emporte. Mais bon.
Dans sa manière de finir chaque sensation, d'être paragraphé ainsi efficace, de n'affleurer seulement en étant toujours au coeur, ce texte vise et touche juste.
md
j'ai un peu (très) peur tout de même qu'il y ait là beaucoup de complaisance, surtout avec les jours antérieurs. Je vais prendre des vitamines
Euh... mdiebler, une telle colère devrait être sainement utilisée !
Fraternité plus grande: je voulais dire accepter l'humain tel qu'il est (et aucun des Freemen ne s'exprime au nom des Freemen... C'est ça le principe) et dans mon cas personnel je crois que je la réclame parce que j'en manque, et je la met en oeuvre pour d'autres...
Sur Imagine 2012, il me semble que personne ne donne de leçons: au contraire, des solutions sont proposées au débat pour justement proposer en 2012 des choses qui ne soient pas pontifiantes, mais accessibles à tous, pour des enjeux qui nous concernent tous, parce que je suis bien d'accord aujourd'hui on ne peut faire que ce qu'on peut.
Je vais devoir aller prendre des vitamines moi... Non, je vais me promener dans la belle lucidité des mots, balades et images de Brigetoun.
Oliv'
C'est joli, élégant, j'ai dû marcher avec vous parfois...ça fait drôle de se retrouver dans les phrases d'une autre, vous êtes sincère dans ce que vous écrivez.
Enregistrer un commentaire