dimanche, juin 27, 2010

Je suis partie un peu avant cinq heures, dans notre première vraie chaleur, cheveux lavés et débroussaillés, une robe, que j'aime, sens devant derrière, par étourderie et parce qu'elle est beaucoup mieux ainsi, envie bien installée et démarche assez assurée, à l'assaut du vernissage des trois expositions organisées avec Barcelo, en débutant par les dessins et tableaux (à vrai dire il y avait aussi quelques plâtres et leur tirage en bronze, et de très belles poteries) à la collection Lambert.

Un léger choc en constatant que c'était plus couru et mondain, même si ostensiblement décontracté, que le pensais. Une pause, pas assez longue pour emmagasiner un peu de la fraîcheur de la cour, et un léger étourdissement en entrant dans le musée. D'où la décision de snober, provisoirement, puisque les oeuvres sont là jusqu'à novembre, les panneaux du gothique catalan (grand souvenir de Barcelone) dans la climatisation extravagante du petit palais.

Avant de constater que l'on pouvait prendre des photos, ce que j'ai fait avec une prestesse coupable, telle que j'aurais du détruire ce que j'ai ramené et qui est trahison, j'avais noté dans les deux premières salles de grands panneaux à la surface animée par un travail de papier froissé et collé et des masques goûteux. Une salle, peut être ma préférée, de visages : «cheik», «Moussa M» etc..., doucement tragiques, ou interrogatifs, lunaires, sur papier noir travaillé au kaolin et rongé par l'eau de javel. Dans la grande galerie du premier étage (ma première photo, prise en cachette) de grands formats de 2004 et 2007, sur fond rouge (la plupart) badigeonné avec des masses travaillées comme des pelotes serrées, noires, la surface creusée pour souligner le geste du peintre. Sur celui de 2004, le badigeon et le fond sont griffés jusqu'à laisser apparaître la trame. Des petits panneaux, lisses, formes sur fond blanc, entre les portes-fenêtres. Au milieu de la rangée des grands panneaux, «le coin de la toile», univers floqué d'un blanc bleuté sur lequel deux traits indiquent en perspective perdue le coin d'un tableau quasiment vide.

Et puis j'ai rencontré Mathilde, brune en robe blanche, provisoirement sourde mais souriante, et nos visites individuelles nous ont ramenées périodiquement devant telle ou telle oeuvre, comme ces ânes extraordinairement bâtés, qu'elle se désolait de ne pouvoir fixer puisqu'elle avait oublié son appareil, et que j'ai superbement loupés.

Me suis contentée, ensuite, de regarder, d'aimer, ou parfois moins, ou une ou deux fois pas du tout, avec ne sais pourquoi une petite euphorie qui me donnait envie de parler, de mettre mon nez dessus, de sortir de la réserve convenue.

en réalisant alors qu'Avignon est une petite ville, que je commence à connaître un certain nombre de gens, et que je me sentais infiniment moins libre que je ne l'étais à Paris.

J'ai souvent beaucoup aimé, même si la très sympathique femme que j'avais repérée pour des arrêts prolongés devant des toiles qui me plaisaient, et avec laquelle j'ai eu plus tard, avant de quitter la seconde exposition, une vraie conversation trop agréable pour être controverse, reprochait à Barcelo un manque de profondeur, d'intellectualité, rejoignant avec plus d'indulgence les avis sévères récoltés sur Facebook le matin. Navrée d'avoir l'air de suivre une mode, un consécration, mais j'aime justement cet amour un peu primaire de la matière et du geste, du travail, un côté artisan, modeleur. Ne suis pas intellectuelle, admire, apprécie ceux qui le sont mais suis bien trop attachée à mes premiers mouvements pour cela. J'aime le jeu, j'aime le travail des main, j'aime la force et la joie de création et, à tort ou à raison, trouve de cela chez Barcelo, ce qui me donne goût pour lui.

Je suis partie au bout d'une petite heure, très vaguement intriguée par les belles tables installées puisque le carton mentionnait un cocktail dans le grand tinel, au palais,

pour le rejoindre, justement, le palais, où sont montrés des modelages, des terres cuites, émaillées.

Vu en passant la mise en place du décor du premier spectacle du festival, et une cantine-atelier improvisée sous des voûtes.

Vérifié mon snobisme inguérissable à mon envie de m'assoir auprès d'un groupe de femmes un peu plus âgées que moi, aimables et raffinées, avec lesquelles j'ai échangé quelques mots, m'en suis amusée.


et puis j'ai circulé, vu plus que je n'ai photographié, eu une folle envie de disposer d'un petit coin sombre dans un de ses ateliers pour le voir travailler tout en gâchant de la terre, d'assister à la sortie du four. Les visiteurs étaient souriants, détendus et le mélange entre les avignonnais plus ou moins sur leur trente-et-un et les touristes en short et audio guide en main, un peu surpris en débouchant dans les sacristies et la grande chapelle, choisissant le plus souvent de regarder avec application ce qui leur était indiqué dans l'oreille, et qui est fort beau, assez joli.


Suis partie vers sept heures, au moment où le gros des lambertiens arrivait pour voir, et je pense faire honneur au cocktail que je préférais bouder, tant pis pour le tinel,

pour faire pocher un bout de morue, cuire deux patates, et traiter les photos avant de repartir vers l'opéra puisque, lubie subite, j'avais pris un billet pour une représentation du Voyage dans la lune d'Offenbach par les élèves du conservatoire.

