lundi, juillet 19, 2010

Avignon - hommage à Alain Crombecque suite (Chéreau et Banu) – renoncement – Angélica Liddell

Réveil relativement tardif, tête douloureuse, projets off soupesés avec un enthousiasme très relatif, puisqu'il n'y avait pas de lecture au jardin de Mons, et que les conférences de presse m'ennuient toujours, ou du moins l'idée de, et, avec le mug de café, devant la cour : le ciel de mistral dans sa gloire et la première marque de soleil sur le mur, pendant que s'estompent les menaces de rhume migraineux.

Suis sortie de la douche pour aller ruisselante vérifier le guide du spectateur et j'ai réalisé que l'hommage à Crombecque se poursuivait au jardin de Mons, sans lecture, mais avec Chéreau s'entretenant avec Georges Banu, et j'ai repris mes ablutions avec au moins un projet.

Marche galopante contre le vent, pas redoutable, mais de belle force, qui me faisait tanguer,

et arrivée en haut des marches, sur le seuil du jardin, dans les derniers, toutes places occupées.

Me suis assise sur un petit rebord en pierre du terre plein herbu, dans le soleil (plaisir du vent qui rendait possible cette brulure) – et sans l'avoir voulu j'ai espionné Banu attendant calmement derrière les canisses qui font coulisse.

Le temps de lire quelques lignes de «Joséphine» et ils se sont installés.

Joli dialogue, avec phrases construites, pensées, traces d'interventions antérieures, et ce qu'il faut de décontraction dans le tutoiement, les petites anecdotes mais toujours en situation, les façons de rebondir, la courtoisie des légers désaccords qui s'effacent si vite qu'on n'est pas certains de les avoir perçus.

Et, tout en se défendant de toute hagiographiee, un beau portrait d'Alain Crombecque depuis son entrée dans l'équipe de Chéreau à Nanterre, «dans un rôle créé pour lui», transversal : conseils un peu sur tout (sollicités), organiser, vue globale des chiffres et des projets, amène la musique extra-européenne, des films, sait déterminer la proportion d'abonnements à ne pas dépasser pour ne pas gêner les locations désirs du dernier moment, idées etc... et quand on lui propose la direction d'Avignon, ne part qu'en laissant tout organisé derrière lui.

Ses déplacements incessants pour voir des spectacles et contacter des créateurs – ce bureau où il n'était jamais.

Banu = son désir de retrouver la poétique de Vilar et de servir la poétique d'Avignon, la ville

Chéreau = il a fallu que ce soit lui pour que je me décide de venir à Avignon, et sa façon de faciliter cette intervention, d'accueillir tout Nanterre, y compris l'école, en différents lieux (à vrai dire ce qu'il décrit ressemble fort aux artistes invités de l'équipe actuelle) etc...

J'ai beau grossir, la pierre reste cruelle à la longue à la rareté de mes fesses, et j'ai suivi les derniers échanges debout contre le mur de fond.

Et du dialogue, en rebondissements vraiment spontanés ou prémédités, une image de Crombecque, à Avignon, au festival d'automne, continuait à se dessiner, en facettes – ses silences, qui parfois déconcertaient et ses accords presque monosyllabiques qui n'étaient pas désinvoltes mais aboutissement d'une étude, d'une réflexion – sa volonté de réussir sa programmation et son refus de toute auto-promotion – ses doutes - et l'image sérieuse, sévère qu'il a laissé qui fait que ceux qui le connaissaient mal sont surpris des photos souriantes dans un livre qui a été édité (que je n'ai pas vu) etc...

C'était beaucoup plus riche, léger, amusant, évocateur que l'impression que j'en donne.

un dernier coup d'oeil sur l'hôtel, les plantes qui l'habillent lentement, le ciel, et retour, cuisine etc...

Je m'endormais sur mon assiette. Me suis allongée avec, une fois encore, l'intention d'aller au théâtre des Halles voir Kichinev 1903 à 17 heures et réveil ou émergement lent juste quelques minutes avant. Alors me suis contentée de tourner en rond pour remettre mon crâne en marche, avec l'aide d'un thé, d'arroser, de passer le faubert, d'effacer un pli sur une robe tube de jersey de coton gris, de pondre ce qui précède, et d'attendre tranquillement de partir, assez en avance pour obtenir une place au premier rang si possible, vers la Chapelle des Pénitents Blancs, pour l'autre spectacle d'Angelica Liddell, la reprise d'el ano de Ricardo (merci de voir le tilde absent)


J'ai l'impression que nous sommes à la charnière du festival, entre deux publics, et qu'il y a moins de monde, pourtant la rue Saint Agricol et les environs de la place du Change étaient encore bien peuplés (mais il était tôt : 21 heures 30)

La queue devant les Pénitents blancs, du moins celle des «avec billet» était petiote, ou assez, et mes voisins détendus, plaisantins, conversation agréable pour cette assez longue attente, me laissant le loisir de repérer une nouvelle plante squatter

J'ai pu avoir une place sur le premier banc au ras du sol et bondir, lorsqu'on les a amenées sur une des six chaises ajoutées sur le coté au dernier moment.

