samedi, juillet 24, 2010

Avignon – Lecture, sujets à vif, et Baal - envie revenue, carcasse euh -

Après la pluie du petit matin, suis partie sous un ciel à vous donner du courage, à tirer jambes flottantes.

En passant devant Calvet, alors que les premiers auditeurs attendaient, j'ai eu une hésitation, mais j'ai continué, puisque, voyons, j'allais regarder un programme de sujets à vif dans le jardin de la vierge.

Et j'ai continué, petite crainte montante, refoulée en achetant eau, magnésium et Mentos à défaut de mieux.

Les théâtres s'éveillaient à peine, Saint Martial et la Chapelle du Verbe incarné n'avaient pas encore ouvert leurs portes et, en face de cette dernière, au Lycée, en déchirant mon billet, le garçon a réalisé qu'il était pour le programme D (à 18 heures) – perplexité, proposition de le considérer comme bon, mais comme j'ai un billet pour ce programme de 11 heures, dimanche, un important personnage m'a promis que je pourrai entrer le soir avec mes deux fragments.

Petite pause sur un banc, et retour, tout doux, en savourant la lumière et les ombres,


en réagissant avec plus ou moins de rapidité pour voler l'image des gens (quitte à me contenter de dos éloignés)

un peu vacillante, presque découragée, réconfortée par ce message,

et suis passée devant Calvet, et finalement entrée, six ou sept minutes en retard, pour assister à la lecture du jour, voir et entendre, sur un banc à l'écart, après avoir cherché en vain une chaise près de lui,

Laurent Poitrenaux se risquer à la lecture de certaines des «respirations et brèves rencontres» de Bernard Hiedsieck et bien sûr, s'il y a une bande son pour évoquer par le souffle et autres sons les répliques absentes de l'allocutaire, il y a le risque de nous faire regretter la voix, le débit de Bernard Hiedsieck, de déstabiliser la partition. Dans l'absence de comparaison, la lecture humble mais vivante de Poitrenaux rendait la saveur, le comique, l'intérêt (ou le non-intérêt, la banalité affichée) de ces échanges.

Je suis arrivée au milieu de la rencontre avec Gertrude Stein. Il y a eu William Carlos Williams - Auden («et de tes commentaires sur la pochette, tu n'y traites que de la rythmique des textes que tu avais choisis..» - Antonin Artaud, et pendant que Poitrenaux déchiffrait avec difficulté un texte bien fort, délirant, ou jugé tel, des visiteurs du musée ont passé un nez intrigué par les fenêtres de la galerie Vernet -

un membre de la beat génération (curieux, n'ayant pas entendu le nom, j'ai été incapable de deviner lequel avec certitude) – Céline – François Mauriac – Colette à laquelle il parle de Getrude etc..

et c'est plus ferme que j'ai repris le bout de rue jusqu'à mon antre, la cuisine, le déjeuner, le sommeil, un réveil douloureux (pardon demandé, je me place sous la garde de certains des auteurs rencontrés le matin pour expliquer que depuis deux ou trois jours je combine faiblesse et gastro), refus de le savoir... et nouveau départ, tournant autour du centre, vers Saint Joseph et le jardin de la vierge

dans un petit vent gai, une jolie lumière, des passants renouvelés ou rafraichis.

Et je marchais bien mieux, et me reprochais de passer à coté, cette année, de mon habituel minimum of, c'est à dire, les spectacles du théâtre des Halles, qui une fois encore avait une jolie programmation,

les taïwanais et autres, à la Condition des soies cette année

et un ou deux spectacles de la Chapelle du Verbe incarné (moins tentant, ou à des heures impossibles)

Me suis assise au premier rang, ai meublé une assez interminable attente (et derrière moi des propos ineptes) en rêvassant, regardant l'absence de l'arbre défunt, et prenant une photo de l'assistance, ce qui a été sans doute le moment le plus réussi et amusant

Parce que j'ai été prise d'un fou-rire intérieur vers le milieu de la première pièce «Laurent Sauvage n'est pas une walkyrie», mise en scène, idée et texte de Christophe Fiat, auprès duquel je suis totalement passée, si vraiment il y avait quelque chose d'intéressant.

Il est planté droit, guitare su le ventre, et dit, interminablement, un texte dont Christophe Fiat annonce : «inspiré par une esthétique pop. (bon, je veux bien, pas évident) il joue des clichés et stéréotypes dans des phrases écrites simplement sans souci de poésie.» ce qui décrit assez bien l'objet, qui, de plus consiste à retracer toute l'histoire des Bülow, Wagner, Ludwig, et autres, gens pour lesquels j'éprouve un peu moins que de l'intérêt.

Bien, il s'agit d'opposer la masculinité de Sauvage à la féminité agressive de Cosima. Une grosse demi-heure c'est un peu long.

