lundi, décembre 28, 2009

Sur le convoi des glossolales, dimanche matin, le paragraphe sentait bon et j'ai bien aimé la fin, ramenant l' »authenticité » de la nature à ce qu'elle est, l'oeuvre de l'homme à travers les siècles (et j'avoue que je ne critique qu'à contre coeur, pour être conforme, la saignée qui découpe une croupe, la trace franche d'une intervention utile, ce qui s'applique aussi aux sculpures que sont les pylones et à leur façon d'emmener les yeux - je réserve ma réprobation, ou plus, aux envahissants lotissements de maisons moyennement cossues, au bon goût appliqué) http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/2009/12/45-samedi-26-decembre-2009.html , et comme j'étais d'humeur paresseuse, plate, vide, j'en ai profité pour remonter dans le site et reprendre ma petite contribution de l'autre jour.
Ma main droite saute de pilier de ciment en pilier de ciment, la terre derrière la barrière dégringole vers la mer – il flotte, si je regarde vers le large, une odeur un peu fade, un peu piquante, de fenouil et fleurs d'ail chauffés au soleil, de terre, de crottes et de ce que sent la mer – nous avons dépassé le terre-plein du fort et les petites plages de sable gris, les minots qui rient, qui sucent des glaces, qui se lancent des mots pleins d'accent, et devant moi il y a la grande souplesse mince de Maman, belle, trop pour moi, et puis le dos droit et les jambes brunes sous la culotte bouffante de mon petit frère, cramponné à la poussette du bébé, et là bas, plus loin, Papa, son large short blanc et les deux soeurs accrochées à ses mains. Tous ces dos. Et les enfants à accent et rires, et mots qu'on ne dit pas, derrière moi. Je traîne des pieds et j'aime bien le bruit que font les semelles de mes sandales. Maman dit, fort, sans crier « tais toi » et D. tourne la tête. Il me regarde, grands yeux noirs et bouche ouverte. Je lui tire la langue. Il ne dit rien, il continue avec Maman qui parle au bébé. Je m'arrête. Je regarde la mer, et puis eux, en coin. Ils continuent, et les filles et Papa, comme le boulevard tourne, sont de profil. C. me voit, elle lève la tête vers Papa, elle lui parle. Je ne bouge pas. Il s'arrête. Il crie «Viens », et je suis à côté de lui.. Il s'est tourné vers la rade, il montre quelque chose, vers Saint Mandrier, il dit « mes grandes », et il raconte. Et puis, comme Maman arrive, il dit « allons », et sa grande main redescend. Je l'attrape, mes doigts dans les siens, je me tourne vers la petite et je lui prends la main. Il regarde, il sourit, et nous repartons tous les quatre. Il sifflote et nous chantons, toutes les trois, faux, lalalala, sur une de ses chansons napolitaines. Nous tenons toute la largeur du trottoir. Il est beau, et il est là. Et puis j'ai gagné. Je suis heureuse.

13 commentaires:

jeandler a dit…

Voici qui éclaire mon matin brumeux et solitaire...
Merci Brigitte d'un si tendre texte. Impressioniste,toutes ces voiles au loin en régates appliquées.

Mathilde a dit…

Brigetoun la fée nous offrant du soleil ! Merci.

micheline a dit…

est-ce vraiment un petit conte?

brigetoun a dit…

reconstitution - D y a cru, alors que ce n'est pas possible (compression époques), le reste pourrait être vrai

Anthony Poiraudeau a dit…

De nouveau, merci pour le relai - touché, vraiment. Et heureux que ce beau texte reparaisse ici.

DUSZKA a dit…

Beau texte : voilà, c'est ça. Le coeur en prend plein son rythme au bord de la syncope! Souvenirs du temps de ma petite taille, tout reviens avec tes mots. Merci de tes voeux, Amie lointaine, je crois que nous aurons tous besoin de viatique cette année 2010 ! Alors, je te prie d'accepter les miens en échange.

JEA a dit…

On s'étonnerait que les enfants ne soien point dociles quand les adultes ne leur montrent le plus souvent que leur dos...

arlettart a dit…

Et cette nouvelle digue en grosses pierres .....pour protéger la plage !!!! dit -on
ce matin on ne l'a voyait plus .....les vagues l'ont ignorée

Gérard a dit…

Avant de me torturer les boyaux de la tête, je suis allé voir...j'en ressors encore plus malade.....
La glossolalie est la faculté de parler ou de prier à haute voix dans une langue étrangère (xénolalie) totalement inconnue de la personne qui parle. Ce phénomène est rencontré entre autres dans le christianisme, le chamanisme et le spiritisme.
Pour me calmer je vais reprendre une crotte en chocolat.

brigetoun a dit…

j'admire ta curiosité - j'avoue que je n'avais aucune idée du sens (il faudra que j'essaie de comprendre la raison du choix)

Muse a dit…

de mon retour du pays où les ordinateurs et les connexions semblent aussi rares que les corbeaux sont nombreux, je viens te souhaiter un joyeux temps de Noël et un bon bout d'an.
photos de Toulon?

brigetoun a dit…

arlette en ces temps là, pas de digue puisque pas de plage à protéger et le boulevard se tortillait

Nathalie a dit…

Ce souvenir d'enfance, concentré, aurait pu entrer dans les secondes de bonheur dont parlait Chri.

Heureux ceux qui en ont plein leur besace.