jeudi, juillet 08, 2010

Avignon les trois coups – Brigetoun tente de suivre


Entre petite crise d'agoraphobie, réaction à une clim et bonshommes aux physiques opulents et gros appareils de photos se postant là où il ne fallait pas, beaucoup trop de photos (j'ai jeté les pires), des petits reculs vers le soutien des murs, des sourires, des plaisanteries et de féroces brumisations.


J'ai abandonné au bout d'une heure et demi, négligeant la fin du cortège et le regroupement festif sur la place du palais, les amis que j'ai rencontrés, qui prennent belles photos murement pensées, en mettront certainement en ligne (et en effet, les très belles de Nathalie sur la place http://avignon-in-photos.blogspot.com/2010/07/la-parade-du-off.html et de Mathilde http://bienplusquedesmots.blogspot.com/2010/07/festival-off-la-parade-22-les-comediens.html et http://bienplusquedesmots.blogspot.com/2010/07/festival-off-la-parade-12-lambiance.html et Michel http://avignon.midiblogs.com/archive/2010/07/07/jour-de-parado.html ) tant pis je garde mes trucs


Rentrée, perplexité devant photos, et mosaïques parce que pas le choix – trop fatiguée pour lire sur le web (et ça ne fait que commencer, ne suis pas à la hauteur des gens dynamiques qui arpentent la ville)


Pendant que la nuit tombait et que le dîner cuisait, j'ai repris en glissade rapide, « retour définitif et durable de l'être aimé » de Cadiot, qui avait accompagné, entre jouissance des mots, des idées et sourire devant la satire, mes deux derniers soupers

« Après chasseur, il fera artiste dans la post-compagne, installateur de jardins avec réserve naturelle, ménagerie maison, observatoire à poissons enterré dans l'étang, télescope pour photographier les mouches à 3 km... »

« Ça creuse, l'image se tord, se plisse comme de l'huile qui spirale une masse d'image en torsion comme avec le jouet où l'on centrifugeait les couleurs qui doit maintenant être au grenier perdu au milieu des cartons ... »

« Vous savez la poésie c'est l'art de la mémoire de la prose, dit-il après un long moment où je n'avais plus rien écouté. »

« Plongée dans les iris, iris, iris partout, le modèle est assis sur l'herbe, robe multi-tache, à pois, filtrage de trembles gigantesques, trouées de lumière, on aurait du mal à reconnaître un dalmatien sur cette pelouse tachetée d'ombre. »

jusqu'à

« Le type qui ressemble à Peter Sellers, pantalon mou, mocassins à glands, à l'est, la femme très parfumée, à chignon vertical blanc, neige, maquillage bleu-vert, au nord, le gros homme rouge à moustache armée des Indes encore jamais vu au sud, et un tout petit type maigre, très blanc, petits yeux rouges très rapprochés, fait le mort. » et me suis changée, avec un peu de soin, de la maladresse, une envie de fête et une crainte du froid, avant de partir vers la cour d'honneur, en grand désir de découverte, et de plaisir, pour le spectacle d'ouverture du festival « Papperlapapp » de Christoph Marthaler et Anna Viebrock

pour lui, et pour avoir lu « Curieux de ce lieu, curieux de son architecture et de son passé, le metteur en scène a cherché ce que son théâtre musical pouvait exprimer en s'intéressant à ce palais labyrinthique et à ceux qui l'ont traversé. Ce monument n'est-il pas l'expression majestueuse du pouvoir politique et du pouvoir religieux qui, depuis des siècles, ont en commun d'utiliser à leur convenance la pratique de la vérité et du mensonge... Questionnant l'histoire morcelée que nous racontent les livres, ajoutant quelques éléments manquants, voire inventés, traversant la littérature, la musique et la philosophie... »

un petit speech sur les difficultés (euphémisme) existantes et surtout à venir du théâtre vivant avec la RGPP et la chute vertigineuse des crédits, et puis, très bellement théâtrales, des voix d'intermittents placés dans le public et se répondant.

