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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération

mardi, décembre 02, 2008

Aujourd'hui ma mère est morte - ou elle devrait l'être.
Je me prépare, en musant, boudant d'ennui léger, sans excès affiché dans la banalité, juste en suivant le fil de la vacuité de ma vie en ce château que m'avait assigné comme demeure, pour me protéger disait-il, son époux, son nouvel époux, lui dont nous avons appris, au début de l'avent, la maladie et le décès - oui, avec un soin prudemment caché, je me prépare à faire montre d'une surprise extrême lorsque la nouvelle nous viendra (je tente de m'empêcher de guetter la petite effervescence qui va accompagner l'arrivée du messager), une surprise légèrement douloureuse, et puis, peu à peu, à me permettre de laisser voir le cheminement en moi de la découverte de ce que cela signifie, un petit ébrouement de liberté, la lente arrivée du sentiment de ma nouvelle dignité, peut-être un soupçon de raidissement, juste un soupçon, pour que dure un peu dans les coeurs des servants, des soldats, de mes compagnes, la conscience de ma fragilité.
Et comme le regard de Messire Guilhem sera sur moi, je veux m'éviter ses conseils muets, le poids de sa maîtrise.
Aujourd'hui ma mère doit être morte. Quand il m'a rendu ma bague, après l'avoir, je crois, montrée à ses hommes - je ne dois ni ne veux entrer dans les détails - dans l'enclos où je jouais avec mes doux amis, ces petites biches et leurs faons qu'il a fait rapter dans la forêt pour mon plaisir - me séduire comme je les apprivoise - je l'ai remercié avec la gracieuse réserve que je me dois ; dans un murmure j'ai osé : "quand", et en nourrissant les bêtes, en caressant leurs museaux, il a répondu : "dans trois jours".
Aujourd'hui ma mère est morte. Un homme d'armes, genou en terre, m'a remis une missive du chambellan. Messire Guilhem était debout derrière moi ; il a esquissé avec une ostensible sollicitude un geste de caresse, qu'il a interrompu non moins ostensiblement, et dans le groupe de cavaliers qui entouraient le messager, et que je fixais de mes yeux embués, il y avait le corps trapu, les boucles, les grandes mains d'un garçon, le souvenir naissant de jeux dans notre belle enfance, et furtivement un sourire d'une grande bouche.
Tous les habitants du château, nobles, petites gens libres et serfs, ont défilé pour pleurer mon deuil et me rendre hommage, et Guilhem, le dernier, en se relevant a évoqué ces noces que disait-il nous nous étions promis.
Alors j'ai répondu que promesse il n'y avait pas, mais que je le remerciais de la tendresse bienveillante qu’il m’avait montré et que lien il y aurait toujours entre nous, que, cependant, l'heure n'était pas aux réjouissances, que nous étions en un temps d'afflictions, mais que son soutien m'étais nécessaire, que je comptais qu'il m'accompagnerait, et puis j'ai fait signe au garçon et l'ai chargé d'organiser notre départ et mon entrée dans la capitale du duché.

une participation (obtination stupide de ma part de persister à croire que je pourrai raconter - au milieu de textes de bonne teneur et plaisants, ce truc que je voulais un rien cruel n'a eu que trois jugements, deux pour lui trouver la joliesse des choses passées, un pour avouer qu'il était incompréhensible ce qui est pire parce que réellement involontaire) aux impromptus littéraires http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/ dont le sujet était : "... nous vous proposons de revisiter "L'étranger" d'Albert Camus. Ecrivez un texte, en prose ou en vers, démarrant par le célèbre incipit de ce roman : "Aujourd'hui maman est morte"avec la possibilité de remplacer maman par le personnage de votre choix. (Exemple : "Aujourd'hui le prince Isidore est mort)" - le non respect de la référence à l'Etranger étant général. - et en effet, en me relisant... bel exemple d'amphigouri ?.... mais, bah...
mais pour que ce lundi soit un joli jour, le ciel avait décidé de démentir les prévisions pessimistes de la météo.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

De "maman" tu passes à "mère". Tu outrepasses l'incipit mais une belle atmosphère cérémonieuse.
Belle journée chez toi. Ici, elle était, il y a quelques minutes encore, de givre fardée.

Anonyme a dit…

Le prince Isidore est mort ? Je tombe des nues...on aurait pu se croiser !

Anonyme a dit…

revisiter l'étranger...c'est placer haut la barre...

mais tu t'en tires super bine, comme d'hab.

Je fais un truc un peu similaire en atelier d'écriture avec mes élèves de lycée italiens.

Je donne le début des premières phrases, de la première page de l'étranger, et ils inventent;

Ils aiment beaucoup.

Muse a dit…

Revisiter Camus en un temps que tu maitrise parfaitement me convient parfaitement...pas facile à faire je dois dire. J'irai là bas te commenter comme tu le mérites.

Anonyme a dit…

Ta participation ne correspond peut-être pas au sujet mais ton texte est bien écris et très intéressant. Continues ton chemin sans te soucier des "critiques" des pisses vinaigre.