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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération

mardi, juillet 08, 2008

Lundi entre saintes et diables - long, pas mal de choses à digérer
lundi matin j’ai fait un détour, presque en sanctification, sur le chemin du marché par le calme de la chapelle Saint Charles, pour voir les beaux dessins d’Ernest Pignon-Ernest pour l’ »extase » livre en commun avec Alain Velter
Inspirés par Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, la chère Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila (inspiratrice de mon mysticisme pubertaire), Marie de l’incarnation (inconnue) et Madame Guyon qu’en bonne lectrice de Saint-Simon, je n’aime pas.
Pignon-Ernest : « Il m’est apparu que ces feuilles blanches devaient devenir un lieu d’accueil d’une extrême intensité, jusqu’à ce que s’y inscrivent une tension, un conflit. A la fois jouer avec l’idée de surface (peau, pâleur, immatérialité… voile, linceul, fantôme) et d’un même mouvement mettre en cause cet aplat en le dotant d’une morphologie, en y modelant des courbes… » ce qui pourrait caractériser le baroque, et d’ailleurs pour Thérèse il reprend celle du Bernin.
Et à propos de son modèle : »Il y a chez elle une telle « intelligence du corps » que je détournerais volontiers à son propos la phrase de Thérèse d’Avila : « Douleur spirituelle et non corporelle, bien que le corps ne manque pas d’y avoir part et même beaucoup."
En début d’après midi, emmené ce que je ne daigne appeler que carcasse, car d’humeur maussade, par des détours en quête de cheminement solitaire,
jusqu’à Benoit XII, pour « Sonia » (ma foi encore un spectacle que j’ai assez aimé), texte de Tatiana Tolstaïa (découverte), mis en scène par Alvis Hermanis, directeur du Nouveau Théâtre de Riga
Un très précis intérieur petit-bourgeois assez encombré. Entrent deux hommes massifs et sans âge avec collants sur la tête et gants qui farfouillent. L’un, plus assuré, complet un peu fatigué, déshabille l’autre (vaguement jogging), l’habille en femme, et commence à raconter l’histoire d’une Sonia, femme idiote et assez laide, serviable, risée de son groupe d’amis, autrefois, pendant que l’autre accomplit calmement, assez maladroitement, avec une détermination imperturbable les gestes ménagers ou simplement « féminins ». Leur jeu est rigoureux, parfait, et émouvant.
Hermanis dit : « cette femme naïve, grosse, un peu idiote, mais au grand cœur et à l’imagination débordante, pouvait parfaitement être interprétée par un homme car sa pesanteur,son poids, son ancrage dans le monde sont essentiels… ».Il parle aussi, à propos de ce jeu qui à force d’hyperréalisme tend au symbolisme, de la leçon des burlesques comme Chaplin.
Et cette féminité laide et idiote, avec sa croyance en un amour dérisoire, est à sa façon victorieuse. Texte concis, neutre, efficace, assez beau.
On peut encore marcher vraiment rue des Teinturiers, et en allongeant le pas je suis arrivée au jardin de Sainte Claire, au Théâtre des Halles, juste pour le début de la représentation, par Olivier Massart (massif encore, mais surtout puissant) de « Gilles et la nuit » d’Hugo Claus, à propos de Gilles de Rais.
Assez superbe (personnage qui va à Hugo Claus) - Au début jeu vaguement brutal, avec la retenue du maréchal de France (et je me revoyais à Tiffauges) face aux juges ecclésiastiques (belles allusions à leur richesse, leur goût du pouvoir et leur déférence pour les puissants, les accommodements avec le langage et les idées), plaidant en s’appuyant sur Jeanne, et peu à peu, avec les évocations-refus de ses actes, niés puis admis, et évoqués avec parfois une tendresse glaçante, et (dans une lumière verdâtre) les invocations au Baron (le joli diable) et à son grand père, il devient véhément, proche du délire, sans trop en faire. Avec l’aide de noirs, du Veni Creator beuglé, et de la taille minuscule de la chapelle dans laquelle nous l’écoutions, une belle lutte.
Et cette plongée avec lui m’a mise en retard et m’a fait manquer le vernissage, chez Jules II, au petit palais, de « la gloire du Christ et de la Vierge"
Alors, comme je ne pouvais me régénérer, j’ai filé vers Calvet et me suis assise dans la cour,
pour écouter l’enregistrement de « Thérèse philosophe » , mis en scène par Vassiliev, mis en onde par Taroni, joué par Valérie Dréville et Stanislas Nordey.
Comme toujours, travail sur les voix (et belle musique), cherchant le sens dans l’éloignement de l’élocution quotidienne.
Assez amusant de voir les écoutants de ce qui, au-delà de la philosophie et des temporisations, est tout de même passablement pornographique.
Un peu avant la fin, assez lasse de ma journée, du coté légèrement didactique de cet érotisme 18ème, et du caractère peut être un peu trop brutal donné aux voix, m’en suis allée retrouver, dans le soir tombant, les plantes assoiffées, la cuisine à faire, le ménage à négliger,
et quelques lignes de Bossuet : « nous commençons tous notre vie par les mêmes infirmités de l’enfance, nous saluons tous, en entrant au monde, la lumière du jour par nos pleurs, et le premier air que nous respirons nous sert à tous indifféremment à former des cris ». Oui dà Monseigneur, et je m’en vais dîner et dormir.
et désolée, je n'ai guère le temps de lire sur le net

7 commentaires:

Rom a dit…

Bonjour Brig.
J'éprouve une sincère admiration pour ta culture qui ne gâte pas ton écriture, son émotion.
Elle t'habille mais ne te masque pas.
Bonne journée, je t'embrasse

Anonyme a dit…

Une journée plus que chargée, débutée fortissimo en dessins et continuée tout aussi allégrement de tréteaux en tréteaux... Un festival n'est pas de tout repos!
Aussi belle journée pour ce mardi.

Anonyme a dit…

Riche journée... !

Anonyme a dit…

Festival... Festival... il en restera toujours quelque chose ! J'y serai l'année prochaine...

joye a dit…

C'est curieux, la photo sur laquelle tout le monde marche, la tête baissée.

Je ne vois pas que tu aies à t'excuser de ne pas prendre le temps de lire sur le net. C'est mieux que tu nous parles de ce qui attire ton attention.

Et puis, Bossuet, t'a-t-il présenté ses excuses pour ne pas t'avoir lue ?

I think not.

;-)

Muse a dit…

Une culture et une soif de culture que je t'envie.Tu nous fait entrer dans Avignon et son festival par la grande porte.

Anonyme a dit…

Une inondation d'événements comment fais tu pour t'y retrouver ?