samedi, juin 05, 2010

Une plante à peu près aussi fraîche que l'était mon esprit quand, vendredi, en buvant le fond de ma deuxième tasse de thé, j'essayai de reconstituer, de regrouper (et j'adopte l'ordre de la liste, tout benoitement) ce que j'avais cru comprendre dans les textes des vases communicants de juin, beau cru bref et dense, pourtant. (et me suis battue avec iphoto d'humeur extrêmement contrariante et lambine pour essayer de trouver des ponctuations, alors c'est comme ça peut)

Et d'abord, il semble que, marrie j'en étais, et sans doute navrée pour eux si leur velléité d'échange avait une quelconque importance, n'aient pu se faire, pour cette fois, ceux projetés entre François Bon et Dominique Pifarely, et entre France Burghelle-Rey et Denis Heudré.

Mais il y avait


Christine Jeanney http://jeanyvesfick.wordpress.com/ et le charme rythmé de la « nuit dans la chambre sans rêve » dont le papier peint ne peut rien contre ce qui est survenu, les jeunes tambours qui

«s'approchent au bout de la rue noire chérubins avancent

genoux ronds levés haut quand

derrière eux des centaines de soldats en arme des hommes sans yeux en noir"

ni le bruit du train, et la terreur qui s'en va, ne laissant rien, qu'elle.

Et, en vis à vis, Jean-Yves Flick http://tentatives.eklablog.fr/jean-yves-fick-dans-sur-un-fil-vases-communicants-de-juin-a1294761 et son long poème « sur le fil » - les vies

« encore et encore

cela juste cela

pour restaurer

un semblant de sens

dans les lacis

la vitesse

les distances

qu'on efface

au jour faux des artifices » fragiles, et au matin les bruits de couverts dans le couloir.

Joachim Sené http://www.urbain-trop-urbain.fr/tant-quil-y-aura/ disait « tant qu'il y aura » (et avec nuances tout pourrait s'appliquer à Avignon) descriptions de pierres, de places, de siècles et «tant qu’il y aura des pays pour faire entrer des touristes, tant qu’il y aura le taux de change, tant qu’il y aura des coutumes et des langues, tant qu’il y aura le passé. »

et Urbain trop urbain http://www.joachimsene.fr/txt/spip.php?article146 : chantait un superbe thrène ou plutôt blues pour Nola, toutes les douleurs noires et la marée

« Toute disloquée


et tu poisses Nola


tu poisses ta marée


mais ça colle pas 
comme rien n’a jamais collé


Et là regarde là


ton linceul s’avance vers toi Nola »

Les poèmes de Murielle Laborde Modely http://cheminsbattus.spaces.live.com/blog/cns!193D10878426C1B7!3295.entry vers guillerets comme des comptines pour dire l'ouverture, la quête, le recueil de gestes, objets, mots d'où naissent l'écriture, et le trop plein devant l'immensité de ce qu'il y a

« sur l'écran de mes yeux

pour l'éblouissement

singulier du silence

mais je sens toujours

couler sur mes cheveux

les mots

de ceux qui savent

de ceux qui dictent

de ceux qui pensent

de ceux qui bandent

de ceux qui éjaculent

la giclée fébrile et molle

des pédoncules »

et celui de Morgan Riet http://l-oeil-bande.blogspot.com/2010/06/orgueil-de-poete-vasescommunicants.html très joli, malicieux, poème pour souhaiter écrire aussi bien qu'il balaye, non sans ironie sur

« tous ces amasseurs de poussières amateurs

en matière d’approche esthétique

et de maîtrise de cette insigne technique

de surface. »

Florence Noël donnait un passage d'un livre à venir 'ils reviennent toujours » http://futilesetgraves.blogspot.com/2010/06/vases-communicants-extrait-de-ils.html

« Un ermite. Quelle évidence, ici, cet ermite dans ce désert sans homme, priant pour ce monde décapé de ses apparences, ce monde dépouillé et souffrant. Croissant à la perpendiculaire de l’axe de ma course. Démesuré, la nuque voûtée pour demeurer là - Présence – sous le chambranle de la porte. » dans la zone contaminée «et la douleur se lève comme un voile, reste l'absence de faim » le refus, et tout ceci est un récit fait à une jeune femme aimée, familière de cette terre contaminée

et, dans un texte que j'ai dégusté parmi les premiers, m'accueillant dans le jour qui se levait et me donnant appétit, par sa beauté ferme, Anthony Poiraudeau http://pantarei.hautetfort.com/archive/2010/06/03/6e2711fff0e9b22dae2cbbcad222601d.html, revenait vers la ferme des oncles comme dans ces visites de l'enfance