Spectacle forcené, qui me prenait, et pourtant, malgré l'oisiveté de cette journée j'ai du m'assoupir, assez dignement pour ne pas me redresser en sursaut, car j'ai deux petits trous, deux moments où il me manquait visiblement quelques mots et quelques gestes.

Je joue la facilité et reprend, en le commentant peut-être la présentation faite sur le site du festival parce que je la trouve d'une inhabituelle justesse.

«C'est un monstre qui nous est donné à voir et à écouter dans ce spectacle. Un monstre dans tous les sens du terme. C'est d'abord un homme qui prend corps dans une femme : inspiré du Richard III de Shakespeare, Ricardo est incarné par Angélica Liddell elle-même, accompagnée par un Catesby presque muet sur une scène qui peu à peu se peuple de spectres. En Ricardo/Richard se concentrent les excès du pouvoir, les abus de la tyrannie, la servilité de l'individu et les bassesses de la société. Et son corps de bossu est aussi monstrueux que son discours : « J'ai des dents de cheval et des sabots en guise de pieds ! », lance-t-il au début de la pièce. C'est un corps malade, qui plus est, car les cachets en tout genre qu'il réclame à cor et à cri à son fidèle Catesby ont sur lui des effets désastreux : vomissements, vertiges, soif, hémorragies.. » et elle ne recule pas devant la scatologie, une certaine laideur, des moments de déchaînement (guère plus fous qu'un concert rock de la grande époque)

«Alors, il impose sa souffrance aux autres, fait régner la peur autour de lui. Il lui faut un parti, peu importe lequel, puisque « le monde n'est plus divisé en idéologies. Il est divisé en riches et pauvres. » Le monstre est aussi celui qui interroge la normalité. Ce despote insolent fouille les plaies et les contradictions de la démocratie. En donnant la parole à la représentation par excellence du pouvoir, Angélica Liddell nous interpelle. Elle campe un personnage de cynique qui clame à qui veut l'entendre que son autorité repose sur la peur et l'égoïsme de tout un chacun. À ce monstre ambigu, elle prête un corps tantôt fébrile tantôt gisant, et une voix outrée, déformée, changeante. Et quand la frénésie laisse place à l'épuisement, l'horreur réapparaît de plus belle, le monstre reprend du poil de la bête » et son texte, qu'elle déclame, murmure, hurle en une performance époustouflante est très beau – je vais chercher à me le procurer, il me semble l'avoir vu sur une table de la petite librairie dans la cour de la maison Jean Vilar.

photo de Francesca Paraguai, qui date peut être de la création en 2005, le costume que j'ai vu n'était pas de ce beau vert.

Une très belle bande son qui mêle des chants religieux, des bruits de foule, de l'opéra, de la variété.

De belles lumières de Carlos Marquerie à propos duquel elle dit : "Les lumières de Carlos font partie de la poésie de mes mises en scène. Il est plus qu’un collaborateur. Avec quelqu’un d’autre, les spectacles n’auraient rien à voir, car il complète leur poétique, leur sens"

Son Richard est un personnage maniaco-dépressif, qui inspire pitié et horreur, qui se fait incarnation du mal, qui incarne le pouvoir, non de la force qu'il n'a pas, mais de l'argent, d'une lucidité incisive, avec de belles formules sur la naïveté des démocrates, sur la façon de se faire élire, sur l'oubli qui couvre alors les crimes, ou simplement les fautes, commis, ou les voile, ou les fait oublier etc..

Le public discutait, ou s'attardait et a mis un certain moment à quitter la place

Place de l'horloge les terrasses ne sont plus pleines à minuit, et il n'y avait pas de parade en vue, mais un attroupement de belle importance devant, je suppose, des danseurs de hip-hop locaux.

on chargeait le décor de «Der Prozess» et place Crillon il n'y avait plus que la moitié des tables occupées.

6 commentaires:

micheline a dit…

bonne journée et que le spectacle continue...robe bien repassée et sans petits trous!!
la performance en somme toujours recommencée

Mathilde a dit…

Ils ne sont pas prévoyant au jardin de Mons pour ne pas évaluer le bon nombre de chaises ! Il vaut mieux toujours trop que pas assez !
Une idée : un sac besace, un petit coussin dedans et hop Brigetoun aura tout le minima de confort n'importe où !

Anonyme a dit…

Impressionnée je poursuis mon festival Brigetoun bien plus intéressant que celui du "Monde "et cie et il me semble plus riche encore que 2009 ( le vôtre)
arlette tj "anonyme"mon mot de passe ne passe !!plus cela doit être la campagne

brigetoun a dit…

Mathilde : nostalgie - tu me rappelles un très ancien festival, quand j'étais jeune et les spectacles du off (n'allais que là) dans des lieux très improvisés avec bancs d'écoliers, où j'étais suivi par un grand et gentil hindou qui ne comprenait rien aux spectacles mais portait un coussin pour moi (étais plus maigre aussi)

Mathilde a dit…

Quelle aventure cela a dû être ce festival off là !!! Il y aurait de quoi écrire la dessus surement Brigetoun ! A méditer !

Gérard Méry a dit…

Tu as l'œil partout, même vers les plantes de gouttière