mardi, août 10, 2010

Ils étaient anciens tous les deux, et notables, et je les aimais, ou je crois qu'ils m'aimaient ; j'en avais fait des pères ou plutôt des oncles, que je voyais de temps à autre, et nous nous taisions ensemble ou parlions de notre petite ville, ou des gens, ou de marches et d'eau, et d'arbres, et ils savaient pourquoi je venais, quand il y avait à savoir, et le premier, le beau vieillard lisse et paisible, me donnait délicatement mais fermement de sages conseils, et le second, puissance déchue, lourde et torturée, me souriait, et je repartais plein d'une pitié tendre et d'un regain de force, prise dans cette pitié, prise dans sa robustesse blessée. Ils avaient eu même classe, ils avaient fait même guerre, ils avaient oeuvré, le premier dans les chiffres, le second dans les bâtisses, et en avaient tiré même considération et même aisance. Ils étaient seuls, ils n'avaient eu pas eu d'enfants. Le lisse était veuf et puis il s'était remarié, en son âge mur, mais elle l'avait quitté. Dans la vie de l'autre des filles, des femmes, des hommes étaient passés, discrètement, on n'en savait que ce qui se disait, avec plus ou moins de curiosité, de cruauté ou de désapprobation, et puis les plus proches évoquaient, parfois, la mémoire de ces effondrements qu'il avait laissé voir, deux fois. Ils se connaissaient mais ne se voyaient pas, ou peu, dans ces cérémonies où ils assistaient aussi peu que possible, et j'allais de l'un à l'autre, comme entre deux pôles opposés, deux visions, deux modes de vie antagonistes, si parfaits en leur genre que j'y puisais alternativement. Mais un jour Frédéric, le premier, m'a amené chez la vieille propriétaire de la grande maison, sur la colline, celle qu'on appelait le château, et l'autre était là. Ils parlaient, elle riait à grands éclats, eux avec des petits cris étranglés, je les regardais, je voyais la tendresse circuler entre eux.

Dans cette ville on avait conservé, pour nous garder, de nombreuses vierges, aux coins des rues, sur des façades, parfois au centre, mais à vrai dire, là, elles étaient généralement remplacées par des têtes ou bustes de faunes, de dignes hommes, de dieux, ou de gentes dames souriantes et gracieusement décolletées. Certains s'attachaient même à rechercher les manquantes ou à peupler les niches de leurs soeurs récupérées dans le commerce, ou, parfois même, récentes. On s'habituait à elles, on les voyait, elles étaient là, familières, et forts de leur présence, nous pouvions allègrement nous désintéresser de toute notion religieuse.

journée pénible – un de ces jours où je suis trop cramponnée au fonctionnement atypique de carcasse pour penser et faire quoi que ce soit à part les taches ménagères (et j'ai élagué, tant pis pour les vitres et les dessous de meubles, entre autres) alors je puise dans les paragraphes accrochés au convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com (même si je n'aime guère ces deux, il semble que ce soit leur tour)

J'ai bien repéré, dimanche, pour la première fois, alors que je passe régulièrement sous elle, cette fenêtre et son offre, mais j'ai une furieuse tendance à me méfier, à ne pas vouloir y voir un «signe du destin», car me semble juste un peu plus fraîche que moi, et puis je n'avais qu'à m'en soucier quand il en était temps.

5 commentaires:

joye a dit…

Trop cool, surtout la dernière image !

Lautreje a dit…

Je les aime bien ces deux papis.
Quant à l'offre, je pense qu'elle est moins fraîche que toi !

micheline a dit…

une offre un peu dégradée en effet

Gérard a dit…

Les "niches " fiscales ne sont pas vierges..elles !

Avignon a dit…

Des faunes dans les niches, bientôt ?
Espérons...