vendredi, juillet 09, 2010

Avignon – spectacles au Lycée Saint Joseph

À 17 heure 30 les rues vibraient et une vague odeur d'oeufs pourris flottaient. Les gens étaient joyeux et plus ou moins beaux selon l'âge et Brigetoun marchait en tombant dans des trous intérieurs

rencontré un mini-meeting retraites,

suivi la rue des Lices d'affiches en affiches

vers la fraîcheur du hall du Lycée Saint Joseph pour le programme B des sujets à vif dans le jardin de la vierge

avec un petit choc : la neige m'a volé mon arbre ami, et quand je me sentais mal, ou si je m'étais ennuyée je ne pouvais plus que me renverser en arrière pour regarder la haute ramure au dessus de moi.

Deux courtes pièces que, cramponnée à carcasse, j'ai appréciées et un peu plus, avec un sentiment humblement coupable en voyant l'énergie qui était dépensée, là, devant moi/

« Parfois le corps n'a pas de coeur » chorégraphie de Thomas Lebrun sur une musique de David Moreau à partir de « Caraçao, Ah, Caraçao », dansée par Alexandre Bado, acteur, acrobate, danseur en costume bleu clair lumineux avec des plantes et oiseaux imprimés et le Christ de Rio au milieu du dos, - danse rythmée, lente, membres qui deviennent autonomes, déhanchements lents.... le veston tombe (débardeur assorti) et la danse se fait de plus en plus acrobatique, ma voisine s'ennuie ou désapprouve, le pantalon s'en va et le corps se dépense, le débardeur est ôté au prix de contorsions, reste slip bleu avec palmes sur les fesses et toucan devant, reste aussi une tête de chat tatouée sur la nuque, il danse de plus en plus au sol. Entre prière et brutalité. Et quand il salue, il est ruisselant.

« Black Monodie » (aimé) par Philippe Ménard, auteur, performeuse, scénographe, bottes de caoutchouc blanc, bas à côtes blancs, burnous beige (ou idée d'une coule) et Anne-James Chaton, auteur du texte (petites phrases brèves, répétitions, efficace, beau) et performeur qui dit, debout en pantalon et chandail noir derrière un micro, sur le côté.

Il parle d''elle » qui s'avère être Bernadette pendant qu'elle ramasse des gros sacs blancs qui lui sont lancés depuis une fenêtre et les aligne en rangées sur toute la surface du plateau « elle part, elle est février, elle est à la grotte, elle est avec 300 personnes, elle est dans la source, elle est avec des témoins, elle part, elle ... » peu à peu le texte se met à évoquer une adolescente, une révolte, une jeune-femme, des amis, une lutte, un désaccord avec Lénine.. et l'on est avec Rosa Luxembourg et la jeune femme en burnous soulève chaque sac, le renverse en le vidant de la glace pilée (je crois finalement) que j'ai prise pour du gros sel et puis pendant que la vie de Rosa devient, toujours avec ces petites phrases, de plus en plus tragique, elle prend une grande pelle, projette le sel en grandes fusées (le premier rang a un peu peur) puis le pousse avec un grand râteau. Elle finit par faire un tas, un dôme qu'elle façonne avec ses mains, tasse pour y monter, nous tourner le dos pendant que le texte en est à une princesse que l'on suit, qui est au Ritz, qui est poursuivie, et elle enlève le manteau et se retrouve en maillot argenté, son foulard de tête dénoué comme un voile, et que Brigetoun qui (vexée parce que tout le monde a l'air en forme) sent un début de malaise venir et trouve que décidément avec Lady D on en a toujours pour un temps interminable.

Retour par petites rues calmes et ombreuses avant de rejoindre la rue Bonneterie,

des distributeurs de tracts et un piano derrière un vélo

la place du change et une femme derrière un miroir

la place de l'horloge, un danseur au centre d'un attroupement jeune, l'antre, la cuisine, une douche, les plantes, ces notes, et puis une robe courte et légère, pour repartir, veste de toile sur le bras,

en croisant des poseurs d'affiche et un bel ordonnancement pour éviter d'en poser sur un bac,

vers le Lycée Saint Joseph et « Chouf-Ouchouf » (regarde et regarde encore) de Zimmermann et Dimitri de Perrot avec le groupe acrobatique de Tanger.

