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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération

vendredi, juin 04, 2010

Variations rolling stone (with no direction home)



variation 1: homesick


Tu n'aimes pas ces nuits-là. Trop de temps passé dans la voiture – tu avais roulé sous la pluie tout l'après-midi, écouté des CD d'un rock bruyant jusqu'à l'insupportable – trop de tensions accumulées et cette bascule du soudain seul et loin de chez soi. Alors descendre jusqu'à ce carrefour – tu es déjà venu ici, tu sais qu'une cabine téléphonique, le parking d'un magasin et la cabine isolée en bord de trottoir – tu entends leurs voix, ils te racontent, sans la moindre crainte au récit des heures. Qu'as-tu su leur dire sinon que la pluie?


Tu sais qu'un bar au-dessus, l'année dernière déjà – c'est ainsi, où que tu ailles, il te faut t'ancrer à l'un de ces lieux, là tu connais les codes et sais qu'on peut demeurer seul – y boire une bière, une seconde – tu penses à cette scène écrite il y a peu – quand tu racontes aussi il te faut des bars, parce que là le monde se parle et qu'on y peut demeurer en ses pensées, sans pour autant désarrimer – leurs voix t'entourent, ce que tu captes de leurs mots, de leurs gestes. Tu le regretteras tout à l'heure: trop de visages pour l'abandon au sommeil.


Réveillé trop tôt, mais la lumière sur le mur d'en face. Des ciels comme ceux de ton enfance – l'océan à une heure de voiture, vie promise aux trouées de lumière. Aller marcher. Tu feras le tour de la ville ou presque. Du temps à tuer à grands pas, et les mots qui se mettent en branle peu à peu.


variation 2: homeless


Jusqu'à ce surgissement – rues désertes et silencieuses, comme un décor – sacs plastiques en mains, de ces grands sacs que les supermarchés nous vendent désormais – un homme, une femme – ils marchent parallèle, pas lent des sacs lourds, et l'on se dit que des valises – s'éloignent au trottoir, pas lent, pas régulier, dos raide et regard droit devant – vont, s'en vont, et puis la voix – voix qui voudrait porter mais ne peut guère, voix grasse – il s'approche, canette en main, de ces bières fortes – demi litre massue au crâne – s'arrête pour une gorgée et redémarre – à elle qu'il s'adresse, parce qu'une bouteille – ils se sont arrêtés, leurs sacs lourds qui les tirent aux poignets – une bouteille de mousseux – sous-entendus en boucle qu'elle la lui aurait volée, cette bouteille – il les a rejoints maintenant, et elle qui tente encore de feindre, phrase pour dire qu'elle voit pas ce qu'il veut dire – alors geste circulaire de la main restée libre, celle sans canette, et, jambes légèrement écartées, dire la phrase entendue déjà – il s'adresse à l'homme maintenant – phrase des vigiles de supermarché – s'il peut vérifier dans les sacs, s'il vous plaît – juste regarder, c'est tout – sacs qui se posent à terre, et c'est elle qui répond, qu'il la prenne la bouteille et qu'il leur foute la paix maintenant – rien d'autre, qu'il la prenne et s'en aille – mais impossible tant de défaite, alors coups de pieds aux sacs et les affaires qui s'étalent au trottoir – personne autour, prendre la prochaine à droite, accélérer le pas – il l'insulte maintenant, qu'elle aille se faire foutre, et qu'elle ne revienne pas surtout.


Tu iras t'acheter de quoi pour le sandwich ce soir – une pause sur l'autoroute à mi parcours – là qu'il les achète ses bières – quand tu sortiras de la supérette, lui assis sur le banc du square en face, canette en main, le regard à terre. Tu sais déjà qu'il t'accompagnera pour la journée.

« Paumée » se dilate de plaisir et de fierté en accueillant Michel Brosseau, et plus petitement, plus faiblement, pas moins densément, espérons le par optimisme bon pour la colonne vertébrale, Brigetoun en errance est sur l'un de ses blogs « à chat perché » http://www.xn--chatperch-p1a2i.net/ (si vous ne l'avez déjà fait, et si vous avez du temps, retardataire que vous êtes, il y a aussi le feuilleton policier au goût délicieusement étrange http://killthatmarquise.wordpress.com/)

« Paumée » a tenté de trouver des images évoquant, d'assez loin, en ne trahissant pas trop mais tout de même un peu, pauvrette était la réserve, les mots qui se posaient sur lui.

« Tiers Livre et Scriptopolis sont à l'initiative d'un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

une liste des vases communicants de ce mois, qui s'espère complète, ci-dessous :


9 commentaires:

ACC a dit…

Terrible couple encombré de sacs et de bière !
Je n'aurais pour rien au monde désiré les croiser au coeur de l'errance.
Aime follement la formule finale : "Tu sais déjà qu'il t'accompagnera pour la journée."

Brigetoun a dit…

mais j'aime la lumière sur le mur, les ciels comme dans l'enfance, et les mots qui redisent l'histoire, la transfigurent

micheline a dit…

S'en aller sur la route sans bagages ...que ses souvenirs..et la pluie

Michel Benoit a dit…

3e chapitre : "Homelet"

Christophe Sanchez a dit…

Du brosseau pur jus ! On repère l'écriture aisément, pas besoin de mention. J'aime bien les coupures, les saccades dans ce texte, surtout dans le second volet où tout se vit en accéléré : la bouteille, les sacs lourds et la main prise dedans...

florence a dit…

la science du détail, du suggéré, avec cette science de l'éllipse, et cette force d'évocation... très beau texte, merci.

Michel Brosseau a dit…

merci à vous tous, et merci à Brigitte pour les photos

Brigetoun a dit…

hum... pour les photos

ACC a dit…

Non non Brigitte pas de "hum" qui vaille, j'aime aussi le montage photographique.