mardi, juillet 06, 2010

Avignon se prépare toujours et Brigetoun recycle encore

Incursion vers la place de l'horloge et la Civette ce matin, avant le repassage. La pose d'affiches était légale depuis dimanche soir, et la première couche avait éclos durant la nuit. Des êtres humains traine-valise et porte-sacs-grands-comme-des-immeubles, mais encore des groupes cornaqués qui nous consacrent quelques petites heures.

Je continue paresseusement de recycler : aujourd'hui deux paragraphes détachés du convoi des glossolales, http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/, comme

On marchait dans les rues de cette ville, on avait dépassé les presque larges avenues, ou qui se voulaient telles, les façades opulentes, réjouissantes exagérations des immeubles d'apparat qui ponctuaient, dans la grande ville du nord, les alignements hausmaniens, avec l'ampleur de leurs formes, et parfois dans les masques qui surmontaient les portes, un reste de qualité, une ossature ferme et gracieuse qui tranchaient dans ce saindoux, on avait évité les ilots moyenâgeux et les immeubles bâtards du début du 20ème siècle, tentatives timorées et malmenées par les ans d'harmonisation avec une unité fantasmée, et maintenant on marchait sous les façades mesurées, civilisées, riches et pleines de retenue de la fin du 18ème, déclinaison chaque fois différente de rangées de fenêtres hautes surmontées d'un étage effacé mais qui était là pour l'équilibre de la façade comme pour l'ampleur de la distribution intérieure. Et par les moulures, par la présence ou non de macarons, par les formes des portes cochères, chacune souriait différemment. Derrière la dentelle grassement souple des balcons, le ciel d'un bleu violent emplissait les vitres.

En fait, en marchant dans la promesse d'affluence, dans le vent moyen et sous la main de la chaleur, vers quatre heures, Brigetoun a du misérablement et dignement s'assoir deux fois sur le trottoir, brumisateur en main, et je commence à douter de plus en plus fortement de ma capacité à assumer les plaisirs qui nous attendent.

L'autre paragraphe, un rien débordant, pondu en un élan mal maitrisé un jour cotonneux.

Les quatre enfants étaient un peu excités, un peu inquiets d'aller passer ce samedi chez tante Berthe, ils ne la connaissaient pas ou très peu, elle ne venait qu'aux très grandes réunions, et ils ne l'y voyaient pas, après un petit salut à elle et aux autres êtres d'un âge sans intérêt, et ils ne se souvenaient pas d'être allés dans sa «jolie petite maison», comme disait Maman avec un sourire qui les rendait méfiants, même si, selon elle, ça avait été le cas pour Anne-Françoise, l'ainée, «mais tu étais trop petite pour t'en souvenir». Seulement, voilà, les parents ne voulaient pas leur «imposer» le mariage d'inconnus, ou presque, «vous vous ennuieriez» - et puis «il n'y aura pas d'autres enfants, sauf les filles de Julie», et, oui, ils avaient frémi, les ainés, ils étaient bien d'accord, ils n'avaient vraiment pas envie de passer une journée avec elles – et grand-mère faisait sa cure, alors... Elle était sombre la maison, avec des meubles qui luisaient et des odeurs de cire, de fleurs et de poulet rôti, et la tante avait un gentil sourire, des cheveux ébouriffés, incroyablement bruns, et des rides trop nombreuses pour être aimables ou tristes. Après le poulet et la glace à la vanille, qu'ils ont aimé, autant que le leur permettait leurs efforts pour être sages, pour mesurer leurs gestes, ne pas balancer leurs jambes, ne pas se regarder en dessous - et heureusement que Guillaume était un petit idiot bavard parce qu'au moment où la gêne s'installait, où la tante semblait perdue, disait encore une fois «votre grand-mère, mais non c'est si loin, ça ne peut pas vous intéresser..» il s'était lancé, lui, et ne s'était plus arrêté, et tout le monde se moquait un peu de ce qu'il disait, qui était d'ailleurs assez peu intelligible, mais ils était tranquilles, tous, à l'abri derrière ce flot - quand ils ont repoussé leurs chaises, et cela résonnait sur le carrelage, pas comme chez eux, elle a ouvert la porte de derrière et leur a livré le jardin - «ne mangez pas les petites boules rouges, et restez à l'ombre au début». Ils n'ont pas mangé les petits trucs rouges mais à terre il y avait de ravissantes petites poires très vertes et les deux derniers ont goûté, cela crissait, c'était dur, mais en relevant la tête, «c'est bon», alors Jean est grimpé dans l'arbre et leur en a jeté. Anne-Françoise a dit que c'était idiot, qu'ils seraient malades, mais elle était comme ça. Ils ont trouvé une balançoire, un chien avec lequel échanger des jappements à travers un rideau de canis. Ils ont inventé une histoire très compliquée avec des guerriers mi-indiens mi-chevaliers, et Anne-Françoise comme chef – tante Berthe comme adjoint aussi, au bout d'un moment - et ils ont beaucoup couru, se sont glissés derrière les dahlias et les rosiers etc... jusqu'à ce que tante Berthe annonce le goûter. Il y avait du sirop de pèche «je ne sais pas si vous allez aimer» et ils ont aimé, pas de pain pas de chocolat, mais de la crème et d'énormes rochers blancs, ou d'un beige clair, qui s'effritaient sous la dent et emplissaient la bouche d'un sucre très fort, et Anne-Françoise a refusé d'en manger parce que Maman disait que le sucre c'est mauvais. Tante Berthe n'a pas insisté et lui a ouvert une boite de galettes avec un tableau de Gauguin (Anne-Françoise l'a reconnu) dessus et des galettes dedans. Papa est arrivé avec le crépuscule. Guillaume a été honteusement et désespérément malade dans la voiture et tante Berthe, un peu étourdie, s'est assise, a regardé les meringues qui restaient dans le plat, a haussé mentalement les épaules, et, sans vouloir savoir qu'elle le faisait, en a mordu une avec délice.

