mardi, août 24, 2010

Passer des heures, des jours, cloué entre ces murs, pour labeur obligé ou choisi – entendre des nouvelles du monde – pour ne pas se noyer dans désespérance, ou colère, ou joies illusoires, les laisser glisser, se concentrer sur sa tâche – et puis, brusquement, en levant les yeux, un soir, voir la lumière par une fenêtre ou une brèche, et la gloire simple d'une herbe qui se dore dans les rayons mourants – sentir la vie.

Merci de cet honneur que tu me fais de te confier à moi, ami. Merci, suis flattée et touchée, vraiment, de cette préférence, et qu'importe la quantité, la fréquence, de tes secrets. Merci de me dire que tu est certain de ma loyauté. Tu as raison, ce qui vient de derrière les verrous de ta parole se blottit dans des casiers dûment fermés de ma mémoire. J'évite même d'y penser, et parfois d'en prendre réellement connaissance, puisque ce qui compte c'est que tu t'exprime et t'exprime pour moi. Mais, puisque ce soir le dîner était bon, puisque la nuit est douce, puisque nous sommes détendus, puisque tu souris béatement dans ton fauteuil, j'ose cette question que je me pose depuis longtemps : en combien de cerveaux verrouillés as-tu déposé ces phrases ?

Ce qui précède n'est pas à croire – par contre, vous assure que, réellement, ceci est une photo en couleur, qui a exagéré un peu, sans intervention de ma part, la grisaille parfaite de ce lundi matin, et marchant dans la ville pour accomplir une formalité, pour acheter nourriture du jour, je grognais, une fois encore, sure que le temps (le journal le confirme) me donnerait jour pré-automnal, peut être jour de pluie mardi, et ensuite jusqu'à vendredi beau soleil et belle chaleur, quand n'en profiterai pas, quand mes petites plantes en souffriront en dure soif.

Ai acheté cinq (pourquoi ? ne sais plus auxquelles les affecter) bouteilles d'eau pour tenter de les aider, ai trouvé en ce jour de fermeture générale un truc pas trop lourd, pas trop ostentatoire, dans boutique pas trop loin de l'antre, pour remplacer le saucisson de sanglier rituel pour mes hôtes toulonnais, suis rentrée, me suis lavée les cheveux, ai tourné en rond avec brio, ai joué les enquiquineuses, ai repassé (sauf une robe par goût de l'imperfection), fait une valise, envoyé cinq lignes au convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/ et vais être très longue mais recopie une grande partie de ceux que j'y avais accroché ces derniers temps : les deux ci-dessus, et le suivant.

Il était droit, rude, solide, il avait été mon horizon, mon appui, pendant toutes ces années d'enfance, même quand il n'était là que dans mon souvenir, et, très atténué, sur la photo du salon. Il était collection de marques, d'années en ravines, de petites rides près des yeux qui avaient tant regardé la mer. Et je chérissais les petites boucles de ses sourcils, et les cordages que ses veines traçaient sur ses mains. Il m'avait fallu nombreuses années, et embryons de révoltes (mais il n'y offrait pas prise, trop soucieux de notre liberté pour cela) pour le contourner, découvrir le monde sans lui. Nous nous retrouvions simplement, après quelques tâtonnements pour retrouver nos places, face à face, cote à cote, ensemble.

12 commentaires:

koukistories a dit…

ce matin je sens votre souffle.
Doux et sensuel.

fardoise a dit…

Beau choix de photo, comme d'habitude.

Pierre R. Chantelois a dit…

J'ai lu. Cette fois-ci, il me faut un peu plus de temps pour déverrouiller mon cerveau et accueillir ces mots qui me semblent bien graves.

micheline a dit…

entre autre: comment se départir de son enfance sans la renier
"cote à cote, ensemble"

Gérard Méry a dit…

Insolites ces serrures riment avec sculpture

Mathilde a dit…

J'adore ta photo sur les verrous ! Je ne sais pas où tu les as trouvé, mais c'est assez extraordinaire ! Mais, cela ne m'étonne pas venant de toi, à sillonner la ville comme tu le fais, forcément tu ne peux tomber que sur des trésors !

brigetoun a dit…

hall du théâtre des Carmes, ne sais quel est l'auteur

joye a dit…

Ce dernier paragraphe, surtout, est exquis pour ses rythmes, son sens, sa sensualité. BRAVA !

DUSZKA a dit…

Moi qui n'ai ces jours-ci que tomates, aubergines, repiquage des poireaux, et chemins creux, odeurs d'herbe chauffée, ovins et bovins curieux de moi... quel bonheur de venir rapidement dans ton monde de rêve réalité.

Anonyme a dit…

Des les premières lignes de votre billet et les photos si belles qui l'illustre, je me sens comme envouté par votre univers si particulier, si poétique.
Merci, @ bientôt de vous lire :-)

Gérard Méry a dit…

Je suis arrivé à entrer, même avec toutes ces serrures

myriam a dit…

Qu'il est beau ce dernier paragraphe !...