jeudi, décembre 13, 2007

Plongée dans « Hoffmann à Tokyo » de Didier da Silva, après le concert de mardi (plongée relative, c’est très court) avec le plaisir que les pages feuilletées devant la caisse et les passages lus, à l’automne, entre autres, sur « lignes de fuite » http://blog.lignesdefuite.fr/post/2007/09/07/daise-il-soupira, m’avaient presque promis.
Stupide schématisation : ce pourrait être un garçon en mal d’être, sur la frontière avant dépression qui, tombé amoureux des textes d’un poète japonais ancien, part sur un coup de tête promener son vide au Japon, passant par Tokyo, rêvant de méditation devant la campagne.
Et le point de vue est à la fois le regard que ce nouvel E.T. Hoffmann porte sur le monde dans lequel il arrive, vu en rapport avec lui, et un pas à coté la constatation de cette interaction entre ledit monde et ledit Hoffmann. Une brièveté dans les notations et l’impression d’assister, une légèreté constante, et une gravité qui ne veut pas l’être. Je sais simplement que ces pages vont sans doute faire partie de la petite collection de livres où je reviens.
Citations à la file, pillage que j’espère pardonnable, sans aucune légitimité dans le choix de ces bribes, ni certitude que ce sont celles que je retiendrais un autre jour.
Et une photo très française puisque je ne suis pas allée et n’irais pas à Tokyo (mais on peut entre autres assouvir l’envie qui pourrait en venir sur
http://www.fgautron.com/weblog ou http://iroiro.over-blog.com)
« il pourrait se mettre à pleuvoir, les gens sont en bras de chemise, des rumeurs se télescopent, des formes se dissolvent dans la vapeur des boutiques de raviolis, on a le sentiment très fort d’être quelque part sur la Terre, cependant l’irruption du merveilleux ou de l’horrible n’étonnerait pas. Tels sont les soirs de juin de Shibuya. »
« Il considéra son âme. Elle avait disparu. D’aise, il soupira »
« C’est une chose apparemment commune, de l’eau tombant du ciel. Mais si c’est une eau tiède et douce, qu’elle tombe en gouttes fines et régulières et diffuse une lumière grise, rehaussée d’un blanc frémissant sur le contour des objets qu’elle frappe et qu’elle nimbre subitement la statue d’un shôgun… c’est une chose folle, inconcevable ».
Dans la vie, depuis trop longtemps « …Il écoutait le silence en fumant, profondément heureux qu’il fasse encore nuit, sans fixer sa pensée sur un objet précis, puis il regardait le jour se lever, face aux fenêtres de son salon, dont il ne fermait jamais les volets, un sous-marin n’a pas de volets… »

Et il y a la folie des achats, le luxe trop grand, des temples, des jeunes filles, la mer grise et un petit déjeuner dans un marché et l’odeur des poissons, et, avant que je recopie tout, Tokyo vue du 44ème étage … « Il n’est rien, délicieusement, au cœur d’un tel tableau, c’est le plus vif des paysages de mort et l’abstraction la plus concrète, la paix anesthésiante de la géométrie. Les 125 000 arbres font un lac moussu tombé du ciel, une lèpre verte dont l’expansion est contrôlée par trois millions de tours de guet. »

Loin de Tokyo, après avoir vaqué, constaté que notre petit sapin était, cette année, un tout petit peu moins ridicule que son prédécesseur, suis allée à l’opéra pour le « tremplin des jeunes chanteurs »
Au premier rang, nez sur la scène et les pieds des chanteurs. Une soprano très blonde, jolie silhouette en fourreau très décolleté rouge, que, désolée, je n’ai pas aimée (il semble que j’ai mauvais gout). Une autre soprano Yannick-Muriel Noah, noire opulente (un peu trop), au parcours amusant : malgache, diplômée de l’école d’architecture d’Ottawa et nantie d’un vrai début de carrière de chanteuse, voix ample, chaude, souple. Une mezzo Jose-Maria Lo Monaco, brune, longue robe beige sombre et écharpe noire qui ne m’a pas emballée dans l’air de Haendel qui ouvrait la soirée (je me suis dit : voix assortie à la robe), et m’a bien, puis beaucoup, plu par la suite (c’est elle la photo que je viens de trouver, mais telle que je l'ai vue elle était moins jolie et mieux). Un ténor extrêmement sympathique Kevin Amiel à la jolie voix et un formidable baryton Filip Bandzak, noir et tchèque, élégant, voix puissante et chaude, beaucoup de métier (il chante depuis l’enfance et a interprété à 11 ans un petit rôle au théâtre national de Prague) – beau chant et présence, le seul à jouer – servi en outre par le choix de ses airs : « Finch’ han dal vino » de Don Giovani – « largo al factotum della città » de Figaro – un air du prince Igor et deux duos « la ci darem la mano » de Don Giovani et avec Kevin Amiel un duo de la Bohème qu’ils ont donné avec plein de bonhomie. Epatant.
Retour dans un vent glacé qui, traversant chemisier, veston, manteau et chair, voulait s’attaquer à mes os
.

10 commentaires:

PStern a dit…

"elle était moins jolie et mieux" ! Brig, merci aux os d'avoir résisté pour nous rapporter au aussi charmant cliché...

Rosie a dit…

Tokyo, un rêve d'y aller un jour, cet endroit me fascine, les mystères de l'Orient...

Vous avez de l'opéra en journée?

Ta phrase "elle était moins jolie et mieux" difficile à comprendre, moins jolie mais mieux au niveau de son interprétation?

Une autre belle tranche de vie, merci.

Bon jeudi et bisous.

brigetoun a dit…

op&ra : la nuit - mieux que sur la photo : plus de personnalité
faut que j'essaie de sortir mais je crois que je vais faire l'école buissonnière

OLIVIER a dit…

Invitation à l'évasion, merci Brig !
Le Japon, mon rêve de "dernier samüraÏ"...
Puis l'opéra où je suis totalement imcompétent... L'autre jour, j'ai entendu Nathalie Desey, jolie et quelle voix ! Quel cadeau avec ce charmant sourire, merci Mademoiselle. Je crois que je vais m'intéresser à l'opéra ;)
Couvre toi ma chère Brig et bonee journée !
OLIVIER

Gérard a dit…

Comment est-possible d'avoir un si beau visage et sourire, c'est de ta faute tu provoques ! !

brigetoun a dit…

ouch ! ce n'est pas moi ! à la rigueur les cheveux mais en plus désordonnés et un nombre considérable d'années en plus.

Muse a dit…

retour vers ton blog pour y lire tes notes toujours aussi intéressantes sur les spectacles que tu nous commentent si bien; tu me donnes envie d'écouter!

FalconHill a dit…

J'adore la photo du bureau de tabac...

Le texte, il est agréable à lire, comme toujours. Mais je me répète, faudrait que je trouve autre chose.

Sinon il faudrait que j'aille plus souvent au théatre et à des concerts, j'aimais bien plus jeune aller attendre que la lumière se baisse et que ça commence. Ces ambiances me manquent

Bonne journée

Accent Grave a dit…

C'est quand même fascinant de «lire» ces concerts. Le son vient à la suite des mots...

Accent Grave

Bruno Lamothe a dit…

Merci beaucoup de ces "pillages" amicaux de passages de Hoffmann à Tokyo. Ca me donne envie de faire plus que de feuilleter quelques pages...

Le "Tremplin des jeunes chanteurs" ? Ca devait être vraiment chouette.

Merci Brigitte. Bonne soirée à toi.