Une entrée en douceur dans le spectacle, sur une musique qui nous parvient faiblement des profondeurs du palais, avec un guide et son troupeau de touristes, passionnés par le carrelage pendant qu'il leur explique en un mélange de langues l'histoire des murs et des tours. Une multitude de petits gags. Des bouts de texte de Christoph Marthaler, Maite Libenaut et Olivier Cadiot (que je crois avoir reconnus) et des acteurs d'après toute une pléiade d'auteurs, que j'aimerai avoir parce que le mélange des accents, et des timbres, qui font musique, le rendent parfois assez peu compréhensible.

Le spectacle est découpé (à vrai dire les transitions sont fluides et se repèrent à peine) en sept journées.

Une mise en scène qui ne refuse pas le lieu mais l'utilise bellement (même si le mur se voit gratifié de clims et de quelques menuiseries métalliques). Des déplacements aussi individualisés et chorégraphiés que chez Pina Bauch.

Côté public, des sorties bruyantes et la rangée derrière la mienne odieuse, ricanante, refusant de partir pour gêner à titre de vengeance (j'ai pu me déplacer juste à temps pour éviter de sortir du spectacle)

Beauté de la musique, omniprésente, mélangeant Martin Schüte à Bach, Karl Bette, Antoine Busnoys, Chopin, Gesualdo, Haydn, Lita, Mozart, Joseph Meyer, Palestrina, Pérotin, Satie, Verdi et Wagner, en réussissant à donner une sensation d'unité. De belles voix (et à un moment les femmes, éclairées, au haut du mur, répondant au chant brutal des hommes restés sur le plateau).

De l'insolence, de la dérision, de la tendresse aussi.

Brigetoun à tort ou à raison s'enfonçait de plus en plus dans un plaisir qui était bien être.

dans les discussions de sortie : le mini-scandale polémique décidé par les journaux et radios qui expliquaient que cette année IL N'Y AVAIT PAS DE THEÂTRE DE TEXTE à Avignon (ben si, mais pas uniquement) a été respecté par quelques lecteurs dociles.

PS au lieu ou avant de repasser, petit tour web et une critique que j'aurais pu écrire (sauf peut être la fin) si avais eu temps, force et talent

9 commentaires:

Pierre R a dit…

Brigetoun

Comment faites-vous - que diable - pour garder en cette lourde canicule un pas si alerte dans toutes ces festivités? Une vraie battante des arts ;-) Magnifique topo d'un événement majeur de votre si belle ville. (Sans flagornerie)

Pierre R.

cjeanney a dit…

Quelle ambiance ! et Pierre a raison : quelle vivacité

fardoise a dit…

Tout à fait d'accord avec eux, pour ma part je n'ai pas pu et j'ai préféré les lieux d'exposition, climatisés, eux, et surtout où il n'y avait pas la foule. J'aime bien tes photos car elles relatent bien l'ambiance, que j'ai pu apprécier, de loin...
Ah bon, il n'y a pas de théâtre à texte ?

jeandler a dit…

Dur dur que d'être festivalière et de défiler ...
Bon festival.
Quand on photographie, on ne prend pas le temps de voir.

brigetoun a dit…

Pierre pour une fois ne suis pas d'accord - on photographie parce qu'on voie, du moins quand on est instinctif et peu "potographe" comme moi, suis primaire

Avignon a dit…

Tes promenades photographiques sont libres et vivantes.
Elle reflètent tellement bien la vie et la vision du promeneur.

L'ouverture du festival avec Papperlapapp dans la cour d'honneur et "un plaisir qui était bien-être" : de quoi te jalouser...

andrée wizem a dit…

je viens frapper les trois coups avec toi
et c'est reparti pour une sacré comédie humaine
entrevu le transe express
l'image de la roue mise en branle par le saltimbanque
impression carnavalesque

Gérard Méry a dit…

Bien-sûr que l'on voit et même de trop et pas seulement les mouches à photographier à 3 km...que j'aurais aimé être là.

Mathilde a dit…

Bon t'arrête de complexer Brigetoun ou je me mets en colère !
Moi je les aime tes photos et mets toi bien dans la tête que chacun à un regard différent sur un même évènement !
Ceci dit, merci pour avoir indiqué mon lien, même si je manque de temps en ce moment pour répondre rapidement aux commentaires, mais que je ne manque jamais de faire, même si mes réponses ne sont pas instantanées ! C'est que ça prend du temps de s'intéresser vraiment au festival (rires)!