mardi, octobre 12, 2010

Nous avions rassemblé sur la table de la cuisine les casseroles, pots, flambeaux en cuivre mais au moment où j'allais en soupirant déboucher un flacon de Miror, tu as poussé un cri de détresse qui m'a fait tomber du tabouret sur lequel j'avais juché en équilibre une de mes fesses, et pendant que je me ramassais et rassemblais chiffon, flacon heureusement bouché, et un pichet bruni, tu te lamentais parce que tu ne trouvais pas de brosse à dents, indispensable selon toi, refusant d'admettre que n'ayant plus de dents ni l'une ni l'autre depuis moult années, il y avait peu de raison que tu en trouves dans la salle de bains, et en commençant à étaler du produit sur ledit pichet, j'ai ajouté que tu aurais tout de même pu le constater auparavant, ou t'en douter, que bien entendu dans la petite boite-reliquaire où je gardais des souvenirs de notre frère tu en trouverais sans doute une, mais que je m'opposais à ce qu'elle serve à nettoyer les cannelures d'un bougeoir ou les niellures de ce plat qu'il nous avait, lui, justement, rapporté d'un de ses voyages.

Pour un atelier Liminaire http://www.liminaire.fr/spip.php?article754 à partir de Jérôme Mauche – Électuaire du discount sur Radio Marelle

Proposition d’écriture : 

Évoquer une suite de souvenirs personnels sous forme de courtes histoires, anecdotes singulières, parfois absurdes, qui s’inscrivent dans un environnement quotidien, série d’images successives qu’une phrase unique rapproche du monologue.

Quand il parlait, cela fusait, les idées se succédaient et son débit se précipitait. J'étais éblouie, un peu perdue, avec l'impression pourtant que cela se dispersait, partait, étincelait, et puis tournait court, et j'aurais protesté si je n'avais été intimidée, si, surtout, une autre sentence, une autre histoire, ne jaillissait, se ruait, se superposait, me désorientait, et je m'élançais à la suite, avec juste un petit regret. Pourtant quand, après son départ, ou son entrée dans un silence méditatif, un renvoi, j'avais loisir de m'attarder sur ce qu'il avait lancé ainsi, l'unité se dessinait, les récits, les remarques quasi sentencieuses, les allusions à des lectures, les petites remarques sur le nuage qui avait assombri le jardin, là, derrière sa fenêtre, se réorganisaient comme en un bouquet fortement lié, ancré, les facettes d'une idée qui se dégageait peu à peu.

Un élément accroché à un convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/ - contrairement au suivant qui trop sommaire sans doute, et trop faible, n'a pu s'arrimer, mais auquel avec une coupable faiblesse je donne une chance :

Fin de vie, loin de la mer, vie commune, se faire place chez lui, ne plus être celui qui revient, vivre ensemble l'ordinaire. Plaisir. Échanges faciles, si faciles, trop faciles. Quotidienneté, faire couple. Recevoir les enfants devenus ces adultes. Et puis, descendre la rue, marcher sur le quai jusqu'aux écluses.

7 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Comment dire ? Sage décision de donner une chance au dernier texte. Sur cette même coupable faiblesse, j'adore.

kouki a dit…

Petite scène parfaitement drôle autour des cuivres ...

Lautreje a dit…

j'adore ces deux sœurs. Elles me rappellent ma grand-mère et sa sœur, toujours à se houspiller d'amour.

cjeanney a dit…

Comme Pierre, marcher sur le quai, penser, mélancolie nonchalante, j'aime

jeandler a dit…

Une si belle patine! Pourquoi y ajouter du miror?
Et de la blessure, fusent jeunes branches platanesques, si vives, si profuses. Comme une écriture

micheline a dit…

les paroles bourdonnent,les gestes s'éparpillent, les objets restent comme ils étaient avant

Gérard Méry a dit…

Je me demande quel fut l'usage premier de ce vieux pot