mercredi, août 11, 2010

L'avantage, parfois l'inconvénient, d'une vie aussi obstinément solitaire que la mienne, et maintenant recluse, c'est que tout ce qui est considéré comme ordinaire devient pour moi événement. Comme d'avoir droit au passage de petite soeur et de son mari. Avec envie que cela paraisse tout simple, mais soit à la hauteur du plaisir qu'ils me font, sans être pesant. Enfin les complications ordinaires des timides, en tentant de les désarmer par l'humour.

Donc chercher l'ordinaire et la sécurité, et bien entendu en faire trop (malheureusement en effet mes fromages ne valaient pas ceux de mon habituel fournisseur ce lâcheur, et avaient une furieuse tendance à la galopade), puisque de toute façon les reliefs seront partagés.

mais se lancer dans une recette non encore expérimentée (à deux ou trois exceptions près, le cas général), comprendre assez piètrement, et d'ailleurs faire preuve d'indépendance - être navrée de l'aspect du résultat – être ravie du plaisir que la saveur du même résultat donne aux autres, au point de goûter à leur demande et de garder une partie du reste (moi qui déteste la viande)

Arriver facilement, ce qui n'est pas toujours le cas, à une compréhension mutuelle, recevoir en accéléré un an de la vie de quatre personnes aimées tendrement, dont deux jeunes et remuantes – les regarder descendre mon escalier rude - remettre le tout en son état d'antre-coquille pour ermite, se battre un peu avec la digestion des nourritures spirituelles et physiques – attendre l'annonce de la fin de leur route.

Ne suis pas aïeule, mais me comporte en total instinct comme telle.

Et puis, reprendre deux paragraphes encore, décrochés du convoi des glossolales, pour leur très vague rapport avec cette journée (même si non-autobiographiques, ou avec quelques éléments, forte distorsion et invention au fil des mots) http://leconvoidesglossolales.blogspot.com

En entrant dans la grande cuisine de Jeanne, ce jour de nos retrouvailles, pendant que je faisais un peu semblant de l'aider, que nous risquions des petites phrases, renouant en douceur le contact, tranquillement, appelant même à l'aide nos bagarres adolescentes, j'ai vu, en haut d'un bahut, une série de trois moulins à café en bois, embryon de collection, visiblement achetés au gré de brocantes (trop jeunes nous étions pour les avoir utilisés) et j'ai souri. Elle a suivi mon regard, m'a rendu mon sourire. J'ai dit «Papa», et il était là, assis avec le moulin calé entre ses genoux, l'une des tâches, avec le cirage des chaussures, qu'il s'attribuait, sa façon de s'inscrire dans notre quotidienneté lors de chacun de ses retours. Et sa prétention de faire le meilleur café que nous ayons jamais bu. J'ai dit «il était merveilleusement infâme son café» et bien entendu elle m'a engueulée.

Dans une conversation paresseuse, au jardin, après le déjeuner, échange voltigeant de mots, d'idées, d'informations, que j'écoutais plus que je n'y participais, en étrangère que j'étais devenue, un nom est passé, et me suis absentée. Dans une recherche d'un souvenir si léger que ne voulait me venir. L'impression que je n'avais pas vraiment connu celui qui portait ce nom, que nous nous étions côtoyés, il y avait si longtemps, qu'il avait existé entre nous une certaine familiarité, et que j'étais restée un peu intriguée, un peu en désir de franchir cette trop aimable image, sans le pouvoir.

17 commentaires:

Flo de Sendai a dit…

mmmmm....que de bonnes choses ici....ca fait envie, car introuvable la ou je vis !
Bonne nuit !

Lautreje a dit…

Bien téméraire de se lancer dans une recette nouvelle ! Mais chanceuse le résultat est là. Et puis ce qui compte ce sont les liens tissés et retissés au dessus de la table.
j'aime bien la photo des moulins, me rappelle de bonnes odeurs.

micheline a dit…

ces inhabituelles rencontres importantes: ne dit-on pas qu'il faut qu'il y en ait trop pour qu'il y en ait assez?

jeandler a dit…

L'art de mettre les petits plats dans les grands
et le couvert se trouva mis
et fort bien mis
Bon appétit!

Gérard a dit…

Nous aurions pu faire une grande table ou mettre les rallonges, nous ce soir c'est goulasch ...hongrois rêver !

florence Noël a dit…

Ce devait être tout-à-fait bien. Et les fromages, même, me font très envie....

Avignon a dit…

Ton repas fait plutôt envie...
Quant à la solitude, tu n'en a pas le monopole, loin de là !

brigetoun a dit…

ne l'i jamais prétendu - et puis c'est le résultat d'une suite de choix depuis l'adolescence -
les vacances t'ont rajeuni

Avignon a dit…

La photo a... deux ans !!!

Anonyme a dit…

Jolie table parfaitement accueillante avec l'humour en plus !.... quant café moulu par ce moulin entre les genoux du grand' père !!!!!! merveilleusement imbuvable.... le moulin est là -haut sur le vieux buffet petit clin d'oeil ... un jour il sera jeté comme "vieillerie "pleine de poussière et la vie ne sera plus non plus
Arlette

Olivier Bonnet a dit…

C'est chouette, recevoir à dîner ! Et ton repas m'a semblé si appétissant que je me serais volontiers joint à vous :)

brigetoun a dit…

Michel, je le disais biens...

DUSZKA a dit…

Dommage que je sois si loin... les timides - je connais ça - font de petites choses des merveilles car ils y mettent un concentré de vouloir... La solitude, je connais aussi, malgré quatre enfants aux quatre coins de France. C'est la vie. Bises berrichonnes.

tanette2 a dit…

Une table autour de laquelle il a dû faire bon s'asseoir, tes photos font envie. Le moulin a trouvé une autre utilisation chez moi, il me sert à moudre le poivre et trône fièrement sur les étagères de ma cuisine en "grand père" parmi les autres objets...

Pierre R. Chantelois a dit…

Le café infâme de papa a été l'occasion de beaux souvenirs et de belles retrouvailles. Les vieux moulins ont des odeurs de bon café.

Pierre R.

andrée wizem a dit…

des reliefs généreux
ah ces nourritures terrestres

Nathalie a dit…

Une jolie table bien mise, toute appétissante de produits locaux. Des plats certainement mieux cuisinés que tu ne veux bien l'admettre, chère perfectionniste, je suis certaine que tes invités se sont régalés.

C'est bien, ces visites familiales.

Tu as une manière unique de dire ces petits moments de vie, ceux-là ou ceux des souvenirs du moulin à café. J'aime énormément te lire.

Et Michel qui nous fait un plan jeune homme avec de vieilles photos? C'est la folie de l'été !!!