dimanche, juillet 18, 2010

Avignon, Beckett, rien, Shakespeare, Falk Richter

suis partie à la recherche du paquet qui m'attend, pour m'apprendre que, pendant l'été c'était à la poste près de la gare (trop loin, trop de temps perdu, trop de gens faisant la queue) – j'espère que j'arriverai à y aller avant qu'il reparte, et demande à l'expéditeur de m'excuser si ce n'est pas le cas.

j'ai profité de la petite demi heure dont je disposais pour passer à la FNAC acheter la traduction de Richard II par Frédéric Boyer - de toute façon je n'ai plus le très vieux livret TNP édité lors de la production avec Vilar, qui m'a tant plus adolescente (la lecture, la pièce c'était ma mère qui l'avait vue), et pare cette pièce de toutes mes rêveries de théâtre et plus – ainsi qu'un nouvel exemplaire de «Joséphine» de Jean n, celui que je trimbalais la veille ayant servi d'éponge à une bouteille d'eau mal fermée

L'air était moins lourd et le ciel plus ou moins couvert, mais avec un petit vent qui l'a nettoyé tout en nous rafraîchissant

Les places à l'ombre dans le jardin de Mons, comble ce que je n'avais pas prévu, était tout de même appréciables, et j'ai un peu circulé, doucement, de bouts de terre en tronc, mur, pour trouver le meilleur endroit pour écouter Samy Frey lire de sa voix un peu haute, aux bas graves, économe, expressive, le début de Molloy.

Petites pérégrinations entamées parce que de la première place que j'avais trouvée, sur une pierre moussue, à côté de mon cher gastro au beau crâne et de sa femme, nous entendions mal.

Et après les premières lignes sur la chambre de la mère, me suis assise dans une flaque de soleil, sur l'herbe, juste un peu avant «c'est lui qui m'a dit que j'avais mal commencé, qu'il fallait commencer autrement. Moi je veux bien. J'avais commencé au commencement, figurez vous, comme un vieux con. Voici mon commencement à moi. Ils vont quand même le garder, si j'ai bien compris. Je me suis donné du mal. Le voici...» avec le plaisir de l'irruption de ce «ils».

Et je suivais, regardant le sol ou les arbres, mais peu à peu le vent a molli et la chaleur m'a chassée, debout derrière un tronc de micocoulier, en équilibre instable, à peu près, où c'est ainsi que je veux m'en souvenir à : «Mais c'est seulement depuis que je ne vis plus que je pense, à ces choses là et au autres. C'est dans la tranquillité de la décomposition que je me rappelle cette longue émotion confuse que fut ma vie, et que je la juge, comme il est dit que Dieu nous jugera et avec autant d'impertinence. Décomposer c'est vivre aussi, je le sais, ne me fatiguez pas, mais on n'y est pas toujours tout entier.»

et dans le calme de tous les écouteurs, nullement troublé par les inévitables mais discrets déplacements, (et une place s'est libérée pour moi, debout conte le mur, sous la vigne) jusqu'au départ pour enterrer le chien. «Il avait dû moins souffrir de sa mort que moi de sa chute. Et puis il était mort....»

applaudissement et le troupeau ravi s'est égaillé.

pour moi j'ai suivi une parade d'un spectacle de boulevard, salué la troupe qui joue dans la cour de la Faculté des Sciences et suis rentrée faire la cuisine et déjeuner

Suis partie, pensant que le vent avait molli, avec un pantalon fin et une large et légère chemise, un peu avant 20 heures, à Calvet

pour écouter les sonnets de Shakespeare, dans la traduction de Frédéric Boyer, lus par une partie de la troupe qui va jouer Richard II, dans une cour fort joliment pleine.

Un beau moment, sauf pour quelques sonnets qui se sont perdus dans le chant, parfois clameur, des platanes, en pleine forme, et avec lesquels certains acteurs ne pouvaient ou ne daignaient jouer.