« Le passage de mon excitation sourde à mon ennui sans début ni fin, s’il était très net, n’en n’était pas moins imperceptible. Il ne marquait pas une déception, à peine une détresse. Je trouvais à chaque fois l’excitation sur le chemin et le désoeuvrement à destination. Rien ne me surprenait là, c’était l’évidence et l’inéluctable. »

et il y a cette justesse : la jeunesse de la mère ne devient sensible que quand on est adulte. Et la conscience de ces vies qui se sont succédées là, et la vie qui « ici comme ailleurs » avait violence.

« Les prairies d’ici sont vertes parce qu’il le faut bien, elles ne le sont qu’à contre cœur. C’est la terre ordinaire des champs, brune à nu autour des pieds de maïs et des plants de pommes de terre, qui me paraît la plus franche pour donner la couleur des lieux »

Christophe Sanchez http://feenmarges.blogspot.com/2010/06/vases-communicants-lalliance-un-texte.html racontait en longues phrases souples le trajet d'une alliance, souvenir qu'on ne veut pas renier d'un amour passé

« Elle a même laissé sur mon doigt une trace blanche en forme de petite couronne clonée semblable à une ombre en négatif qui me rappelait sans cesse son existence cachée. Cette marque que j’ai crue longtemps indélébile s’est évanouie l’été suivant à la faveur d’un bronzage réussi sans toutefois faire disparaître de mon esprit l’anneau sauvé des eaux. »

et d'Anne Charlotte Chéron http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/2010/06/verres-vasescommunicants-par-anne.html il y avait ce texte dur et beau, en deux strophes :

  • main dans la main avec la mère aux lunettes masquant les yeux ou plutôt l'oeil à cacher

  • alliance au doigt pour sembler femme, ou n'importe quoi, mais surtout pas fille du père, mais

« Certaines choses mentent pourtant comme un nez au milieu de la figure. En d’autres termes : le nez ainsi que les cheveux, le regard trop perçant plein de haine et d’inquiétude, la tenue et enfin l’attitude qui découlent d’une certaine éducation

de Maryse Hache http://www.liminaire.fr/spip.php?article608

un poème pour toujours dire la palpitation du monde

« de grands pans pivotent ouvrent à de la vastitude nouvelle de grands portes métalliques s’élèvent et donnent sur rien mais l’horizon »

et le souvenir d'une île en écho à Michel Butor

« ses fenêtres à carreaux

ses rideaux fins de tulle

ses femmes à corsage »

et de Pierre Ménard http://semenoir.typepad.fr/semenoir/2010/06/lusure-du-temps-de-pierre-ménard-vases-communicants-de-juin.html : réaliser une oeuvre, affirmer, au coeur du temps et des variations qu'il apporte

« L’usure du temps va plus vite que le temps. Procédé de construction inscrit dans un mouvement plus général, englobant les différents plans. «

continuer, en sensibilité

le très bel échange entre :

Arnaud Maïsetti http://samecigarettes.wordpress.com/2010/06/04/journal-prospectif-ceccia-paris / le voyage à Ceccia (journal prospectif), à cette île où je suis née et ne connais guère que par les mots. Ville d'origine, ville où il est étranger, qu'il chante pour tout ce qui n'est que de là

« Les villes du continent n’ont pas de relief, n’ont pas cette chaleur qui monte du sol, n’ont pas l’odeur noire et sèche du maquis, n’ont pas d’orage claqué sous le ciel bleu ; j’y marche sans appartenance, et sans nom. Là-bas, des souvenirs dépourvus de mémoire se confondent avec ces rêves qu’enfant la terreur fait pour nous les soirs de fièvre. Comment savoir que ces villes nous habitent ? »

avec, en écho final Mahmoud Darwich « pour l'oubli »

et Louis Imbert http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article343 l'homme en voyage, l'orient, le corps en marge

« C’est comme un sas, une pièce de Celluloïd partout autour, on pourrait toucher. Cela interdit de comprendre. Cela interdit d’être là, de sentir le poids de communauté, de corps et ligne du ciel qui l’un dans l’autre s’épanchent, sauf en de rares moments avec de rares amis, seul et en mouvement aussi ou en marge, en surprenant cela qui n’est pas à moi et soudain crève de vie » et la beauté pour nous qui lisons de ce qu'il dit de ce monde qui l'entoure

