samedi, août 28, 2010

Mardi matin, j'avais cru comprendre, ou j'avais décidé, qu'Avignon baignerait dans la pluie, puisque je m'en irai, et m'en moquerai, et puisque petites plantes miennes risquaient la soif. En fait mon égoïsme n'a pas été exaucé et l'air vibrait de lumière, avec juste de gros espoirs de nuages, qui ne se prenaient pas eux-même au sérieux. En gare d'Aix, la montagne s'évanouissait, s'enfonçait dans la chaleur. Et Toulon était éclatant, avec juste l'adoucissement dû à la mer.

J'ai retrouvé le banc du jardin, l'ombre de l'arbre et des parasols, ma tendance à jouer les arapèdes, à m'y établir, à ne plus vouloir en bouger.

J'ai retrouvé Lulu, le bouffeur de pieds.

J'ai retrouvé le manège des pieds, posés sur la table, reposés sur la terre, dans l'oubli, remontés, et mon errance dans les textes installés sur ma liseuse, un peu toujours les mêmes.

«Marcher le long des plages, voilà une idée romantique à souhait. Nos clichés : chaussures à la main, pieds dans l’eau, calquer sa respiration sur le mouvement des vagues. Nos vieux poncifs : mer éternelle, berceau de la vie, bout du monde, mer et ciel, cercles de vie, se ressourcer. Oui, c’est tout cela. Ramasser un coquillage, un galet, sentir le vent, le soleil, cette sensation d’être toujours entre deux moments, une petite parenthèse tranquille» et quand on se contente de le lire dans les «feuilles de route» de Thierry Beinstingel, la désillusion ne s'installe pas, et si l'ennui vient, l'issue est aisée. http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501294/feuilles-de-route

Alors : «Mais tôt après, le tuf s'est montré, les fautes, les erreurs se sont multipliées, la décadence est arrivée à grands pas, sans toutefois ouvrir les yeux à ce maître despotique si jaloux de tout faire et de tout diriger par lui-même, et qui semblait se dédommager des mépris du dehors par le tremblement que sa terreur redoublait au dedans. Prince heureux s'il en fut jamais...» (stop, cela sort de la petite rencontre amusante) Saint-Simon.

Idée a été lancée, idée bien venue, bien heureuse, d'aller dans la proche campagne, (et le ciel était délicieusement trop beau), écouter dans un séminaire (lieu qui produit des prêtres et du bon vin)

un concert donné par les professeurs d'une école de musique, qui s'y était établie, un temps, pendant cet été, et deux membres du Quatuor Talich

Une ambiance agréable, un public détendu (à part quelques maugréants qui se sont lassés de nos déplacements), commençant, dans la cour

par «le chant du ministrel» de Glasounov, musique tendre, un peu évanescente, pour entrer en douceur en musique (le beau violoncelle de Petr Prause et la harpe de Nora Lamoureux)

puis, et mes compagnons ont trouvé cela très beau – pour moi : itou, avec moins de force – Kol Nidrei de Max Bruch

Guidés par des plaisanteries des élèves (d'une potacherie bien élevée) le public a rejoint le piano dans une grande salle, le surplus s'installant sur des chaises dans le parc, (et le sur-surplus Brigetoun contre un fort tronc, un peu en retrait) pour une belle (là j'étais seule de mon avis dans notre groupe) interprétation de Contrastes de Bela Bartok.

retour dans la cour, un Fauré décevant, et je rêvais devant la nuit qui noyait, pénétrait, un portail latéral. Puis nouveau déménagement (et c'est là que les bougons ont renoncé)

vers la salle, avec un groupe très amoindri dans la fraîcheur douce du parc pour du Rossini (et le clarinettiste, Alain Geng, était un plaisir) – une dernière traversée du bâtiment, en bavardant de plus en plus,

et quand le public a été rassemblé (et les interprètes) le sextuor op.18 de Brahms, beau moment, avec une jolie attention des deux Talich, surtout Petr Prause, à la moins grande aisance des autres interprètes.

