jeudi, juin 17, 2010

Beaucoup trop long pillage (résultat de ma paresse) - fuyez

Mardi à Draguignan les voitures flottaient dans les rues, mardi on s'y noyait. Nous nous sommes contentés d'une pluie tenace, parfois forte à gronder en cascade dans la descente contre le mur de ma chambre, mais sans véritable force, simplement omniprésente, obsédante, ennuyeuse et non-acceptée. Et un train de 640 italiens, dont 200 malades, rentrant de Lourdes, est resté abrité, dans la gare centrale, le soir et toute la nuit, en attendant que s'atténuent les malheurs des varois (photo Vaucluse-matin)

Pour me rendre la rendre aimable cette sacrée pluie, d'autant qu'elle fut absente mercredi, en notre presque nord, je l'ai cherchée, un peu, allant aux premiers souvenirs qui s'imposaient, dans mes lectures, en rentrant d'une petite incursion dans les rues, où, dans ma sotte maussaderie, plus ou moins délibérément, je ne fixais que touristes à l'élégance très relative et nos petites déchéances (ce qui m'a rendu l'humeur plus douce parce que je les aime)

pour une pluie qui ouvre un récit apocalyptique de vallées inondées

«Dieu sauveur ! Il ne fallait rien dire contre le nuage, ni contre la pluie, ni contre le soir. Le nuage était là-haut dessus et la pluie n'était pas si forte que ça pour empêcher de voir à travers. Elle n'était pas serrée du tout. Elle était bien éclaircie, au contraire, cette pluie qui ne tombait pas en taillis, mais se dressait comme une futaie avec des arbres d'eau, à travers leurs avenues bleues, drus et droits qui laissaient bien voir. Rien qu'en bougeant un peu la tête de droite à gauche. Pendant que les grandes ombres marchaient sur ce plomb mou, poussant devant elles des rides qui élargissaient de grands cercles...»

Giono «Batailles dans la montagne»

pour une pluie urbaine

«cela continuait à légèrement précipiter dehors, les gouttelettes de pluie se fixaient immobiles sur les glaces, éparses, il leur fallait se mettre à plusieurs, se syndiquer en une grosse goutte pour gaiement dévaler ensemble le pare-brise au verso duquel, à l'intérieur de la voiture, mes gouttelettes de buée s'associaient dans le même but Il arrivait que deux gouttes de différente nature dévalent en même temps, étreintes de part et d'autre de la vitre et paraissant la scier.»

Jean Echenoz «Lac»

pour une colère devant notre pluie confortable

«Ici on ne supporte pas que des personnes à ce point démunies qu'elles doivent dormir dans la rue, que ces personnes sans logement, prennent refuge dans cette pente qui sans doute les met tout juste à l'abri du vent et de la pluie. Alors on prend des mesures, on vote, et on construit, on construit, à l'économie, des blocs de parpaings et on les assemble de telle sorte qu'il soit absolument impossible de s'allonger d'aucune façon que ce soit...»

Philippe De Jonckeere «Désordre, un journal» http://www.publie.net/tnc/spip.php?article12 (là c'est en étendant ma recherche après la dernière citation, ci-dessous, de Nathalie Riera)

et puis, pour atteindre sa douceur

«Je me réveille il pleut. Le vent te pénètre, Douve, lande résineuse endormie près de moi. Je suis sur une terrasse, dans un trou de la mort. De grands chiens de feuillages tremblent.»

Yves Bonnefoy «Du mouvement et de l'immobilité de Douve»

ou

«De tout temps j'ai aimé sur un chemin de terre la proximité d'un filet d'eau tombé du ciel qui vient et va se chassant seul et la tendre gaucherie de l'herbe médiane qu'une charge de pierre arrête comme un revers obscur met fin à la pensée».

René Char «Le Nu perdu»

«on attend la pluie et

quand elle

tombe

on ne rentre pas on ne

sait pas danser

mais on danserait bien en

vérité on ne sait pas

grand chose sur grand chose

juste qu'on voudrait

bien danser sous la pluie»

Sophie G. Lucas

trouvé ce matin dans http://www.mphn.fr/php_livrets/livrets_2007/38.pdf sur l'indication de ne sais plus qui.

une pluie que je sens, que j'adopte, que j'aimerais mienne, qui le pourrait`(euh pas pendant le Festival, et avec pas de côté pour variances),

«Elle aime surtout la pluie d'été.