Il y avait, bravo à eux, l'échange décidé en fin de journée jeudi, et en ligne aux toutes premières heures de vendredi entre

Jeanne http://www.lesmarges.net/files/ed9b66ade90ca01a1b0f4f69b28f2d41-965.html#unique-entry-id-965 entrer dans le jour, dans les lignes plutôt, et retrouver paysages rêvés

« je ne peux évidemment qu'être là

dans ces champs de mots pour éviter qu'ils ne brûlent, éviter qu'ils ne me brûlent»

et Jean Prod'hom http://chezjeanne.free.fr/index.php?post/2010/06/04/saisons admirable, une fois encore, sobrement, l'histoire des espoirs des humains, et des violences, et recommencements.

«Les voici tout près du couchant, toujours rien, manquant de tout. Adieu le siècle des Lumières, raté le rendez-vous pris à l’âge de la raison avec l'âge nouveau, amour et loisirs : le volcan crachote des confettis, révolution des oeillets, révolution de safran, de velours, révolution des roses, l'orange, celle du cèdre, celle des tulipes.»

et puis bien entendu le meilleur, deux dérives sur le thème de l'errance :

Michel Brosseau, ci-dessous, en deux temps :

la route, la pluie, le bar et les vies que l'on regarde et écoute, et puis ce couple, le lendemain peut-être, dans les rues de cette ville étape,

« ils marchent parallèle, pas lent des sacs lourds, et l'on se dit que des valises – s'éloignent au trottoir, pas lent, pas régulier, dos raide et regard droit devant – vont, s'en vont, et puis la voix – voix qui voudrait porter mais ne peut guère, voix grasse »

et mon errance dans les mots, les idées qui circulent, amies ou non, autour de moihttp://www.xn--chatperch-p1a2i.net/

«arrêtée par des ruines écroulées, restes de lectures oubliées, contournant les rideaux que sont avis flottant entre amis, je cherche sur des chemins venteux qui se présentent, charmants, ou intrigants, et point ne m’importent.»

Ayant fini de préparer ceci, bien ou mal, j'ai mis ma nouvelle petite robe noire, une veste, tenté de donner allure vaguement passable à mes cheveux, pris doliprane pour calmer migraine et (on peut toujours espérer) acouphènes et suis partie, sous un ciel qui perdait de sa violence, à l'opéra pour un concert lyrique dont j'ignorais à peu près tout, mais avec des solistes du CNIPAL ce qui augurait une ou plusieurs agréables découvertes.

un très agréable moment, dans une salle presque vide, avec une troupe de jeunes chanteurs, au métier déjà affirmé, mais pleins de fraîcheur, plus ou moins bons, et plutôt plus que moins, dans un programme d'airs de Mozart et de Rossini.

9 commentaires:

F a dit…

oui, excuses et regrets – trop de vagues intérieures qui se brassent dans tous les sens – y avait besoin de pause ou respiration

mais c‘est bien aussi de voir ça d'un point de vue de lecteur, pour une fois!

et le compte rendu magnifique, fait circuler dans tout ça, désormais indissociable comme la liste

JEA a dit…

de toutes les voix écoutées, celles que je préfère ne sont pas celles des violons mais celles des violoncelles...

Michel Benoit a dit…

Elle est trop belle l'esthétique de la souffrance sinon de la nostalgie.

J'essaie de l'éviter.
J'essaie de léviter.

cjeanney a dit…

Merci Brigitte de l'éventail ouvert. Et puis aussi du spot light tourné vers une phrase sur laquelle on était passée trop discrètement ( je pense à l'extrait de Christophe Sanchez encore plus fort lu ici)

Brigetoun a dit…

Christine ma réflexion n'était pas un appel du pieds, mais venait du constat du petit nombre (pas un mal en soi, d'aileurs) des contributions et l'impression que ce n'était guère lu qu'entre nous et pas par tous - je sais le vendredi la plupart bossent

maryse hache a dit…

compte-rendu à chanter des mercis à l'assembleuse d'éclats de vases

arlette a dit…

Que de talents dans tout cela
Merci

florence Noël a dit…

merci brigitte de ce compte-rendu fidèle et attentif!

ACC a dit…

Merci Brigitte. Je ne poursuis ma lecture des vases communicants qu'aujourd'hui et votre aide est précieuse.
En effet le vendredi ne fut que labeur salarié. Peu de temps pour soi et les autres du coup. Puis le week-end déconnecté, frustration mais contente de faire cette pause lettrée en ce mardi matin.