Nous avons tout de même eu droit à un peu d'américain gueulé, de synthé et de guitare, parce que, bien sûr, Wagner c'est les hélicoptères et «Apocalypse Now»

Je me méfiais un peu de la seconde pièce «au contraire (à partir de Jean-Luc Godard» pas tellement parce qu'il était dit «Attention : ce spectacle contient des scènes chorégraphiques érotiques susceptibles de surprendre" (c'était d'ailleurs très gentil) mais plutôt par le coté «malin» des désignations : disputation Antoine Lengo, réputation Foowa d'Imobilité (le seul m est volontaire), computation Yann Aubert etc...

mais à vrai dire c'était plutôt réussi, malin mais avec une jolie franchise, assez intelligent, le danseur était ma foi pas mal et dansait et disait fort bien, l'ensemble avait un coté un peu foutraque mais la petite critique sociologique, les brides de philosophie passaient assez bien, Godard n'était pas loin et j'aimais bien l'une des premières phrases «un peu de désordre est nécessaire»

Somme toute, tout de même, mes efforts pour assister à ce spectacle avaient un côté passablement comique, d'autant que le retour, de bonne humeur, fut pénible.

Arrosé, écrit ceci un peu n'importe comment, essayé de me reposer, mis une jupe trop habillée, pour marquer la fête et pour me remercier de l'avoir repassée, et suis repartie, parce que la pièce est belle, et la rumeur aussi, et le cloître mon préféré, vers les Célestins pour voir «Baal» monté par François Orsoni avec Clotilde Hesme dans le rôle titre, une belle troupe et la musique de Thomas Heuer.


Impressionnée par la queue qui atteignait la moitié de la place des Corps Saints, j'ai presque renoncé, mais suis arrivée à avoir tout de même une chaise ajoutée au bout du premier rang.

Orsoni, lui aussi, a renoncé au plateau, fait jouer les acteurs sur la terre battue et nous laisse la vie de toute la hauteur des arcades. Le vent s'était levé (il soufflera de plus en plus fort et nous étions un rien gelés), faisait danser allègrement les deux ballons (ces horribles trucs actuels) accrochés aux seaux à champagne sur la table, et les platanes jouaient leur partition avec de plus en plus d'assurance. La voix de Clotilde Hesme, aux rares moments où elle jouait dans un angle se perdait d'ailleurs un peu.

Et le texte est formidable, assez fort (mais la sauvagerie, et c'est souligné par le jeu de l'actrice, est un peu celle d'un gamin, et parfois se mue en tendresse).

Baal, garçon est joué par une actrice, et Louise la servante l'est par un très grand garçon.

Cécile Hesme est remarquable, mais fort bien entourée. Et l'acteur, un peu musicien gitan, formidablement et brutalement drôle, qui joue Eckart, sait aussi être grave, entraîné par sa vitalité et son amitié-amour pour Baal.

Mélange d'époques dans les costumes (années 60 pour les femmes, plus récents pour les hommes) – des enchainements souples entre les fragments, les interventions de la musique. Jeune, désespéré, plein de vitalité, comique, poétique, tragique.

Une belle soirée, les bruits avaient raison – et une nuit très froide.

6 commentaires:

micheline a dit…

Retirer bons de petites resquilles gratuits aux abords de quelque spectacle que tes désirs insatiables convoitent

webiane a dit…

Quelle envie jamais assouvie de voir, d'écouter, de vivre quoi !
De partager aussi.
Merci Brigitte.
J'ai l'impression d'y être moi aussi.
Et c'est un grand plaisir pour moi qui "fait" le festival un ou deux jours par semaine cette année.

Mathilde a dit…

Je vais aller aujourd'hui au cloitre St-Louis pour savoir s'il reste des places pour Baal, je voulais y aller, mais là tu me donnes vraiment envie !
La photo du monsieur qui tire la langue est surprenante (un grand enfant) et j'aime beaucoup celle où se trouve le petit chaperon rouge en double, version enfant et le même devenu grand !
Patraque comme tu l'es, tu es bien courageuse de traverser le festival telle une jeune fille en pleine possession de tous ses moyens !
J'imagine que tu dois te faire violence pour arriver à suivre un tel programme, mais a priori cela en vaut la chandelle et doit certainement contribuer à ce que tu ailles mieux !
J'ai réussi à visionner, via le net, un bout de Richard II sur France 2, j'ai donc vu la fin que j'ai trouvé belle, mais j'ai été fortement surprise par le peu d'enthousiasme du public ! Mais, peut être n'ont ils pas survécu aux 2h45 de spectacle !!!

brigetoun a dit…

hier il y avait une petite queue d'acheteurs de dernière minute et je pense qu'un certain nombre ont pu rentrer.
Oui suis en rage conte carcasse, parce que j'ai vraiment mal, et des chutes de tension - dois avoir un drôle d'air - j'essaie de faire avec, mais a perturbe ma réception des spectacle

joye a dit…

c'est trop de bonheur, tout ça ET William Carlos Williams...

LA BROUETTE ROUGE

tant dépend
d'une

rouge brou-
ette

glacée de l'eau
de pluie

à côté des
poules blanches

Gérard Méry a dit…

Tous les taïwanais ne rient pas de la même façon !!!