13 commentaires:

Chri a dit…

"Papa est arrivé avec le crépuscule."...
Un jour cotonneux dites vous? Du coton comme ça j'en veux tous les jours!

brigetoun a dit…

j'ai récupéré ce commentaire dans ma boite, alors que Paumée le refusait, triché un peu mais ça me faisait un petit signe encourageant

Gérard Méry a dit…

Toujours d'actualité de recycler pendant le Tour de France

Avignon a dit…

C'est toi, Brigetoun, notre guide avignonnaise du climat et de l'ambiance...

Mon MDP est "quiter" !
Mais pourquoi donc ?
:)

brigetoun a dit…

Michel je m'élève en faux - vous êtes depuis bien plus longtemps et plus réellement dans la vie d'Avignon - je campe sur le bord

pierre a dit…

Et toutes ces affiches, on les recycle aussi ?
Au vent volant
les rues prennent un air de fête.

Avignon a dit…

Je ne blogue que depuis moins de trois ans et mes publications ne sont pas les voyages dans la ville que tu publies (tiens, pourquoi donc m'as-tu vouvoyé ?)

Mon MDP est "conbru" !!!

brigetoun a dit…

Michl parce que tu es Michel, Nathalie, Françoise, Mathilde etc...

andrée wizem a dit…

je lis régulièrement les textes publiés ici
le dernier texte présent ce jour croque les propos et comportements des adultes de belle façon

j'ai bien apprécié le texte que tu as écrit dans le cadre des "vases communicants"
http://landryjutier.wordpress.com/2010/07/02/vase-communicant-avec-brigitte-celerier/
cette manière d'entrer de lecture dilettante au cours de laquelle la rêverie prend appui sur un savant ennui

quelle capacité d'écriture et de lecture

et je suis curieuse de découvrir la revue triptyque dont j'ai déjà parcouru les extraits et où j'ai noté la reprise de tes présentations d'auteur

j'ai de la curiosité pour les photographies bien intéressantes
de annick reymond dont je connais le blog
http://annik-reymond.over-blog.org/
et pour les travaux de raphaële colombi dont je suis le blog
http://in-errances.blog.lemonde.fr/category/zoom/rcolombi/
et bien sûr toutes les nombreuses participations dont la liste est impressionnante
http://issuu.com/revuediptyque/docs/diptyqueextraits

brigetoun a dit…

grand merci -
pour la revue j'attend la version papier qui sera parfaite pour mon sac et les attentes de juillet

Pierre R. Chantelois a dit…

Brigetoun

Y a-t-il des tantes Berthe à prêter dans les lieux monotones et dans les familles sans âme? Viendrait-elle avec ses galettes?

Pierre R.

brigetoun a dit…

les tant Berthe à galettes bretonnes ça doit se trouver - (mais moi les déteste, trop de farine et de beurre - au contraire de ma famille et je donnais au secrétariat les boites qu'on me ramenait)

koukistories a dit…

Fidèle suiveuse d'images et de mots Brigetoun!