mercredi, janvier 13, 2016

En 1842

En 2016 m'en suis allée ce matin, heureuse de voir que le bleu dans le ciel semblait avoir gagné sur le calme grisâtre de la veille (oui nous nous sommes abstenus de la tempête qui était annoncée pour l'ensemble du pays), réduisant l'importance des masses grises, plus marrie de sentir l'air plus froid qui entrait dans mes yeux.
Avançais pensant combien j'avais vécu déconnectée de ce qu'écoutaient, aimaient, mes contemporains ou leurs successeurs, ce que m'avait rappelée, une fois de plus, l'hommage sur France Culture à David Bowie, et l'évocation de ses facettes... parce qu'aveu, c'était pour moi un nom rencontré parfois, quelques images parfois intrigantes et séduisantes (ce qui ne signifie pas charmantes) restées anonymes, et sans doute, dans le flot de musique, des airs appréciés non moins anonymes…
Puisque ne suis pas de mon temps, et parce que je me faisais à priori une joie du concert du soir, suis partie à la recherche (à vrai dire guère plus loin que sur Wikipedia) de ce qui se passait dans le monde en 1842, année où Robert Schumann, jeune marié, écrivait à Leipzig ses trois quatuors à cordes, le quatuor à corde avec piano et le quintette en mi bémol majeur.
Pardon demandé Picorant, j'ai retenu la campagne sanglante de Bugeaud dans la Mitidja et le Cherchell, la fondation de la Gazette Rhénane, le désastre anglais à la passe de Khyber, la révolution amenant Costa Cabral au pouvoir au Portugal, la création de postes militaires français en Côte d'Ivoire et au Gabon, une victoire des boers sur les anglais, la campagne du Chelif menée par Changarnier, la révolution libérale de Sorocaba au Brésil, la rébellion de Thomas Wilson Dorr à Rhode Island, l'intronisation d'un dalaï-lama, Dupetit-Thouars aux Marquises, une pétition chartiste rejetée et des grèves réprimées en Angleterre, un accident de chemin de fer à Meudon avec parmi les victimes Dumont d'Urville, la dissolution de la chambre des députés et les élections remportées sans éclat par Louis-Philippe et Guizot, la paix entre le Brésil et le Pérou, la mort du duc d'Orléans dans un autre accident de chemin de fer et la réunion des chambres pour régler la question de la régence, une grève générale en Angleterre, la loi de Lord Ashley interdisant le travail des femmes et des enfants de moins de dix ans dans les mines, la fin de la première guerre de l'opium et le traité de Nankin, le traité Wesber-Ashburton fixant la frontière nord-est entre Etats-Unis et Canada, le coup d'état du général Juan Crisostomo Torrico au Pérou, au Brésil la bataille de Santa Luzia, la fin de la révolution libérale au Sao Paulo et à Minas Gerais, le protectorat français à Tahiti, la fin de la guerre entre le Tibet et le Ladakh, la bataille de Aqua Santa au Pérou et la présidence de Juan Francisco de Vidal, le début du règne du fils de Mohammed Bello à Sokoto, le début de la dictature de Carlos Antonio Lopez au Paraguay, le protectorat signé entre le capitaine de corvette Mallet et le roi de Wallis, une révolte à Barcelone et le bombardement de la ville, la restauration du roi d'Afghanistan et son traité avec les Britanniques contre les Persans... le monde était déjà pas mal en ce temps.
Bien entendu une riche vie musicale, littéraire, artistique.
Des naissances aussi, dont l'importance éventuelle n'était pas évidente à l'époque et, parmi beaucoup, beaucoup d'autres morts, celles de Cherubini, Stendhal, Elizabeth Vigée-Lebrun, Josef Czerny, Larrey etc..
Puis m'en suis allée à l'opéra pour le premier de deux concerts du Quatuor Modigliani et de la pianiste Béatrice Rana dans cette entrée, d'emblée réussie, de Schumann dans la musique de chambre la plus pure après avoir hésité, malgré les encouragements de Clara Schumann et Mendelssohn (il aura fallu l'absence prolongée de Clara, en tournée, sa solitude, sa tristesse conjurée par l'éude de la théorie pour qu'il se lance brusquement avec l'influence de bons maîtres, du Mozart des quatuors dédiés à Haydn, de Beethoven, de Mendelssohn)
- le quatuor n°1, complexe, comme pour tout dire, andante espressivo – allegro avec après la sagesse, la nuance, le thème chantant, l'arrivée de la gigue des deux violons, les syncopes.. scherzo presto exceptionnellement en second, un thème qui s'élance, retombe, recommence, un second thème en dialogue anxieux, le retour du chant et la reprise galopante.. le beau et passionné andante avec la longue phrase du violoncelle en introduction, et le souvenir de Beethoven.. et le presto final
- le quatuor n°2, dédié à sa femme, charme – allegro vivace plaisir du chant et de la rêverie, duo tendre des violons... andante quasi variazioni très beau et complexe (mon préféré).. scherzo/presto volubile et très court et le finale/allegro molto vivace léger et spirituel
et après l'entracte,
le quatuor avec piano (violon, alto, violoncelle, piano) en mi bémol majeur, un peu plus long, non moins riche et complexe avec le bel accord entre le piano et les cordes, piano qui intervient souvent comme un quatrième instrument, qui ponctue parfois, ou entre en dialogue avec les trois autres.. et le très beau dernier mouvement.

saluts, le dernier mouvement du quatuor avec piano en bis, et retour vers l'antre
N'ayant pas trouvé d'enregistrement de leur interprétation, une vidéo donnant la version par le quatuor Terpsycordes du quatuor n°2


5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Comment pourrait-on encore écouter aujourd'hui Bach, Schubert, Schumann... sans l'invention de la partition ?

Espérons que les enregistrements de Dadiv Bowie tiendront aussi longtemps (mais il en existe aussi des traces en papier)...

brigitte celerier a dit…

il existe surtout des enregistrements audio et video pour lui mais pas pour eux

Arlette A a dit…

Se replacer dans le temps très belle idée et découverte en vrac ... en passant devant le lycée Dumont d'Urville je me souviendrai d'un train fatal et dans mes lectures (Talleyrand)ce fameux duc d'Orléans
Le tout bercé par le quatuor choisi
Merci à toi

Arlette A a dit…

David Bowie me surprenait en toutes choses

brigitte celerier a dit…

oui, j'ai vraiment l'impression d'avoir manqué quelque chose
vais me rattraper, en juger, mais pas envie de faire semblant