mercredi, juillet 14, 2010

Avignon en brindilles de spectacles pour un anniversaire

Mon cher jardin de Mons renoue avec les rencontres de 11 heures du matin, en hommage, cette année à Alain Crombecque, par une série de lectures dans ce merveilleux petit enclos-asile en marge de la foule de la place de l'horloge.

un petit regret, tout de même : pour reprendre le dispositif qui était celui des conférences de presse d'Alain Crombecque, l'estrade a quitté l'ombre de l'arbre pour glisser vers le centre, et nos chaises ont suivi... je regardais avec nostalgie, trop loin, les marches lissées par les ans sur lesquelles j'aimais m'assoir dans le parfum des plantes.

Par contre je pouvais caresser des yeux la charmante façade sur cour de l'hôtel, en écoutant la voix d'André Marcon lire le torrent de langue, le haut goût du «Discours aux animaux» de Valère Novarina

«Peu fier d'avoir un corps qui se voit, j'avais surtout grand'honte d'avoir après ma mort à vous laisser un corps qui reste : rien que d'y penser de le voir en dépouille j'en avais déjà honte pour lui. Ma mère disait : Donne-le à la terre ! Je pensais : Mais pourvu qu'elle accepte ! J'aspirais à être en bois bref, ou rubifan, plastique élastifié ou en métal métalluré, et non en chair qui ne va nulle part.»

J'ai pris quelque centaines de grammes, outre ce nouvel âge, et ne sais si c'est pour cela mais j'avais bobo, me suis endormie et réveillée trop tard pour aller voir, comme prévu, «Kichinev 1903» au théâtre des Halles

et n'ai pu les joindre pour réserver une place pour le spectacle de Philippe Avron sous le cêdre du jardin, qui est très demandé.

Par curiosité pour le lieu, parce que j'aime comme tout le monde le texte, parce que c'était près, suis partie voir «Ivan Karamazov» au Collège d'Annecy, nouveau petit lieu de spectacle créé par le restaurant la Cantina, dans un couloir vouté au premier étage.

Pierre Bourel joue le dialogue entre Ivan et le «gentilhomme» avec l'aide de lumières qui jouent avec la pénombre, d'un tabouret et de deux interventions d'une bande son (cantiques et pour la seconde un mélange chants religieux et cris, au moment où Ivan s'effondre à la fin de son hallucination).

Beau jeu, qui me laissait un peu insatisfaite, avec l'impression qu'il n'a pas encore la pleine possession des variations du rythme.

Ce que je n'ai pas osé lui dire directement dans notre petite discussion entre lui et nous, les dix spectateurs un peu étonnés, sans agressivité, parce qu'au lieu de l'heure 10 annoncée cela durait 30 minutes, alors qu'il s'interrogeait sur la façon d'atteindre les trois qart d'heures nécessaires pour que ce soit plus vendable. Je lui ai sugggéré de jouer un peu de la brève introduction, rencontre avec un médecin, et de la musique, mais je crois réellement qu'une variation plus nette dans la lenteur ou précipitation donnerait plus de force aux moments cruciaux, et aurait l'avantage d'allonger l'ensemble.

Loin d'être mauvais tout de même.

Comme il était un peu moins de 19 heures quand je suis passée devant Calvet, suis entrée.

j'ai tourné en rond un peu dans le jardin, caressé la pelade de mes amis platanes, chergé le meilleur endroit où me poser.

et écouté une bonne partie de l'émission de Laurent Goumarre, avec la musique de Mathieu Bauer, tonique et mieux

quelques mots d'André Wilms (agacement passager : couplet éternel sur la langue française top fade et pas assez musicale, point de vue qui me semble paresseux) et Mathieu Bertholet dont on devait enregistrer une pièce à partir de 20 heures, et qui a donné avec trois actrices (et à ce moment je me suis souvenue où je les avais vues, petite question qui me tarabustait un peu plus tôt alors que je m'étais installée près d'elles) le texte sur Rosa Luxembourg, joué très lentement, avec la désinvolture et des petits rires d'acteurs aux premières répétitions, interminablement, lors du sujet à vif de Cindy Van Acker http://brigetoun.blogspot.com/2010/07/avignon-festival-vendredi-9-brigetoun.html , me confirmant que c'était une occasion perdue, parce que là, joué rapidement, avec énergie, il était très bon.

et puis suis rentrée - faisant en chemin grand plaisir, j'ai cru qu'il allait m'embrasser, à un distributeur de tract parce qu'enfin, dans Avignon, quelqu'un avait entendu parler de Gabrielle Roy (le doit, et d'avoir lu un peu d'un de ses textes au séjour de François Bon à Montréal) - pour arroser mes plantes, prendre une douche, et écouter Terzieff dans le «Philoctète» de Jean-Pierre Siméon, que tant ai regretté de n'avoir pas vu, et malgré l'écoute gênée par le fait de vaquer à la préparation du dîner c'était «tout bon»