La pluie tiède et grise qui tombe en longues raies obliques sur la mer. Celle qui mouille à peine et dont on n'entend pas la voix. Elle ne cherche pas d'abri pour la fuir, mais lui tend son visage. À cause de sa douceur, elle sait, elle sent qu'elle existe. La pluie, dit-elle, lui fait don d'elle même, ou lui rappelle ce côté tendre et méconnu de soi, ce libre mouvement de chute monotone, et cette sorte d'ondée légère qu'elle n'est plus...»

Jean-Michel Maulpoix «Une histoire de bleu»

et comme Nathalie Riera, sa maison, ses livres, son ordinateur ont joué les sous-marins, comme pour l'aider, un peu, Publie.net a remis sur la première page du site son beau texte «Clairvision», http://www.publie.net/tnc/spip.php?article274 ,je l'ouvre à une page où j'avais laissé un signe (et c'est vrai..)

«La pluie sait garder secret ses éclairs ne pas tarir les ombres

nous émeut la fraîcheur

ce qui nous est doux

et quand il y va de l'étincelle


envie de vous»

(blogger bouffe la mise en page)

et puis en levant les yeux, pendant ma marche, le gris, sans pluie, était adouci par des branches, des trouées,

et puis dans l'après midi les éclaircies se sont faites longues, longues à ne plus cesser (pauvrets du sud).

Pour continuer une petite gazette fragmentaire d'Avignon, des cyprès sont abattus pour faire place à une extension du stade, puisque nous avons la joie d'avoir une vraie belle équipe de foot en partage avec Arles, le Miffel (salon des fruits et légumes) nous quitte parce que sommes pas assez gros et riches, nous avons une fête des bonbons, un village marocain que je devrais aller voir et plein d'autres choses plus ou moins gaies, et le programme du off est en ligne mais le site souffre de trop de désirs (près de 1000 spectacles - une fois encore je risque de n'avoir pas temps et tonus pour en profiter, et de me limiter au beau programme de Théâtre des Halles http://www.theatredeshalles.com/LES-SPECTACLES/ete/ ) et je n'ai pas fait mon repassage

13 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Qui peut me dire pourquoi j'aime cet endroit, ce blogue, ces mots, ces photos? Parce que j'y sens de l'ordre dans le désordre. Un nouveau sens à des mots vieillis, comme la pluie.

Pierre R.

micheline a dit…

pillez, pillez, il en restera toujours quelque chose autre que cette "pluie urbaine"

Chri a dit…

Ici, il y a du plaisir à foison!

Lautreje a dit…

Merci pour elle, la pluie.

DUSZKA a dit…

La pluie urbaine m'irait mieux ces jours-ci que celle qui, ici en Berry, a transformé la terre du potager en sournoise boue gluante ressemblant aux sables mouvants et autres pièges à bottes. L'extension du stade aurait-elle quelque chose à voir avec la "victoire" sarkoziste pour l'euro 2016 ?

Avignon a dit…

Je pense au baccalauréat et je pense à "La pluie d'été" de Marguerite Duras, dans lequel livre, un enfant se plaint de l'école parce qu'on ne lui dit que des choses qu'il ne connaît pas...

Et je ne veux pas être spectateur de la désolation varoise.

brigetoun a dit…

pas encore appelé Toulon - quoique là ça dit être seulement pénible - mais je viens de penser à des amis "de l'intérieur"

Mathilde a dit…

Que d'eau que d'eau !!!

Désolée Brigitte de ne pas venir te faire plus souvent de commentaires en ce moment, mais j'ai mon frangin à la maison, avant c'était un ami, avant encore ma meilleure amie, mais je me rattraperai promis quand ça sera plus calme !

jeandler a dit…

Ce devait être Mac-Mahon, très bon orateur s'il en fut, au bord de la Loire. Etait-ce en 1856 ou 66?

Bien haute la Loire, en ce moment, et la pluie qui remonte de par chez vous!

joye a dit…

Cette année, le ciel n'est pas pingre !

Gérard Méry a dit…

Toi aussi tu nous inondes ..mais de culture !

petite racine a dit…

A lire cela, on comprend, de gouttes en gouttes, petits ruisseaux, grandes rivières... Nous rizières bien irriguées. Merci Brigitte

Annick a dit…

Merci pour toute votre culture,
merci bien, c'est fort beau.