Spectacle simple et jubilatoire (simplicité qui est le fruit d'un long travail en commun)

après une entrée étourdissante de numéros purs d'équilibre, avec musique ad-hoc et bonimenteur, le panneau (qui ensuite restera mobile, se fractionnera, donnera naissance à de grands caissons avec des ouvertures étagées) s'avance, les poussant vers nous – changement de rythme, leur chant – des cris individuels et l'on entre dans le spectacle proprement dit

photo trouvée sur leur site) – spectacle mouvant, comme le décor qui menace les corps, les cache, les révèle, comme sortis de terre, et parfois modifiés au moins dans leur costume

spectacle d'ensemble mais avec des numéros d'acrobatie qui se déroulent sur fond de mouvements plus ou moins ordonnés des autres – musique de Dimitri de Perot, chants, proférations auxquelles on ne comprend rien faute de parler la langue mais ça n'a pas d'importance – beau et drôle – une chéchia, un veston, des shorts de plage et des jeans ou pantalons clairs – une troupe mais des individualités qui se dessinent et des inflexions personnelles dans l'humour – un plaisir apparent de bouger, de jouer – des lunettes de soleil – de la chache et beaucoup de virtuosité

sortie dans la rue des Lices encore sage

retour à travers Avignon qui se préparait au sommeil.


9 commentaires:

fardoise a dit…

Je ne vais plus à Saint Joseph pour avoir été trés mal placée la dernière fois et je n'avais rien vu du spectacle. Les conditions d'installation ont-elles changé ?
Hier j'étais à Aubanel, le jour et la nuit mais ne dis rien du spectacle de Gisèle Vienne au cas où tu irais le voir. Juste pour dire que l'on y est bien installé.

Mathilde a dit…

Je viens de lire le commentaire de Fardoise et je trouve scandaleux au prix des places du in de ne pas avoir un siège convenable ! ça c'était encore la gueulante du jour, mais une parenthèse !
Je trouve dommage que Thomas Lebrun n'est fait que chorégraphier et ne danse pas cette année car c'est un danseur merveilleux plein de grâce et d'humour, avec qui on passe de bonnes soirées aussi pour avoir beaucoup ri avec lui. Cela fait plaisir de voir que certaines personnes reconnues n'ont pas la grosse tête pour autant ! Je suppose que son spectacle était amusant à la limite du déjanté ?
Cette nouvelle série de photos festivalières est bien aussi !

brigetoun a dit…

je ne commente pas Fardoise parce que j'ai du avoir de l chace, toujours à Saint Joseph (cette année surement : premier rang et hier voisins charmants) et par contre de mauvais à Aubanel because clim (j'ai très peur ce soir de celle de l'opéra qui est la pire et m'a fait sortir deux fois juste avant l'évanouissement l'année dernière)
Oui, déjanté la petite pièce de Lebrun, mais pas tant que ça et le danseur ne l'était pas moins - de toute façon je te passe le tuc dans le in les sujets à vif pas très très cher et presque toujours des pépites, là j'y repars (beaucoup de St Joseph en ce moment) avec une tête pleine de rhûme

Avignon a dit…

J'aime comme ici les photos légendées... !

brigetoun a dit…

mauvaise journée aujourd'hui - vais prendre calmant et sommeil, et j'espère que la clim de l'opéra ne me chassera pas ce soir

kouki a dit…

Brigetoun marchait en tombant dans des trous intérieurs ...
Phrase belle qui me chamboule

tanette2 a dit…

Pourquoi pas un plouf dans l'océan qui te fait envie....Une fois le festival terminé ?
Bonne soirée, en attendant, à l'abri de la clim.

Gérard Méry a dit…

un piano derrière un vélo ...j'arrive

jeandler a dit…

ça mange beaucoup d'énergie ces clims tout en prenant la nôtre!
Je vous admire ...