jeudi, septembre 23, 2010

Comme j'étais dans la colère sans but, le saumâtre, l'auto-dénigrement, j'ai utilisé le semblant d'énergie qui en résultait, et la presque chaleur de l'après-midi, pour contourner le rocher et aller voir enfin les photos d'Ange Esposito, exposées sur les murs de la prison Sainte-Anne,

qui lui a été ouverte avant sa destruction pour faire le xème hôtel de luxe de la ville.



parce que j'avais vu un article sur le Provençal, où il disait :

"Le premier sentiment fort a été de détenir pendant deux journées, grâce aux autorisations de la Mairie, les clés de cette immense prison. Et puis, quand on a pénétré à l'intérieur, on a réellement eu l'impression que les murs parlaient tant ils sont chargés des émotions des milliers de prisonniers qu'ils ont renfermés"


«je voulais laisser une trace de cette prison, j'ai l'impression de lui avoir donné la parole, une dernière fois"


et puisqu'il était là j'y ai ajouté un des guerriers qui ont investi ce coin d'Avignon depuis plusieurs mois (longue vie à eux, sans trop de tags)

Il note, aussi :

"chez les hommes, les mots sont virils et durs, mais dans les cellules des femmes, on lit des textes plus poétiques sur la famille, les enfants"


et «Durant les deux journées de prise de vue, j'ai fait plusieurs pauses, il fallait que je sorte à l'air libre, il y avait une grosse pression»



(photo Jérome Rey) parce que, aussi, l'homme est sympathique et que depuis le temps que mon petit appareil côtoie ses boitiers, que nous échangeons nos places, j'ai vaguement l'impression de le connaître.

et puis suis rentrée, dans un Avignon qui a retrouvé touristes et très-assis, éplucher une pomme de terre, arroser, décider que, tant pis, sont toutes aussi bonnes ou mauvaises et que les gardais toutes mes photos, en écoutant Dominique Visse chanter des poèmes de Celan, du Bouchet, Dupin avec Dominique Pifarely et François Couturier sur un disque que le facteur vient de m'apporter.

En début de soirée j'ai grimpé ma petite côte, pour assister à un meeting organisé par Attac avec toutes les organisations de gauche. Chacun devant exposer en quelques minutes (légèrement dépassées avec constance) sa critique du projet gouvernemental pour les retraites et son propre projet. J'ai embrassé, salué, discuté un peu en attendant le début, mais j'avoue que j'ai décroché et suis partie au troisième orateur, (comme j'ai suivi presque tout les débats à l'assemblée et lu les projets du PS et du PC-parti-de-gauche je m'ennuyais un peu et avais grande envie de compléter leurs dires)

L'assistance était relativement maigre, et j'ai rempli mon rôle en faisant nombre. M'a fait penser à Paumée qui devient aussi snob que moi et n'est plus fréquenté que par une élite de plus en plus choisie et réduite.

18 commentaires:

Chri a dit…

Pour une fois que je fais partie d'une élite de quelque chose!

kouki a dit…

snob moi ?
servez moi donc une coupette !

micheline a dit…

ajouter à leur dires et en tout cas une unité à leur nombre..un petit plus jamais négligeable.

Pierre R. Chantelois a dit…

chez les hommes, les mots sont virils et durs, mais dans les cellules des femmes, on lit des textes plus poétiques sur la famille, les enfants

Brigetoun

Une grande révélation pour moi. D'une prison on fait un hôtel de luxe. Y aura-t-il encore la poésie des femmes?

brigetoun a dit…

ô ce sera quatre étoiles (le cinq il est en face de moi) un de plus - pour que vous veniez à Avignon nous donner plein d'argent

D. Hasselmann a dit…

Il existe donc bien des prisons à étoiles (par-dessus le toit) ?

Les quelques derniers Gardes des sceaux nous l'avaient soigneusement caché !

Lautreje a dit…

transformer les prisons en hôtel de luxe... alors que les conditions carcérales en France sont déplorables et se dégradent d'année en année.
L'expo est poignante. Ils devraient la laisser sur les murs des chambres pour ceux qui viendront, ceux qui ont les moyens d'avoir des avocats pour défendre leur "difficile condition de nantis"!

brigetoun a dit…

oh les murs seront détruits - et il y a une nouvelle prison très moderne depuis plusieurs années, hors Avignon - avec un assez joli taux de suicide

jeandler a dit…

Demander les clés de cette nouvelle prison pour y faire des photos...
ce ne sera pas une mince affaire!
Un reportage émouvant.

Quant à l'hôtel étoilé, ce ne sera ni plus ni moins qu'un lieu d'exil, une prison pour tout dire...

brigetoun a dit…

il se murmure que ce serait un placement pour des capitaux en quête de (mauvaises langues ?)

joye a dit…

Tiens, on construit une nouvelle prison en Iowa, je ne sais pas si l'on va détruire l'actuelle, qui date d'avant l'État d'Iowa. Peut-être qu'on devrait faire pareil ici...

Dis, brige, on parle de toi au blog de Joe Krapov aujourd'hui...

Lavande a dit…

Tout comme Chri, je suis contente de faire partie "d'une élite de plus en plus choisie et réduite" ! la classe!
Nous fréquentons un hôtel très étoilé quand nous séjournons à Avignon: pas le choix, si j'ose dire, les peu étoilés ont la mauvaise idée de ne pas être accessibles en fauteuil roulant!

andree wizem a dit…

que se passe t il derrière les façades rutilantes des nouvelles prisons...sans doute ce qu'on pourrait trouver dans les rapports de l'observatoire international des prisons où florence aubenas exerce sa vigilance...
http://www.oip.org/index.php/rapports
de manière à faire suite au témoignage photographique relayé par la note révélatrice ici présente...

Anonyme a dit…

Un petit mot pour vous dire que je me suis reconnue sur votre dernière photo d'hier des "touristes assis" sur la place de l'horloge,je suis de dos dans le coin tout à gauche!!Quelle surprise...Je ne suis pas une touriste , j'habite Le Pontet. Bien amicalement.

Jocelyne.

brigetoun a dit…

je parlais des touristes ET des assis qu'avec jalousie je nommais très assis

Gérard Méry a dit…

Forte intéressante ta maison d'arrêt sur image...souriant ton Nikoniste

arlettart a dit…

Etonnant !!la pression est ressentie jusqu'ici ......et même plus

fardoise a dit…

Je n'avais pas pris le photographe en photo, mais comme c'est quelqu'un de modeste, c'est bien de l'avoir immortalisé. Son travail est remarquable. Et tes photos sont très bien aussi.