aux petites heures de mercredi, les sons discrets de l'entrée du quartier dans la vie, et l'hésitation du ciel, brumeux de mer,

avant la victoire du bleu et l'installation d'une belle chaleur. Journée de rencontres avec des ainées, leurs forces déclinantes, leur vaillance et leur forme admirable pour leur âge, et de lecture du livre prêté par la maîtresse de maison, le goût que j'en avais s'intensifiant peu à peu : «Ru» de Kim Thuy http://www.telerama.fr/livres/ru,51130.php (mais ce que ne dit pas l'article, c'est le retour et l'action, un temps, dans le «nouveau» Vietnam, et la belle complexité de ses attachements)

«Ces femmes, elles, laissaient leur tristesse grandir dans les chambres de leur coeur. Elles s'alourdissaient tellement qu'elles ne pouvaient plus se relever. Elles ne pouvaient plus redresser leurs dos arqués, ployées sous le poids de leur tristesse. Quand les hommes sont sortis de la jungle et ont recommencé à marcher sur les digues de terre, autour de leurs rizières, les femmes ont continué à porter le poids de l'histoire inaudible du Vietnam sur leurs dos."

la belle galerie de portraits, durs ou tendres

«Sans l'écriture, il n'aurait pas entendu aujourd'hui la neige fondre, les feuilles pousser … Il n'aurait pas non plus vu le cul-de-sac d'une pensée, le dépouillement d'une étoile ou la texture d'une virgule. Les soirs où il peignait dans sa cuisine des canards de bois, des outardes, des huards, des malards, en suivant le plan des couleurs qui lui avait été fourni par son employeur, il me récitait des mots de son dictionnaire personnel : nummulaire, geindre, quadriphonie, «in extremis», sacculine, logarithmique, hémorragie..., comme un mantra, comme une marche vers le vide."

Et basta – la suite au prochain numéro, peut être.


10 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Petite absence qui nous a marqué. L'ennui de lire et de voir. Faut fuir l'ennui. Retour qui me marque à nouveau. Un petit bonheur comme du miel sur une rôtie. Kol Nidrei, grande complainte juive adaptée par Max Bruch, les Talich, tout cela c'est du gâteau. Avec le miel. Avec le soleil. Avec la lumière. Avec les mots de Brigetoun. J'arrête. Je deviens ennuyant ;-)

tanette2 a dit…

Tu as bien fait de t'offrir une petite escapade qui paraît avoir été bien agréable. Plaisir de te voir revenue avec de belles photos.

Nathalie a dit…

J'en déduis que tu es encore à Toulon?

Merci pour cette belle évocation du concert. J'aime l'idée de changer de lieu pour les différentes parties.

Quant à marcher sur la plage, je le préfère sans chaussures à la main. Les mains doivent être libres, il ne faut rien porter sinon la légèreté de l'exercice s'en trouve terni.

brigetoun a dit…

moi je déteste la plage, et pas seulement parce que je n'aime pas me montrer en maillot alors comme je ne peux plus me baigner à partir d'un bateau depuis très longtemps je ne me baigne plus
Non je suis rentrée, mais j'en avais assez de ce billet qui devenait trop long

Mathilde a dit…

Finalement, que tu sois sur Avignon ou ailleurs, tu as toujours un programme bien riche ! J'aurais pensé qu'une fois en vacances, tu ferais de la chaise longue ! "Bin"... visiblement non !

Lautreje a dit…

"Lulu, le bouffeur de pieds" ? Mais elle a l'air adorable cette tortue !!

brigetoun a dit…

ce qui est adorable ce sont les bébés tortues, ses enfants (petites carapaces de la taille d'une phalange) - lui il aime les pieds

fardoise a dit…

Comme toujours photos et mots savent bien restituer les ambiances et on aime te suivre, on entend presque la musique ! Je pense que le plaisir de la plage, dont parle Nathalie se fait plus difficile en Méditerranée avec la pollution, on peut hésiter à planter les pieds nus dans le sable. La dernière fois où j'y suis allée c'était avant qu'elle soit nettoyée...

Gérard a dit…

Tu détestes la plage ou la foule qui s'y trouve,

brigetoun a dit…

la foule, l'ambiance, l'ennui