Mais iphoto et picasa étaient parfaitement rétifs, pleins d'esprit d'indépendance, d'initiatives bizarres, et le traitement, la récupération quand elle atterrissait dans la corbeille, de chaque photo m'absorbait tellement que j'ai réalisé tout d'un coup qu'il était 8 heures et demi et donc trop tard pour partir. Le matériel s'est immédiatement assagi, et me suis trouvée avec mes photos sans trop savoir qu'en faire. Pardon imploré.

14 commentaires:

Mathilde a dit…

La brune à la robe blanche trouve que ta description du vernissage est fabuleuse. Je regrette seulement que tu ais loupé la photo des petits ânes sculptés noirs et blancs, comme je regrette qu'ils n'aient pas pensé à en faire de jolies cartes postales à se ramener sous le bras ! J'ai également boudé le grand tinel, mais par inadvertance, j'avais rendez-vous à la sortie du palais donc je suis revenue sur mes pas sans passer par la salle où on y dégustait des petites soupes à étages (différentes saveurs) et des brochettes ! En même temps, je ne suis pas fan des bains de foule, donc j'ai échappé à la cohue ! Comme toi, je n'aime pas un artiste parce-qu'il est mis en avant par les institutions du champ de l'art, mais parce-que j'aime ce qu'il fait. Je serais une menteuse si je disais que j'ai tout aimé, mais suffisamment de choses m'ont séduites pour dire que j'ai trouvé ce vernissage plein de jolies surprises ! Je suis également fan de cet éléphant place du palais qui lorsqu'il devra partir va laisser l'endroit bien vide ! Quand je pense qu'on habite une petite ville de 90.000 habitants, on a bien de la chance tout de même d'avoir de telles propositions à notre portée ! Dans quelques jours c'est le festival, on ne va pas s'ennuyer non plus !

micheline a dit…

oui vous avez bien de la chance et l'énergie pour en profiter!
Et ici je crois que notre élémentaire fête du quartier va foirer!

pierre a dit…

Avignon à l'heure espagnole et du baroque majorquin.
Quelle chance vous avez, en cette Cité... je ne me lasserai pas de le dire.
Mais quelle journée, encore jusqu'à oublier l'opéra!

Lavande a dit…

Donc je note: exposition Barcelo à ne pas rater pendant notre petite semaine festivalière. Eternel problème: les lieux sont-ils accessibles en fauteuil roulant?
Je m'aperçois que ça fait un an que je lis/regarde votre blog chaque jour avec bonheur puisque je l'avais découvert grâce à JEA au moment du festival l'an dernier. J'y ai découvert qu'Avignon est une ville bien vivante... même quand les festivaliers n'y sont pas!
Et quel bonheur vos photos quotidiennes des coins et recoins de cette belle ville.

DUSZKA a dit…

Tellement différent de mon coin berrichon sandien, ce qui, grâce à toi et tes photos, me laisse un goût de miel, et le plaisir d'un voyage immobile.

Lautreje a dit…

je les trouve très bonnes tes photos, elles me donnent toujours envie d'en reprendre un peu par gourmandise, comme ces masques gouteux.

Avignon a dit…

J'aurais bien fait le trajet des trois expositions avec toi...
L'écoute des commentaires dut être intéressante.
Mais nous étions dans les Hautes-Alpes...
Les œuvres que je connais de Barceló (sur l'Espagne et sur l'Afrique) je les trouve très belles.
Paso-Doble en 2006 était puissant et réjouissant.
J'rai sans doute voir ces expos... !

brigetoun a dit…

merci à toi de penser que l'on peut avoir du goût pour ce qu'il fait. En plus, comme me l'a dit ma très gentille contradictrice c'est un plaisir de voir les oeuvres dans le calme (même hier) frais de la grande chapelle en venant de la chaleur de la place (mais pour le petit palais j'attendrai l'automne, je n'encaisse pas le choc thermique)

Gérard Méry a dit…

J'aime tes photos d'œuvres poissonnières !

joye a dit…

Les oeuvres ont l'air trop laides pour mes yeux d'inculte. Et je sais que je serais chassée de tout lieu culturel.

Heureusement que je peux le regarder de loin sous ton égide protectrice.

arlettart a dit…

Rentrer, sortir en pirouette d'une "fabuleuse "exposition " convenue cela m'est arrivé!! sous les yeux horrifiés des bien -pensants me considérant en inculte notoire!! ciel!! et le cocktail???? vous partez vraiment ????
La vie est belle.. d'un bout de morue!! non je n'aime ps la morue

brigetoun a dit…

non là aucun jugement, c'est plutôt dans le fait d'avoir du goût pour lui alors qu'il a du succès et qu'il est passablement primaire (un rien prétentieux, ça c'est vrai, mais m'en moque, et d'ailleurs ce n'est pas un culte, j'aime bien, je suis bien avec ça tout simplement)

Chez Jeanne a dit…

les mots ont pris toute leur place dans ce vernissage, comme pour le poursuivre en d'autres lieux..
et c'est si plaisant..

D. Hasselmann a dit…

Belle photo de fin (il y en a un peu trop dans les mosaïques, mais c'est un goût purement personnel), le surplomb une fois agrandi donne presque l'idée du futur spectacle.