Je suis repartie, dans la nuit, rencontrant un poseur d'affiche appliqué,

une fête populaire à l'espace Vaucluse (Saint-Charles),

vers l'Ecole d'art pour une «vingt cinquième heure» - qui, cette année, ont été avancées à 23 heures – confiée à Silke Mansholt, performeuse allemande, plutôt jolie, à la voix un peu basse, pleine de bonnes intentions, et d'idées, «Wolstunde (la leçon du loup)», qui ne m'a pas vraiment convaincue :

interrogation sur «le loup qui est en chacun de nous, sur la part obscure de chaque individu et le combat qui s'engage avec sa part plus lumineuse. Partant de son expérience personnelle, elle questionne, chemin faisant, le pouvoir et l'impuissance de l'art. L'art est-il libre ? Sommes-nous libres ? S'il y a, dans notre monde contemporain, des loups et des boucs émissaires, sommes-nous loups ou boucs émissaires ? Si nous cherchons à être ce que nous ne voulons pas être, le loup se transforme-t-il en bouc émissaire ou le bouc émissaire se transforme-t-il en loup ? La Leçon du loup de Silke Mansholt est nourrie de ses trois vies les plus récentes, ainsi que par le loup, la lune et son expérience personnelle, en tant qu'artiste allemande, de la Seconde Guerre mondiale et de l'holocauste.«

quelques belles images, des symboles très évidents et d'autres que j'avoue ne pas avoir compris, un peu d'humour, beaucoup d'application, un peu de tout, un peu trop et «salade mal touillée». J'ai bien aimé le thème, certains moments, je ne me suis pas vraiment ennuyée, je m'en serais passée. Mais cela tient peut-être à moi. (les applaudissements n'outrepassaient pas la politesse m'a-t-il semblé)

Somme tout cette journée des 68 ans, même marquée par la peine de la mort d'un ami, ne s'est pas trop mal passée.

11 commentaires:

micheline a dit…

bon anniversaire à renouveler autant que faire se peut, piétonne émerveillée, dans les rues d'Avignon

tanette2 a dit…

Très bon anniversaire à toi, (mon aînée de pas tout à fait 3 ans ...)
Belles photos de rues, spectacle, et ambiance dans ta ville.

Mathilde a dit…

Et bien ma grande, à 68 ans tu es épatante et aussi...un mystère pour moi ! Comment peut on faire autant de choses dans une journée, surtout retenir tous ces noms et nous faire un topo chaque jour, sous une telle chaleur de surcroit ? A côté de toi, j'ai l'impression d'être un escargot qui aurait fusionné avec une huitre qui aurait elle même trempée longtemps dans l'eau chaude !
Avec de tels programmes, tu vas me filer des complexes pour au moins 150 ans !
Mais, pour l'heure, je te souhaite tous mes meilleurs vœux pour ton anniversaire !

andrée wizem a dit…

bon anniversaire
quelle énergie

fardoise a dit…

Bon anniversaire et comme Mathilde suis admirative. En fin de journée il me reste assez d'énergie pour m'effondrer sur le canapé, mais pas assez pour décrire ma journée. Chapeau bas, j'aime beaucoup tes analyses.

Lautreje a dit…

bel anniversaire Brigetoun !
C'est ton anniversaire et c'est toi qui nous fait des cadeaux, le reportage de ta journée est savoureux, dense, riche.
j'aime cette interrogation loup et bouc émissaire !
Je cherche chaque jour à être en équilibre entre les deux, et ce n'est pas facile ...

brigetoun a dit…

moi je me contente de me demander comment j'ai pu prévoir pour les 14, 15 et 16 juillet un cocktail de gymnases et de bus, choses qui me détestent spécialement, les spectacles ont avantage à être bons

Avignon a dit…

Je dis comme Mathilde et Fardoise !
Etonnante et exceptionnelle festivalière...

cjeanney a dit…

bel anniversaire Brigitte (même s'il faudrait que la mort s'en aille ailleurs chercher ses clients, une que je n'applaudirai pas, c'est certain)

Gérard Méry a dit…

Je ne pourrais me joindre à vous pour le gâteau anniversaire, j'attends cependant des nouvelles du spectacle Philippe Avron

brigetoun a dit…

désolée mais compte tenu du bouche à oreille qui nécessite de réserver, et de l'horaire, il y a peu de chance, et puis là, ce matin, je fais grève