Ne les ayant pas achetés (trop de sollicitations) je reprends sur Poezibao le 63, qui justement, prononcé avec force, était audible

«quand mon amour sera comme je suis

écrasé usé sous la main meurtrière du temps


les heures l’auront vidé de son sang auront

strié ridé son front son jeune matin aura

fait le voyage jusqu’à la nuit escarpée de l’âge

toutes ces beautés dont il est aujourd’hui le roi

évanouies ou s’évanouiront sous son regard

emportant avec elles le trésor de son printemps

en attendant ce temps je rassemble des forces

contre le couteau cruel décevant du temps

pour qu’il ne coupe jamais de ma mémoire

ma beauté mon amour si mon amant n’est plus


on verra sa beauté dans ces lignes noires

vivantes où lui restera toujours vivant» et vous invite à faire l'expérience passionnante d'aller lire, sur le même billet, l'original et trois autres traductions http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/07/anthologie-permanente-william-shakespeare.html

Et puis, le vent gonflant ma chemise et jouant librement sur mon dos, j'ai poursuivi mon chemin vers la cour de saint Joseph. Et mes ennuis ont commencé par le blocage de mon appareil sur : sans flash et très lent ce qui m'a donné des images étranges comme celle-ci de la toujours grande affluence devant le Paris et sa cohorte de non-théâtre.

ou comme celle du couloir d'accès à la cour.

Je venais voir, avec curiosité et un préjugé favorable «trust» de Falk Richter, texte et mise en scène et Anouk van Dijk chorégraphe et participation à la mise en scène, production de la Schaubühne de Berlin.

Et je m'avoue perplexe. J'ai aimé le texte, beaucoup apprécié l'humour, certains des passages dansés par les quatre danseurs (à d'autres moments danseurs et acteurs dansent ensemble, et c'est alors, pour exprimer les tensions, le vertige, les tentatives de se raccrocher les uns aux autres, une danse convulsionnaire, secouée comme par des décharges électriques) mais n'ai pas vraiment adhéré. Seulement, comme il y avait beaucoup de choses que j'aimais fort, je suppose que mon extrême inconfort né du froid et de mon voisin qui empiétait, en se grattant et baillant ou rotant, sur la demi place qu'il m'avait laissée, ce qui fait qu'en repartant mes jambes coincées pendant deux heures refusaient tout fonctionnement normal et que je devais les commander à partir des hanches.

Comme, de plus, en me levant enfin un peu avant la fin pour m'asseoir sur les escaliers, j'ai laissé sur mon siège le carnet que j'inaugurais, je reprends une partie du texte figurant sur le programme.

«Trust, s'interroge .. très naturellement sur la façon dont les comportements humains, en particulier relationnels, sont affectés par la crise économique que nous subissons de plein fouet. Si nous ne pouvons plus avoir confiance dans la valeur argent, ni dans les institutions financières qui dirigent le monde mais n'assurent plus la préservation d'un système juste et rassurant, pourquoi notre confiance ne serait-elle pas ébranlée dans notre vie sentimentale et nos rapports aux autres ? Force est de constater que nos relations voient le jour et se désintègrent dans des laps de temps de plus en plus courts, alimentant une course effrénée au sentiment. D'autant que l'image de l'être humain véhiculée au cours des dernières années a radicalement accentué l'individualisme et célébré l'idéal de liberté. Sur le plateau, mêlant monologues et dialogues composés d'échanges rapides, de phrases brèves, de répétitions et de croisements, l'écriture de Falk Richter entre en prise directe avec le travail chorégraphique d'Anouk van Dijk, qui invente un ballet incessant de chutes, de glissades, d'échappements et de retrouvailles. Même humour, même distanciation, même virtuosité pour révéler les questionnements auxquels nous sommes confrontés dans un environnement bouleversé ; même désir de pousser, parfois jusqu'à l'absurde, les situations de rupture et d'accouplement.»

