lundi, août 09, 2010

Dimanche matin, suis allée aux halles, tout dret, presque vite, en passant par le côté, parce que c'est ainsi que je les aborde, au bout de l'une ou l'autre de mes rues, ou entre elles,

pour découvrir bon nombre (et notamment mon fromager, et mon poissonnier) de stands en sommeil, et réaliser que la saison des figues (que j'avais prévues pour la cuisson d'un rôti) était finie, ignorante que je suis.

mais étonnamment, sans trop d'hésitation, n'ai rien oublié d'essentiel (un peu déprimée par les fromages trouvés, entre des chèvres forcis en âge).

Suis arrivée à tout faire entrer dans mon petit réfrigérateur, ai continué à me nourrir un rien trop, me suis lavé les cheveux et pendant que je commençais à les faire sécher dans la trace de soleil qui parvient jusqu'à moi, qui recule de jour en jour avec une rapidité chaque année effarante (il y a une semaine il s'étendait encore sur une large bande du sol, hier je baignais jusqu'à un peu en dessous de ma taille dans une matité molle, non pas ombre dessinée mais absence de lumière), j'ai repris un peu de «la mer» de Michelet, la partie où il évoque la naissance de la vie et les formes qu'elle a pris peu à peu dans les mers, dans un tel plaisir que j'en reprends quelques uns, dits avec délice, entre les photos ramenées de mon trajet matinal, quand la lumière faisait étinceler tout ce qu'elle atteignait et que les ombres étaient écrites.

la méduse (et c'est vrai qu'elles sont ravissantes les petites de nos cotes méditerranéennes, à avoir envie de les prendre en main, et l'ai fait enfant à ma grande douleur, ou l'ai trouvé) «Elle était d'un blanc d'opale où se perdait, comme dans un nuage, une couronne de tendre lilas. Le vent l'avait retournée. Sa couronne de cheveux lilas flottait en dessus, et la délicate ombrelle (c'est-à-dire son propre corps), se trouvant dessous, touchait le rocher. Très froissée en ce pauvre corps, elle était blessée, déchirée en ses fins cheveux qui sont ses organes pour respirer, absorber et même aimer.»

les mollusques «Comme les palais de l'Orient ne montrent au dehors que de tristes murs et dissimulent leurs merveilles, ici le dehors est rude et l'intérieur éblouit. L'hymen s'y fait aux lueurs d'une petite mer de nacre, qui, multipliant ses miroirs, donne à la maison, même close, l'enchantement d'un crépuscule féerique et mystérieux.

C'est une grande consolation d'avoir, sinon le soleil, au moins une lune à soi, un paradis de douces nuances, qui, changeant toujours sans changer, donne à cette vie immobile ce peu de variété dont tout être a besoin.»

la seiche «Toutes les nuances de l'iris la plus variée se succèdent et se fondent sur sa peau transparente selon le jeu de la lumière, le mouvement de la respiration. Mourante, elle vous regarde encore de son œil d'azur et trahit les dernières émotions de la vie par des lueurs fugitives qui montent du fond à la surface, apparaissent par moments pour disparaître aussitôt.»

«Dans l'Océanie et la mer des Indes, ils jouent, errent et vagabondent, sous les formes les plus bizarres, les plus fantastiques parures ; ils prennent leurs ébats joyeux entre les coraux, sur les fleurs vivantes. Nos poissons des mers froides et tempérées sont les grands voiliers, les rameurs puissants, les vrais navigateurs. Leurs formes allongées et sveltes en font des flèches de vitesse. Ils peuvent en remontrer à tout constructeur de vaisseaux...»

et puis, en changeant de genre, en débouchant sur l'air et la richesse du sang, la baleine

«Le lait de la mer, son huile, surabondaient ; sa chaude graisse, animalisée, fermentait dans une puissance inouïe, voulait vivre. Elle gonfla, s'organisa en ces colosses, enfants gâtés de la nature, qu'elle doua de forces incomparables et de ce qui vaut plus, du plus beau sang rouge ardent. Il parut pour la première fois.

Ceci est la vraie fleur du monde. Toute la création à sang pâle, égoïste, languissante, végétante relativement, a l'air de n'avoir pas de cœur, si on la compare à la vie généreuse qui bouillonne dans cette pourpre, y roule la colère ou l'amour.»

Après cette belle promenade, et sans rapport, je vous le promets, avais mal au crâne et petite nausée, de quoi revenir dans la pénombre profonde de l'antre, y dormir un peu, avant de m'occuper de l'argenterie (mais j'ai honteusement calé pour les cuivres), et comme récompense, j'ai fait autre promenade, géocalisée, avec Liminaire http://www.liminaire.fr/spip.php?article657

9 commentaires:

Mathilde a dit…

Tes 5 dernières photos sont à tomber !!! Félicitations !!!

Lautreje a dit…

Jamais lu une telle description de la méduse ! A me donner envie de la caresser.

Avignon a dit…

De la grande séduction des ombres...
Et le soleil qui part déjà...

jeandler a dit…

"Tout dret" comme disias mon aïeule. Il y a bien longtemps que je n'entends plus ce dret!
Et pas l'ombre d'un doute, ces ombres comme une caresse sur les façades et les pavés, sont d'une belle quiétude.
Les méduses toutes voiles au vent: à observer seulement, à caresser des yeux. Comme les roses (frangées de vilolet), elles ont des épines.

zoé lucider a dit…

Toujours très agréable les promenades à vos côtés. merci pour le lien vers Liminaire

joye a dit…

Les figues fraîches, c'est super rare chez moi, mais je peux en avoir desséchées toute l'année. je m'en contente pour faire un poulet aux figues sauce vinaigre balsamique, que j'ai copié d'un plat qu'on a eu à Toronto. Je n'y avais pas pensé pour un rôti...à creuser !!! :-)

D. Hasselmann a dit…

Confiture de figues corses, à recommander aussi !

Mais on trouve les mêmes au Monop' de la place de la République à Paris (avec bière Pietra).

Belles photos d'ombre et de soleil pour un Avignon calmé...

brigetoun a dit…

on peut aussi trouver des confitures de figues locales ici, et des figues sèches, mais ça ne convenait pas pour le rôti - ce sera du lait

Gérard a dit…

Quelle énergie tu as, tu écris comme tu respires...le poisson te dynamise.