mardi, juillet 13, 2010

Avignon – Anne Teresa de Keersmaeker et activité réduite

Quand je suis sortie lundi matin pour aller acheter courgettes et poisson carré, la première queue du jour patientait devant le théâtre de l'Oulle

En fin d'après midi, me suis arrêtée pour passer le nez, et un peu plus, dans la chapelle Saint Charles, écoutant quelques minutes d'une répétition pour la soirée slam en préparation, pour voir l'installation, assez superbe, de Rousse http://www.narthex.fr/actualites/exposition-georges-rousse-a-la-chapelle-saint-charles-d2019avignon-vaucluse telle qu'elle doit être vue, dans l'axe

et en peu en biais, telle qu'on la voit en entrant

sur le chemin de l'école d'art où j'allais écouter une rencontre de l'équipe de la casa de la fuerza avec le public.

saluant au passage la vigne de Lambert

À vrai dire, comme souvent, les questions, du moins les premières, avant que je reparte, because horaire, étaient très semblables à celles de l'entretien dont j'ai cité un passage http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/La-Casa-de-la-fuerza-La-Maison-de-la-force/ensavoirplus/

Elle a complété l'évocation du carnet tenu pendant un an qui était la base de son travail par ce qu'elle avait découvert en rencontrant ces femmes (en désignant ses actrices mexicaines), disant que la pièce (contrairement à l'année de Richard, repris aux Pénitents Blancs, qui est basé sur un synopsis précis) s'est construite avec ce que ces femmes lui apportaient généreusement, a émergé du chaos né de tous ces apports.

Comme on lui demandait pourquoi elle, qui est passée par le conservatoire de Madrid, ne faisait pas appel a des comédiens professionnels, elle a répondu, avec sa franchise abrupte, et sans doute avec exagération, «c'est pour cela»

Et j'étais assez contente de la comprendre aussi bien, et peut être mieux, malgré quelques mots manquants, quand elle parlait en espagnol que dans la traduction.

Sur le féminisme elle a répété, plus ou moins, avec d'autres mots, ce que j'avais noté dans le billet précédent.

Les mexicaines ont répondu que pour elles il s'agissait du pouvoir qu'elle prenaient de dire leur vérité, et la jeune femme enceinte, en passant, a dit qu'elle avait pris conscience, hier soir, curieusement, qu'elle portait une fille et qu'elle avait peur pour elle.

Suis repartie, me suis demandée ce qui se préparait dans la cour de Lambert

et Brigetoun dont je voulais jauger l'état de déliquescence s'effaçait dans la salle d'exposition du rez-de chaussée.

Ai marché avec brumisateur et bouteille d'eau, extrêmement vexée par le comportement inhabituel de carcasse cette année, ai arrosé, commencé à préparer le dîner et me suis dépêché de me changer et de repartir en voyant que le spectacle d'Anna Teresa de Keersmaeker débutait à 20 heures 30 au lieu de 22 heures.

Le cours Jean Jaurès était en pleine effervescence et on faisait la queue pour les spectacles du Palace ou Paris, je ne sais jamais (spectacles qui ne me tentent pas)

Je lui ai tourné le dos pour gagner la place des Corpss Saints par la rue Agricol Perdiguier avec ses maisons simples qui, selon le mari du pasteur (ou dit-on de la pasteur ?) cachent des voûtes, vestiges des maisons des serviteurs de l'abbaye, et avec son figuier mural

Je redoute la restauration entreprise du cloître que j'aime dans sa décrépitude, pour lui, pour tous les souvenirs que j'y place. Pour le moment elle n'est pas décelable,

et il nous restera toujours les platanes les plus musiciens d'Avignon qui, quand le mistral même léger s'en mêlait, ont tenu leur place dans bien des créations de théâtre musical, à l'époque où il tenait une grande place dans la programmation.

Anna Teresa de Kerrsmaeker dit «De plus en plus, j'ai envie de faire porter par les corps les idées les plus abstraites. J'éprouve une grande fascination pour la géométrie..» et elle a fait le choix d'une alternance de silence et de la musique de l'ars subtilior ou inspirée par lui, de l'absence de lumières, pour laisser la nuit descendre sur le cloître et de l'absence de plateau, les danseurs évoluant sur la terre battue ce qui permettait de voir pour la première fois les arcades en leur entier, et qui nécessitait la vigilance des ouvreurs pour que les spectateurs qui longeaient le premier rang, où je m'étais installée, à côté de Jane Birkin, attentive et souriante, ne marchent pas sur le carré de terre battue qui tenait lieu de scène.

Arrivée de Bart Coen et sa flûte à bec. Son discret, à la limite de l'audible d'une pièce d'Ivan Matuz; le souffle qui montait et mes yeux creusaient l'ombre des arcades, dégustaient le délavé indigo des anciennes peintures de l'armée (je crois), savouraient la simplicité robuste des bases sans ornement, et le son se scindait en un chant métallique sous la pointe chauffé à blanc des aigus.

Arrivée d'une danseuse assez merveilleuse, plus maigre que Jane et moi, puis de toute la troupe. De beaux regroupements, lents et tendus, mais surtout des marches dansées, des évitements, des interventions individuelles déchainées, presque possédées

(photo Le Point)

Rythmés par quelques silences, par deux estampilles pour flûte et une ballade et trois virelais par Poline Renou, chant, Birgit Goris, vièle et Michael Schmid, la ballade, qui a été retenue comme titre pour le spectacle, étant :

«En attendant souffrir mestuet grief payne

et en langueur vivre c'est ma destinée

puis quavenir ne puis à la fontaine

tant est de ruissius entour avironée.....»

Le ciel est devenu rose et l'obscurité est descendue de plus en plus vite. Un danseur, à la fin, s'était mis nu et son corps se devinait à peine, se réduisait à un mouvement clair, deviné comme dans un songe.

C'était très beau, mais mon manque de sommeil m'était handicap.

La lumière nous a été rendue pour les saluts, discrète, et j'avoue qu'en applaudissant j'ai surtout regardé les arbres.

Nous sommes sortis sur la place plus d'une demi-heure avant le spectacle de la vingt-cinquième heure que j'avais envisagé d'aller voir à l'Ecole des arts, et suis rentrée bien sagement.

Les terrasses de ma place étaient encore pleines de monde

9 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Brigetoune

Une autre journée bien remplie et toute inspirée.

« deux estampilles pour flûte et une ballade et trois virelais »...

Je me serais volontiers fait une petite place pour écouter « religieusement » ces airs d'antan.

Mathilde a dit…

Décor de la chapelle St-Charles incroyable !!! Belle photo en plus !!!

RV a dit…

Je suis sûr que vous voyez en une journée plus d'humains que moi en 6 mois... que dis-je, 6 ans ! :)

micheline a dit…

me suis fait toute petite pour sentir et respirer un peu de toutes ces atmosphères...
après l'orage d'ici.

Avignon a dit…

Et avec tous mes vœux bien sûr !!!

jeandler a dit…

Les arbres aussi, musiciens, sont du festival dans leurs grands corps blancs
je n'arrêterai pas de rêver
et tu nous y encourage et j'enrage de n'être point avignonais

brigetoun a dit…

et avec ça j'engraisse - la vie est mystère

Gérard Méry a dit…

Anne Teresa de Keersmaeker....tout commence simplement comme son nom

D. Hasselmann a dit…

J'évite de trop lire attentivement car le 16 juillet j'y serai, au rdv de Keersmaeker.

Laissons danser les photos en attendant.