mardi, juin 15, 2010

Tartine en main, j'ai cru voir au dessus de ma cour une promesse de grandes trouées dans le ciel, de victoire du bleu sur l'indistinction du petit matin, et, comme de toute façon le programme était celui-là, me suis douchée, débroussaillée, vêtue, à une heure pour moi presque indécente, à une heure de travailleur point trop pressé. Et m'en suis allée sous un ciel nuageux que je voulais hésitant, un peu, qui laissait croire que son moutonnement grisâtre était nourri de lumière, gros d'éclaircies à venir,

vers la trentaine de personnes qui attendaient, détendues, dans la tiédeur et la beauté calme du cloître Saint Louis, avec une grosse demi-heure d'avance, l'ouverture de la vente officielle des billets.

J'ai pris mon numéro d'ordre, échangé des sourires, des plaisanteries légères, quelques opinions sur les spectacles et la possibilité d'obtenir des bonnes places, décidé que je préférais rester debout, d'autant que tous les bancs étaient occupés, et qu'à ma fugitive navrance, je ne suis plus trop capable de me hisser des quelques centimètres nécessaires pour m'installer sur les murets, j'ai péché dans mon sac le bouquin de Jaccottet que j'avais attrapé en sortant, et par brides, entrecoupées de contemplations ou de rêveries, ou de rien, m'y suis plongée, et, je ne sais pourquoi, j'étais fort bien, doucement accueillie, dans ces poèmes, comme «le livre des morts», leur tranquille acceptation.

Et les yeux posés dans le creux tendre du platane, je faisais pause, et, dans son souvenir, je lisais

«Celui qui est entré dans les propriétés de l'âge;

il n'en cherchera plus les pavillons ni les jardins,

ni la trace, aux miroirs, d'une plus brève et tendre main :

l'oeil de l'homme, en ce lieu de sa vie, est voilé,

son bras trop faible pour saisir, pour conquérir,

je le regarde qui regarde s'éloigner

tout ce qui fut un jour son seul travail, son doux désir...»

Livre posé sur la margelle du puits, je regardais la lumière qui jouait avec les beiges et les roses des galets, et je sentais, sans lever les yeux, la déchirure du ciel.

«... non plus avec armes brillantes ou mains nues,

non plus avec des paroles, fussent-elles retenues...

Résume tout ton être dans tes faibles yeux :


Les peupliers sont encore debout dans la lumière

de l'arrière-saison, ils tremblent près de la rivière,

une feuille après l'autre avec docilité descend,

éclairant la menace des rochers rangés derrière.

Forte lumière incompréhensible du temps,

ô larmes, larmes de bonheur sur cette terre !»

fesses posées sur la margelle de la fontaine, dans la présence de la mousse si proche, de l'eau verdie, du rayon de lumière qui s'y frayait place, après les poèmes d'octobre, après les leçons, je revenais, quelques pages en arrière, en totale adhésion, à :

«Offrande par le pauvre soit offerte au pauvre mort :


une seule tremblante tige de roseau cueillie au bord

d'une eau rapide ; un seul mot prononcé....

Et que par ces trois coups légers lui soit ouvert

l'espace sans espace où toute souffrance s'efface,

la clarté sans clarté...»

Et puis, comme je sentais que mon tour approchait (et ne me trompais que d'un gros quart d'heure) je suis revenue vers la petite et provisoire communauté et, avec une jeune femme qui me précédait de quelques numéros, nous avons joué les officieux relais de renseignements, jusqu'à ce que j'obtienne, crevée étais, tout ce que j'étais venue chercher

  • «el ano de Ricardo» aux Pénitents blancs le 18 à 22 heures

  • le concert de Pascal Dusapin aux Carmes le 19 à 23 heures

  • une très très bonne place pour la tragédie de Richard II le 21 juillet à 22 heures, en me disant pour me déculpabiliser que je trouverai un usage pour ma mauvaise place, ce qui a été e cas, bénie soit X

  • un billet pour la séance de 19 heures du 24 juillet (c'est vrai voilà un autre billet, moins attrayant à utiliser, celui pour 12 heures) au Lycée Mistral

  • le concert dessiné du 24 juillet à 23 heures

puis m'en suis revenue, jambes raides, un peu, en passant par le syndicat d'initiative pour acheter une carte pour le off (mon nez est à peine moins laid que l'année dernière) qui me servira ou non.

Après midi occupé à trier sans grand enthousiasme le nombre ahurissant de hardes légères accumulées d'été en été, et à repasser, à ranger ce qui est trop grand ou trop large etc..., à faire un tas de ce qui se froisserait si je l'ajoutais aux frusques, de belle facture ou du genre fripes, portables ou non, pendues en trop grand nombre et que je devrais inventorier.

Voilà, voilà.

19 commentaires:

Lautreje a dit…

La photo de la fontaine est une merveille de couleur et de mousse tiède. J'aurais aimé glissé mes doitgs.

tanette2 a dit…

J'espère que tu pourras porter tes hardes légères pour ce festival, pour l'instant je songe à ressortir les gros pulls...

Avignon a dit…

Il y a du soleil dans l'eau !
C'est beau.
Tout ça sent l'été...

brigetoun a dit…

j'aimerais assez qu'il y ait un peu de soleil dans l'eau de cette journée, que t'en semble ?

D. Hasselmann a dit…

Richard II : rdv le 22 juillet, mais nous, au dernier rang (Internet fonctionne moins vite que le cloître Saint-Louis, petit frère de l'hôpital pas loin) !

Avignon a dit…

De toute manière j'aime l'eau.
Froide.
Et la pluie.
8-D)

Avignon a dit…

Et j'aime quand il y a du soleil dedans.
L'arc-en-ciel.
Le lagon.
L'eau de feu.

Chri a dit…

Vivement la retraite à 55 ans qu'on puisse faire toutes ces queues pour acheter toutes ces places!

pierre a dit…

Je dirais plutôt qu'il y a de l'eau dans le soleil...
Ce n'était donc pas terminé
quelques plages encore à meubler dans ton emploi du temps
comme le ciel
il se charge...

brigetoun a dit…

le cloître Saint Louis, successeur de l'hôpital - une certitude : la cour sera pleine pour Richard

micheline a dit…

Décidément pas de temps mort chez toi

Chri a dit…

Ce qui console un peu c'est que vous serez, encore cette année, notre envoyée spéciale au cœur du festival!

brigetoun a dit…

si carcasse veut bien - l'idiot c'est que si j'avais su j'aurais pu prendre billets pour vous, mais à je n'y retourne plus

Mathilde a dit…

Ta photo de la fontaine avec le reflet dedans est magnifique Brigetoun !

Gérard Méry a dit…

Je reste cloué sur tes pavés...joli coup d'œil

Chri a dit…

Merci Brigetoun... Il faudra y penser l'an prochain!!! Billeterie pour ceux qui sont loin mais pas trop!

Chri a dit…

Sur internet tout était complet le mardi!

brigetoun a dit…

même sur place lundi au tout début j'ai eu une chance insensée (sans doute parce que seule)

ogre a dit…

j'aime ces moments, j'aime cet endroit.
M'hauria encantat ser-hi(aurais aimé être là)