lundi, mai 27, 2019

Un acte gratuit et des chansons de femmes d'antan

Sur mes pieds qui ressemblent de plus en plus à des petits cylindres violets (je me demande si vraiment la marche améliore les choses, mais j'ai réveillé ma petite face disciplinée)... avec un tout petit détour, m'en suis allée en fin d'après-midi voter sans espoir – ce en quoi ne me trompais pas...
et puis ai entrepris un petit circuit, saluant au passage comme plusieurs fois ces jours ci la béance sur chantier qui fut notre mur des offrandes, et finissant de justesse, trois quart d'heures plus tard, devant le petit palais pour un assez merveilleux concert donné par Eugénie de Mey (chant – étiré et beau, très - et direction artistique), Pierre Hamon (flûtes parfois totalement inconnues de moi, ou rappelant des souvenirs de miniatures), Julien Lahaye (percussions à mains nues dont – plaisir – le tombak iranien)
et comme le thème était l'on dit qu'amour est douce chose (voix poétiques de femmes amoureuses des 12e et 13e siècle) comme au programme, les oeuvres conservées des troubaritz et même des trouveresses étant fort rares, figuraient surtout des oeuvres de trouvères donnant parole à des femmes
(la seule chanson de femme en langue d'oc étant A chantar m'ér de ça qu'ieu non voiria (il me faut chanter ce que je ne voudrais point chanter) de la chère comtesse de Die, pour séparer les photos, outre le programme, vais reprendre la traduction des deux dernières strophes de la seconde pièce parce que l'aime tout spécialement, la chanson de croisade attribuée à Guiot de Dijon
De ce suis en bonne attente - Ce qui m'a rendu espoir
fut quand je reçu son hommage
Et quand souffle la douce brise
Qui vient de ce si doux pays
Où est celui que je désire tant – Ou cil est qui m'atalente
Volontiers je tourne vers lui mon visage
Alors j'ai l'impression de le sentir, lui
Par dessous mon manteau gris
Dieu, quand ils crieront «Chargez»
Mais ce qui m'a fort déçue
C'est que je ne fus point du convoi
Sa chemise qu'il eut vêtue
Me l'envoya pour l'embrasser
La nuit, lorsque l'amour me tenaille
Je la mets par dessus moi
Toute la nuit sur ma peau nue
Pour mes maux soulager
Dieu, quand ils crieront «Chargez»
Le programme donc comprenait : une chanson d'une trouvère anonyme du 13e siècle l'on dit qu'amors est dolce chose – un solo de percussion sur tabor (gros tambour médiéval) à partir de rythmes guerriers de la Perse moyennageuse – la chanson de croisade de Guiot de Dijon – Amors a trot tard me suis pris chanson à la Vierge écrite par Blanche de Castille – une improvisation des trois musiciens pour reconstituer la musique d'une forte et rageuse chanson de croisade (vue par la femme délaissée) Jherusalem grant damage me fais (Jérusalem tu me fais grand tort) dont on n'a plus que le texte – une chanson de femme du manuscrit de Saint Germain, contrecfactum en langue d'oil d'une chanson de Bernard de Ventadour, Plaine d'ire et de desconfort – la chanson d'Yseut sur la supposée mort de Tristan du Manuscrit de Vienne – le lamento instrumental du Manuscrit de Londres (complainte lente suivie d'une formidable et enlevée rota) – un détour par la Flandre avec une chanson d'Haidewijch d'Anvers Ais ons dit nuwe jaer ontsteet (Lorsque nait la nouvelle année) – un solo de percussion, tombak ou zarb, sur Oncques n'amai – la chanson de la comtesse de Die – un air au frestel, sorte de flûte de Pan – la très connue chanson de toile, douce complainte, Bele Doette – la longue et très belle plainte Quis dabit capiti meo aquam déploration religieuse du Codex de Las Huegas – Amis, vostre démorée (Amis, votre absence..) motet à deux voix (en fait dialogue enlevé instruments et chant) issu du Manuscrit de Montpellier - Oncques n'amai tant que hou fui amée chanson de femme attribuée au trouvère Richard de Fournival (début 13e) – et pour finir, un peu postérieur, Puisqu'en Oubli chanson de Guillaume de Machaut sur, selon ses dires, un poème envoyé par sa jeune amante.

Bon je pense que ceci ne présente d'intérêt que pour moi, j'en suis bien consciente...

14 commentaires:

casabotha a dit…

détrompez-vous chère brigetoun j'ai beaucoup aimé votre post

Brigetoun a dit…

merci

Dominique Hasselmann a dit…

Il m'a toujours semblé qu'Hamon était doué pour jouer de la flûte... :-)

(belle balade en chansons !)

Brigetoun a dit…

Dominique, me reste remords d'avoir opté pour lui au dernier moment plutôt que les communistes (j'aurais contribué à tenter de leur obtenir un remboursement)
mais oui le concert une pure merveille et dans un cadre adapté (avec juste le son de machines en sous sol qui se déclenchaient de temps en temps)

jeandler a dit…

De la flûte ou du pipeau.

Brigetoun a dit…

pas du pipeau le pauvre a trop mauvaise réputation (sourire) mais entre autres de la double flûte

mémoire du silence a dit…

Le bleu du ciel toujours me transcende
Il y a dans le ciel de la photo 12 comme peinture de Fabienne Verdier ici

Brigetoun a dit…

oui bleu dur et profond (signifie mistral)

Claudine a dit…

on croirait les entendre et le Mistral je l'ai croisé sur le quai de la gare

Aunrys a dit…

Merci pour des pistes qui ont nourri l'écoute musicale du matin.
Et pour ce bleu.

Brigetoun a dit…

Claudine, l'est pas très fort mais toujours là… m'a brutalisée et crevée quand je marchais sur les rails du futur tram pour éviter les vélos ce matin…

Brigetoun a dit…

Aunrys le bleu on le doit à un mistralounet d'encore assez belle force

arlette a dit…

Un régal il me semble , Ma Mie

Brigetoun a dit…

et il y a le soprano de la chanteuse étirant le chant parfois un peu comme un grégorien adouci