jeudi, octobre 14, 2010


Entrée dans l'automne
monde qui se brouille
roussit, passe.
Je suis fiu et vide
je flotte et m'efface,
dans le virtuel comme dans ma ville.
Me raccroche à ceci
qui fut chez Lambert Savigneux pour les derniers vases communicants
pour roder et rêver autour d'un mot,
qu'est beau, Madame, oui qu'est beau, Monsieur.

Tentative de ruminations ratiocinantes d’une primaire

Mots, pauvres mots, nés, forgés pour un sens, pour dire. Mots, pauvres mots, sens perdu, détourné, modifié, en douceur, avec le temps. Mots, traitres mots, trop souples mots, adaptables, voix diverses.

Oh dîtes, Messire, qu’est ce que la liberté ?

Ça claque.
Un oiseau grimpant dans la lumière, un enfant qui abrite ses yeux et le regarde, et une petite brise fait chanter le bois derrière lui, et la lumière ruisselle, sous l’oiseau qui disparaît, sous l’enfant, sur la vallée. – Une petite fille, sa plus jolie robe et noeuds papillonnants sur tresses, main dans la main de son père, rejoint la foule qui chante en dansant «Indépendance, chacha…» comme l’ont fait les congolais, et la suite n’importe pas encore, la nouvelle dépendance qui n’effacera pas l’ivresse de ce jour. – Un corps debout sur une dune dans une nuit immense, qui s’y perd, s’y vide, y dépose sa douleur, et la retrouve transmuée en force.

Ça vainc.
Marcher dans les pierres d’une ville, avec, à travers, contre une foule, et allonger son pas joyeusement de tout l’espace que l’on peut obtenir, être en soi. Dégringoler l’escalier gras, s’enfoncer. Les portes du wagon de métro, glissent, claquent en se fermant, sur la foule tassée, des pensées jouent, hésitent, se déroulent, s’envolent et un coude me meurtrit le dos. – Salle de classe, tables alignées, des mots, ennui, voisine agaçante, les yeux partent en voyage furtif sur la montagne, ou le jardin, ou un bâtiment transfiguré, le coin de ciel, avec une branche d’arbre, dans la bande vitrée en haut du mur.

C’est délice.
Devant la machine à café, un moment, entre les cloisons vitrées des bureaux, petit sourire poli, corps droit, partie nul ne sait où, la laisse est détendue et la sentir rend aigu cet instant. – Un lecteur penché sur un texte où il se perd, dans le secret d’une chambre, dans une bulle au milieu des tables d’une bibliothèque, et l’horloge s’est arrêtée. – Un marin seul au creux d’une coque, la mer s’est faite amie bienveillante, le temps s’est effacé, le vent est établi, le soleil descend très lentement.

C’est contrainte désirée.
Un moine marchant à pas comptés dans la paix d’un cloitre, traversant les arcades de lumière dessinées sur l’ombre des dalles, et en géométrie parfaite, le clocher de l’église se découpe sur le ciel.

Mais atroce, l’absence de liberté imposée – cellule surpeuplée ou non, colonne sous garde de négriers en marche vers la mer ou le désert, une cale, un marché, des camps, une petite bonne – dures : contraintes qui nient, huit-clos familial, horaires, travail soumis – paralysantes : réserve, ne se fait pas, à crier, mais respecter liberté des visages autour.

Oh, Monsieur, elle m’a dit, yeux perdus, grand sourire : «avancer dans un bain de liberté». Mais qu’est ce que la liberté ?

La liberté d’y renoncer par amour. La liberté et la solitude de la vieillesse, au delà du corps prison. La liberté qui est la vie. La liberté qui est regard sur la vie. La liberté de finir.
La liberté de te dire que je ne sais pas, que tu m’ennuies.

14 commentaires:

micheline a dit…

nos mots, nos pauvres mots, sont encore, peut-être, le moindre des maux

Lautreje a dit…

la liberté c'est ton patchwork plus le mien, le sien, la sienne, et puis encore celui de l'autre là-bas, plus loin...

joye a dit…

Pas facile de dire ce qui est la liberté, mais ceux qui ne la possèdent pas en rêvent toujours.

Avignon a dit…

Quand édites-tu un livre avec tout ça ?

brigetoun a dit…

Michel te moque pas de la petite vieille !

Lavande a dit…

Petit bonheur du matin: cliquer sur "Paumée" dans la barre des signets et voir apparaître "la" première photo, sur mon petit écran. Souvent un ciel, qui illumine la journée... si bleu, si calme...

Avignon a dit…

Mais je ne me moque pas du tout !
Il pourrait avoir forme de journal, ou bien de recueil de poésies...

brigetoun a dit…

Alors ru es trop gentil Michel, mais il y a tant de livres, de qualité diverse - pas la peine d'essayer d'en rajouter, et puis je constate avec navrance des tendances à m'énerver à déprimer, à me mettre en question quand Paumée sonne dans le vide, pas la peine d'entrer là dedans) - que ça reste une occupation

andree wizem a dit…

"Me raccroche à..." mon coin de ciel bleu...

Avignon a dit…

Juste pour se donner une œuvre à réaliser...
Ne nous jugeons pas nous-même.

Pierre R. Chantelois a dit…

Brigetoun. Comme Michel a raison. Et que dire de ce grand trait de nostalgie et de brillance sur des années pas si lointaines. Pourquoi diantre ai-je l'impression de lire ces lignes et de me sentir aussi à Montréal? Peut-être à cause de ce moine marchant à pas comptés dans la paix d'un jardin :-)

jeandler a dit…

Reste à savoir quand elle commence et où elle se termine, la liberté.

arlettart a dit…

Belle modestie! et belle occupation!! !!! et la liberté de dire NON..............

Gérard Méry a dit…

Lorsqu'un homme crie : "Vive la Liberté !" il pense évidemment à la sienne. [Georges Bernanos]