Et il y a le beau jeu et la belle entente entre danseurs qui disent parfois, généralement en anglais, et acteurs qui dansent, le passage des moments où le texte prime, mais avec des notes de danse, des duos de danseurs et des déchaînements généralisés, la force comique qui magnifie la dérision, et notre détresse, cette lassitude avant de faire, ce renoncement, les révoltes avortées parce que tout est trop compliqué et donc «laissons les chose comme elles sont», la vie d'argent, de connexion, d'avions, la crise, la dirélection, les couples qui se défont et on est devant la fenêtre regardant la nuit.

Et, y repensant, maintenant que mes bras et jambes retrouvent un semblant de souplesse, je sais que j'ai aimé cela, pas jusqu'à en faire mon spectacle préféré, mais réellement aimé et trouvé intelligent. (les deux photos proviennent du site de festival)

16 commentaires:

cjeanney a dit…

Tout me plait ! (excepté le voisin malotru, aurait mérité qu'une faille tectonique le fasse descendre dans les soubassements de la ville, le temps du spectacle. malheureusement, on ne commande pas la Nature)

brigetoun a dit…

je viens d'émerger et de trouver deux superbes fautes (et n'ai pas tout relu) - je m'interroge toujours sur le dernier spectacle, ce qui est déjà une qualité à lui reconnaître)

micheline a dit…

pas tout lu et relu, pas trouvé les fautes, mais bien picoré..de si jolis mots et images

brigetoun a dit…

les fautes ont été corrigées - mais tête comme une coucourde ce matin et pour passer un peigne dans les cheveux soumis au vent des ouille ouille

Mathilde a dit…

Tu aurais quand même pu photographier Samy Frey (*/"lkj(**+==joica==çç33) arf arf arf...) de beaucoup plus prêt et te renseigner sur son statut actuel !!! (Soupir)

Pierre R. Chantelois a dit…

Une amie que je tiens en haute estime me disait tout le bien qu'elle pense de votre approche du théâtre et du regard que vous y portez. Que puis-je dire de plus? Il est heureux que vous soyez unique... chère Brigetoune. Des coquilles disiez-vous? :-)

Pierre R.

Avignon a dit…

Le Festival fera-t-il un hommage à Bernard Giraudeau ?

brigetoun a dit…

il y en a eu hier soir bref et chaleureux au début de a lecture des sonnets, et je suppose que cela a été le cas dans d'autres spectacles - salut par les pairs

brigetoun a dit…

Pierre, la famille et les proches diraient que, oui, une comme moi ça suffit largement

joye a dit…

Oh zut, brige, j'aurais pu t'épargner le prix de la traduc : Dans la pièce, ça finit mal pour les petits princes, Richard, et même son cheval, qui ne vaut pas un clou...

;-)

brigetoun a dit…

Joy là c'était les sonnets et joués par les acteurs de Richard II, pas III
(lui on va y faire allusion ce soir)

fardoise a dit…

Ai tout raté cette année, aujourd'hui encore. Heureusement que tu es là !

albin, journalier a dit…

L'enfer, c'est les voisins.

brigetoun a dit…

pas toujours, dans la file d'attente nous avions créé un petit club d'amateurs de Papperlapapp et Liddel et d'échanges de tuyaux très aréable

Gérard Méry a dit…

Je préfère quand c'est possible les spectacles en plein air assis sur la pelouse comme je vois sur une de tes photos.

lireaujardin a dit…

Bonjour Brigetoun,
En me promenant sur le net, j'ai (re)trouvé votre blog : j'y vois une photo où je suis présente et que vous avez prise lors de la lecture de Beckett par Sami Frey. Je vous la vole... sourire... pour la mettre dans mon blog, merci pour ce cadeau !
J'en profite, car je suis paresseuse, pour copier le premier passage de Molloy qui, lorsque je l'ai relu, m'a rappelé immédiatement la belle voix de Sami Frey.
A bientôt peut-être,

lireaujardin