mardi, août 03, 2010

Décrochés de quelques convois de glossolales de juillet – recyclage

pour flatter ma paresse, la première moitié

Dans l'ombre du platane, j'écoutais, debout contre le tronc, un échange de propos sur le théâtre qui aurait dû me passionner, que ma lassitude gommait. Pour que mon attention soit tendue vers eux, comme on égrène un chapelet, je fixais à mes pieds les puissantes racines qui perçaient le sol, sinuaient, s'étendaient comme un noeud de serpents fatigués, leurs blessures apparentes comme des traces de mue. Mais elles étaient plus fortes que ce qui se disait, et je ne voyais plus qu'elles, le son s'éloignait, étranger. J'ai étendu mon bras au dessus d'elles, le côté tendre, intérieur, face à moi et au ciel. J'ai serré le poing et mes tendons leur faisaient échos, leur rendaient hommage. Je me suis amusée un moment de leur parenté. Mais elles, plus bosselées encore que mon bras, plus anciennes cent et cent et cent fois, portaient plus de vie, plus d'avenir que les quelques veines qui dessinaient un petit réseau bleu sous ma peau.

Un trottoir si étroit que les petits parpaings gris clair qui le constituent ont dû être recoupés, et la petite bande gris sombre qui le borde est trop fine pour que l'on puisse jouer à marcher en évitant les joints. Un trottoir qui n'est pas fait pour marcher, juste pour s'y réfugier quand une voiture s'annonce, lentement, avec la délicatesse d'un invité peu sûr de lui, et quand par hasard, de temps en temps, on a affaire à un fou, un butor, un imbécile, un étranger qui dépasse les vingt kilomètres à l'heure, on se colle au mur, terrorisés. Je joue à rester dessus, avec l'impression d'être une merveilleuse acrobate sur un fil.

J'écoutais leurs mots, non je ne les écoutais pas ; ils étaient là qui circulaient dans l'air à coté de moi. J'avais un peu écouté au début, mais j'avais refermé ma bouche qui voulait dire que... mais c'était sans espoir – alors comme je devais rester là, et que je les aimais, j'avais laissé leurs voix devenir sons, échanges de timbres, et je regardais la terre à côté de moi. Un peu plus loin que ma main posée sur une petite tache d'herbe, en appui, il y avait une petite rigole sèche et quelques feuilles petites, sèches, un peu enroulées sur elles-même, et deux ou trois petites baies racornies et noircies. Une mouche les survolait, se posait, repartait, revenait et je la suivais des yeux, me demandant vaguement s'il y avait une raison à ce circuit.

Sur le bleu du ciel, le vent, était-ce lui, avait dessiné à grands traits souples, qui se déployaient depuis un centre improbable un peu au dessus du toit et s'évanouissaient peu à peu comme jetés par une main fatiguée, un grand éventail, symbole plus que souvenir de plumes d'autruches légèrement dégarnies qu'une élégante laisserait reposer au bout de son bras.

En dépassant la moitié (qui serait de 3 et demi puisque j'en ai déjà repris deux http://brigetoun.blogspot.com/2010/07/avignon-abandon-ne-garde-que-flamenco.html ) parce qu'il n'y a pas que le sol.

7 commentaires:

Lautreje a dit…

Quel délice et quelle paix de retrouver tes méditations quotidiennes !

brigetoun a dit…

merci d'être passée dans le désert

Pierre R. Chantelois a dit…

Quel enfant n'a pas joué à éviter les joints des trottoirs. Beaucoup de souvenirs.

Piere R.

DUSZKA a dit…

Paisible journée à toi. Il faut profiter des instants de ciel...

Gérard a dit…

Un moment de réflexion et tu vas repartir..mais t'es tu seulement arrêtée

micheline a dit…

souvenirs et paysages entremêlés
se dessinent subtilement par l'art de tant de mots inattendus

pierre a dit…

billet en errance
méditation douce
étroits sont les vaisseaux
et profondes les racines