Du matin il n’y a rien à dire que les petites hésitations habituelles, avec de fréquents regards sur ma montre ou l’heure affichée par l’ordi… cuisine maison pour un repas assez léger pour être rapide, avant qu’à treize heures trente je descende l’escalier et sorte dans la lumière et un air un peu trop tendre pour ma doudoune même ouverte (mon illusion stupide d’être invisible comme le voudrais
et me mette en marche joyeusement impatiente vers la salle « République » d’Utopia pour assister à « Les Rayons et les Ombres » film de Xavier Giannoli (3 heures 20) sur un scénario de lui-même et de Jacques Fischi
Photo provenant du site d’Utopia) comme le texte dont je fais un copié/collé pas loin d’être intégral
… cette longue et intense plongée en apnée dans le ventre poisseux de la collaboration sous le régime de Vichy s’impose comme une expérience cinématographique et intellectuelle des plus stimulantes. À l’heure de l’expéditif et de la polarisation, Xavier Giannoli prend notre monde à contre-courant et emprunte une autre voie, plus ardue à apprivoiser mais tellement plus enrichissante : celle de la lenteur qu’impose toute velléité d’approfondissement, celle de la durée qui permet à une pensée complexe de s’épanouir et de supplanter les vérités prémâchées…. film, furieusement moderne dans le tableau saisissant qu’il brosse des petits et grands arrangements avec une mécanique autoritaire et fascisante en marche… En se plongeant dans le milieu de la presse Xavier Giannoli tend un miroir sans pitié aux connivences dangereuses entre quelques médias et certaines idéologies extrêmes et nous alerte, par une fiction brillante et scrupuleusement documentée, sur une propagande encore – et plus que jamais – à l’œuvre aujourd’hui.
De 1930, quand Jean Luchaire (Jean Dujardin ambivalent comme jamais) patron de presse aux convictions plutôt à gauche, prône l’amitié franco-allemande jusqu’à 1946, date où il fut jugé, condamné et fusillé, le film retrace la longue, intense et terrifiante descente d’un homme dans les rouages sordides de la collaboration (pour les détails de cette carrière je vous renvoie à la fiche Wikipedia)
Le film n’épargne aucune image avilissante de ce que sont ces plaisirs et orgie… d’autre part il s’intéresse également à Corine, une de ses filles, actrice qui avait commencé une belle carrière et qui le suit à travers tous ses choix. Pleine d’admiration pour son père, aveugle à la tempête qui déferle sur l’Europe, elle fera partie de ce Paris artistique (celui des Maurice Chevalier, Sacha Guitry ou Coco Chanel) courant les fêtes en compagnie d’officiers allemands pour finir elle aussi rattrapée par l’Histoire.
J’ai regardé avec toute l’attention que cela méritait et avec parfois un dégout physique et moral provoqué par ce traitement en « fiction » avec des acteurs contemporains qui supprime la distance que l’on a devant des films d’archive et semble renforcer la sensation. Je titubais en partie par la force de ce que j’avais vu, en partie par la faim et la longue position assise en me dirigeant vers Monoprix pour du dentifrice, ma réserve de serviettes en papier, des yaourts et trois plats préparés dont un pour ce soir…
Retour dans l’antre pour faire un petit tour internet et me plonger dans Jane Austen (je fais une petite cure))








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