lundi, mai 06, 2019

Refus, antre, donc les larmes des poètes

je me demandais comment aller à l'opéra cet après-midi de dimanche et marcher une heure... refusais de me risquer seule à pieds en une marche ennuyeuse, avais fini par décider d'aller prendre la petite bretelle sncf entre les deux gares et, au retour, de quitter le bus à la poste pour revenir à pied vers la première station et ma porte sur le fleuve... me sentais vertueuse, un peu agacée, ennuyée par l'artificialité de ce trajet mais vertueuse.. et puis me demandais si j'avais vraiment envie d'aller voir avec les seniors du dimanche après-midi ce jeu de l'amour et du hasard avec Vincent Dedienne et d'autres, ma foi oui, mais pas tant… Pour trancher, il y a eu messire Mistral au mieux de sa forme, s'évertuant à ouvrir la fenêtre de la chambre, refusant que je ferme la porte fenêtre de la cuisine, ronflant à travers mon crâne, électrisant mes nerfs etc... ai calé la porte avec chaise et patates... me suis allongée après ménage et endormie jusqu'à trois heures moins le quart, ai juré, ai soupçonné que quelque chose en moi l'avait fait exprès, ai fait cuisine...
et donc, repassage fait, je me pardonne et je reprends les photos ramenées de Lambert. Je suis allée directement, passant derrière le comptoir, vers les salles de l'hôtel de Montfaucon où se tient jusqu'en juin l'exposition de Francesco Vezzoli qui remplace celle de Claire Tabouret (artiste invitée par le festival 2018) puisque j'avais déjà vu le dernier accrochage dans l'hôtel de Caumont, me bornant à saluer Basquiat en passant.
J'avoue que Francesco Vezzoli m'était totalement inconnu (suis pas très lancée, sourire) – même si je me souvenais d'avoir vu, dans l'exposition dédiée aux lucioles dans l'ancienne prison, son self portrait as Emperor Hadrian loving Antinoüs (buste en marbre de l'empereur, buste du 18ème siècle en marbre de Carrare d'Antinoüs) et j'aimais bien le titre qu'il avait donné à l'exposition (comme en général ceux qu'il trouve pour ses oeuvres) le lacrime dei poeti.
L'exposition est née de ce groupe de bustes, à partir d'oeuvres anciennes ou plus récentes se confrontant à l'antiquité, comme certaines oeuvres des trois artistes dont il a sélectionné des oeuvres... Chacune des pièces tisse un dialogue avec l’héritage classique et permet d’appréhender comment différentes générations d’artistes se sont confrontées à l’histoire de l’art d’il y a 2 000 ans. L’approche de Cy Twombly est évidemment abstraite et conceptuelle, celle de Giulio Paolini tient du sacré, son respect est immense. Celle de Louise Lawler est ironique. Et je dirais que ma démarche est blasphématoire.
J’achète dans les ventes aux enchères des pièces antiques originales que je peins avec les couleurs qu’elles étaient censées avoir à l’origine. (https://www.numero.com/fr/art/francesco-vezzoli-le-lacrime-dei-poeti-cy-twombly-louise-lawler-giulio-paolini#)
Dans les premières salles l'invité est Cy Twombly, dont les tableaux sans titre répondent aux marbres peints, montés etc... de Vezzoli.
Après quelques oeuvres isolées de Vezzoli comme la victoire éclairée de la cour,
ou l'Emperor Calligula crying Francis Bacon's figures at the base of a crucifixion (impression laser sur toile, papier, broderie métallique, cadre de l'artiste)
dans la dernière des salles qui les réunit, une série de diptyques de Twombly placés sous l'égide de Platon entourent le baiser éternel de Vezzoli (repris sur l'affiche)
En suivant un groupe de gamins ai grimpé dans la grande salle du premier étage, prenant dans les yeux en y arrivant, son portrait de Kim Kardashian (tête marbre, Rome impériale, début IIIe siècle ap JC, bronze, craie, tempera)
entourée de photos d'oeuvres se rapportant à l'antiquité prises par Louise Lawler dans les musées ou collections privées (et l'on retrouve Twombly et Plato sur l'une), et accompagnée de têtes et bustes antiques sur lesquels il est intervenu
Et dans la dernière partie, des collages de Giulio Paolini https://fr.wikipedia.org/wiki/Giulio_Paolini entourent le C-Cut Homo ab homine natus de Vezzoli (2018 - sculpture béton XXe siècle, bronze, tête en marbre (entre 50 av. JC, 37 ap JC) craie d'albâtre, tempera à l'oeuf, cire microcristalline) qui tourne sur lui même
On sort de la salle en passant à côté de ses eternal tears fragments têtes antiquité romaine (milieu du IIIe après JC pour la femme, homme 1er ap JC), craie d'albâtre, tempéra à l'oeuf, cire microcristalline
avant, sur le chemin de l'escalier, une pause sur le seuil d'une toute petite pièce pour Hierapolis, une installation de Giulio Paolini.

6 commentaires:

casabotha a dit…

ANTRE ici gens moulent un (ça vieillit mal ça isn't it?)

Claudine a dit…

génial, ah comme on se sent bien avec ces confrontations, ces idées fusantes !

Brigetoun a dit…

casabotha, JE vieillis mal

Brigetoun a dit…

Claudine, oui (un seul reproche, mais qu'y peut-il ? même s'il y prend goût…. un côté un peu objet de mode)

arlette a dit…

Etonnants ces dialogues , audacieux aussi et même si c'est en ce moment la mode dans les expositions celle ci me plait beaucoup
Merci de nous faire partager somptueusement

Brigetoun a dit…

ce n'est pas à cela que je pensais - mais selon ce qui vient quand, pour chercher renseignements sur des oeuvres (ai laissé tomber en fait et me suis contentée de ce que j'avais noté) tu rentres son nom sur Google images il vient presque autant de photos de réceptions que d'oeuvres