samedi, juin 06, 2015

Chaleur et musique en un combat nocturne

sur mon chemin, face à moi, la façade nettoyée, que le soleil réchauffe,
et puis dans un coin, à gauche, en jonction de l'immeuble mitoyen
des signes qui semblent anciens, pas antiques, juste anciens
comme s'ils étaient neufs lors du décapage, assez neuf pour avoir l'énergie de résister, de refuser de disparaître
ce n'est certainement pas ça, mais ça me plait
ce pourrait aussi être une tentative sur la pierre rajeunie, mais qui, intimidée par cet espace redevenu vierge, aurait hésité à se fixer, s'affirmer
comme ils hésitent à être lettres,
comme très dessinés, fermes, ils hésitent au bord de l'ordre
programmés pour être sagement élégants, le refusant
un désordre qui n'ose être franc, s'afficher comme souillure
un décor qui, découragé, sait d'avance qu'il ne sera pas considéré comme tel
et mon étonnement de ne pas l'avoir remarqué plus tôt, là, dans l'axe de mes trajets
et mon absurde impression d'une fraternité
En début d'après midi, quand la cour se fait fournaise abrutissante, trouver la chaleur en belle gloire dans la rue, et la savourer sur le trottoir ensoleillé
et puis se renfermer dans l'antre, paresseusement, avant la nuit et le beau programme du concert qui clôturait la saison de l'orchestre (avec le choeur symphonique Avignon-Provence, et des chanteurs invités, Sabine Revault d'Allonnes, soprano, Mathilde Rossignol, mezzo, Rémi Mathieu, ténor et Pierrick Boisseau, baryton, pour la seconde partie)
concert «spirituel», avec
- le Prélude de Vèzelay (Croisé s'en va-t'en guerre) de Jacques Berthier (le compositeur de Taizé, mais pas que), dont le programme m’apprend qu'il a été composé pour un son et lumière en 1956 (avant que cela devienne la mode ce qui fait que les habitants auraient protesté de voir leur nuit ainsi troublée) pour la Pentecôte à Vezelay.. une marche assez sourde pourtant, avec il est vrai des envolées glorieuses...
mais comme la salle était nettement plus remplie que pour l'opéra de mardi (Mozart au programme), et comme la température était, ma foi, de belle épaisseur, comme apprendre à s'éventer demande application et temps j'étais derrière une tornade qui m'envoyait air chaud sans soulager les joues d'une dame et devant un programme qui se prenait, volume d'air brassé et bruit de rotor, pour un hélicoptère de combat...
me suis déplacée sans bruit, installée derrière une femme qui maniait son éventail avec l'efficacité et réserve nécessaire, seulement je ne voyais presque rien...
alors c'est en l'écoutant que j'ai apprécié
- la symphonie n°5, dite Les lumières de la nuit de Marcel Landowski (lequel, avec d'autres oeuvres, est au programme de tous les concerts que l'orchestre donnera en juin au Pontet, à Saint Martin de Creux, à Monteux, à Avignon...) - un premier mouvement avec une belle utilisation des cordes et des bois, en accord diapré avec les cordes, en dialogue, en points d'orgue... des flèches de lumière, des ruptures sur coups de gong, des tintements de cloche, une belle phrase du cor anglais.. - un second mouvement toujours nocturne, mais nuit inquiète, trilles, trémolos – un finale débutant dans le chant calme des bois, un allegro, une trompette, un mouvement ample et les applaudissements

entracte, avec trois bouffées de cigare sur le balcon, et une tentative de deviner quel serait le bon emplacement pour la suite
ai cru l'avoir trouvé, la scène s'est remplie et nous nous sommes calés dans nos sièges (enfin pas moi, je pratique le bout de fesses, d'autant que je voyais mal sans cela) pour entendre la messe en ut mineur de Mozart (dite la grande messe)
beauté de la musique, beauté du choeur, un avis légèrement mitigé sur la soprano (mon sale goût), plaisir du laudamus te chanté par la mezzo, de leur duo etc.. et puis, après le beau et solennel credo, au premier rang un programme s'est transformé en chasse mouche manié avec une énergie qui n'aurait pas été toléré par l'émir ainsi assisté, et qui m'a fait me lever, me reculer, écouter entre suée d'énervement, équilibre instable pour tenir le strapontin afin qu'il ne se replie pas en dérangeant tout le monde, et l'écoute captivée du beau et relativement long et incarnatus est... à la fin duquel ai replié ledit strapontin, sans bruit finalement, et me suis adossée à la porte pour écouter la suite, regardant avec admiration le baryton qui avait fait l'effort de venir, d'endosser habit et noeud papillon (l'orchestre avait opté pour chemise noire au col ouvert et pantalon de même ton - et bien entendu décolletés pour les femmes) pour écouter, assis,
avant, enfin, d'avoir droit de chanter, fort bien, quelques notes dans le benedictus final…
saluts, re-saluts, et une Brigetoun qui lâchement, après le troisième, pendant que les ovations continuaient, s'est éclipsée avant tout le monde... fatiguée était.

4 commentaires:

D. Hasselmann a dit…

Vézelay... la colline inspirée (il me semble), visité une fois, grande basilique, petites rues qui grimpent, et la maison de Georges Bataille...

arlettart a dit…

Ah!! le piège des strapontins et l'incivilité "programmée"

brigitte celerier a dit…

il vous semble bien…
un beau programme en lutte vraiment avec la calor

jeandler a dit…

Malgré la musique, la nuit restée chaude...