vendredi, novembre 06, 2009

Ce mois ci "Paumée" accueille Christine Jeanney de « Tentatives » http://tentatives.eklablog.fr/brigite-celerier-ou-brigetoun-dans-tentative-de-vieillir-a779530

et je suis chez elle, toute aise dans cette élégance – dans le cadre des « vases communicants », échanges entre deux blogs le premier vendredi du mois.

pas un arrêt

Paumée, mais pas perdue.

Perdue, c’est la tête et le cou à la renverse, avec les rues qui tanguent et les murs qui ne tiennent plus debout. C’est les bancs qui ne sont plus des pauses mais des arrêts dans la folie des déplacements, dans la syncope des gestes désespérés.

Paumée, c’est lent. C’est jeter un œil, repousser la fumée d’une cigarette pour mieux voir. Lever son visage et l’incliner vers une balustrade, une gargouille, un portrait d’homme en habits, une statuette de danseuse, un masque romain aux yeux exorbités, un livre à couverture de cuir rouge, rouge ou grenat.

C’est marcher dans les rues hautes, voir le soleil en hachures sur les vitrines, avec le bruit de ses talons sur les pavés. Les pigeons s’envolent, les écrits restent. Prendre en photo des photos exposées, et les reflets qui posent d’autres formes par-dessus les reflets et se répondent. Apprécier. Et l’ouverture du ciel sur un perron, si bleu, les pierres tellement blanches, rien n’était prévu, même pas les aléas du tronc (et s’il s’était dépêché de faire surgir cette fleur rugueuse toute plate, son invention, juste avant que l’on passe ?).

Trouver un mot qui irait avec l’instant, faire une paire, comme dans ce jeu de cartes où il faut réunir celles qui se ressemblent. Et puis, jeter les cartes en l’air, tout le paquet, les regarder voler, se disperser, pluie de cartons, en trouver une cachée sous un porche, une autre posée sur une marche, monter cet escalier accidentel, se retourner, regarder à pleins yeux la vue qu’on a, depuis là, repartir.

Paumée, jamais perdue. Prête à prendre et à faire pivoter le goût des choses, prête à les mettre en place, côte à côte, jolie ronde, sur l’un de ces manèges à l’ancienne. Que ces choses se balancent en mesure, montrent leurs faces secrètes, et les angles morts, et les divagations. Les prendre, laisser glisser. À l’occasion, sur un banc, faire une pause, pas un arrêt."

16 commentaires:

Chroniqueur rudimentaire a dit…

J'aime la corde sensible que la funambule paumée fait vibrer. Même si, je dois bien l'admettre, je n'assimile pas - à dessein- le "paumé", paumé-palmé, paumé-pommelé ou paumé comme la paume d'une main ouverte?

brigetoun a dit…

paumée comme vraiment et toujours un peu perdue quoiqu'en dise la gentille dame

cjeanney a dit…

"comme la paume d'une main ouverte", désolée de n'y avoir pensé, quelle belle image cette main et tout à fait accordée à Paumée. Et la photo est la sienne, magnifique, comme toutes ses photos : suis contente de me l'être un peu appropriée (même si c'est un peu du "vol à l'étalage" :-))

cjeanney a dit…

alors c'est moi qui dit merci (le pensais si fort que je croyais l'avoir écrit)

jeandler a dit…

Charmant portrait, à petites touches, d'une passante, en passant.
Regard guilleret, oeil caressant.
Une pose, pas un arrêt.

La Méduse et le Renard a dit…

Joli texte, j'aime quand les pigeons s'envolent...

micheline a dit…

en lisant, je te suis,j'essaie , je fais comme si , j'y crois un peu , ça floue et fuit..mon blog s'est fait la malle on ne sait pourquoi ..ou plutôt qu'est-ce que j'ai fait?? rien je vous jure!!peux-tu y aller??
et bonne communication entre vases précieux..

Frédérique M a dit…

C'est un joli portrait, même si aux prises avec une trés ancienne phobie de me perdre, je rejoins plutôt Brigitte que Christine sur l'interprétatiion. Encore que, à certain moment de grâce, ilm'est arrivé, moi aussi de...

OLIVIER a dit…

Magnifique !!! Un portrait très juste, bravo !
Un bel échange !
Chère Brigitte,
Les femmes, l'Amour sont mes sources préférées et surtout inépuisables ;)
Beau weekend !!!!

Gérard a dit…

Un échange de qualité, mais que vient faire cette photo genre " Bombe à nœud tronc "

Enfantissages a dit…

Quel bel hommage vous rend Christine!

brigetoun a dit…

j'avoue - confuse suis

Anna de Sandre a dit…

Paumée, touchée d'une main à la bonne taille. Joli texte.

Ca†≈ a dit…

Plaisir de s'être égarée dans les volutes de cette paumée.

Nathalie a dit…

Je m'étais souvent demandée pourquoi ton blog s'appelait "paumée". Tu nous réponds aujourd'hui avec talent, j'en suis toute émue. Comme souvent, je suis épatée par ton écriture qui a l'art de saisir les toutes petites choses pour nous entrainer dans l'univers très particulier qui est le tien. Un monde plein de finesse où tous les sens sont ouverts. Vraiment magnifique. Merci.

brigetoun a dit…

ce n'est pas moi qui écrit mais Christine, et elle est trop positive