jeudi, octobre 15, 2009

Les rues se cassent, pour dérouter la ruée du vent, les maisons se lient, par tout ce qu'elles peuvent, et, bien arrimées, boivent le soleil, leurs toits dans le bleu, et la lumière.

dans l'après-midi, le vent est tombé, l'attaque du froid, qui tend à effacer la tiédeur en laquelle était enclos, nous est restée - et mon flou.

J'ai pensé vaguement à entreprendre le changement de garde-robe mais me suis rencognée dans le sommeil et dans un petit monde calfeutré, mes yeux essayant de me transmettre les lignes des petits traités de Quignard, qui peu à peu s'ouvraient pour m'accueillir, dans le plaisir de l'érudition se faisant récit enchanté, conte pour enfants studieux, et puis dans l'amour de l'humain, profond, lumière, ombres, faiblesse, intelligence. M'arrêtant, pour vaquer aux petites taches indispensable, à :

"Quelque divers que soient les hommes, les civilisations, les époques, les langues, les oeuvres, il semble parfois jusqu'à l'hallucination qu'il monte d'eux une apparence de plainte terrifiée, générale, qui paraît toujours dépouillée et neuve, comme un fond sonore qui rend fou. Langue au-dessous des langues, qui est le son d'un fragment de peur commune, que chacun émet sans doute à sa façon, et plus ou moins, mais qui erre de lèvres en lèvres, sur la protrusion presque sexuelle et toujours dénudée des visages, au cours des millénaires. Terreur peut-être élémentaire que durant des ères entières des hommes tenant des morceaux de cailloux ont grommelée, qui est aussi l'enfance même où elle se renouvelle, et qui nous assemble. Ce son qui geint, rythmique, puis arythmique, puis rythmique, ce plaisir de plainte qui est la vraie clochette des "troupeaux qui parlent une langue"..."

Et pendant que le soir descendait, après ma dernière récolte de feuilles, plantes redevenues verticales, en écoutant les débats à l'assemblée, j'ai, pour le plaisir rapide de me salir les mains, griffonné quelques unes des pages qui attendent que j'aille les jeter à coté des remparts.

7 commentaires:

joye a dit…

Lorsque je te suis, comme un enfant qui court après un papillon, j'ai souvent l'impression de galoper un peu sur le vent.

:-)

Avignon a dit…

Oui, moi aussi, mais pourquoi tant de spleen ?

brigetoun a dit…

carences ?

pierre a dit…

"les jeter du côté des remparts",
tes papiers ?
Dans un trou posés
je les verrais plutôt
avec une pierre dessus
les protégeant du vent
pour le passant.

"La langue au-dessous" écrit Quignanrd
n'est-ce pas plutôt au-dessus?

brigetoun a dit…

non au dessous, notre langue humaine ou cri ou rire qui soustend et que maquillent les langues (les papiers dans un container à ce dédié)

Gérard a dit…

Continue à te salir les mains avec des dessins comme celui ci, j'aime !

M agali a dit…

Ah Quignard...